- il y a 9 heures
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Carmen Maria Vega, chanteuse d’origine guatémaltèque a découvert, à 25 ans, qu’elle a été victime d’un trafic d’enfants. Code source raconte son histoire en deux épisodes. (1/2)
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Carmen Maria Vega est comédienne et chanteuse, elle a 35 ans.
00:15Originaire du Guatemala, elle a été adoptée par une famille française quand elle avait 9 mois.
00:20Il y a 10 ans, elle a découvert sa véritable histoire.
00:23Elle a été volée à sa mère biologique, victime d'un trafic comme des milliers d'autres enfants guatémaltèques.
00:31CodeSource vous raconte en deux épisodes cette histoire douloureuse et émouvante avec Claudia Prolongeau.
00:43Claudia, est-ce que tu peux d'abord nous présenter Carmen Maria Vega ? A quoi est-ce qu'elle
00:47ressemble ?
00:47Alors, elle est brune, elle n'est pas très grande, elle a les cheveux coupés au carré, des cheveux très
00:52raides.
00:52Et c'est une fille qui sourit absolument tout le temps.
00:55Donc quand je l'ai rencontrée, elle avait l'air ravie de m'accueillir, je ne sais pas si c
00:58'était vrai, mais en tout cas c'est ce qu'elle dégageait.
01:00Elle est très marrante, elle a beaucoup d'ironie quand elle s'exprime, elle rigole énormément.
01:05Je l'ai rencontrée dans son appartement à Paris, qui est donc décorée de manière assez kitsch, dont elle se
01:10moque elle-même.
01:10Il y a des coussins avec Jésus, enfin voilà.
01:12C'est assez rigolo et c'est vrai qu'elle-même, ça a l'air d'être une personne assez
01:16originale.
01:16Et elle est donc chanteuse ?
01:17C'est une artiste bien installée. Elle a sorti son premier album en 2009 avec des chansons un peu rock
01:23swing.
01:23Et elle a sorti son quatrième album en 2017.
01:27Et cet album-là, on en parle parce qu'évidemment, il parle de sa quête identitaire.
01:31Elle est née en 1984 au Guatemala. Quelle était la situation dans ce pays à cette époque ?
01:37À ce moment-là, le Guatemala est empêtré dans une guerre civile qui dure depuis 1960 et qui finalement va
01:43durer quasiment 40 ans.
01:45Les dictatures se succèdent. Certains civils essayent de lutter contre les militaires.
01:49Et c'est notamment le cas de l'activiste Rigoberta Menchou, on en reparlera, qui elle va obtenir le prix
01:54Nobel de la paix en 1992.
01:56Des milliers d'enfants guatémaltèques ont été volés pendant cette guerre civile.
02:00Parmi eux, Carmen Maria Vega, qu'on va écouter dans un instant.
02:05Et pour la première fois, Claudia, ses parents ont accepté de témoigner pour Code Source, pour le Parisien.
02:10Tu les as rencontrés après avoir vu Carmen.
02:12Oui, et ses parents, ils sont exactement comme elle les décrit.
02:15Donc, sa mère est exactement comme elle. En fait, elle parle énormément aussi, elle rigole beaucoup.
02:20Son père est beaucoup plus discret, il pèse chaque mot.
02:22Les deux sont des personnes élégantes, accueillantes, chaleureuses.
02:26Et ils habitent en banlieue de Lyon, où je suis allée les rencontrer.
02:43On aurait pu se contenter de notre garçon, mais on voulait avoir une famille avec trois enfants.
02:48Donc, on s'était dit, à un moment donné, comme ça ne fonctionnait plus bien pour avoir des enfants,
02:54donc on s'est lancé dans l'adoption.
02:55On a eu beaucoup de déboires.
02:58Il faut savoir que je me suis fâché avec une œuvre lyonnaise,
03:02suite à une demande d'argent sur un vulgaire post-it,
03:07avec un tampon d'une embrassade que je n'aimerais pas,
03:10en me réclamant une somme assez importante d'argent, que j'ai refusé de payer.
03:14Parce que je me disais, je ne sais pas où va cet argent.
03:16Et ils ne pouvaient pas me l'expliquer.
03:18Donc, on s'est fâché vraiment au téléphone.
03:20Donc, c'est pour ça qu'on a été un peu désespérés à un moment donné,
03:22et qu'on a failli abandonner.
03:25Parce qu'on avait tous les papiers, on avait tout ce qu'il fallait,
03:27on était considérés comme parents pouvant adopter des enfants,
03:31il n'y avait pas de problème.
03:35L'adoption a duré cinq ans, grosso modo.
03:38Donc, c'est une très longue grossesse.
03:41Parce que nous avions commencé sur la Colombie,
03:44on a fait le Sri Lanka, on a fait l'Inde.
03:46C'est ma meilleure amie, une de mes amies d'enfance,
03:48qui m'a téléphoné un jour en me demandant si on avait pu adopter.
03:54Donc, j'ai dit non, puisque ça venait de capoter avec la Colombie.
03:58Moi, j'étais plus que désespérée, soyons honnêtes.
04:00Et elle m'a dit, écoute, j'ai une opportunité sur la Belgique,
04:05je viens de voir.
04:07Donc, elle est venue entre nous, elle est le jour de l'an.
04:10Elle m'a dit, voilà, je retourne à Lille,
04:12je vois, donc, Madame Bouc,
04:14et je te rappelle.
04:17Madame Bouc est la personne à qui les parents de Carmen doivent son adoption.
04:21Très vite, via l'ami de Martine,
04:23il la contacte et la rencontre quinze jours plus tard.
04:27Nous sommes tombés sur une dame absolument charmante
04:30et elle nous dit, écoutez, il n'y a pas de problème,
04:34puisque nous, on acceptait garçon ou fille,
04:36il n'y avait pas de question d'âge,
04:38il fallait que ça soit en dessous de Jean-Mathieu.
04:40Elle lui dit, tu voudrais une petite sœur ?
04:43Et il a répondu oui, sans trop y croire, je pense,
04:46parce qu'on l'avait tellement baladé.
04:48Et elle lui dit, je te promets que d'ici la fin de l'année,
04:51tu auras une petite sœur.
04:52Un mois après, le téléphone a sonné,
04:55je me souviens comme si c'était hier,
04:57je venais de l'école où j'avais posé Jean-Mathieu,
04:59Madame Bouc appelait pour nous prévenir
05:02qu'elle avait une petite fille
05:03et qu'elle voulait savoir si ça nous intéressait.
05:07J'ai dit, oui, oui, oui, j'ai appelé Manu,
05:09qui a dit oui, donc j'ai vite appelé Madame Bouc,
05:12et elle m'a dit, je me doutais de votre réponse,
05:15j'ai déjà pris le billet d'avion.
05:18Quand on a eu cette porte ouverte,
05:20on s'est vraiment lancé en disant,
05:22ben oui, on n'a pas à réfléchir,
05:23on ne va pas demander comment elle est,
05:24si elle est malade, s'il y a quelque chose.
05:26Non, non, on est vraiment allé à fond,
05:27tout de suite dessus,
05:28et ça a été très, très rapide.
05:30Et pourquoi on est passé par cette œuvre ?
05:33Parce que c'était clean,
05:35qu'on était vraiment très bien reçus.
05:38Nos amis avaient adopté,
05:39donc on y allait en confiance,
05:40et cette personne avait elle-même
05:42des enfants adoptés.
05:46Surtout, c'était très simple,
05:47je veux dire,
05:48Madame Bouc,
05:49elle nous a tout de suite dit,
05:50tant pour l'avocat,
05:51tant pour la nourrice,
05:53tant pour le billet d'avion.
05:54C'était clair et net,
05:56donc on en avait pour un X truc,
05:58et oui, non plus.
06:00Ça, c'était au mois de février,
06:01et elle est arrivée le 10 avril.
06:06Le 10 avril 1985,
06:08un avion se pose sur le tarmac
06:10de l'aéroport de Bruxelles.
06:12À bord se trouve Carmen,
06:13que ses parents vont très vite
06:15rebaptiser Anaïs,
06:16et qu'ils attendent avec impatience.
06:20Je me souviens, à l'aéroport,
06:21on a attendu très longtemps,
06:24même notre fils pensait
06:26que c'était une blague.
06:28Il m'a attrapée en me disant,
06:29viens maman,
06:30on n'aura pas de petite sœur.
06:32À un moment donné,
06:33j'ai vu au loin une dame
06:35avec une enfant dans ses bras,
06:37et j'ai dit, c'est elle.
06:39Je ne savais pas,
06:40mais c'était bien elle.
06:42Elle nous l'a donnée tout de suite,
06:44comme ça.
06:46Et là, c'était un grand moment d'émotion.
06:47Parce que c'est comme une naissance,
06:49c'est pareil.
06:51J'ai grandi dans une famille très aimante,
06:53donc je n'ai pas souffert
06:54de ce statut d'enfant adopté.
06:56J'ai eu beaucoup d'amour.
06:58C'est vraiment le travail de ma mère
06:59de m'avoir, entre guillemets,
07:01préparée à comprendre
07:03que j'avais été adoptée.
07:04Je crois qu'elle me l'a tellement répétée
07:06que c'est rentrée dans mon cerveau
07:07assez rapidement.
07:08J'ai juste un souvenir
07:10de, je pense,
07:124-5 ans,
07:12un truc comme ça,
07:13où elle me redit,
07:14pour la xième fois,
07:15que je ne suis pas sortie
07:16de son ventre,
07:17mais qu'elle m'aime pareil.
07:19Et moi, c'est tellement intégré
07:21dans mon cerveau,
07:21elle me l'a tellement dit
07:22que c'est vraiment genre
07:23c'est bon,
07:24je peux aller jouer là,
07:25je peux y aller.
07:26Mais pour elle,
07:27c'était vraiment,
07:27je pense, primordial,
07:28quitte à être pénible
07:29et étouffante,
07:31que je ne me sente pas
07:33aimée différemment de mon frère
07:35qui, lui,
07:35était le fils biologique
07:37de mes parents
07:38avant que j'arrive
07:40dans leur foyer.
07:41Il n'y a jamais eu de différence.
07:43Je l'ai disputé
07:44autant que son frère,
07:46mais peut-être plus.
07:47Non, il n'y a pas de différence
07:48dans la vie quotidienne.
07:49On a réussi à faire
07:50une adoption plénière.
07:52C'est-à-dire qu'à peine arrivé,
07:53on a pris un avocat à Lyon
07:55pour réaliser tous les documents
07:56pour qu'Anaïs,
07:58Thermaine,
08:00ait les mêmes droits
08:01que Jean-Mathieu.
08:03Ça, c'était important pour nous
08:04parce que c'est notre enfant.
08:07Moi, j'ai toujours dit
08:08fabriquer ou adopter,
08:10le plaisir, elle-même,
08:11les emmerde aussi.
08:17À 15 ans,
08:18je découvre ma vraie identité
08:19à la suite d'une espèce
08:21de crise assez basique
08:22d'enfant rebelle.
08:24J'étais un peu en colère
08:25parce que je n'arrivais pas
08:27à comprendre vraiment
08:28les raisons de cet abandon.
08:30Même si on nous avait dit
08:32que ma mère biologique
08:33était activiste,
08:34OK,
08:35mais est-ce qu'elle ne pouvait
08:36vraiment pas faire autrement ?
08:37Alors évidemment,
08:37j'arrivais à comprendre,
08:38mais j'avais quand même
08:39des sursauts de colère.
08:41J'avais dû balancer
08:42un truc assez naze
08:43à ma mère
08:44en lui disant
08:44que je détestais
08:45ma mère biologique
08:46parce qu'elle m'avait abandonnée.
08:48Pour ma mère,
08:48c'était complètement impossible
08:51que je grandisse
08:52avec de la haine
08:54envers cette mère biologique
08:55parce que pour elle,
08:56c'était primordial
08:57que je comprenne bien
08:58qu'elle avait fait
08:58un acte d'abandon,
08:59quelque chose
09:00dont elle était consciente,
09:01que c'était pour me sauver
09:02et pas parce qu'elle
09:03ne m'aimait pas.
09:04Et après,
09:04discussion avec mon père,
09:05elle s'est dit
09:05que ce serait peut-être bien
09:06quand même que j'ai mon dossier,
09:07que je puisse le feuilleter.
09:09Et dans ce dossier,
09:10je découvre ma vraie identité
09:11Carmen Maria Vega.
09:13Et là, je me dis
09:14« Mais ouais,
09:14Carmen Maria Vega,
09:15c'est trop beau, quoi.
09:16C'est trop bête
09:17de ne pas avoir
09:18au moins gardé Carmen Maria. »
09:25C'est pas facile
09:26de donner un dossier
09:27parce que c'est normal
09:29qu'on le donne,
09:30mais c'est pas facile
09:31non plus de le donner
09:32parce qu'il y a
09:32une découverte
09:34d'une histoire passée,
09:36d'une partie de l'histoire.
09:37On lui a donné
09:38avec émotion,
09:38de toute façon,
09:40mais sans crainte,
09:41nulle part.
09:42Et moi,
09:42c'est devenu
09:43un leitmotiv derrière,
09:44vraiment de récupérer
09:45cette identité.
09:46Donc,
09:47j'ai essayé
09:47d'habituer
09:47le plus possible
09:48et mes amis
09:49et ma famille
09:50à m'appeler Carmen,
09:50je ne supportais plus
09:51qu'on m'appelle Anaïs.
09:52Et encore aujourd'hui,
09:53bon, Anaïs,
09:53j'aime pas
09:54qu'on m'appelle Anaïs.
09:56Il y en a
09:56dans la famille
09:57qui n'ont eu aucun problème
09:58à l'appeler Carmen,
09:59moi,
10:00beaucoup plus.
10:01C'est aussi
10:01une partie de sa vie,
10:02donc c'est pas gênant.
10:07On n'a pas pensé.
10:08C'est vrai
10:08qu'avec le recul,
10:09je le regrette
10:10parce qu'il n'y avait
10:11aucune raison
10:11qu'on ne lui laisse pas.
10:12Alors peut-être
10:13pour faciliter
10:13une intégration,
10:15pour dire
10:16que ce n'est pas évident
10:17de s'appeler Carmen,
10:19d'avoir un peu
10:20la peau mate.
10:21Donc,
10:22c'était peut-être
10:22pour plus faciliter
10:23l'intégration,
10:24ce qui est idiot,
10:25mais à l'époque,
10:26c'était un peu comme ça.
10:28Les années passent,
10:29Carmen ne ressemble
10:30à personne de sa famille
10:31et ça commence
10:32à lui peser.
10:33Et puis,
10:34si elle sait
10:35que sa mère biologique
10:36est une activiste,
10:37elle ne connaît rien
10:38de son père,
10:38qui est d'ailleurs noté
10:39comme inconnu
10:40sur son acte de naissance.
10:41Je me demandais
10:42mais est-ce qu'elle
10:44s'est fait violer peut-être ?
10:45Et ça,
10:46c'est vraiment,
10:46ça a été une obsession de moi.
10:47J'avais hyper peur
10:48d'être née d'un viol.
10:49Et je voulais au moins
10:50contrecarrer le truc
10:51si jamais ce n'était pas vrai.
10:52Il est évident pour Carmen
10:54que si elle veut trouver
10:55une réponse à tout ça,
10:56elle doit retourner
10:57au Guatemala.
10:58Mais elle ne connaît
10:59rien de ce pays
10:59et n'osera faire
11:00le premier pas
11:01qu'après une rencontre inattendue.
11:06La personne merveilleuse
11:08grâce à qui
11:08je vais pouvoir partir
11:10dans mon pays
11:11s'appelle Vincent Simon,
11:12donc le porte-parole français
11:13de Rigoberta Menchou,
11:14donc le prix Nobel
11:151992 au Guatemala
11:17qui, elle,
11:17se bat pour le droit
11:18des indigènes
11:19et plus largement
11:19pour le droit des hommes.
11:21Lui, il est originaire
11:22de Mont-de-Marsan.
11:24Son but dans la vie
11:24à ce moment-là,
11:26c'est vraiment
11:26de faire en sorte
11:27de, dès qu'il rencontre
11:29un Guatemala,
11:29peu importe l'endroit
11:30du monde dans lequel
11:31il se trouve,
11:31c'est de le sensibiliser
11:32au combat de Rigoberta.
11:34Et moi, en l'occurrence,
11:34il vient me voir
11:36dans un festival
11:37à Luxey,
11:38qui est donc à côté
11:39de Mont-de-Marsan,
11:40festival d'été
11:40en plein air et tout.
11:41Et il veut me rencontrer
11:44à la fin.
11:45Il essaie de rentrer
11:45dans ma loge
11:46et il s'avère que
11:47personne ne me dira jamais
11:49qu'il a essayé
11:49de me rencontrer.
11:50Il m'envoie quelques mails
11:52que je ne reçois jamais.
11:54Et trois mois plus tard,
11:55au miracle,
11:55alors je ne sais pas
11:56par quel biais extraordinaire
11:57et d'un seul coup,
11:58son mail arrive
11:59dans ma boîte mail,
12:00mais il me dit donc
12:01dans le mail,
12:02« Bonjour Carmen,
12:04moi voilà,
12:04je suis venue vous voir,
12:05j'adore ce que vous faites.
12:06C'est tellement rare
12:07de rencontrer
12:07des artistes français,
12:08originaire du Guatemala.
12:10J'aimerais vous sensibiliser
12:11à la cause de Rigoberta.
12:12Est-ce que vous êtes déjà
12:13venu dans votre pays ? »
12:14À ce moment-là,
12:15moi j'y vois vraiment
12:18l'opportunité
12:18tant attendue
12:20d'une personne
12:21qui parle couramment espagnol,
12:23qui est français,
12:23donc qui connaît aussi
12:24évidemment la culture de la France
12:25et qui connaît mieux que moi
12:26mon pays d'origine,
12:28le Guatemala,
12:28et je me dis
12:29« Tente-la, vas-y ! »
12:31et je lui dis « Non,
12:32je n'ai jamais rencontré Rigoberta,
12:33j'adorerais la rencontrer,
12:34évidemment,
12:35vous n'imaginez pas
12:36à quel point pour moi
12:36c'est une star
12:37et je serais hyper émue
12:39de faire sa connaissance.
12:40Mais maintenant que je vous tiens,
12:42est-ce que vous…
12:42voilà,
12:43j'aimerais retrouver
12:43ma mère biologique,
12:44moi,
12:45revenir de mon pays à fond,
12:46mais dans une démarche touristique,
12:49ça ne m'intéresse pas du tout.
12:50Si je viens,
12:50c'est vraiment pour faire des recherches,
12:51est-ce que vous pouvez m'aider ? »
12:5324 heures après,
12:54Carmen reçoit un nouveau mail
12:55de Vincent
12:56qui lui dit oui.
12:57Il doit retourner
12:58quelques semaines plus tard
12:59au Guatemala
13:00en janvier 2011
13:01et lui propose de l'accompagner.
13:04Moi, à ce moment-là,
13:05je suis en plein de fin de tournée,
13:07j'enregistre un album,
13:08mon second album,
13:10je regarde le planning,
13:10je dis « Oh là là,
13:11j'ai 13 jours à peine
13:12à consacrer
13:14le but d'une vie. »
13:15C'est genre « Waouh,
13:16bon, tant pis,
13:17on y va. »
13:17Et je lui dis « Ok, d'accord. »
13:19Et là, j'ai pris mes billets.
13:21Je n'ai pas le souvenir
13:22qu'il y a eu un cataclysme
13:24hormis le fait de se dire
13:25« Elle part toute seule,
13:27ce n'est pas forcément
13:28un pays calme et tout. »
13:31Ça ne m'a pas plus perturbée
13:32que ça.
13:33Je pense qu'il faut chercher
13:34son histoire.
13:35On a besoin d'avoir
13:36une histoire complète.
13:39Donc, nous,
13:40c'est de...
13:41Notre histoire,
13:42avec elle,
13:43c'est de huit mois,
13:44neuf mois,
13:44quand elle est arrivée,
13:46jusqu'à aujourd'hui.
13:48Il y a une petite page
13:49qu'elle ne connaît pas.
13:50Donc, c'est bien
13:51d'ouvrir le livre
13:52et il faudrait peut-être
13:52pouvoir le refermer
13:53un petit peu.
13:55Mais nous,
13:56sur place ici,
13:57on était impuissants.
13:58Quoi qu'il arrive,
14:00ça a été la peur
14:00de se dire
14:01« On ne va pas la revoir. »
14:03Elle risque d'y rester là-bas.
14:04Ça, c'était fort.
14:10Je pars rejoindre,
14:11c'est inconnu.
14:12Et dès que je pars,
14:13tout de suite d'entrée,
14:14tout est une épreuve.
14:15Le moindre petit truc
14:16est une épreuve.
14:17Ce qui, normalement,
14:17quand on part en vacances
14:19ou rejoindre un ami,
14:20je ne sais où,
14:21qu'on prend l'avion,
14:22il n'y a pas franchement
14:24de raison que d'un seul coup,
14:25ça soit l'enfer.
14:28Et là,
14:28dès le départ,
14:29c'est l'horreur.
14:29Je suis complètement
14:30à côté de mes pompes.
14:32J'ai déjà pris l'avion
14:33plein de fois avant ça.
14:34Mais là,
14:35je suis complètement
14:36perdue dans cet aéroport
14:37Charles-de-Gaulle
14:37alors que je le connais.
14:38Je ne suis pas
14:39au bon terminal.
14:40On m'appelle
14:40dans les haut-parleurs,
14:41le truc qui n'arrive jamais.
14:43Genre,
14:44en fait,
14:44je n'avais pas vu
14:44que l'embarquement
14:45était genre
14:46à l'autre bout
14:47de l'aéroport.
14:48Donc, je cours
14:48dans les espèces
14:49de couloirs
14:50de l'enfer
14:51avec les escalators
14:52plats qui n'en finissent pas
14:54en poussant tout le monde.
14:56Et au moment où j'arrive,
14:57j'ai la dernière
14:57à rentrer dans l'avion.
14:58Je suis en sueur.
15:00Et en plus,
15:01l'avion met un temps
15:01fou à partir
15:02parce qu'il y a
15:02une tempête de neige.
15:03Donc, finalement,
15:04je n'étais pas
15:05tant à labour que ça.
15:06Et si je l'ai eu,
15:06c'est grâce à la neige.
15:18Arrivée en retard
15:19pour sa correspondance,
15:20Carmen rate son avion
15:21à New York.
15:22Et c'est finalement
15:23un peu plus tard
15:23qu'elle pose le pied
15:24sur le sol
15:24de Guatemala-Ciudad
15:26où l'attend Vincent
15:27et où elle va rester
15:2813 jours.
15:41Voilà,
15:41j'ai eu vraiment
15:42le sentiment
15:42qu'en arrivant
15:42en Guatemala,
15:43j'étais happée
15:44par l'enquête
15:45et le destin
15:46de chercher cette mer
15:48coûte que coûte
15:49parce que 13 jours,
15:50c'est beaucoup trop court.
15:51Vincent connaît
15:52très bien l'administration,
15:53ce qui m'a évidemment
15:54facilité la vie
15:55parce que moi,
15:56là, toute seule là-dedans,
15:57ne parlons pas espagnol,
15:58je ne sais pas ce qu'il faut faire.
16:00Et lui,
16:00il connaît tous les filons.
16:01Donc, il se sert
16:03de sa carte d'avocat
16:05comme coup de fil
16:06pour expliquer
16:06qu'on a besoin
16:07très rapidement
16:08de trouver cette femme
16:09et cette jeune fille
16:10qui travaillait à la RENAP,
16:11qui était donc
16:11la mairie locale.
16:12Il nous dit,
16:13moi, je ne peux pas
16:13vous donner l'acte de naissance
16:14avant 13 jours.
16:15C'est le temps légal
16:16pour sortir un papier.
16:18Il dit,
16:18écoutez,
16:18je vais juste
16:20vous mettre
16:20sur un papier
16:21l'adresse qu'il y a
16:22sur son acte de naissance
16:22ou comme ça,
16:23vous pourrez commencer
16:23à aller vérifier les choses
16:25et moi,
16:25je vais accélérer
16:26la procédure à 48 heures.
16:28Mais en tout cas,
16:28tout ce que je peux vous dire,
16:29c'est qu'elle vous ressemble
16:30de ouf.
16:31Elle me dit ça
16:32derrière l'ordinateur
16:33qu'elle ne peut pas retourner.
16:34Tu te dis,
16:35bon,
16:35ça va être long,
16:36il faut s'y préparer,
16:37il va y avoir
16:37de nombreuses désillusions.
16:40La première adresse
16:41à laquelle se rendent
16:42Carmen et Vincent
16:43ne semble pas être la bonne.
16:44Dans le quartier
16:45de la zone 18
16:46où elle est née,
16:47personne n'a jamais entendu
16:48parler de sa mère biologique.
16:50Alors Carmen déchante
16:51et s'habitue
16:52à enchaîner les déceptions.
16:53Jusqu'à 48 heures
16:54avant son départ
16:55où tout s'accélère.
16:58On a perdu,
16:59entre guillemets,
17:00deux jours
17:00dans la zone 18
17:01où vraiment,
17:01on ne la trouvait pas,
17:02où elle n'avait pas l'air
17:03d'exister,
17:04vraiment,
17:04ça ne disait rien à personne.
17:06Tout ce qu'il nous restait
17:07à faire,
17:07c'était de partir
17:08dans la ville
17:08d'origine de ma mère
17:10qui figurait
17:11sur son acte de naissance,
17:12Esquipulas,
17:12qui est une ville
17:13qui est à la frontière
17:14du Honduras et du Salvador
17:15et de refaire
17:16les mêmes démarches administratives
17:17qu'on avait fait
17:17dans la capitale,
17:18de trouver un acte de naissance,
17:20voir s'il y avait
17:20des adresses à Esquipulas.
17:23Il y avait le nom de sa mère
17:24sur ses papiers à elle,
17:25donc peut-être
17:25qu'il y avait
17:26une grand-mère encore en vie.
17:27Carmen arrive à Esquipulas
17:29avec les mêmes questions.
17:31Par hasard,
17:31elle rencontre
17:32le frère du maire
17:33de la ville,
17:34un passionné de généalogie
17:35qui décide de l'aider.
17:38Le nom de sa grand-mère,
17:39Dora Vega,
17:40qui a longtemps été
17:41bouchère à Esquipulas
17:42et qui est décédée.
17:43Mais son mari,
17:44le grand-père de Carmen,
17:45donc,
17:46est toujours en vie
17:46et habite au Honduras.
17:48Le frère du maire
17:49se propose de conduire
17:50Carmen et Vincent là-bas
17:51à 1h30 de route.
17:55C'est la première fois
17:56en plus qu'on touche
17:57du doigt la vérité
17:58parce que pendant
17:5913 jours d'enfer,
18:00on était tout le temps
18:01dans le nom,
18:02tout le temps dans la déception.
18:05On arrive chez le grand-père
18:06qui n'est pas là.
18:07Il y a une petite dame
18:08qui est sur sa mini-terrasse.
18:12Ce n'est pas vraiment une terrasse,
18:13elle a une épicerie
18:14et on devine
18:15que derrière,
18:16c'est sa maison.
18:17Et Vincent dit
18:18pour la douzième fois
18:19« Oui, bonjour madame,
18:21nous sommes,
18:22nous cherchons. »
18:23Il n'a pas le temps
18:23de terminer sa phrase
18:24et elle,
18:25pendant tout le temps,
18:25il ne le dit pas.
18:26Elle ne le regarde pas du tout.
18:27Elle ne me regarde que moi
18:28et elle dit
18:29« Alba ».
18:31C'est la première fois
18:32qu'on ait besoin de dire rien.
18:33Elle dit le prénom
18:34de ma mère biologique.
18:35Mais en fait,
18:36elle a dit en espagnol
18:37« Vous ressemblez tellement à Alba ».
18:53Merci Claudia Prolongeau.
18:54Dans le prochain épisode
18:56de Code Source,
18:56nous verrons comment va se passer
18:58cette rencontre
18:58entre Carmen Maria Vega
19:00et son grand-père
19:01et plus tard,
19:02sa mère biologique.
19:03Cet épisode a été produit
19:05par Benjamin Boucriche,
19:06réalisation Alexandre Ferreira.
19:08« Mais je ne connais toujours pas,
19:11non, je ne me connais pas. »
19:14Code Source
19:15est le podcast d'actualité du Parisien,
19:17disponible chaque soir
19:18du lundi au vendredi.
19:19N'oubliez pas
19:20de vous abonner gratuitement
19:22sur votre application de podcast
19:23comme Apple Podcast
19:25et Podcast Addict.
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