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A l’été 2020, Yasmina Kettal rejoint le service addictologie de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Depuis 4 ans, elle travaillait aux urgences et avec la pandémie de Covid-19, elle a subi de plein fouet la crise de l’hôpital. Témoignage.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Ambre Rosala, Thibault Lambert et Lolla Sauty - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
Archives : NVO.
Retrouvez ce podcast sur : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/crise-aux-urgences-yasmina-kettal-infirmiere-raconte-lenfer-sur-terre-21-07-2022-XDVMSGKZ45DEDMXN5U24U7ZMGE.php
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Démissions en série, sous-effectifs, services d'urgence saturés, l'hôpital public est en crise, une crise particulièrement aiguë cet
00:20été.
00:20Le gouvernement annonce l'ouverture prochaine d'une grande conférence pour réformer le système de soins français.
00:26Le nouveau ministre de la Santé, François Braun, a commencé à recevoir les différents acteurs concernés le jeudi 21 juillet.
00:33Nous avons consacré un épisode de Codesource à cette crise au mois de juin avec une journaliste spécialiste santé aux
00:39Parisiens, Florence Méréo.
00:40Mais nous avons eu envie d'y revenir aujourd'hui avec un témoignage.
00:44Yasmina Quétal a 32 ans, infirmière, elle a travaillé 4 ans aux urgences de l'hôpital de Saint-Denis près
00:50de Paris avant de changer de service.
00:52Yasmina Quétal raconte son parcours et ce qu'elle a vécu aux urgences au micro d'Ambre Rosala.
01:06Yasmina Quétal est infirmière dans un centre d'addictologie à Saint-Denis dans le 93, où elle aide des patients
01:12à sevrer leurs addictions.
01:14Elle a 32 ans, elle est brune, avec des cheveux bouclés coupés juste au-dessus des épaules et des yeux
01:20très noirs.
01:21Elle travaille à mi-temps et consacre le reste de son temps à son action syndicale.
01:27Je la rencontre dans le local du syndicat sud de l'hôpital de La Fontaine, à Saint-Denis, au sous
01:32-sol de l'établissement.
01:35Yasmina est née à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, mais elle grandit à Saint-Denis.
01:41Son père décède quand elle est très jeune, alors elle est élevée par sa mère, qui est assistante maternelle, avec
01:46ses deux frères.
01:48C'est une petite fille au fort caractère, qui a l'esprit d'une aventurière.
01:53Je n'ai jamais voulu être infirmière à la base.
01:57Qu'est-ce que je voulais faire ?
01:58Je pense journaliste ou un truc comme ça, ou exploratrice.
02:02Je pense que j'ai dû avoir ma période d'archéologue, un peu d'exploration, de recherche, un truc comme
02:08ça.
02:09Un peu intrépide, bonne à l'école, mais qui n'en faisait un peu qu'à sa tête.
02:15C'était difficile un petit peu quand même, je pense, pour les parents.
02:20Mais bon, pas de trucs graves, mais un peu tête brûlée.
02:24Après son bac, Yasmina fait un an de classe préparatoire de lettres à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.
02:31Puis elle entre en fac d'histoire, avant de devenir bibliothécaire.
02:35Quand elle a 21 ans, elle décide de démissionner, pour aller rejoindre des amis,
02:40partis faire un an d'échange universitaire en Espagne.
02:43Je fais un peu une année sabbatique, et au retour, je ne savais pas trop quoi faire de ma vie.
02:49J'ai repris un peu des études de sociaux, que je n'ai pas terminées.
02:53Et durant ces études, j'avais un ami qui, lui, était en école d'infirmière.
02:57Et on en a parlé à plusieurs reprises, et c'est lui qui m'a dit
03:00« Écoute, franchement, tente le concours, tu ne sais pas trop, vois un peu si ça te plaît. »
03:06Il m'avait commencé à me parler un petit peu à la fois des études et aussi de son travail.
03:10Je m'étais dit « Pourquoi pas ? »
03:12« Je tente, je vois, et si ça me plaît, je reste, si ça ne me plaît pas, je pars.
03:15»
03:16Yasmina tente les concours pour devenir infirmière, et elle réussit du premier coup.
03:20Elle entre en formation à Aubonne, dans le Val-d'Oise, en 2013.
03:25« Ça m'a vraiment plu.
03:27Moi, j'aime beaucoup apprendre, j'aime beaucoup découvrir des choses.
03:31Et donc, du coup, c'était un puits sans fond, la médecine. »
03:35Au début de l'année 2014, elle fait son premier stage dans un centre de soins de suite et de
03:40réadaptation,
03:41une unité de rééducation pour les personnes qui viennent de se faire opérer.
03:45Moi, j'avais 24 ans, j'avais déjà travaillé.
03:47Enfin, voilà, je n'étais pas non plus sortie nulle part, mais je ne connaissais pas du tout le milieu
03:50du soin,
03:50à part les six mois d'apprentissage à l'école.
03:54Et le premier jour, on me dit « Tu vas faire la tournée avec les aides-soignantes, j'arrive le
03:57matin. »
03:59Je me retrouve, bim, dans une chambre avec une personne nue qu'il faut laver, une personne âgée.
04:04Je n'ai pas compris, en fait, où je… Alors que j'avais étudié la toilette, enfin voilà.
04:09Mais d'un coup, c'est devenu concret de devoir toucher quelqu'un.
04:13Même avec un gant, en fait, d'un coup, on passe dans quelque chose de très différent.
04:17Et ça a été hyper déroutant, en fait.
04:20Tout au long de sa formation, Yasmina se découvre une envie de se mettre au service des autres
04:24et de travailler pour le service public.
04:27Elle est diplômée en 2016, quand elle a 26 ans, et commence à travailler en intérim dès sa sortie d
04:33'école.
04:34Elle est envoyée en mission, en remplacement, dans différents services de nombreux hôpitaux,
04:39et a du mal à trouver ses marques.
04:42Tu n'as pas d'équipe, tu n'as personne sur qui compter.
04:45Les gens quand tu te vois arriver, ils sont blasés, parce que c'est une personne qui ne connaît pas
04:49le service,
04:50parce que, enfin voilà, ils voulaient leurs collègues, et là, en fait, ils n'ont pas leurs collègues.
04:55Et voilà, forcément, on sait moins de choses, on ne connaît pas les habitudes du service, c'est extrêmement périlleux.
05:01Et puis, en plus, on est poussé par les agences à faire un peu de tout, alors qu'en réalité,
05:06en fait, on ne peut pas faire un peu de tout.
05:07On est très spécialisé quand même.
05:10Et c'est en ça qu'on peut être compétent ou pas, quand on acquiert, en fait, un certain nombre
05:14d'automatismes.
05:16En intérim, ce n'est pas possible.
05:18On n'est que de passage.
05:19Et puis, moi, du coup, je prenais vachement de temps, en fait.
05:21Des fois, je faisais des nuits de 12 heures.
05:23Je faisais 14 heures de travail, parce qu'en fait, le temps que je finisse à comprendre que tel truc
05:28se trouvait à tel endroit,
05:29et que j'écris mes transmissions à la fin de la journée, il était 10 heures du matin, quoi.
05:33Au bout de 6 mois d'intérim, Yasmina est envoyée en mission aux urgences de l'hôpital de La Fontaine,
05:39à Saint-Denis, dans le 93.
05:41On lui propose alors de l'embaucher en CDD, puis en CDI, et elle accepte.
05:46Elle devient infirmière d'accueil aux urgences, et c'est donc à elle d'examiner tous les patients qui arrivent
05:52aux urgences,
05:53et de les trier en fonction de leur état de santé.
05:56C'est un poste qu'elle occupe seule, moins d'un an après l'obtention de son diplôme.
06:01Tu es la seule personne que les gens en salle d'attente voient.
06:05Donc dès que tu vas ouvrir la porte pour aller récupérer un nouveau patient,
06:09les familles, les accompagnants, les patients que tu as classés en consultation et qui attendent le médecin,
06:15tout le monde vient te voir toi.
06:18Plus l'arrivée des pompiers, l'arrivée des ambulances, tes collègues à l'accueil administratif qui disent
06:23« Ouais, mais en fait, il y a ce patient-là, viens voir, parce qu'en fait, je le trouve
06:26quand même un peu gris, »
06:27enfin des choses comme ça.
06:28Et ça, il fallait le gérer tout seul.
06:30Donc c'est-à-dire parfois déshabiller le patient parce qu'en fait, il avait quatre couches.
06:33Pour ne serait-ce qu'avoir une tension, il fallait le déshabiller.
06:36Enfin voilà, il fallait gérer tout ça en même temps.
06:39S'il y a 45 minutes d'attente pour voir l'infirmière d'accueil et qu'en fait, il y
06:42a 10 ou 15 étiquettes,
06:44enfin on appelle ça des étiquettes parce que ça se matérialise comme une étiquette sur l'écran,
06:47ben il y a 15 patients, on attendait de vue.
06:49Quand on arrive à ce niveau-là, en fait, tu dis « Vas-y, je vais prendre les vieux d
06:53'abord,
06:54mais en même temps, parmi les jeunes, t'en as peut-être un qui fait un infarcus. »
06:58Tu développes un truc de travail à la chaîne où en fait, dès que tu vas avoir la moindre perturbation,
07:03le téléphone qui sonne, le machin, le truc, ça te parasite.
07:06Et donc du coup, même, tu n'arrives même pas à être concentré.
07:08Parmi moi, il y a eu des fois où en fait, genre en fin de matinée,
07:12quand tu fais 7h, 14h, à un moment donné, tu te rends compte que tu n'as pas écouté le
07:15patient.
07:16Il est en train de parler, tu lui as posé une question, mais tu ne l'as pas écouté.
07:18Mais je me disais « Mais en fait, pourquoi on accepte ça ? »
07:21On ne mangeait pas, on pissait pas, on ne fumait pas, enfin voilà, c'était non-stop.
07:27Pour ce poste, Yasmina gagne 1 700 euros net par mois
07:30et travaille un week-end sur deux et certaines nuits.
07:34Et elle a parfois l'impression d'être maltraitante avec ses patients.
07:38Au début, je me disais « Mais vraiment, je suis nulle. »
07:41Mais en même temps, quand tu as maltrait un patient
07:43et que tu vois sur l'écran que ton patient est passé en salle de déchoquage
07:46et qu'en fait, il fait un arrêt cardiaque,
07:49sur le moment, c'est toi qui l'a maltrait en fait.
07:52Et bon, t'as beau reprendre après derrière,
07:54dire « En fait, objectivement, je n'avais pas telle, telle, telle donnée.
07:56Objectivement, il n'y avait pas ça.
07:58Finalement, tu l'as quand même mis dans un tri qui n'était pas si pourri que ça.
08:01Il n'a pas perdu trop de temps.
08:02Enfin voilà, il a été vu par un médecin de trop de temps.
08:04Il ne s'en est pas perçu non plus. »
08:05Il y a tout un tas de trucs.
08:06Quand bien même, en fait, il y a cette responsabilité-là
08:10qui te ramène à te dire « J'avais la personne en face de moi, elle parlait.
08:13J'ai pris la décision de trier ça de telle manière.
08:17Et en fait, ce n'était pas du tout la bonne.
08:20Et il faut rentrer chez soi avec quand même.
08:21Ou ne serait-ce que j'ai envoyé chez un patient ou une famille
08:25parce que j'ai expliqué quatre fois les choses
08:27et qu'en fait, à la cinquième fois,
08:28moi, j'ai un patient qui a fait un AVC,
08:30j'ai un patient qui a machin, j'ai une petite mamie, j'ai un truc.
08:32Et qu'en fait, tu découvres que 100% de bienveillance, ce n'est pas possible.
08:36Et j'ai toujours été très attentive à essayer de faire en sorte
08:39qu'on traite bien les gens.
08:41Et quand bien même tu es attentif à ça,
08:44le rouleau compresseur au-dessus de toi qui est tellement fort
08:47que de toute manière, tu peux déployer l'énergie que tu veux,
08:51la bienveillance que tu veux, la bonne volonté que tu veux,
08:55en fait, c'est plus fort que toi.
08:56Au début de l'année 2019,
08:59Yasmina décide de rejoindre le syndicat sud de son hôpital.
09:03Le 18 mars 2019,
09:05les urgences de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris,
09:08se mettent en grève après plusieurs agressions sur leur personnel.
09:12Le mouvement s'étend ensuite à 21 autres hôpitaux parisiens
09:16qui protestent contre le manque de moyens et d'effectifs dans leur service.
09:20Et le 6 juin,
09:21le service de Yasmina se met lui aussi en grève.
09:25Un jour où je ne travaillais même pas,
09:27je reçois un appel d'une collègue qui me dit
09:29« ça y est, on s'est mis en grève ».
09:31En gros, il y avait trop de patients à hospitaliser ce jour-là
09:34qui traînaient dans les couloirs.
09:36Chose qui était déjà arrivée plusieurs fois.
09:39Mais je ne sais pas, cette fois-là, c'était la fois trop.
09:41C'était tendu, comme d'autres journées très tendues.
09:45Mais voilà, ce jour-là, ce n'est pas passé.
09:47Comme l'hôpital est tenu d'assurer un service minimum,
09:50Yasmina et ses collègues continuent de travailler malgré la grève.
09:54Mais elle décide de rejoindre le collectif Interurgence,
09:57une association qui vient de se créer
09:59et qui porte la voix du personnel soignant
10:02des urgences de toute la France.
10:04Pour la première fois,
10:06il y avait des aides-soignants, des infirmiers, des brancardiers
10:08qui disaient, qui racontaient de manière très factuelle
10:11ce qui se passait de l'intérieur
10:13et qui n'enrobait pas la situation.
10:16Quand c'est des collègues d'autres hôpitaux
10:19qui racontent exactement la même chose.
10:21Mais vraiment, c'était assez dingue.
10:23Là, tu arrives quand même à accepter le fait
10:26que oui, en fait, il y a quand même quelque chose,
10:28un vrai problème.
10:29Et ça, ça m'a fait beaucoup de bien.
10:31Il y a un problème de fond.
10:32Et ce problème de fond entraîne des situations au quotidien
10:36qui sont dangereuses pour les patients
10:37et qui sont aussi maltraitantes pour les soignants.
10:40Le collectif Interurgence demande une augmentation nette
10:44de 300 euros pour les plus bas salaires de l'hôpital,
10:47une hausse des effectifs et plus de lits dans les services d'urgence.
10:51Yasmina et les autres membres du collectif
10:54organisent le 14 novembre 2019
10:56une grande manifestation à Paris
10:58qui réunit des milliers de blouses blanches
11:00venues de toute la France.
11:07Mais malgré la mobilisation,
11:09le collectif n'obtient pas ce qu'il veut.
11:12En fait, c'est inflexible, en fait.
11:15Et ça, ça m'a beaucoup touchée
11:16parce qu'en fait,
11:18je ne suis pas naïve
11:19dans le milieu du monde politique,
11:22mais il ne suffit pas d'avoir raison, en fait.
11:25On se dit que même sur l'hôpital,
11:28sur ce qu'une raccroche à la vie quand même,
11:30même quand tu as raison,
11:32en fait, tu ne gagnes pas.
11:33En janvier 2020,
11:35les premiers cas de Covid-19 arrivent en France.
11:38Aux urgences de l'hôpital de La Fontaine,
11:40Yasmina et ses collègues
11:41font face à leurs premiers cas au mois de mars.
11:45Le tout premier cas qu'on a eu,
11:47on l'a eu le matin et le soir,
11:49il était en réa,
11:49donc ça a calmé un peu tout le monde.
11:53Et en fait, ça s'est accéléré
11:55d'une manière exponentielle.
11:58Et chez nous, ça a été extrêmement violent.
12:01On a renvoyé des gens chez eux
12:03et on ne prenait plus que quasiment.
12:04On a été à un moment donné
12:05à un hôpital de Covid,
12:06250 patients Covid,
12:08une quarantaine en réa,
12:09alors qu'on a 18 places.
12:12Le bloc était fermé,
12:13il y avait des patients de réa Covid partout.
12:16Et des patients graves
12:17qui arrivent à la chaîne.
12:20À la chaîne, ça a été un enfer
12:22parce qu'en fait,
12:22tu n'as plus assez de respi dans l'hôpital,
12:25donc en fait,
12:25tout le monde sélectionne.
12:28Le réanimateur a 10 patients
12:30susceptibles d'être entubés dans sa liste.
12:33Il reste un respirateur
12:34et il est aux urgences.
12:35C'est horrible.
12:36Qu'est-ce qu'on fait ?
12:37On a des rampes à oxygène
12:39qu'on sort quand il y a des incendies
12:41qui permettent de mettre
12:41plusieurs patients sous oxygène en même temps.
12:44Toutes les rampes prises,
12:45obligés de mettre des patients
12:45sur des bouteilles.
12:47Voilà.
12:47Je dis souvent pour cette situation,
12:4948 heures de plus,
12:50on était mort.
12:51Pendant plusieurs semaines,
12:53au pic de la crise,
12:54Yasmina est obligée
12:55de travailler énormément
12:56parce que de nombreux collègues
12:58tombent malades.
13:00Et dans son service d'urgence,
13:02la crise est difficile
13:03à gérer psychologiquement,
13:04surtout face aux familles
13:06des patients gravement malades.
13:08C'était nous la porte d'entrée.
13:10Donc en fait, déjà,
13:11il fallait dire à la famille
13:13à partir du moment
13:14où ils rentraient
13:15dans notre box d'urgence
13:16qu'en fait,
13:17c'était au revoir.
13:19Les proches ne savaient pas
13:20quand est-ce qu'ils reverraient
13:21parce que les visites
13:22étaient interdites.
13:23Ça a été des situations
13:24de déchirement.
13:25Enfin, franchement,
13:25les séparations dans le box d'accueil
13:27des urgences,
13:28c'était un enfer sur terre.
13:32Au printemps 2020,
13:34l'épidémie se calme un peu
13:35à l'hôpital de La Fontaine.
13:38Yasmina, qui est épuisée,
13:40tombe malade
13:40sans savoir s'il s'agit
13:42du Covid ou non.
13:44Le 13 mai,
13:45le gouvernement
13:46annonce qu'une médaille
13:47sera remise à tous les soignants
13:49pour leur rendre hommage
13:50après leur engagement
13:51pendant la crise.
13:53Yasmina vit ça
13:54comme une humiliation.
13:55C'est pas possible.
13:57C'est vraiment du foutage de gueule.
13:58Et en plus,
14:01ça a touché
14:01un point sensible
14:02qui était
14:03la reconnaissance honorifique.
14:06Mais la reconnaissance honorifique,
14:08c'est ce qui nous tue.
14:09C'était vraiment ce truc
14:10de dire
14:11il faut saluer des héros.
14:12Mais en fait,
14:13moi je travaille.
14:15Donc là, c'était trop.
14:17À la fin du mois de mai,
14:18le gouvernement lance
14:19un Ségur de la santé
14:21et Yasmina reprend espoir
14:22que ses conditions de travail
14:24s'améliorent.
14:25À la fin de ce Ségur,
14:27en juillet,
14:28son salaire
14:28augmente
14:29et elle touche désormais
14:301900 euros net par mois.
14:32Mais elle estime
14:34que les mesures
14:34pour remédier
14:35au manque de moyens
14:36et de personnel à l'hôpital
14:37ne sont pas au rendez-vous.
14:39À l'été 2020,
14:41Yasmina part en détachement
14:42pour travailler en Guyane.
14:44À son retour,
14:46elle change de service
14:47et quitte les urgences
14:48de l'hôpital de La Fontaine
14:49pour intégrer
14:50le service d'addictologie,
14:52le XAPA.
14:53C'est un service
14:54où le rythme
14:55est beaucoup moins dense
14:56et dans lequel
14:57elle a l'impression
14:57d'avoir plus le temps
14:59de s'occuper de ses patients.
15:01Au printemps 2021,
15:03au moment de la troisième vague
15:04du Covid,
15:05elle réintègre
15:06un service d'urgence
15:07pendant quelque temps.
15:12Je suis revenue
15:12pendant la troisième vague
15:14parce que c'était tendu
15:15en fait
15:16et que je m'étais dit
15:17bon ben
15:18j'avais eu des collègues
15:19au téléphone
15:20et tout ça
15:20et je m'étais dit
15:21bon Yasmina
15:22tu peux pas rester là
15:23comme ça et tout
15:24tu vas aller aider
15:25le temps de la vague quoi.
15:28Et en fait
15:29je suis revenue
15:30dans un truc
15:31où je travaillais 12 heures
15:34je courais partout
15:36et j'avais l'impression
15:37de faire du travail
15:38de merde
15:39mais vraiment
15:39du travail de merde
15:40et je revenais chez moi
15:42avec
15:42de nouveau
15:43tu refais ta journée
15:45elle te parasite
15:45tu appelles tes collègues
15:46enfin voilà
15:47je revenais dans un truc
15:49et je me suis dit
15:50ah mais en fait
15:51non non non
15:52je peux plus vivre ça
15:53c'est juste impossible
15:55tant que le travail
15:56ce sera celui-ci
15:58pourtant j'adore
15:58la médecine d'urgence
15:59et tout
15:59mais
16:01plus dans ces conditions
16:02en fait
16:02j'ai perdu en thune
16:03en passant au que ça part
16:05mais par contre
16:05j'ai gagné en espérance de vie
16:06en fait
16:06enfin tout simplement
16:07la deuxième question
16:08c'est est-ce que j'ai envie
16:09de rester infirmière
16:10je suis pas sûre
16:14je suis pas sûre
16:15parce que
16:17on a dit les choses clairement
16:19il se passe rien
16:20c'est pas de notre faute
16:22nous on a fait ce qu'on a pu
16:24pourquoi est-ce qu'on continuerait
16:25à tenir les murs
16:26comme on l'a fait
16:27depuis tellement longtemps
16:29et surtout ça marche pas
16:31c'est désespérant
16:32c'est désespérant
16:32et ce qui était maîtrisable
16:35avant
16:35ne l'est plus
16:37donc non
16:38j'ai pas d'espoir
16:38j'ai pas d'espoir
16:39parce qu'en fait
16:39il n'y a toujours pas de changement
16:40c'est désespérant
16:55c'est désespérant
17:10et complètement
17:10aujourd'hui
17:11est-ce qu'elle sait
17:12ce qu'elle pourrait faire
17:13non je lui ai demandé
17:14elle n'a pas vraiment d'idée
17:15d'ailleurs elle m'a dit
17:16que c'était aussi
17:17ce qui pouvait la freiner
17:18à quitter le métier
17:19et elle m'a raconté
17:20qu'elle avait plusieurs collègues
17:22dans ce cas là aussi
17:23qui ont envie de changer de métier
17:25parce qu'ils n'en peuvent plus
17:26mais qui ne sautent pas le pas
17:28parce que c'est difficile
17:28de se reconvertir
17:29et de recommencer une formation
17:31à l'âge adulte
17:32Est-ce qu'on sait
17:32si beaucoup de soignants
17:34ont démissionné
17:35et ont changé de métier
17:36ces derniers mois
17:37ces dernières années ?
17:37Alors c'est difficile à dire
17:39mais il y a une étude
17:40menée par la Fédération Hospitalière de France
17:42qui a été publiée
17:43en novembre 2020
17:44et qui dénombre 12 200 départs
17:47d'infirmiers et d'aides-soignants
17:48pendant l'année 2020
17:49alors il faut rester prudent
17:51parce que parmi ces départs
17:52on compte aussi des soignants
17:53qui ont quitté l'hôpital
17:54après avoir démissionné
17:56mais aussi simplement
17:57parce que le contrat s'est terminé
17:59ou parce qu'ils sont partis
17:59à la retraite
18:00mais ça reste quand même
18:01un nombre très important
18:03et depuis le début de la pandémie
18:05il y a beaucoup de postes
18:06d'infirmiers et d'aides-soignants
18:07qui sont restés vacants
18:08et qui n'ont pas été remplacés
18:10Merci Ambre Rosala
18:12et merci à Nicolas Béraud
18:13pour son aide
18:13Cet épisode de Code Source
18:15a été produit par
18:16Lola Sauti et Thibaut Lambert
18:18Réalisation
18:18Julien Moncouquiol
18:20Code Source
18:20est le podcast d'actualité du Parisien
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