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  • il y a 12 heures
Ce lundi 20 avril, la création de grands champions européens et l'assouplissement majeur des règles pour les fusions-acquisitions ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Raphaël Legendre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Raphaël Legendre, l'Europe veut créer de grands champions européens.
00:04Bruxelles prépare un assouplissement majeur des règles pour les fusions.
00:08Acquisition, Emmanuel Lechy, presque, c'est une petite révolution.
00:11C'est une grande révolution et c'est fou de voir à quel point, finalement,
00:17la Commission européenne est capable de remettre en cause des stratégies
00:21qui ont été l'alpha et l'oméga de la vision européenne au fil des décennies.
00:25C'est assez inquiétant.
00:27C'est inquiétant, d'abord, au vu des résultats qu'ont produit,
00:32finalement, ces politiques d'hyper-concurrence
00:37dans le but de favoriser les consommateurs, il faut le rappeler.
00:41Donc, on a vu quoi ?
00:42On a vu, finalement, des consommateurs qui, oui, ont gagné sur la durée
00:47plus de pouvoir d'achat que les consommateurs américains, par exemple,
00:51met au prix, finalement, d'un éclatement de nos grands champions industriels,
00:58avec l'interdiction de nombreuses fusions,
01:00cette obsession des parts de marché à l'échelle européenne,
01:03alors qu'on n'a pas voulu voir qu'en fait, la réalité, c'est que le marché,
01:06il était mondial.
01:08On a toujours suspecté les gros champions industriels européens
01:12de vouloir, finalement, s'entendre et ne pas jouer le jeu de la concurrence.
01:17Mais regardons concrètement ce qui s'est passé ailleurs,
01:21les choix qui ont été faits par les autres.
01:23Nous, on a favorisé le consommateur.
01:25Aucun grand champion européen n'a émergé au cours des 30 dernières années.
01:28Aux États-Unis, en Chine, qu'est-ce qui s'est passé ?
01:31On a assumé des politiques industrielles assez actives.
01:35On a toléré les concentrations, ça a été le cas aux États-Unis.
01:38On a encouragé l'émergence de géants mondiaux.
01:42Regardez aujourd'hui ce que sont les constructeurs automobiles chinois
01:44ou ce que sont, de l'autre côté, les GAFAM.
01:48Et le résultat, c'est que l'Europe, elle est perdante sur tous les tableaux.
01:50Elle est perdante sur, finalement, l'innovation.
01:54Elle est perdante sur la dépendance.
01:57Et le consommateur, il ne va plus se réjouir très longtemps
02:02puisque, lui aussi, il est percuté dans son emploi
02:05et sa liberté, son autonomie vis-à-vis, notamment, des données, etc.
02:10Donc, franchement, il faut se réjouir que la Commission européenne
02:13revienne sur cette stratégie qui a quand même été une stratégie perdante au total.
02:17Raphaël ?
02:18Mais là, vous voyez, on se trompe complètement de cible
02:20avec ce que vient de dire Emmanuel.
02:22Et c'est ce qu'on raconte depuis 35 ans, en réalité.
02:24Et on raconte strictement n'importe quoi.
02:26Il est faux de dire que l'interdiction des grandes fusions d'entreprises
02:32entrave la constitution de grands champions européens.
02:36Ce n'est pas vrai, en réalité.
02:37La Commission européenne, grosso modo, depuis le début des années 90,
02:41elle a examiné 10 000 fusions.
02:44Il y a 95% de ces fusions sont acceptées.
02:5195%.
02:51Il y a eu seulement 0,2%.
02:5595% en plus, en premier examen,
02:58vous avez seulement 0,2% de ces fusions qui ont été interdites,
03:02au final, après tous les process, en 20 ans.
03:05On est très, très loin d'une politique anti-industrie.
03:08Le symbole de ça, ça a été, on en a beaucoup parlé en 2019,
03:12au moment de l'interdiction de la fusion d'Alstom
03:16avec les activités ferroviaires de Siemens.
03:20En a eu, voilà, on nous empêche de créer des gens européens.
03:23Qu'est-ce qu'on va faire face aux Chinois ?
03:25Qui nous menace ? Qui arrive ?
03:26Vous savez que dans la politique de concentration,
03:29le juge de paix, en quelque sorte,
03:31c'est ce qu'on appelle le marché pertinent.
03:34C'est-à-dire, si on l'empêche,
03:36c'est vis-à-vis de quel marché, cette concentration.
03:40Et on avait dit, vous empêchez Alstom et Siemens de fusionner,
03:44vous allez voir les Chinois qui vont arriver,
03:45qui vont envahir notre marché du rail, notamment.
03:48On va se faire bouffer.
03:49Qu'est-ce qui s'est passé six ans plus tard ?
03:51Absolument rien.
03:52On a simplement deux champions.
03:53Alors Alstom, il y a des petits problèmes de production en interne en ce moment,
03:56et ça a secoué un peu en bourse.
03:58Mais on a deux champions européens, en réalité,
04:01avec et Alstom et Siemens.
04:03Et on a permis de protéger, effectivement,
04:07le pouvoir d'achat des consommateurs.
04:09Il ne faut quand même pas l'oublier.
04:10C'est-à-dire que pour éviter une trop forte concentration
04:13qui peut mener jusqu'à des monopoles,
04:15ça protège le pouvoir d'achat des consommateurs.
04:19Et ça, ça n'est pas rien, quand même.
04:21La concurrence, elle stimule en plus l'innovation.
04:25Non, c'est plutôt une bonne chose.
04:27Donc cette critique que beaucoup de politiques, d'ailleurs,
04:29et d'industriels ont adressée à la Commission européenne
04:31pour dire « vous avez empêché l'émergence de géants européens »,
04:36ça n'est pas vrai.
04:37D'abord, on a des gens mondiaux, beaucoup,
04:39des gens français.
04:40L'Europe n'a jamais empêché ça.
04:43Et ce qui manque, c'est peut-être des fonds, des moyens.
04:46C'est les marchés de capitaux.
04:48Voilà ce qui manque.
04:48D'abord, dans la masse des cas que la Commission a eu à étudier,
04:53ce qui nous intéresse, c'est les dossiers
04:57qui auraient pu faire émerger des grands champions
04:59de taille mondiale, encore une fois.
05:01Or, c'est très peu de cas.
05:02Donc dire que 95% des dossiers sont acceptés,
05:05oui, ok, quand vous fusionnez deux entreprises moyennes,
05:07vous en obtenez une un peu plus grosse,
05:09mais vous restez quand même en deuxième division mondiale.
05:11aujourd'hui, si vous prenez tous les grands secteurs,
05:15aucun secteur n'a plus de champions européens
05:17qu'il y a 20 ans.
05:18Non, mais là, vous parlez de la tech.
05:19Oui, mais là, c'est parce qu'on manque de moyens,
05:22parce qu'on manque de fonds,
05:22parce qu'on n'a pas de fonds d'investissement.
05:25On peut parler de la sidérurgie,
05:26on peut parler de tout ça.
05:27Regardez, par exemple, ce qui est en train de se passer
05:29sur le matériel.
05:29Mais la Commission n'a jamais empêché
05:31quoi que ce soit dans le milieu automobile.
05:32A Stellantis, aujourd'hui,
05:33c'est un genre absolument mondial.
05:35Ils ne sont pas en forme.
05:36Déjà, qu'elles ne nuisent pas, c'était pas mal.
05:37Ce n'est pas le sujet des concentrations.
05:39Mais bien sûr que si.
05:40C'est le sujet des rapprochements d'entreprises
05:43et des économies d'échelle.
05:44Et là, vous parlez du consommateur
05:46qui est toujours gagnant.
05:46Non, le consommateur, il n'est pas toujours gagnant.
05:48À court terme, oui, effectivement,
05:50il a des prix bas.
05:51Et c'est ça.
05:51Le drame, c'est qu'on a toujours jugé
05:53l'intérêt du consommateur que par ça.
05:55Mais à long terme, c'est quoi ?
05:56C'est de la désindustrialisation.
05:58Et est-ce qu'il y a un continent
05:59qui s'est autant désindustrialisé que l'Europe ?
06:01Et encore en Allemagne, on n'a rien vu.
06:03Ça n'est pas la faute de la consommation.
06:07Là, le rôle, rappelez-vous quand même,
06:08le but de la Commission européenne,
06:10c'est d'essayer de faire de l'Union européenne
06:13une espèce de forteresse
06:15qui est censée se protéger des mauvais vents
06:18venus de l'étranger.
06:19Or, rien du tout.
06:19On a offert le marché européen
06:21aux entreprises étrangères
06:22et on n'a pas défendu les entreprises européennes.
06:25Le résultat, c'est bien ça.
06:26C'est désindustrialisation, dépendance,
06:29vulnérabilité aux chocs énergétiques, géopolitiques.
06:31C'est, encore une fois, une bonne nouvelle
06:34que la Commission change son fusilier.
06:35Il y a 250 ans, Adam Smith publié
06:38« La richesse des nations »
06:39et prévenait déjà de l'hégémonie capitaliste
06:42des entreprises sur le consommateur.
06:44Merci, monsieur, Raphaël Legendre,
06:46Emmanuel Lechypre.
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