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  • il y a 37 minutes
Ce vendredi 16 janvier, la problématique des abus générés par les ruptures conventionnelles a été abordé par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On a ce matin des informations que nous apporte Caroline Morisseau sur les ruptures conventionnelles.
00:04Selon un document de France Travail qu'elle a consulté, 16% des contrôles ont abouti à une sanction.
00:0930% en Ile-de-France, c'est deux à trois fois plus que les sanctions habituelles.
00:13Est-ce qu'il faut toucher au dispositif Emmanuel Lechypre ?
00:16Écoutez, c'est toujours pareil.
00:19Quand vous avez un dispositif qui fonctionne en France,
00:23un, on cherche à détecter les abus, mais frénétiquement,
00:26et encore pire, ce qu'on appelle toujours les effets d'aubaine.
00:30Et alors ça, c'est terrible parce que combien de fois on a finalement réduit l'efficacité de dispositifs
00:37qui fonctionnaient bien sous prétexte qu'il fallait lutter contre les effets d'aubaine, etc.
00:41Type alternance, par exemple.
00:43Voilà, exactement.
00:44Et là, je pense que c'est exactement ce qui nous guette avec la rupture conventionnelle.
00:47Les chiffres que donne Caroline, 16% globalement.
00:50Bon, ok, je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques ajustements à faire,
00:53mais quand même, d'abord, les taux, enfin, les abus, est-ce qu'ils sont si importants que ça ?
00:58Moi, je ne sais pas.
00:59Je regarde, par exemple, les taux de refus par l'administration.
01:023 à 4% seulement des dossiers sont retoqués.
01:07Quand on regarde ces ruptures conventionnelles,
01:09il y en a moins de 25% qui donnent lieu à un chômage long,
01:13parce que c'est ce qu'on leur reproche, en gros.
01:14Les ruptures conventionnelles, ça permet à des tas de gens de ne pas chercher de boulot,
01:18de se la couler douce, etc.
01:19Et la majorité des bénéficiaires retravaillent moins de 6 mois après avoir bénéficié de la rupture.
01:25Donc, franchement, quand on dit que c'est une trappe à inactivité, tout ça, ce n'est pas vrai.
01:28Et puis après, il y a tous les aspects positifs de ces ruptures conventionnelles qu'il faut souligner.
01:33Ça a quand même été un outil de pacification sociale majeure.
01:36Ça, c'est clair.
01:36Avant 2008, rappelez-vous, les conflits au prud'homme, etc., les licenciements déguisés.
01:41Là, on a quand même une baisse des contentieux qui est assez spectaculaire.
01:45C'est de la flexibilité encadrée.
01:47Le CDD ou l'intérim, c'est beaucoup plus violent, la séparation.
01:50Donc là, la flexibilité apportée par la rupture conventionnelle, elle est importante.
01:55Ça a quand même créé un marché du travail beaucoup plus dynamique.
01:58Bon sang de bonsoir, c'est ça qu'on cherchait au départ.
01:59On voulait supprimer la peur du licenciement chez le patron.
02:03Et bien, ça a quand même fonctionné.
02:06Et puis, moi, je dis que dans une économie en transition,
02:09un des pires gaspillages qu'on puisse envisager, c'est le gaspillage de capital humain.
02:13C'est-à-dire tous ces gens qui ne sont pas au bon endroit,
02:16avec les bons diplômes et qui gâchent leur talent.
02:19Donc ça, il faut le faire.
02:20Et puis, franchement, moi, je pense qu'il faut quand même rappeler
02:24que 15 à 20 % des ruptures débouchent sur des créations d'entreprises
02:28et que la moitié des chefs d'entreprise actuels ont créé leur entreprise
02:32en bénéficiant des aides au chômage.
02:34Mais alors, Raphaël, les ourleux, ça sert à créer des boîtes.
02:36Ben oui, c'est une politique de l'offre, la rupture conventionnelle.
02:41Il n'a pas encore parlé, Emmanuel.
02:43Raphaël ?
02:43Je suis prêt à pondir.
02:44En général, quand on prie fort, c'est qu'on manque d'arguments.
02:47C'est un système qui est dévoyé.
02:48Il ne l'a pas voulu, c'est là.
02:50Il faut qu'on rappelle ce que c'est que la rupture conventionnelle.
02:52C'était un système qui devait permettre de remplacer les licenciements,
02:55d'éviter d'aller au prud'homme sans cri, sans heure,
02:57sans peine douloureuse.
02:59On se met d'accord, on part, on se sépare.
03:02Non, parce que le résultat, c'est qu'aujourd'hui,
03:04trois quarts des ruptures conventionnelles,
03:05elles remplacent en réalité des démissions.
03:07La rupture conventionnelle, c'est devenu un outil de mobilité haut de gamme,
03:11en plus, réservé aux cadres,
03:12qui coûtent évidemment beaucoup plus cher que les ouvriers.
03:14C'est 20% des cadres, c'est 11% simplement des ouvriers qui en profitent.
03:18Et ça coûte cher, ça coûte très cher.
03:20Ça coûte 10 milliards d'euros par an.
03:22C'est plus du quart des dépenses de l'assurance chômage.
03:25C'est le premier poste de dépense de l'UNEDIC.
03:27C'est 500 000 ruptures conventionnelles signées chaque année depuis 2022.
03:32C'est 200 000 de plus qu'il y a 10 ans.
03:35Et ce qu'on voit bien sortir avec toutes les études,
03:37la DARES a sorti des études au mois de novembre,
03:39l'Institut des politiques publiques aussi,
03:42c'est que ça remplace des démissions.
03:44Les trois quarts remplacent des démissions.
03:46Et les chiffres que publique Caroline Morisseau,
03:48effectivement, ce matin en exclusivité sur BFM Business,
03:52montrent bien qu'il y a des abus à tous les étages.
03:54Et donc, pour le dire très simplement,
03:57ça concerne des jeunes très diplômés
04:00qui profitent de la rupture conventionnelle
04:02pour se payer une année de césure,
04:03pour aller voyager, pour s'occuper de sa famille.
04:05Il faut dire ça sur le dos de nos cotisations.
04:08Raffel, du coup, on se dit,
04:10pour ceux qui sont employables facilement
04:12ou qui ont un niveau de diplôme
04:15qui peuvent retrouver du travail,
04:18on ne prend pas les mêmes règles ?
04:19La rupture conventionnelle doit permettre
04:22de traiter en douceur des licenciements.
04:25Quand on n'est plus d'accord avec son employeur,
04:28ça arrive, il n'y a pas de problème.
04:29Mais où vous mettez le curseur ?
04:29Si c'est une démission,
04:32le curseur, il est du choix du patron.
04:34Alors, en même temps...
04:35Donc, si vous avez un haut diplôme
04:36et que vous êtes très employable, c'est non ?
04:37Non. Si votre patron ne compte pas vous licencier,
04:41vous n'acceptez pas la rupture conventionnelle.
04:42Si c'est aux salariés qui décident de démissionner,
04:49il n'y a aucune raison que ça passe,
04:50par une rupture conventionnelle,
04:51comprennent nos responsabilités.
04:54Alors, peut-être que je parle un peu fort,
04:55mais moi, je n'ai pas des arguments minables de comptables
04:57par rapport à des vrais arguments d'économistes.
05:00Parce que l'argument qui consiste à dire
05:02ces jeunes, ils vont se gauberger, etc.,
05:04ce n'est pas vrai.
05:04Non, non, 10 milliards.
05:05L'argument, c'est 10 milliards
05:06et ce n'est pas des arguments de comptables,
05:07c'est des cotisations qu'on paye tous
05:09sur nos charges salariales.
05:10Donc, on peut continuer à dévoyer le système.
05:13Chacun son tour, chacun son tour.
05:14Raphaël, allez voir les travaux
05:15sur le gaspillage de capital humain.
05:19C'est en France qu'il est le plus important.
05:20C'est en France qu'on a le plus de décalage
05:24entre les niveaux de diplôme des salariés
05:27et les postes qu'ils occupent.
05:29C'est en France qu'il y a le plus de capital humain gaspillé.
05:32C'est grâce à ce type de dispositifs
05:34qui font, quoi qu'on en dise, de la fluidité.
05:38Parce qu'il y a des gens, aujourd'hui,
05:39qui occupent des postes qui ne leur plaisent pas,
05:41dans lesquels ils ne donnent pas la mesure de leur talent,
05:43quand on sait que ce qu'ils vont nous trouver,
05:45c'est la matière...
05:45Non !
05:45Et on facilite l'embauche.
05:47Mais qui part ?
05:47On facilite le départ, le salarié.
05:49Mais personne part comme ça sans rien.
05:50Si le salarié est plus heureux,
05:51c'est pour ça qu'il faut effectivement
05:53fluidifier le marché du travail
05:54en allégeant les règles.
05:56Ça, je suis tout à fait d'accord.
05:57Non, mais vous savez comment ça se passe.
05:58C'est que vous devenez affreusement pénible
06:00et au bout d'un moment,
06:01on ne veut plus travailler.
06:02Mais que vous partiez.
06:03Oui, oui.
06:03On se met en arrêt maladie.
06:05C'est très bien, formidable.
06:06C'est pas comme ça qu'on fait un marché du travail.
06:08Je suis désolé.
06:09D'accord, mais tout ça, c'est du temps de paie.
06:10Tout ça, c'est de la théorie.
06:11Parce qu'en réalité, l'or a raison.
06:13Tout ça, c'est de l'efficacité perdue.
06:14C'est du gaspillage d'énergie
06:16pour le patron comme pour le salarié.
06:18Donc acceptons qu'il y ait un peu d'abus,
06:19je vous le concède.
06:20Mais franchement, c'est un dispositif.
06:22Payons-nous un outil de mobilité haut de gamme.
06:24Il n'y a pas de problème.
06:25On a les moyens de se payer ça.
06:27Allons-y.
06:27Pour qu'ils disent que j'ai raison,
06:28c'est vraiment clair et grave.
06:30C'est du slogan.
06:32Ça m'a fait du bien.
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