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Cette habitante de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) porte depuis plusieurs années la parole des familles de victimes. Dans un livre publié en mai, elle raconte comme elle a dû se reconstruire après le meurtre de sa sœur Ghylaine. Elle témoigne pour Code source au micro d’Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#féminicide #livre #sandrinebouchait
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 3 mai, le Parisien a raconté l'histoire de Sandrine Boucher, 48 ans, dont la sœur a été victime
00:18d'un féminicide en 2017.
00:20Elle s'appelait Guylaine et elle a été tuée par son compagnon, le père de sa fille, dont elle voulait
00:25se séparer.
00:25Sandrine Boucher a publié un livre en avril, aux éditions de l'Archipel, Elle le quitte, il la tue, en
00:33espérant que cet ouvrage devienne un outil de prévention.
00:36Elle témoigne aujourd'hui dans Codesources, au micro d'Ambre Rosada.
00:45Sandrine Boucher revient tout juste de vacances avec sa famille quand je la rencontre.
00:49Elle a 48 ans et elle me donne rendez-vous à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, dans le
00:54bureau de l'association d'aide aux familles de victimes de féminicides qu'elle a fondée après la mort de
00:59sa sœur.
01:00Elle me propose de nous installer dans le jardin autour du local pour qu'on soit tranquille et elle commence
01:05par me dire que sa sœur est toujours dans ses pensées.
01:09Tous les jours, je pense à elle. De toute façon, chez moi, il y a une photo où Chloé met
01:13une bougie pour sa maman. Bien sûr, j'y pense tous les jours. Je ne suis pas devenue militante et
01:19engagée sans raison.
01:24Sandrine Boucher est née le 5 février 1974 à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine. Elle grandit dans la
01:30ville juste à côté, à Boulogne-Billancourt, avec ses parents, qui sont les gardiens de leur résidence.
01:36Sandrine est l'aînée d'une fratrie de 4. Après elle, ses parents ont eu David, Nadege et enfin Guylaine,
01:44sa petite sœur qui a 9 ans de moins qu'elle et dont elle a toujours été très proche.
01:48Moi, je suis l'aînée. Elle, c'était la petite dernière. Donc, j'étais un peu la petite maman de
01:52substitution. Elle me suivait partout.
01:54Tantais si bien que même à l'adolescence, c'était un peu pesant pour moi parce que je devais me
01:58la traîner alors que moi, je voulais sortir avec mes amis.
02:01Et ma maman m'avait dit « Tu as fait ton malheur toute seule. Tu l'as habituée à l
02:04'emmener partout. »
02:05Et du coup, tous mes copines, copains connaissaient Guylaine très bien parce qu'elle était toujours collée à moi.
02:12Même adulte, on a eu toujours une relation extrêmement fusionnelle.
02:17Je me suis séparée du papa de mon fils aîné pendant ma grossesse.
02:22Et du coup, c'est elle qui a assisté à mon accouchement, qui a pris mon fils la première dans
02:25les bras, même avant moi.
02:27On avait vraiment une relation extrêmement proche. On s'appelait tous les matins sur le chemin du travail.
02:30On était vraiment très très proches.
02:34Guylaine, la sœur de Sandrine, rencontre Christophe en 2007.
02:38Ils emménagent ensemble dans un appartement au Plessis-Robinson, en Seine-et-Marne,
02:43et deviennent les parents d'une petite fille, Chloé, en 2010.
02:48Sandrine me raconte que Christophe est très bien intégré à leur famille et qu'il est même le parrain de
02:52son fils aîné.
02:54Elle a l'impression qu'ils sont heureux avec Guylaine, même si elle trouve que son beau-frère est parfois
02:59un peu dur avec sa sœur.
03:01Elle était toujours dans le reproche. En fait, elle avait perdu beaucoup de poids.
03:04Et plutôt que de lui dire « je te trouve très belle, maintenant, fais un petit peu attention, j'aimerais
03:10que tu restes comme ça parce que tu es magnifique. »
03:12Il lui disait « oui, maintenant que tu as perdu du poids, tu as intérêt à faire gaffe parce que
03:15je ne veux pas que tu reprennes le poids que tu as perdu. »
03:17C'était toujours dans le reproche, ce n'était pas dans la bienveillance.
03:20Pareil quand elle me disait qu'il voulait qu'elle fasse le ménage de telle façon et pas de telle
03:24autre.
03:24Elle me disait « sinon, il va me faire recommencer. » Moi, je me disais « elle exagère. »
03:29Parce que comme c'est la dernière des quatre, on l'a beaucoup protégée, chouchoutée, aussi bien mes parents que
03:34nous, ses frères et sœurs.
03:35Et c'est vrai qu'elle a été élevée un peu comme une petite princesse. On s'est dit «
03:39voilà, sûrement qu'elle exagère. »
03:41Un jour, en mai 2017, Guylaine, qui est vendeuse dans une boulangerie, se confie à sa grande sœur.
03:47Elle lui dit qu'elle se sent un peu délaissée par son compagnon et qu'elle est tombée amoureuse d
03:51'un de ses clients.
03:53Sandrine voit que sa sœur est très heureuse avec cet homme, mais qu'elle est aussi très angoissée à l
03:57'idée de quitter son compagnon, parce qu'elle appréhende sa réaction.
04:01Quatre mois plus tard, en septembre 2017, Christophe apprend que Guylaine voit un autre homme.
04:06Il la menace, si elle le quitte, de ne plus la laisser voir Chloé, qui a alors sept ans, et
04:12lui fait même du chantage au suicide.
04:14Sandrine décide alors de téléphoner à son beau-frère pour essayer d'apaiser la situation.
04:22« Je lui ai expliqué, en prenant l'exemple de ma situation, en lui disant « je me suis retrouvée
04:26toute seule avec un petit garçon, pour autant j'ai rencontré mon nouveau compagnon,
04:31ça fait 20 ans qu'on est ensemble, ta vie n'est pas finie parce que tu te sépares. »
04:36« Pense à ta petite fille, pense à tes parents, la vie ne s'arrête pas parce qu'on se
04:40sépare. »
04:41Mais il était très très déprimé, et au téléphone il m'avait dit « de toute façon, je vais brûler
04:47l'appartement, comme ça elle sera tranquille,
04:49elle pourrait faire ce qu'elle veut, mais à aucun moment j'ai pris ça au pied de la lettre.
04:54Jamais. »
04:55Je me suis dit « c'est des mots qui sortent sous le coup de la colère, et c'est
04:58ce que j'ai pensé à ce moment-là. »
05:00Une semaine après ce coup de téléphone, le samedi 23 septembre 2017 au matin,
05:05Sandrine reçoit un message d'un inconnu sur sa messagerie Facebook.
05:09C'est le frère de Christophe qui lui dit de la rappeler dès que possible,
05:12parce que quelque chose de grave s'est passé la veille au soir chez Guylaine et Christophe.
05:17« Donc là je le rappelle, et à ce moment-là il me dit qu'il y a eu un
05:20incendie dans l'appartement,
05:22et que tous les trois, donc lui, ma soeur et la petite, sont hospitalisés dans trois hôpitaux différents.
05:30C'est tout ce que je sais à ce moment-là. »
05:32Et il raccroche.
05:34Et du coup moi je me pose énormément de questions.
05:35La première idée qui me vient c'est qu'il y a eu un incendie domestique.
05:39À aucun moment je pense à un incendie volontaire.
05:43Jamais de la vie, malgré ce qu'il m'a dit une semaine avant.
05:45Ça ne m'effleure même pas l'esprit.
05:47Donc j'appelle le commissariat de Clamart,
05:50et là ils me disent d'appeler la police judiciaire.
05:52Je ne me pose pas de questions.
05:55J'appelle la police judiciaire, et là on me dit de venir tout de suite.
06:03« Donc je prends ma maman avec moi, on y va.
06:07On laisse ma maman dans une salle d'attente,
06:08moi on me fait monter dans un bureau.
06:10Je ne sais toujours pas ce qui s'est passé.
06:12On commence à m'auditionner, on me pose des questions sur
06:14comment je m'entends avec ma soeur,
06:16comment je m'entends avec monsieur,
06:18comment les différents membres de ma famille
06:20s'entendent avec le couple.
06:22Et je demande à la dame de la police qui m'interroge,
06:26je lui dis « Mais ma soeur, elle dormait quand il y a eu le feu ? »
06:29Et elle me regarde, dernière interloquée,
06:31elle me dit « Ben non, il a mis le feu sur elle. »
06:36Je suis en état de sidération,
06:37comme si mon esprit s'était dissocié de mon corps.
06:41Je ne sais plus où je suis.
06:44Je n'arrive plus à répondre aux questions.
06:46Complètement effondré, démuni, sous le choc.
06:50Tout qui se mélange.
06:51La culpabilité de se dire
06:53« Qu'est-ce que je n'ai pas vu ? »
06:54« Qu'est-ce que j'aurais pu faire ? »
06:56Il y a la trahison aussi,
06:57parce que lui, c'est quelqu'un qu'on connaît bien,
07:00en qui on avait confiance,
07:01c'est pas mon fils.
07:02Et je me dis « Mais voilà,
07:03ce sentiment de trahison énorme,
07:05c'est beaucoup de choses qui se mélangent. »
07:07Et puis on est seul.
07:09À aucun moment, on m'a donné une carte de visite,
07:11d'un psy, d'une association, rien du tout.
07:15On nous laisse tout seul.
07:19Sandrine et sa mère vont tout de suite voir Guylaine à l'hôpital.
07:23Son corps est brûlé à 92%.
07:26Elle est inconsciente
07:28et couverte de bandages de la tête aux pieds.
07:30On est reçus par un médecin
07:32qui nous explique que de toute façon,
07:34il n'y a rien à faire,
07:35que ma soeur va mourir,
07:36puisque c'est trop grave.
07:39Il nous dit même qu'il est très étonné qu'elle soit encore en vie,
07:43que certainement elle nous attendait,
07:44qu'on lui dise « Au revoir ».
07:46Donc on peut la voir,
07:47on lui parle,
07:48et ma mère lui dit de se battre.
07:51Moi, je lui dis de partir.
07:53Moi, je lui dis de s'en aller,
07:54mais de s'en aller en paix,
07:55et que je ferai vraiment
07:57tout ce qui est en mon pouvoir
07:58pour prendre soin de sa fille
08:00et pour ne pas laisser ce crime impuni.
08:03Et le dimanche matin,
08:05l'hôpital m'appelle
08:06pour me dire qu'elle est décédée.
08:08Ses organes ont lâché les uns après les autres.
08:11C'est super dur, en fait.
08:14Parce que même si on sait,
08:16il y a toujours un espoir.
08:19On savait, les médecins nous avaient pas menti,
08:21on savait qu'elle allait partir,
08:23mais quand ils m'ont appelée,
08:24moi, j'étais en train de me préparer
08:25pour retourner la voir.
08:27Pas qu'elle parte seule.
08:29Et j'ai pas eu le temps d'arriver.
08:31Sandrine prévient toute sa famille
08:33et s'empresse d'aller voir Chloé
08:34pour lui annoncer.
08:35Mais la petite fille reste silencieuse.
08:38Elle n'est pas blessée,
08:39mais elle reste hospitalisée quelques jours
08:41avant d'aller vivre avec Sandrine,
08:44son compagnon Anthony
08:45et leur fils de 10 ans.
08:47Et petit à petit,
08:48Chloé raconte à sa tante
08:50ce qu'elle a vu dans l'appartement
08:51le soir de l'incendie.
08:53Elle lui dit que ses parents
08:54se sont disputés.
08:56Sa mère a voulu prendre
08:57des affaires pour partir avec Chloé,
08:59mais son père s'est jeté sur elle
09:01et a commencé à la frapper.
09:03Puis elle l'a vu prendre
09:05une petite bouteille
09:06avec dedans un liquide jaune.
09:08Il l'a aspergée d'essence
09:10avant de mettre le feu
09:11et de se réfugier sur le balcon.
09:14Chloé est entendue par la police
09:16et après ça, son père,
09:19blessé dans l'incendie,
09:20est placé en détention provisoire.
09:23Sandrine, elle,
09:24se sent complètement abandonnée.
09:26On ne sait pas quoi faire,
09:27on sait qu'il y a une enquête
09:28qui est ouverte,
09:29on n'a pas de réponse,
09:30on ne sait pas pourquoi,
09:32on ne nous explique pas pourquoi.
09:34Il faut trouver un avocat,
09:35mais on se dit,
09:36mais pourquoi il faut trouver un avocat ?
09:37Moi, je n'ai rien fait.
09:38En quoi ça consiste ?
09:39Il faut se porter partie civile,
09:40ça veut dire quoi ?
09:41Qu'est-ce que c'est ?
09:42On est seul, seul, seul.
09:44Et puis, sans parler
09:45de l'énorme traumatisme
09:47où on n'a pas du tout
09:48d'accompagnement psychologique,
09:50mais c'est juste pas possible.
09:52On nous laisse,
09:53c'est un tsunami qui arrive dans notre vie
09:54et on nous laisse tout seul.
09:56Sandrine commence une thérapie
09:58juste après la mort de sa sœur.
10:00Mais elle ne s'arrête pas de travailler
10:02et doit, en parallèle,
10:03s'occuper d'organiser
10:04les obsèques de sa sœur.
10:06Tout le monde est tellement effondré
10:08que personne n'est en capacité de le faire.
10:10Et je suis la seule
10:11à rester un peu debout
10:12pour pouvoir gérer tout ça.
10:14Et donc, oui,
10:15c'est moi qui gère tout.
10:16Je vais choisir le cercueil de ma sœur.
10:19Je cherche un avocat.
10:21Et oui, c'est moi qui ai tout géré.
10:24C'est un an après
10:25où tout était en route.
10:28L'avocat gérait la situation.
10:30J'avais obtenu la garde de ma nièce.
10:32J'avais une délégation
10:33d'autorité parentale.
10:34Et là, du coup,
10:35je pense que le lâcher prise
10:37fait que je me suis effondrée complètement.
10:41Je faisais que de pleurer.
10:42Je n'arrivais plus à rien faire.
10:44C'était comme si c'était arrivé la veille
10:47qu'on venait de m'annoncer
10:48la mort de ma sœur.
10:49Et pour le coup,
10:51là, je me suis mise en arrêt de travail.
10:52J'avais énormément de pertes de mémoire.
10:55Je n'arrivais plus à rien faire, en fait.
10:58Et comme moi,
10:58je suis auxiliaire de périculture,
11:00je m'occupais de petits bébés,
11:02je les mettais en danger.
11:04J'oubliais vraiment tout.
11:05J'ai oublié je ne sais combien de fois
11:06les clés dans l'appartement.
11:08Heureusement, je n'ai pas oublié les enfants.
11:09Mais j'ai oublié les clés.
11:10Il fallait que je rappelle mes employeurs
11:11pour revenir m'ouvrir.
11:13Je n'y étais plus.
11:14Je n'étais plus là.
11:16Sandrine va voir son psychologue
11:17plus régulièrement
11:18et ça l'aide à aller mieux.
11:20Et surtout,
11:21elle entre en contact
11:22avec une association.
11:24J'ai commencé à chercher un peu
11:25sur les médias
11:26ce qui s'était dit
11:28sur la mort de ma sœur.
11:29Parce que je me suis dit
11:30un jour,
11:31ma nièce,
11:31elle sera en âge aussi
11:32d'aller voir.
11:33Et je ne veux pas
11:34qu'elle lise n'importe quoi.
11:35Et du coup,
11:36j'étais tombée sur un article
11:38qui disait que monsieur
11:39avait essayé
11:40de se suicider après.
11:43Et en fait,
11:44c'était faux.
11:45Il a juste essayé
11:45de se sauver.
11:47Et du coup,
11:47j'ai contacté
11:50le collectif
11:50qui compte les victimes
11:52qui s'appelle
11:53Féminicide par compagnon ou ex.
11:55C'est sur leur page Facebook
11:57que j'ai vu
11:58justement cet article.
11:59Et donc,
12:00j'ai décidé de les contacter
12:00pour leur dire
12:01ne relayer pas
12:03des articles
12:03qui ne disent pas la vérité
12:04parce que moi,
12:05je suis la sœur de la victime
12:07et je sais que ce n'est pas ça.
12:09Et du coup,
12:09là,
12:09elles m'ont dit
12:11qu'elles avaient
12:11un groupe privé
12:12de famille
12:13où je pouvais entrer
12:15et je pourrais échanger
12:16avec des familles
12:17qui avaient vécu
12:18la même chose que moi.
12:20Et ça,
12:20ça m'a beaucoup aidée
12:21d'échanger avec d'autres familles.
12:23De voir qu'on n'est pas seul
12:24et surtout,
12:26presque un an après
12:27puisque les gens,
12:28ils oublient vite.
12:29On vous dit
12:30« Oui, c'est bon,
12:32allez, ça fait un an,
12:33ça fait deux ans,
12:33ça fait trois ans,
12:34passe à autre chose. »
12:35Mais sauf que nous,
12:36les familles,
12:36on ne peut pas passer
12:37à autre chose.
12:38On lui a volé sa vie.
12:40Je veux dire,
12:40c'est quelqu'un
12:41qui a décidé
12:42que pour elle,
12:43c'était fini.
12:44On ne peut pas passer
12:44à autre chose.
12:45Mais les gens
12:45ne comprennent pas ça.
12:47Et du coup,
12:47de se sentir compris,
12:49entendu,
12:51c'est très important.
12:51Le 3 septembre 2019,
12:54deux ans après
12:55la mort de Guylaine,
12:56le Grenelle des violences
12:57conjugales s'ouvre en France.
12:59Sandrine prononce
13:00un discours à Matignon
13:01à l'ouverture du Grenelle
13:03pour témoigner
13:04du manque d'accompagnement
13:05des familles
13:06de victimes de féminicides.
13:08Le mois d'après,
13:10elle décide de quitter
13:10son travail d'auxiliaire
13:12de puériculture
13:12pour fonder son association,
13:14l'Union nationale
13:15des familles de féminicides.
13:17Le 9 janvier 2020,
13:20le procès de Christophe
13:21s'ouvre à la cour
13:22d'assises de Nanterre.
13:25Sandrine assiste
13:25aux cinq jours d'audience
13:26qui sont très éprouvants
13:28pour toute la famille.
13:30Le premier jour
13:31du procès,
13:33son avocate
13:35parle des cicatrices
13:36qu'il a sur le corps
13:37et lui demande
13:38de lever son t-shirt
13:39pour montrer
13:40à tout le monde.
13:41Alors heureusement,
13:42le président du tribunal
13:43dit non, non,
13:45pas de ça.
13:46Donc ça,
13:46j'ai trouvé ça indécent.
13:48Et le dernier jour,
13:49avant les plaidoiries,
13:51il dit que ça fait
13:52800 et quelques jours
13:53qu'il n'a pas vu sa fille
13:55et que c'est dur pour lui.
13:57Soit quand mon avocat
13:58lui a répondu
13:58que ça faisait 800 et quelques jours
14:00que nous n'avions pas vu
14:01notre soeur
14:02pour mes frères et soeurs
14:04et sa fille
14:05pour ma maman
14:05et qu'on ne la reverrait plus jamais.
14:08Il a jeun,
14:08gémi pendant cinq jours.
14:11Il s'excuse tout le temps,
14:13il chouine,
14:14il se victimise
14:15beaucoup.
14:16Il fait
14:17qu'il y a numéro.
14:19Quand moi,
14:20je passe à la barre,
14:21je sais qu'il va me parler
14:22parce qu'il s'est excusé
14:24auprès de tout le monde
14:26les deux jours précédents.
14:27Donc moi,
14:28je me suis préparée
14:29et donc du coup,
14:30il me remercie
14:31d'élever sa fille.
14:33Moi,
14:33je lui dis que son merci,
14:34je n'en veux pas.
14:36Je ne fais pas pour lui,
14:37déjà.
14:37Et je pense que ma nièce
14:38serait bien plus heureuse
14:39le soir de rentrer
14:40et de dire
14:41bonsoir à son papa
14:42et sa maman
14:43et que ce n'était pas
14:45à mon conjoint
14:46de lui apprendre
14:46à faire du vélo,
14:48que ce n'était pas
14:48à mon conjoint
14:48de lui apprendre
14:49à faire ses lacets,
14:50que ce n'était pas
14:50à nous de vérifier
14:51les devoirs le soir,
14:53que c'était son rôle
14:54et le rôle de sa maman.
14:55Ça a été assez éprouvant,
14:57ouais.
14:59Christophe est condamné
15:00à 20 ans de réclusion criminelle
15:02pour le meurtre de Guylaine
15:03et son autorité parentale
15:04sur Chloé
15:05lui est complètement retirée.
15:07Je suis soulagée,
15:08ça me convient.
15:09Le verdict me satisfait.
15:11Ce ne sera jamais
15:12à la hauteur
15:12de ce qu'il nous a pris.
15:13Jamais.
15:14Mais de tout quoi
15:15qu'il arrive,
15:15elle ne reviendra pas,
15:16quel que soit
15:17le temps qui va y passer.
15:18Donc voilà,
15:19moi je me battais vraiment
15:20sur la reconnaissance
15:21de culpabilité
15:22qui soit reconnue coupable
15:23et qu'on reconnaisse
15:25que ma soeur
15:25avait été victime
15:26dans cette histoire,
15:27que ma nièce
15:28était aussi une victime.
15:29Tant qu'on n'a pas eu justice,
15:31on est bloqué dans le deuil.
15:32Vraiment.
15:33Moi quand je pensais
15:34à ma soeur,
15:35je pensais forcément à lui
15:36parce que ce n'était pas réglé.
15:38Après, une fois que son cas
15:39lui était réglé,
15:41on peut maintenant
15:42penser à ma soeur
15:44sans plus jamais penser à lui.
15:46Maintenant que le père de Chloé
15:47n'a plus d'autorité parentale
15:48sur elle,
15:49Sandrine peut officiellement
15:51demander à adopter sa nièce
15:52qui est restée vivre chez elle
15:54depuis la mort de sa mère.
15:56Et le 5 avril 2022,
15:58Sandrine et son compagnon
15:59reçoivent une réponse.
16:01On a eu le délibéré
16:03de notre demande d'adoption
16:06qui nous a dit
16:07que Chloé était devenue
16:08officiellement ma fille adoptive
16:10et qu'elle portait désormais
16:12mon nom de famille
16:14qui est également celui
16:15de sa maman.
16:16Il fallait que je respecte
16:18les promesses
16:19que j'avais faites à ma soeur.
16:21Après, l'adoption,
16:21ce n'était pas une finalité en soi
16:22puisque en prenant
16:24ma nièce chez moi
16:25et en faisant en sorte
16:27qu'il n'ait plus
16:28l'autorité parentale,
16:29j'avais respecté ma promesse
16:30puisque je l'ai levée
16:31comme ma fille
16:31et je lui ai dit
16:33à Chloé plusieurs fois
16:33l'adoption pour moi
16:35dans mon cœur
16:36ça ne va rien changer.
16:37Elle a la même place
16:39avec ou sans l'adoption.
16:40C'était très important
16:41pour elle,
16:42plus pour elle
16:42que pour moi en réalité
16:43et voilà,
16:44elle est très contente.
16:45Aujourd'hui,
16:46elle va très bien.
16:46Si on ne connaît pas
16:47son histoire,
16:48on ne devine pas
16:48ce qui lui est arrivé.
16:49Il y a des copines,
16:50des copains,
16:51elle travaille bien à l'école,
16:52elle dort bien,
16:53elle mange bien,
16:53elle rigole.
16:54C'est une belle jeune fille.
17:11Ambre,
17:11comment va Sandrine Boucher
17:13aujourd'hui ?
17:13Aujourd'hui,
17:14elle va bien.
17:15Il y a des moments
17:15qui restent difficiles pour elle,
17:17notamment l'anniversaire de Guylaine
17:19ou la date de la mort de sa sœur.
17:22Mais globalement,
17:23elle va bien.
17:24Elle m'a dit
17:24qu'elle avait dépassé
17:25le traumatisme du féminicide
17:27de sa sœur
17:27et c'est ce qui lui permet
17:28aujourd'hui de se consacrer
17:30pleinement à aider
17:31d'autres familles de victimes
17:33avec son association
17:34l'Union Nationale
17:35des Familles de Féminicides.
17:37Justement,
17:37qu'est-ce qu'elle fait
17:37concrètement avec cette association ?
17:39Alors,
17:40c'est principalement
17:41de l'écoute
17:41et de l'accueil
17:42de familles de victimes.
17:44L'association leur apporte
17:45un accompagnement psychologique
17:47pour faire face au traumatisme
17:48mais aussi un accompagnement juridique
17:50pour les aider à trouver un avocat
17:52et pour les aider
17:53dans les démarches à suivre.
17:55Et surtout,
17:56aujourd'hui,
17:57Sandrine Boucher,
17:57avec son association,
17:58elle milite
17:59pour qu'un statut de victime
18:01soit reconnu pour les familles
18:02et d'autant plus
18:03pour les enfants
18:04pour qu'ils soient mieux accompagnés.
18:06On le disait
18:06au début de ce podcast,
18:08Sandrine Boucher
18:08a publié un livre
18:09début avril
18:10aux éditions de l'Archipel,
18:12livre intitulé
18:13Elle le quitte,
18:14il la tue.
18:15Ça aussi,
18:16ça a participé
18:17à sa reconstruction ?
18:18Alors non,
18:19pas vraiment.
18:19Ce qu'elle m'a expliqué,
18:20c'est qu'au moment
18:21d'écrire ce livre,
18:22elle s'était déjà reconstruite.
18:23Elle avait déjà dépassé le traumatisme
18:26et en fait,
18:27elle a plutôt fait ce livre
18:28pour les autres.
18:29Elle l'a imaginé
18:30un peu comme un outil de prévention
18:32et comme un outil
18:33pour les proches de victimes.
18:35Et donc,
18:35à la fin de son livre,
18:37après son témoignage,
18:37on retrouve
18:38plusieurs fiches pratiques
18:40avec par exemple
18:41comment détecter
18:42les prémices
18:43d'un passage à l'acte,
18:44comment préparer son départ
18:45et se mettre en sécurité
18:46quand on est victime
18:47de violences conjugales,
18:48ou encore une fiche
18:50avec les coordonnées
18:51de l'association de Sandrine
18:52et des numéros utiles.
18:54Et je renvoie vers le site
18:56de l'association
18:57de Sandrine Boucher,
18:59unff.fr.
19:01Merci Ambre Rosala
19:02et merci à Valérie Mao
19:03pour son aide.
19:05Cet épisode de Code Source
19:06a été produit par Thibaut Lambert,
19:08réalisation,
19:09Julien Moncouquiole.
19:10Code Source
19:11est le podcast
19:11d'actualité du Parisien,
19:13un nouvel épisode
19:13chaque soir de la semaine.
19:15Pour n'en rater aucun,
19:16n'oubliez pas de vous abonner
19:17sur votre application
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