- il y a 9 heures
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Carmen Maria Vega, chanteuse d’origine guatémaltèque, a découvert, à 25 ans, qu’elle a été victime d’un trafic d’enfants. Code source raconte son histoire en deux épisodes.
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NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Aujourd'hui, Codesource continue de vous raconter l'histoire de Carmen Maria Vega.
00:16Cette chanteuse et comédienne de 35 ans, originaire du Guatemala, a été volée à sa mère biologique quand elle avait
00:239 mois.
00:24Dans le premier épisode, Carmen Maria Vega et ses parents adoptifs nous ont raconté sa quête de vérité.
00:30En allant sur place au Guatemala en 2011, elle a réussi à retrouver la maison de son grand-père biologique.
00:43Claudia, quand Carmen Maria Vega arrive chez son grand-père biologique au Honduras, près de la frontière avec le Guatemala
00:49et le Salvador,
00:51elle tombe sur une petite dame. C'est qui ?
00:53Alors en fait, c'est la femme de son grand-père, donc c'est la personne avec qui il s
00:58'est remarié après la mort de sa grand-mère.
01:02Elle dit Alba. Elle dit le prénom de ma mère biologique.
01:07Et en fait, elle a dit en espagnol, vous ressemblez tellement à Alba.
01:13Le grand-père n'est pas la formidable, elle l'appelle en catastrophe en lui disant dépêche-toi, il y
01:16a la fille d'Alba qui est là,
01:18elle cherche Alba, il faut que tu rentres. Donc lui, il était au Salvador, elle est allée chercher du bois,
01:22donc il rentre en speed en deux heures, ce qui est quand même bon, deux heures d'attente, comme ça,
01:27tu vois, à regarder le plafond.
01:30Lui, il arrive et là, il me dit, non mais ta mère, moi je la vois plus du tout, elle
01:34est très fâchée après moi.
01:35Tout ce que je sais, c'est qu'elle est en Belgique.
01:37Il me dit, juste assieds-toi, je vais t'expliquer.
01:39Moi, ma première femme, en fait, pendant la guerre, j'avais une boucherie, la main blanche, qui est donc les
01:46escadrons de la mort,
01:48remontait du Salvador pour commencer à envahir le Guatemala.
01:52Il réquisitionnait tous les commerces, et donc ils l'ont tabassé à mort et tout, et il a fait semblant
01:58d'être mort.
01:58Et quand les militaires sont enfin partis, il a fui au Honduras, laissant, abandonnant, femmes et enfants à Esquipulas, donc
02:08au Guatemala.
02:09La grand-mère meurt prématurément et la fratrie est séparée.
02:13Certains sont mises à l'adoption.
02:15La mère de Carmen, elle, reste à Esquipulas et tente de survivre.
02:19Et ma mère, elle, elle est restée à Esquipulas,
02:21chez une institutrice qui, semble-t-il, la malmenait physiquement, je pense.
02:29Et donc, elle en voulait à mort, à son père, de l'avoir abandonnée dans ces conditions-là.
02:34Et elle a quand même fait l'effort, quand elle a accouché de moi, de venir lui présenter son bébé.
02:40Donc il me dit, moi, je me souviens de toi, petite, mais il y avait un autre enfant, quoi, t
02:43'avais un grand-frère, un grand-seuf.
02:46Et il me dit, moi, j'ai pas du tout son numéro de téléphone, il n'y a que ta
02:49tante Blanca qui vit à Houston,
02:50qui est encore en lien avec elle.
02:52Et voilà, ça se solde par que je repars, évidemment, surémue,
02:57parce que si je viens de rencontrer enfin quelqu'un de ma famille,
03:00cette mère qui est en Belgique, n'en parlons pas.
03:02Et donc, enfin, une soeur, youpi.
03:05On rentre directement avec Vincent, dans la voiture, sur un parking pourri.
03:10J'appelle la tante Blanca.
03:12Et elle, elle pleure tout ce qu'elle peut.
03:14Et elle n'attend même pas deux secondes que je lui dise,
03:17donne-moi le numéro de Alba, je vais l'appeler.
03:20Et qu'elle l'appelle.
03:21Elle a deux lignes, donc elle appelle ma mère sur une autre ligne.
03:24Et elle fait un s'embrasser de téléphone pour se parler pour la première fois, quoi.
03:28Donc c'est complètement lunaire.
03:29Et je ne comprends rien à ce qu'elle me dit.
03:31Donc je raccroche assez rapidement avec la tante Blanca.
03:33Je lui dis, écoute, filme-moi le numéro, je vais l'appeler.
03:36Je l'appelle dans la foulée, quoi.
03:38Je sais pas, dix minutes après.
03:39Et je lui dis, bonjour Alba, c'est ta fille Carmen.
03:44Et elle dit, Carmen, mais t'appelles pas Carmen.
03:47Carmen apprend alors que son prénom de naissance est Engie.
03:51Engie Maria del Rosario Vega.
03:53Et qu'elle n'est pas née de père inconnu.
03:55Je dis, mais alors attends, ok, bon, je suis née le 11 juillet.
03:59Ah ben non, tu es née le 11 juin.
04:01Zone 18, pas du tout.
04:03Donc j'ai un grand frère qui est parti à l'adoption.
04:05Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
04:06Oui, tu as un grand frère qui s'appelle Rowendi Alexander Vega.
04:10Je sais pas où il est, mais il est parti à l'adoption.
04:12Il a 4 ans de plus que toi.
04:13Vous avez pas le même père, mais...
04:16Qu'est-ce que tu fous à Charleroi ?
04:17Je t'expliquerai.
04:18Viens, rentre et je t'expliquerai, quoi.
04:21Elle balargue un peu le truc.
04:22Elle veut pas me dire tout ça au téléphone, quoi.
04:26À ce moment-là, je me sens anesthésie, en fait.
04:30Et donc, j'ai pas de larmes au moment où je lui parle.
04:33Je suis vraiment encore dans la compréhension, je veux comprendre.
04:36Et il y a vraiment plein de trucs qui ne vont pas dans cette histoire-là.
04:40Je me mets plus à pleurer une fois que j'ai raccroche, quoi, de soulagement.
04:44Et me dire, ok, bon, ça y est, je sais où elle est.
04:46Maintenant, je vais pouvoir réorganiser toute cette vie.
04:49Et je rentre pas en me disant, bon, c'est bon, je l'ai trouvé, c'est cool.
04:51Je dis, oh là là, je pense qu'en fait, on est au début d'un petit calvaire, quand même.
04:56Et je rentre en France complètement, mais anesthésiée de tout.
04:59Et j'ai dû passer 10 jours à regarder le mur, quoi.
05:07Après ces 10 jours de sidération, elle contacte à nouveau sa mère.
05:11J'appelle ma mère, je dis, bon, alors voilà, je peux venir te voir dans 15 jours, pas avant.
05:16Parce que je voulais quand même retourner à Lyon pour expliquer aux parents toutes mes trouvailles en direct, quoi.
05:22Et mes interrogations.
05:24Et elle me dit, ok, très bien, bah, si tu veux, tu peux dormir là, il y a une chambre,
05:28hein, c'est la tienne et tout.
05:28Donc je me suis dit, pourquoi j'ai une chambre ?
05:30Enfin, c'est, waouh, bizarre.
05:34C'est étrange, quoi.
05:37Je rentre à Lyon, j'explique tous aux parents qui sont évidemment complètement...
05:41Ils comprennent pas du tout ce qui se passe, et moi non plus.
05:43Et puis moi, j'ose à peine dire le package, mais j'ai dit, bon, bah, je vous en dirai
05:47plus quand j'entrerai.
05:49Mais il y a vraiment des zones d'ombre et bizarres, quoi.
05:52Pour elle, c'était très dur de découvrir tout ça.
05:55On en prend, effectivement, on peut pas imaginer, mais on en prend plein la figure.
05:59Donc c'était compliqué.
06:00Mon mec me dit, viens, bon, alors je t'emmène, on prend un train jusqu'à Lille, on loue une
06:05voiture, et puis on y va, machin.
06:07Et je suis dans une espèce de non, quoi, mon corps est surflippé, quoi, j'ai hyper peur.
06:11J'ai vraiment hyper peur, et on arrive devant sa maison, il y a son mari qui dit, écoute, elle
06:15m'a dit de rester dehors et de t'attendre,
06:18et quand tu es là, de frapper trois fois à la porte pour la prevenir que tu es là.
06:22Tu me dis quand t'es prête, y a pas de souci, machin.
06:25Vraiment très bienveillant, extrêmement gentil, hyper amoureux de sa femme.
06:29Déjà, moi, ça me rassure énormément, je me dis, elle est bien entourée, quoi.
06:32Elle n'est pas seule dans ce pays qui n'est pas le tien.
06:36Donc il finit trois fois, et c'est des longues maisons minières.
06:39Charleroi est une ville de minières, et il y a un petit être d'un mètre 42 qui court du
06:44fin fond de sa cuisine,
06:46qui me saute dessus, qui m'étouffe d'amour, quoi.
06:52Et je me dis, bon, ben voilà, elle m'a pas l'air du tout d'être activiste, quoi.
06:56À ce moment-là, je lui dis, ah, c'est pas possible, c'est une mère célibataire, c'est tout,
06:59quoi.
07:01Je lui dis, mais tu as été activiste ?
07:05Activiste, déjà, je ne sais pas ce que ça veut dire, activiste.
07:07Je dis, alors, activiste, c'est que, est-ce que tu t'es battue contre les conflits armés ?
07:12Est-ce que tu as été engagée politiquement pour te battre contre l'État à ce moment-là ?
07:19Pas du tout.
07:20Pourquoi tu as quitté le pays ?
07:22En fait, ton père a migré aux États-Unis, et il m'a promis qu'il nous ferait venir, ton
07:28frère et moi,
07:29parce que le père de ton frère ne l'ayant pas reconnu, lui, ton père à toi, avait reconnu ton
07:36frère.
07:37Et il a dit, je vous ferai venir tous les trois, laisse-moi le temps de m'installer, je t
07:40'enverrai des sous.
07:41Ce qu'il a fait les trois premiers mois, il a envoyé des sous, ce qui lui a permis, elle,
07:44de survivre à Guatemala-Ciudad.
07:47Et au bout d'un moment, plus de nouvelles, plus d'argent.
07:50Donc là, célibataire, période de conflit armé, dans une capitale où, pour pouvoir travailler,
07:56il faut pouvoir faire garder ses enfants, ou avoir de la famille qui peut nous aider, elle n'a personne.
08:00Son père est à Honduras, sa mère est morte, deux, trois amis, qui sont dans le même genre de situation,
08:06donc qu'est-ce qu'on fait ?
08:12Elle va voir les sœurs qui la mettent en relation avec Ophélia Degamas,
08:16une femme qui aide les mères célibataires à placer leurs enfants pendant quelques temps.
08:20Cette femme, ça va être très connu de l'histoire, puisqu'elle est la belle sœur du dictateur en place
08:25à ce moment-là.
08:26Ce qui ignore Alba complètement, évidemment.
08:30Et elle la met en contact avec l'association Acerpointé, qui est basée à Tournai, en Belgique, qui aide les
08:35femmes célibataires.
08:36Et elle dit, moi, je veux bien les placer, mais par contre, ici, moi, mon cas à moi, fait que
08:42je n'ai rien qui me retient dans ce pays.
08:45Je n'ai plus de famille.
08:48Moi, je veux partir en Belgique, pourquoi pas, je ne connais pas ce pays.
08:52Refaire ma vie, et puis récupérer mes enfants quand j'aurai du travail, quoi.
08:56Je me dis, mais alors pourquoi je m'appelle Carmen Maria sur les papiers ?
09:00Si tu m'as appelée Angie, elle me dit, je ne sais pas pourquoi ils t'ont rebaptisée comme ça.
09:06Mais je me rappelle être dans un bureau d'une avocate, et je suis vraiment bouleversée de devoir signer ces
09:13papiers auxquels je ne comprends pas grand-chose.
09:16Et c'est l'avocate, semblerait-il, qui aurait changé d'identité.
09:20Parce que comme mon père m'avait reconnue à la naissance, il fallait avoir sa signature pour pouvoir m'autoriser
09:24à quitter le pays.
09:25Et ils ont juste gardé Vega, ce qui est déjà pas mal, tu vois.
09:28Parce que comme elle, elle m'accompagnait, il fallait bien que ça prouve quelque chose, quoi.
09:33Carmen prend donc l'avion avec son grand frère et sa mère biologique pour la Belgique,
09:37où ils pourront bientôt revivre comme une famille normale.
09:40Mais arrivée à l'aéroport de Bruxelles, on demande à Alba d'attendre, puis on emmène son fils et sa
09:46fille.
09:47Madame Oudard m'a, semble-t-il, arrachée des bras de ma mère,
09:52pour m'amener à Michel Bouc, qui a réalisé mon adoption, qui était la personne principale en lien avec mes
09:57parents adoptifs,
09:59pour m'amener dans leurs bras, mais en passant par la douane et en sortant de la douane.
10:05Et ma mère, biologique, me raconte exactement la manière dont ça s'est passé.
10:08C'est-à-dire qu'elle me voit partir derrière une vie de centain et aller dans les bras de
10:14mes parents,
10:15mais elle, elle est encore dans la douane.
10:17Mes parents, eux, me racontent la même histoire de leur point de vue,
10:19où ils me voient enfin sortir et l'attente était interminable.
10:22C'est en entendant cela que Carmen place la dernière pièce du puzzle.
10:25Sa mère ne l'a jamais abandonnée. Elle lui a été volée.
10:29Ma mère était donc persuadée qu'elle allait nous revoir.
10:32Et la première année, elle a travaillé comme intendante au service de Madame Houdard chez Madame Houdard,
10:40qui a réalisé nos adoptions.
10:43Et Madame Houdard et Michel Bouc ont adopté une dizaine d'enfants chacune.
10:47Donc il y avait aussi des enfants à s'occuper.
10:50Et ma mère a fait ça, pensant qu'elle finirait par nous revoir.
10:56Je pense qu'au bout d'un moment, elle a compris qu'on la prenait pour une conne
10:59et que malheureusement, il y avait aussi un travail d'intimidation,
11:03qu'il fallait mieux qu'elle ne l'ouvre pas trop,
11:05parce que si elle voulait rester en Belgique, obtenir ses papiers, etc.,
11:09il ne fallait peut-être pas trop la ramener.
11:12Donc elle s'est fait à l'idée qu'elle ne nous reverrait pas.
11:14Et elle a quitté la maison de Madame Houdard.
11:16À ce moment-là, elle a commencé à trouver un travail
11:20et rencontré Tony, son actuel mari.
11:23Et ils ont refait leur vie tous les deux.
11:25Ils ont eu mon petit frère, Brandon.
11:29C'est compliqué et difficile, parce que même elle, encore aujourd'hui,
11:31elle est complètement traumatisée de la guerre.
11:36Et par conséquent, elle est encore persuadée que les escadons de la mort,
11:38même s'ils n'existent plus, sont capables de venir en Belgique pour la récupérer.
11:42Donc il y a vraiment un travail de terrorisation qui a vraiment été bien fait
11:45et par l'État guatemaltec et par l'association qui a réussi à lui faire croire
11:49qu'il s'était quand même mieux pour elle, qu'elle se taise.
11:51Et encore aujourd'hui, elle a très peur.
11:52Elle ne veut pas témoigner et je comprends très bien.
11:56De retour en France, Carmen doit annoncer la vérité à ses parents.
11:59Je la réentends en disant « Oui, vous m'avez acheté ».
12:03Ça, le « vous m'avez acheté », c'est un truc qui m'a...
12:06Je lui ai dit « Tu sais, chérie, si on t'avait acheté, ça voulait dire que tu étais à
12:11vendre. »
12:13« Qu'est-ce que tu veux dire là ? »
12:13Donc, brusquement, elle a réagi.
12:15Je dis « Non, nous, tout était clair et net. »
12:18Je veux dire, on savait ce qu'on devait.
12:20Comme disait Manu tout à l'heure,
12:21on a payé tant pour l'avocat, tant pour la nourrice, tant pour le billet d'avion.
12:25Donc, ce n'était pas un achat.
12:27C'était un remboursement.
12:28Voilà, on n'achetait rien du tout.
12:30On payait pour notre fille, pour les personnes.
12:33Voilà, donc ce qui était logique.
12:35Moi, j'ai coûté 1500 dollars américains, ce qui n'est pas grand-chose, voyez-vous.
12:39Dans les 1500 dollars, il y a une facture faite à la machine à écrire,
12:45sans tampon, sans signature, c'est lunaire.
12:49Et dans ces frais-là, comprend 9 mois de nourrice.
12:55Or, je n'ai jamais été chez une nourrice pendant 9 mois,
12:58puisque j'ai toujours été avec ma mère.
13:00Et l'unique jour où j'ai été gardée, c'est le jour où elle est partie chez l'avocate
13:03signer mes papiers.
13:05Alors que mes parents adoptifs ont toujours dit qu'ils voulaient une famille nombreuse,
13:10ils n'ont jamais dit à mes parents qu'il y avait ce frère qui partait à l'adoption.
13:13Ils ont dit, si jamais il y a une fratrie, nous, on ne veut pas casser la fratrie.
13:16Donc, vous nous le dites, on adopte les deux, les trois, les quatre, je ne sais pas combien ils seront.
13:20Et l'association a juré qu'il n'y avait pas d'enfant, qu'il n'y avait pas de
13:22frère, pas de soeur.
13:23Pourquoi ? Parce que dans deux foyers, deux enfants rapportent plus que dans un seul.
13:28Ils nous avaient dit, mais pourquoi vous ne l'avez pas adopté ?
13:30Je dis, mais parce qu'on ignorait que tu avais un frère.
13:32C'est des moments pas très simples pour tout le monde.
13:35Donc, il peut y avoir des réactions un peu épidermiques comme ça,
13:38mais après, ça se calme avec le temps.
13:40Et puis, il a raison, parce qu'il n'y a pas d'implicité sur le dossier.
13:47Pendant plus de trois ans, on a été vraiment dans une incapacité totale de se comprendre.
13:51Ça a été hyper compliqué quand je leur ai dit,
13:53ben voilà, on va se parler franco de porc, vous m'avez acheté.
13:59Je sais, ce n'est pas marrant, mais je ne suis pas en train de vous accuser.
14:01J'ai tout à fait compris que vous étiez victime au même titre que ma mère biologique,
14:06mais il faut l'admettre.
14:08Et ça a été un vrai non catégorique.
14:10Au début, c'était...
14:12Je comprends, c'est-à-dire comment on n'a pas pu voir,
14:14comment on n'a pas pu protéger notre enfant,
14:16comment on s'est fait berner, comment on a fait pour ne pas voir.
14:20Une surprise, vraiment, on tombait en tout cas de haut,
14:23parce que la personne en Belgique par laquelle on est passée,
14:28nous paraissait clean sur tous les points.
14:32Et là, on découvre que ce n'est pas si propre que ça.
14:35Donc ça, ce n'est pas bien, parce que quelque part,
14:38on s'est fait un petit peu avoir.
14:40Passé ce moment, après, on se dit,
14:43de toute façon, on ne peut pas effacer 24 ans de vie commune.
14:47Ce n'est pas possible.
14:49On ne peut pas les effacer complètement.
14:51Donc voilà, après, qu'on découvre que ce n'était pas si bien que ça,
14:57la vie est là.
14:59Donc on a construit l'histoire ensemble.
15:02Pendant trois ans, on n'a pas réussi à se parler.
15:04Et finalement, c'est le moment où je leur ai dit,
15:05écoutez, là, je vais reporter plainte, parce que ce n'est pas possible.
15:08Il faut que tous les trois, on admette que cette histoire est la nôtre,
15:10et pas que la mienne.
15:11À partir de ce moment-là, on a re-réussi à ouvrir le dialogue.
15:15Eux, ils ont pu me parler vraiment à cœur ouvert
15:17sur les difficultés qu'ils ont eues à essayer d'adopter avant.
15:20Des associations frauduleuses qu'ils avaient rencontrées
15:22qui leur demandaient de l'argent sans jamais expliquer où ça allait aller.
15:25Et papa s'était vraiment enflammé et avait dit,
15:27moi, je ne donne pas d'argent si je ne comprends pas où ça va.
15:31Donc que d'un seul coup, tout ce qui avait l'air d'être légal ne l'était plus,
15:35c'est inentendable pour eux, vous vous rendez bien compte.
15:38Il a bien fallu trois ans avant que ça soit simple.
15:41Et là, ça fait dix ans, maintenant, on arrive à en rire.
15:45Enfin.
15:47En 2017, Carmen sort un nouvel album composé de chansons sur sa quête identitaire
15:51qu'elle raconte également dans un livre,
15:53Le chant du bouc, paru cet automne.
15:55Le fait qu'elle ait trouvé tout ça, pour elle, c'est très bien, je pense.
16:00Maintenant, elle est apaisée.
16:04Maintenant que le livre est écrit,
16:05qu'il y a eu de l'eau qui a coulé sous les ponts,
16:10et ça s'est apaisé pour tout le monde.
16:12Donc on est à retrouver une situation normale entre nous.
16:18Mais je m'interroge aujourd'hui sur ces adoptions internationales,
16:23où je me demande s'il y a des adoptions internationales qui sont propres, clean.
16:30C'est un doute que j'ai aujourd'hui.
16:32On se pose beaucoup de questions.
16:34Maintenant, si on devait le faire aujourd'hui, on se pose beaucoup de questions.
16:39Finalement, Carmen a décidé qu'elle serait née le 11 juillet, et pas le 11 juin.
16:44Après avoir fêté son anniversaire pendant 25 ans à cette date-là,
16:47elle ne se voyait pas en changer.
16:48Mais elle a aussi décidé qu'elle continuerait à s'appeler Carmen, malgré tout.
16:52Prénom inventé par une avocate frauduleuse, visiblement.
16:55Mais en fait, pour moi, Carmen, c'était tellement parfait comme nom d'artiste,
17:00parfait par rapport à la liberté que ça représente.
17:03Pour moi, c'est une vengeance quelque part de garder ce prénom-là.
17:05C'est à la fois faire reconnaître quelque chose qui existait à travers mon identité.
17:12Et Carmen de Bizet, c'est une femme libre.
17:14Ça me plaît.
17:17Aujourd'hui, on est plusieurs enfants à cette reportée partie civile.
17:21On a porté plainte à plusieurs.
17:23Mais toute la difficulté de ce genre de procédure, c'est déjà qu'on est 35 ans plus tard.
17:29Donc comment on fait valoir ce genre de plainte ?
17:33Et puis, après, il faut un procureur qui se passionne pour l'histoire
17:37et qui va d'un seul coup avoir envie de porter cette affaire-là.
17:41Mais ça peut être dans six mois, dans un an, dans deux ans.
17:43Donc là, on en est là.
17:45Aujourd'hui, Carmen est restée en contact avec Alba, mais la voit peu.
17:49C'est compliqué pour moi de rendre l'amour dont a besoin ma mère biologique.
17:55Elle l'a tout à fait compris.
17:58C'est un peu dur pour moi de dire ça comme ça.
18:01Mais je n'ai pas la capacité en moi d'arriver à lui rendre tout cet amour
18:07qu'elle a eu pour nous pendant toutes ces années.
18:09Je ne peux que être dans la compréhension.
18:10Quelque part, mon combat aujourd'hui, qui est de faire reconnaître la vérité,
18:13est une manière aussi de lui dire que je l'aime comme je peux l'aimer.
18:17Après, ça se trouve, elle n'a pas du tout besoin de ce combat-là.
18:19Elle préférerait de loin que je lui fasse des gros câlins
18:21et que je sois revenue à la maison.
18:23Mais je n'y arrive pas.
18:26J'ai décidé de penser à moi aussi.
18:28Il y a des moments où on ne peut pas tout faire.
18:29Je trouverai ma liberté
18:33Et bientôt, j'arriverai
18:39Je trouverai
18:43Je suis la Nina, la Pinta, la Santa Maria
18:49Comment comprendre où c'est qu'on va ?
18:54La Nina, la Pinta, la Santa Maria
18:59Je cherche un sens à tout cela
19:03Tout cela
19:07Claudia, combien d'enfants comme Carmen Maria Vega
19:10ont été victimes de ces trafics
19:12pendant la guerre civile au Guatemala ?
19:14Alors c'est évidemment un petit peu compliqué d'avoir des données très précises là-dessus
19:18Mais ce que me disait Carmen
19:20et ce qui est écrit dans plusieurs articles de presse
19:22c'est qu'entre les années 80 et les années 2000
19:25il y a à peu près eu 30 000 adoptions d'enfants au Guatemala
19:27et il y en aurait 8 000 au moins
19:29qui seraient des adoptions frauduleuses
19:32Carmen Maria Vega a porté plainte pour trafic d'humains
19:35On a l'impression qu'elle n'y croit pas trop ?
19:38Je pense qu'elle y croit
19:40mais je pense aussi qu'elle a quand même un peu envie de passer à autre chose
19:44Donc elle, elle a porté plainte
19:45Maintenant elle espère qu'il y a d'autres enfants qui ont été volés aussi
19:49qui vont aller porter plainte
19:50Il y a déjà quelques plaintes qui ont été déposées en France
19:52et il faut, comme elle le dit, qu'un procureur se saisisse du dossier
19:56Voilà, je crois qu'elle a envie qu'il y ait une réponse judiciaire un jour
20:00Je crois aussi qu'elle a décidé que ça ne régira pas sa vie
20:03Clairement il y a eu beaucoup de cas
20:05Pour preuve, l'une des auditrices de Codesource
20:07qui a écouté le premier épisode sur Carmen Maria Vega nous a contacté
20:11Oui, on a reçu un mail hier soir
20:13d'une auditrice qui nous dit qu'elle est dans la même situation
20:15qu'elle a elle aussi été adoptée au Guatemala dans les années 80
20:18et qu'elle se pose aussi beaucoup de questions sur d'où elle vient
20:21comment elle a été adoptée
20:23si tout ça était très légal
20:24Son adoption a été organisée par la même association
20:27que celle qui a organisé l'adoption de Carmen
20:29donc elle a évidemment beaucoup de doutes à ce sujet
20:31et Carmen nous a renvoyé vers une autre victime
20:34de ces adoptions frauduleuses
20:35qui elle, essaye un petit peu de réunir toutes les personnes qui sont concernées
20:39Merci Claudia Prolongeau et merci à Carmen Maria Vega
20:42ainsi qu'à Manuel et Martine, ses parents adoptifs
20:45d'avoir accepté de témoigner
20:50Cet épisode a été produit par Stéphane Geneste
20:53réalisation Benoît Gilon
20:55Code Source est le podcast d'actualité du Parisien
20:58disponible chaque soir du lundi au vendredi
21:00N'oubliez pas de vous abonner gratuitement
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