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  • il y a 9 heures
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Code source raconte comment les policiers ont tué l’ennemi public n°1, Jacques Mesrine, d’une vingtaine de balles, le 2 novembre 1979. Exécution ou légitime défense ? La justice donnera raison aux forces de l’ordre en 2006.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'était il y a 40 ans à Paris, le vendredi 2 novembre 1979, aux alentours de 15h15.
00:18L'ennemi public numéro 1 est tué par des policiers porte de Clignancourt au volant de sa BMW marron métallisé.
00:25A côté de lui, sa compagne, Sylvia Jean-Jacquesau, est grièvement blessée.
00:29L'homme narguait la police depuis un an et demi, depuis son évasion en plein Paris de la prison de
00:33la santé,
00:34un affront au pouvoir du président Valéry Giscard d'Estaing.
00:38Le dernier jour de Jacques Mérine, raconté par le commissaire Joquerie, témoin direct de sa mort,
00:44et par Éric Pelletier du service police-justice du Parisien.
01:01Dans l'esprit du grand public, l'ennemi public numéro 1 reste Jacques Mérine.
01:06Son itinéraire ressemble aux années 70.
01:09Il réunit en un seul personnage les peurs et les espoirs d'une époque.
01:14Les peurs de la violence, des braquages, de l'enlèvement.
01:16Et puis en même temps, les luttes post-68, notamment que portait Mérine sur la fin des quartiers de haute
01:25sécurité,
01:25qui était une sorte de tombeau duquel on ne sortait pas.
01:28Et ce personnage qui était totalement ambivalent, il représente toute une époque.
01:33Il fait partie de notre histoire.
01:36Le 4 novembre 1979, deux jours après la mort de Jacques Mérine,
01:41le procureur convoque les journalistes pour leur faire écouter un document.
01:44Ce document, il est glaçant quand on l'écoute même à 40 ans de distance.
01:49Il s'agit de cassettes.
01:50De nombreuses cassettes, il y en aurait une soixantaine,
01:52enregistrées par Jacques Mérine, à destination de sa compagne de l'époque, Sylvia Jean-Jacquesau.
01:58Mais c'est prémonitoire.
01:59En fait, il y décrit sa mort, il y décrit ce qui se passe, port de Clignancourt,
02:04et il va décrire sa mort, les armes dans la main.
02:06Qu'est-ce qu'il dit concrètement ?
02:08D'abord, c'est une lettre d'amour.
02:10Tous ces souvenirs fous, tu sais, Bevé.
02:13Et l'amour, c'était si bon l'amour ensemble.
02:16On peut dire qu'on se donnait.
02:19Il y a beaucoup d'ironie et on sent aussi qu'il est dans une impasse.
02:23L'impasse de la violence.
02:24On ne peut pas, tu sais chéri, quand un homme vit par les armes,
02:27la violence et le vol, c'est très rarement qu'il meure dans son lit.
02:33Et en fin de compte, ma mort n'est pas plus stupide que si j'étais mort au volant d
02:36'une voiture
02:37ou à l'usineur en travaillant pour un patron.
02:41Donc les flics m'aient assassiné ou pas, c'est possible, la question ne se pose pas.
02:45Face à un type comme moi, il n'y a pas tellement de cadeaux à faire.
02:48Je n'en fais pas non plus de mon côté.
02:49Et il dit, en gros, ce sera eux, les policiers, ou moi.
02:53Et si tu écoutes, Sylvia...
02:55C'est que je suis dans une cellule d'où on ne s'évade pas.
02:59S'évade pas, c'est-à-dire que je serai décédé.
03:01Pour la justice, c'est une façon de justifier les tirs très rapides des policiers ?
03:05Il s'agit clairement pour le procureur de montrer que les policiers ont tiré en état de légitime défense
03:10et qu'il ne s'agit pas d'une exécution en pleine rue, comme déjà la rumeur le prétend.
03:18Avant de raconter en détail comment Jacques Mérine a été tué il y a tout juste 40 ans,
03:22Éric Pelletier, rappelez-nous ce qu'il faisait. Quel gangster était-il ?
03:25C'était LE gangster.
03:27C'est Legrand.
03:28Tout le monde le surnomme Legrand, à commencer par lui-même.
03:31Il s'appelle Legrand.
03:31Il est massif, il est impressionnant et il est totalement mégalomane.
03:36Il est plutôt un fils de la petite bourgeoisie.
03:39Ses parents tiennent une entreprise de dentelles de luxe.
03:43Et puis finalement, à force de fréquenter les bars de Pigalle, le milieu de la nuit,
03:48il dérive et puis il est emprunt de ce qu'il appelle lui-même un instinct de mort.
03:53Il a la violence, la violence en lui.
03:54Et il va être marqué par la guerre d'Algérie, où il va combattre.
03:58Oui, il faut rappeler dans quelle époque on se situe.
04:00Les Français, les jeunes appelés, font leur service militaire dans ce qu'on n'appelle pas la guerre d'Algérie,
04:05mais qu'il l'est. En réalité, c'est un vrai conflit.
04:08Et il effectue deux ans de service militaire à partir de 1957 en Algérie.
04:12Et là, il voit des choses qu'un jeune homme de 20 ans ne devrait pas voir.
04:16Il va donc devenir l'ennemi public numéro un.
04:19Quel genre de crime il commet ?
04:20C'est très révélateur de l'époque.
04:22C'est très 70s.
04:23Qu'est-ce qu'il y a ?
04:24Il y a des enlèvements avec demande de rançon.
04:26Il y a des braquages, des braquages de banque.
04:28Et puis surtout, des évasions, des évasions à répétition.
04:32Et il a tué à plusieurs reprises.
04:34Oui, c'est à peu près acquis.
04:35Alors, il a été acquitté pour un homicide au Canada.
04:38Mais il est vraisemblablement l'auteur d'un double meurtre de gardes forestiers au Canada.
04:43Alors même qu'il s'entraînait au tir dans une forêt, ils ont été surpris par ces gardes forestiers.
04:47Et Mérine a tiré.
04:49C'était eux ou nous, dit-il.
04:51Jacques Mérine s'évade de la prison de la santé en mai 1978.
04:55Et les policiers, à ce moment-là, le savent.
04:57Il va y avoir derrière des braquages, puisque Jacques Mérine va devoir trouver de l'argent, trouver des armes.
05:02D'où ses braquages à répétition, une armurerie, le casino de Deauville avec un échange de coups de feu.
05:07Et puis son gros coup, c'est l'enlèvement d'un industriel qui s'appelle Henri Lelievre.
05:10Donc là, on est en 1979.
05:12Et la rançon qu'il exige, c'est pas moins de 6 millions de francs de l'époque qu'il
05:16va obtenir.
05:17Et pendant tout ce temps, Jacques Mérine parle régulièrement à la presse.
05:20Il envoie des lettres aux journaux.
05:21C'est un affront pour le pouvoir politique, pour les policiers ?
05:25Oui, bien sûr, parce que les médias, ou certains médias, notamment Paris Match, notamment Libération,
05:29ont un contact direct avec Jacques Mérine qui fait passer un certain nombre de messages.
05:33Or, les policiers s'échinent, ou les services de police s'échinent à le retrouver.
05:38Donc c'est un véritable affront pour le pouvoir politique.
05:41L'ennemi numéro un est insaisissable.
05:43Un groupe de police anti-Jacques Mérine est même monté.
05:46Oui, c'est une question de stratégie policière.
05:48En réalité, jusqu'à cette époque-là, on va dire jusqu'à 1979, on avait des groupes, des équipes constituées,
05:54mais qui travaillaient isolément.
05:57Schématiquement, au niveau parisien, la BRI, c'est-à-dire l'anti-gang du commissaire Broussard.
06:03Et puis au niveau national, avec cette compétence élargie sans Paris, on avait les hommes du commissaire Aimé Blanc.
06:10Là, l'OCRB.
06:11On avait une vraie rivalité entre la BRI parisienne et l'OCRB national.
06:16Et donc un groupe est créé pour essayer de sortir de cette guerre des polices.
06:19C'est un groupe qui ne dit pas son nom, mais qui est un groupe anti-Mérine.
06:22Et on va mettre en commun les renseignements, les moyens, les informations et bien sûr les équipes.
06:33En septembre 1979, donc quelques semaines avant sa mort, Jacques Mérine s'en prend à un journaliste de minutes.
06:39C'est sans doute le tournant de sa cavale où l'ultra-violence de Mérine s'exprime le plus ouvertement.
06:44Il tend un piège, un guet-apens à l'un des journalistes de minutes, qu'il va très grièvement blesser
06:51de trois balles.
06:52Et c'est ça qui, indirectement, va causer sa perte.
06:54À ce moment-là, l'OCRB et la BRI vont récupérer un premier renseignement.
07:00C'est une stratégie policière assez simple finalement.
07:02On se demande avec qui Mérine peut faire ses coups.
07:04Et très vite apparaît le nom d'un de ses complices qui est Charlie Bauer, qui vient lui des cercles
07:10d'extrême-gauche, qui est assez politisé.
07:12D'ailleurs, contrairement à Mérine, mais ils sont très amis.
07:15Et on se dit que peut-être ces deux-là sont toujours en lien.
07:19Donc la logique policière est souvent la même.
07:21Pister l'argent, chercher la femme.
07:23Ils trouvent la femme de ce fameux Charlie Bauer.
07:26Et comment est-ce qu'ils la trouvent ? Ils savent qu'elle est enseignante.
07:28Et ils se disent que peut-être qu'elle a une voiture.
07:30Effectivement, elle a une voiture.
07:32Que cette voiture, elle est forcément assurée.
07:33Et chez un assureur, qui est l'assureur des enseignants.
07:37Et en fouillant auprès de cet assureur, ils découvrent l'adresse.
07:40L'adresse de ce fameux Charlie Bauer qu'ils vont prendre en filature.
07:44Et le commissaire Kerry dira plus tard que finalement, il s'attendait à une filature extrêmement difficile de Charlie Bauer,
07:50qui était tout le temps sur ses gardes.
07:52Or, ça a été la plus simple de ses carrières.
07:54Et sans doute la plus cruciale, puisque cette filature les conduit jusqu'au 35 rue Béliard, dans le 18e arrondissement.
08:01Et cette adresse, c'est l'adresse secrète de Jacques Mérine.
08:05Et la rue Béliard, le 35 rue Béliard, c'est vraiment le quartier de la Porte de Clignancourt, dans le
08:10nord de Paris, dans le 18e arrondissement.
08:11C'est ça, très précisément, 35, 37 rue Béliard.
08:15Là, c'est un immeuble moderne, d'une soixantaine d'appartements.
08:18Il y a six ou sept étages.
08:19Et on donne sur la Porte de Clignancourt.
08:21On est là, à la toute fin du mois d'octobre 1979.
08:25Les policiers commencent donc une surveillance 24h sur 24 de cette adresse.
08:29C'est tout un quartier qui est mis sous surveillance.
08:31Les policiers ne prennent pas le risque de rentrer dans l'immeuble, de peur d'être détectés.
08:36Et en revanche, ils vont, dans un périmètre assez large, mettre une surveillance lourde,
08:41puisqu'il y a à peu près une quarantaine, une cinquantaine de fonctionnaires,
08:44jusqu'à des fonctionnaires qui se déléguisent en clochard, comme on dit à l'époque, en SDF, sous des cartons.
08:51Dans une rue, un carrefour stratégique, il y en a un autre plié en deux dans un triporteur,
08:56d'autres plus classiquement dans des voitures.
08:58Et on observe pendant deux jours.
09:00Et à un moment, les policiers vont même suivre Jacques Mérine et sa compagne, Sylvia Jean-Jacquesau,
09:04et leurs deux amis, donc Charlie Bauer et sa compagne, pendant qu'ils vont se balader dans le quartier.
09:09Voilà, ça c'est un moment très fort de cette planque,
09:12où soudainement, les deux couples sortent, vont se promener boulevard d'Ordano,
09:18c'est-à-dire pas très loin, une artère commerçante,
09:20et à distance, les policiers, à pied, les suivent.
09:23Et là, ils se rendent compte que, finalement, comme des personnes lambda,
09:28ils font leurs courses dans un magasin de chaussures,
09:30ils vont aussi acheter des fruits,
09:32mais ils se demandent s'il est opportun d'intervenir à ce moment-là,
09:36sachant que, et Sylvia Jean-Jacquesau, et Jacques Mérine portent alternativement une sacoche,
09:42et le mystère est complet sur ce qu'il y a à l'intérieur de cette sacoche,
09:46peut-être une arme, peut-être des grenades.
09:53La décision est prise de ne pas intervenir,
09:55trop de risques d'intervenir dans la foule,
09:58et on laisse donc Jacques Mérine et sa compagne rentrer à leur domicile,
10:03et la surveillance continue.
10:09Et on en arrive au jour fatidique, le 2 novembre 1979.
10:13La planque est très longue, elle dure, évidemment, toute la nuit,
10:17les hommes sont fatigués, et puis vers 15h, deux personnes, un couple,
10:20sort du 35-37 rue Béliard,
10:23et se dirige vers une voiture que les policiers n'avaient pas immédiatement identifiée
10:27comme un véhicule suspect, une BMW,
10:29et le policier qui est en planque, qui voit passer ces deux personnes,
10:32est quasi certain, à 90% dit-il, qu'il s'agit bien, en ce qui concerne l'homme,
10:38de l'ennemi public numéro un, donc de Jacques Mérine.
10:40Vous avez les documents de police de l'époque.
10:42Les documents sont clairs, on a le rapport d'intervention du commissaire Broussard,
10:46daté du jour même, et qui décrit cette sortie de l'immeuble.
10:48Alors c'est très clair, on voit d'abord sortir une femme,
10:51Sylvia Jean-Jacquesau, qui marche, et à quelques mètres de distance derrière elle,
10:56un homme, qui sera donc identifié comme Jacques Mérine,
10:59qui porte manifestement une perruque,
11:01et les deux sont décrits comme très tendus, très méfiants.
11:04Ils montent dans cette BMW couleur marron,
11:07font quelques mètres à leur volant pour se positionner juste devant l'immeuble.
11:11Et puis là, la femme, la passagère, descend et va chercher,
11:15toujours selon le rapport d'intervention, une petite valise,
11:17et des vêtements, vêtements qu'elle plie sur la plage arrière du véhicule.
11:20On a l'impression, et on a le sentiment quand on voit cette scène,
11:23d'un couple qui part en week-end, il fait doux à ce moment-là,
11:27bien que ce soit le mois de novembre, on est un vendredi,
11:30et la voiture roule très lentement en direction de la porte de Clignancourt,
11:34qui est à quelques dizaines de mètres.
11:36Et il faut rappeler à ce moment-là qu'il y a un très important dispositif policier,
11:39et des dizaines d'hommes autour.
11:41Au total, une quarantaine de fonctionnaires, des dizaines de véhicules.
11:44Oui, le dispositif, il est très important d'abord,
11:46parce qu'évidemment, on a en face de nous l'ennemi public numéro un,
11:50mais aussi parce qu'il faut pouvoir tourner, échanger.
11:54C'est-à-dire qu'à un moment donné, on peut imaginer que l'un ou l'autre des occupants
11:57du véhicule,
11:58par exemple, descendent et continuent son périple à pied.
12:00Dans ce cas-là, il faut avoir des fonctionnaires, à moto ou à pied, pour suivre la filature.
12:05Le commissaire Joquerie est l'adjoint de Robert Broussard.
12:09Au sein de la BRI, il est mobilisé sur l'opération.
12:11Moi, avec ma voiture, je fonce comme un malade et je remonte boulevard Ornano.
12:16Je me pose à la sortie de la rue Béliard.
12:19Je sors de voiture, j'ai ma main sur mon arme,
12:22mais je vois que Messrine passe devant moi.
12:25Il est quasiment à deux mètres devant moi, mais il n'est pas coincé.
12:28Il n'y a rien devant lui pour l'arrêter.
12:29Donc, je ne fais aucun geste pour l'interpeller, sinon il accélère et on peut le rater.
12:35Donc, je remonte dans ma voiture.
12:37Lui, entre-temps, tourne à droite.
12:38La circulation est dense.
12:39Tout cela se fait au ralenti.
12:41Il tourne à droite en direction de la place Clignancourt
12:43et ensuite va sur la gauche en direction des boulevards extérieurs.
12:48Oui, là, le dispositif se resserre et il faut évidemment pour les policiers
12:52anticiper le fait qu'on va se retrouver à un moment donné
12:55au milieu de ce carrefour, de ce nœud urbain
12:58qu'est la porte de Clignancourt.
13:00Et là, le plus rapide, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer,
13:02ce ne sont pas les motos de la police, ce ne sont pas les voitures,
13:04c'est un gros camion qui pèse 3 tonnes,
13:07qui est un camion bâché et qui était en protection,
13:09non loin de là, rue du Mont-Senis.
13:11Et grâce au talent de conducteur, la personne qui est au volant,
13:16ce camion va arriver dans un premier temps
13:18à la hauteur de la portière de Jacques Mérine.
13:21Et Mérine, voyant arriver ce camion, le laisse passer, fait un petit signe.
13:26Le conducteur remercie et se positionne juste devant la BMW
13:30alors que le feu passe au rouge.
13:32La BMW est prise en sandwich.
13:36Qu'est-ce qu'il y a pu se dire à la radio ? Moi, j'en sais rien.
13:38Ça se joue à vue.
13:39Moi, je suis au volant de ma voiture.
13:40Je vois les quatre policiers, je vois que Mérine est coincée.
13:43La radio, je l'oublie.
13:45J'ouvre la portière, je sors avec mon calibre, je braque Mérine.
13:49Et les quatre qui sont dans le camion et qui voient Mérine lâcher le volant
13:53et ne voient plus ses mains, n'attendent pas, c'est clair,
13:56qu'ils se saisissent d'une arme, voire d'une grenade,
13:59puisqu'il avait des grenades dégoupillées,
14:00dont la cuillère était retenue par un élastique, façon commando.
14:04Là, il n'y a pas de radio. Qu'est-ce que je fais ? Chef, je tire, je ne
14:06tire pas.
14:07Non, ils ouvrent le feu.
14:09Ça, c'est l'action sans parole.
14:12Ils tirent. Combien de temps ça dure ?
14:13Ils sont quatre à tirer, avec des fusils qui étaient réglés sur des rafales de trois.
14:18Chaque policier a dû tirer entre trois et six cartouches maximum.
14:22La fusillade, elle dure 15 secondes, 16 secondes.
14:26Je le vois prendre les impacts, sursauter.
14:29Moi-même, d'ailleurs, qui suis dehors, je suis à quelques mètres de la voiture.
14:34Je reçois en pleine figure le souffle des balles,
14:37parce que les tireurs sont à deux mètres ou trois mètres de moi,
14:41avec des armes quand même qui sont assez puissantes,
14:43et qui dégagent du souffle, des balles et des cartouches très rapides.
14:47Et puis, il s'affaisse sur le volant de son véhicule,
14:50et on comprend tout de suite qu'il a été abattu, qu'il est mort.
14:57Une fois que la fusillade est terminée, moi, je ressens un grand silence.
15:01Alors, évidemment, il y a probablement du bruit autour de moi avec des véhicules de la circulation,
15:06mais la fusillade, quand même, claque dans les oreilles.
15:10C'est très bref, très court.
15:12Et une fois que la fusillade est terminée, c'est un grand silence.
15:15La passagère, Sylvia Jean-Jacques, est touchée de plusieurs tirs.
15:18Elle s'extrait, ou alors on l'extrait de la voiture, en tout état de cause.
15:21On la voit sur les photos de l'époque, à terre,
15:24en plein milieu de cette porte de Clignancourt,
15:26avec sa jupe à carreaux et baignant dans le sang.
15:29Ils avaient leur caniche, fripouille, avec eux, et il est aussi touché.
15:32Oui, Sylvia Jean-Jacques a sur les genoux, à ce moment-là, son petit caniche.
15:36Et il est blessé, soit par des éclats de verre, soit par des tirs.
15:39En tout état de cause, il ne survit pas, il est euthanasié.
15:42Que se passe-t-il dans les minutes qui suivent ? Que font les policiers ?
15:44C'est un chaos indescriptible.
15:46D'abord, il y a un embouteillage monstre.
15:48Et puis, arrivent sur place, convergent sur place,
15:51toutes les unités de police, à la fois de police judiciaire,
15:53une quarantaine qui sont sur place, les cars, les estafettes.
15:56On voit aussi les journalistes qui sont là très vite.
15:59Et d'ailleurs, il y a un salarié du Parisien qui assiste à la scène
16:02et qui appelle sa rédaction.
16:04La rédaction du Parisien étant, à l'époque, à Saint-Ouen,
16:06donc très proche de la porte de Clignancourt.
16:08Puis les caméras convergent.
16:09Et en l'espace de quelques dizaines de minutes,
16:12la nouvelle est connue.
16:13Jacques Mérine a été tué par la police.
16:27Le corps de Jacques Mérine est penché sur le volant
16:30et il va rester dans cette position pendant environ une heure.
16:32Les policiers expliquent ce fait par la nécessité d'inspecter la voiture
16:37et peut-être pensent-ils que cette voiture peut être piégée.
16:40En réalité, je pense qu'il y a une sorte à la fois d'euphorie
16:44et d'inorganisation chez les policiers.
16:48Cette image, elle marque les esprits.
16:50Il y a des images figées, des photographies, en une du Parisien d'ailleurs.
16:53Le Parisien titre « La fin d'un tueur ».
16:55Et puis, il y a aussi des images des caméras.
16:58Et donc, au journal de 20h, on voit ce corps ensanglanté,
17:02évacué de la porte de Clignancourt.
17:04Dès le 12 novembre 1979,
17:06dix jours plus tard,
17:07la mère et la fille aînée de Jacques Mérine portent plainte.
17:10Elles estiment qu'il a été victime d'une exécution.
17:12L'instruction ouverte pour assassinat va être très compliquée.
17:15Les policiers de cette opération ont caché certains éléments
17:18après la mort de Mérine ?
17:19Il faudra 20 ans pour qu'on se penche réellement sur ce qui s'est passé
17:23et qu'on entende les policiers qui ont tiré.
17:25Puisque là aussi, aussi étonnant que ça puisse paraître aujourd'hui,
17:29les policiers qui ont tiré sont très vite exfiltrés du dispositif
17:33et sont appelés à rentrer au plus vite au 36 qui désorfèvre
17:36ou à d'autres endroits, mais en tout cas à quitter les lieux.
17:39Et ce camion donc s'en va ?
17:40Ce camion s'en va.
17:40Et d'ailleurs, sur les photos de presse, à ma connaissance, on ne le voit pas.
17:43Et pendant longtemps, on ne saura pas précisément
17:45lequel les policiers a tiré en premier ?
17:47Qui a tué finalement Jacques Mérine ?
17:48Pendant des dizaines d'années, ce sera un mystère.
17:51Pas au sein de la maison police qui fait corps.
17:53On arrive à savoir qui étaient les quatre personnes à l'arrière de ce fameux camion.
17:58Mais jusqu'à un certain nombre d'auditions qui vont être réalisées dans les années 2000,
18:02on n'a pas l'identité des gens qui étaient à l'arrière de ce camion
18:05et donc qui ont ouvert le feu.
18:07Je le dis clairement, il n'y a pas eu de sentiment de joie
18:10d'avoir tué un type qui n'était pas du tout un Robin des Bois.
18:16Et il n'y a pas de sentiment de culpabilité de l'avoir abattu, même avec quatre tireurs.
18:22On a fait le boulot.
18:23S'il avait soit gardé les mains sur le volant,
18:26soit levé gentiment les mains pour les coller au pare-brise,
18:29je le dis clairement, il serait vivant.
18:32Il a choisi une autre option.
18:33Nous, on n'avait pas d'état d'âme là-dessus.
18:35On ne pouvait pas se permettre de prendre le moindre risque avec un type comme ça.
18:38On a ouvert le feu.
18:39Donc, ni joie, ni culpabilité.
18:43C'était lui, c'était nous.
18:44Il l'avait dit à plusieurs reprises.
18:46Bon, il valait mieux que ce soit lui plutôt que nous.
18:48Et des passants.
18:49Ce qui m'a toujours quand même un petit peu contrarié,
18:51c'est qu'on ait pu en faire un héros,
18:53alors qu'en fait, c'était un type violent.
18:56C'était un tueur qui n'avait pas d'état d'âme.
18:59Alors, c'est ça qui est terrible.
19:01C'est que certains font faire de moi un héros.
19:03Et qu'en fin de compte, il n'y a pas d'héros dans la criminalité.
19:06Il n'y a que des hommes qui sont marginaux,
19:08qui n'acceptent pas les lois.
19:09Qui a ouvert le feu à plusieurs reprises sur des policiers,
19:13mais dans des conditions dangereuses pour des passants.
19:16C'était un type qui tabassait systématiquement toutes ses compagnes.
19:20Toutes, toutes ont été frappées.
19:22Donc, franchement, ce n'était pas du tout un héros.
19:24C'était vraiment un sale type.
19:33Le dossier va aboutir à un non-lieu en 2004.
19:36La légitime défense des policiers est reconnue par la justice.
19:39Non-lieu ensuite confirmé en 2006 par la Cour de cassation.
19:47Et dis donc, bébé, peut-être que j'écoute cette cassette et que je ne suis pas mort du tout.
19:55Peut-être que manque de chance pour moi, les policiers m'ont pris vivant.
20:01Et tu l'écoutes quand même en te disant, je le préfère en prison et vivant.
20:08Bah, tu sais sincèrement, si je suis en prison, je ne suis pas content.
20:12Parce que moi, je préfère autre chose.
20:16Écoute encore, écoute cette musique.
20:23Merci à Jockery et à Éric Pelletier.
20:34Cote Source est le podcast d'actualité du Parisien.
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20:40Réalisation Benoît Gilon.
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