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  • il y a 12 heures
Le 28 janvier, Le Parisien publiait un dossier sur la situation alarmante des urgences hospitalières en France. Plusieurs morts, qui auraient pu être évitées dans le service des urgences, sont notamment mises en lumière dans cette enquête. Pour Code source, Elsa Mari, du service société du Parisien, spécialiste santé pendant 7 ans, et Nicolas Berrod, qui suit aujourd’hui ces questions au sein du service Futurs, reviennent sur la crise que traversent les urgences depuis des années.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : France 3.

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 28 janvier, le Parisien a publié un dossier édifiant sur la situation des urgences hospitalières en France.
00:18Cette enquête a mis en lumière plusieurs cas de mort qui auraient pu être évitées aux urgences,
00:22notamment celle de Lucas, 25 ans, mort le 1er octobre à l'hôpital d'hier dans le Var,
00:28des suites d'une septicémie qui n'avait pas été diagnostiquée.
00:31Après cette enquête, des soignants et des familles de victimes ont dénoncé dans le Parisien d'autres drames comparables
00:37et depuis, l'actualité a été marquée par la découverte du corps d'une patiente de 85 ans à l
00:44'hôpital d'Aix-en-Provence, dans un conteneur à ordures.
00:47Codesources fait le point aujourd'hui sur la situation des urgences en France,
00:51avec deux journalistes du Parisien, Elsa Marie du service Société pendant 7 ans
00:56et Nicolas Béraud qui couvre aujourd'hui ces questions au sein de notre service futur.
01:10Nicolas Béraud, le vendredi 9 février, vous êtes en reportage à Strasbourg pour le Parisien
01:15et vous observez comment l'hôpital de la ville a dû s'agrandir de façon provisoire avec des prêts fabriqués
01:22sur le parking.
01:22Oui, il faut savoir que les urgences de l'hôpital de Strasbourg, comme toutes les urgences des différents hôpitaux de
01:28France, sont submergées.
01:29Ils reçoivent énormément de patients et du coup, le souci, c'est qu'il y avait de nombreuses camionnettes de
01:34pompiers et de SAMU
01:35qui passaient parfois des heures, voire une demi-journée sur le parking des urgences
01:40parce qu'il n'y avait pas de place dans les bâtiments pour prendre en charge les malades.
01:43Du coup, l'hôpital a installé, au moment des fêtes de fin d'année, une unité mobile temporaire sur le
01:49parking des urgences.
01:50Donc, ça ressemble à un grand préfabriqué blanc dans lequel deux ambulanciers ou deux ambulancières
01:55prennent en charge jusqu'à une dizaine de patients 24 heures sur 24.
01:59Et comme ça, ces patients qui sont dans un état relativement peu grave peuvent être pris en charge
02:03avant d'intégrer le véritable service des urgences qui permet aux camions de pompiers et de SAMU de partir plus
02:08vite.
02:08Comment est-ce que les personnels des urgences vivent cette situation de devoir travailler dans un préfabriqué ?
02:13Alors, ce sont pour le coup des ambulanciers ou des ambulancières de groupe privé qui ne sont pas liés à
02:17l'hôpital.
02:17Mais ce que disent les urgentistes de l'hôpital, c'est que clairement, c'est un pisalet, c'est une
02:21cotère sur une jambe de bois.
02:22Ce n'est pas ça qui va régler la situation.
02:27Elsa Marie, vous avez été spécialiste santé pendant 7 ans jusqu'au mois de février.
02:31Vous avez couvert toute l'épidémie de Covid en faisant des reportages sur le terrain, dans les hôpitaux.
02:36Pendant cette période, les personnels soignants ont vraiment été en première ligne.
02:40Oui, ils étaient plus d'un million à se battre chaque jour pour sauver des vies à l'hôpital.
02:44Si on compte le personnel soignant, les médecins, les infirmiers, les ambulanciers également, qui étaient aussi en première ligne, malgré
02:52la peur, le manque de masques.
02:54Beaucoup ont d'ailleurs été contaminés et ont continué malgré tout à travailler.
02:58Les renforts ont afflué partout et les soignants ont réussi l'impossible, comme monter un centre de vaccination en quelques
03:05jours.
03:06Mais ce qu'il faut bien savoir, c'est qu'un grand nombre est sorti totalement essoré de ce tsunami.
03:11En réponse à la crise du Covid, entre mai et juillet 2020, le gouvernement a organisé une grande consultation baptisée
03:17Ségur de la Santé.
03:19Au bout du compte, qu'est-ce que ça a donné ?
03:21Alors, ça a donné une avancée inédite.
03:2312 milliards d'euros ont été injectés pour revaloriser le salaire des soignants.
03:27Par exemple, les infirmières ont été augmentées de 180 euros net par mois.
03:33Mais malgré cet investissement colossal et inédit, la crise de l'hôpital qui existait avant l'épidémie est restée intacte.
03:40Et pire, elle s'est enlisée.
03:45Nicolas Béraud, les urgences concentrent beaucoup de difficultés, manque de moyens, manque de personnel.
03:51Et en juin 2023, le syndicat SAMU Urgences de France a publié une étude inquiétante sur l'accueil aux urgences.
03:57C'est une étude qui est présentée à un congrès d'urgentisme qui a été menée par des médecins de
04:01l'assistance publique hôpitaux de Paris
04:03et qui conclut un risque 50% plus élevé de décéder chez les personnes de plus de 75 ans qui
04:09ont passé une nuit sur un brancard aux urgences.
04:11Ce qu'ils ont fait, ces médecins, c'est qu'ils ont observé un groupe de patients qui a été
04:14pris en charge rapidement aux urgences
04:16et un groupe de patients qui est resté une nuit sur un brancard, donc dans des conditions inconfortables.
04:21Ils se sont rendus compte que ceux qui passaient sur un brancard risquaient davantage de décéder, mais aussi d'avoir
04:25des complications par la suite.
04:26Comment ça peut s'expliquer ?
04:28Quand on passe une nuit sur un brancard, il peut y avoir des retards de prise en charge, on nous
04:31donne des médicaments plus tard que prévu,
04:33on prend en charge la douleur qu'on a ou le problème de santé qu'on a plus tard et
04:37du coup ça peut entraîner des complications pouvant aller jusqu'à la mort.
04:42Elsa Marie, concrètement, d'où vient le problème ? D'où vient cette crise ?
04:46D'un des équilibres profonds entre l'offre de soins et la demande.
04:49D'un côté, il y a beaucoup de soignants qui ont démissionné après le Covid à cause de la fatigue,
04:54du manque de reconnaissance.
04:56En somme, il y a eu une grave crise de vocation.
04:58Et de l'autre, en fait, l'afflux aux urgences ne cesse d'augmenter d'année en année.
05:02Le manque de médecins en ville oblige les gens finalement à se tourner aussi vers les urgences,
05:06qui est un peu la dernière porte ouverte la nuit.
05:09Il faut ajouter à cela le vieillissement de la population, l'explosion des maladies chroniques.
05:14Résultat, en 20 ans, le nombre de passages aux urgences a doublé.
05:17Au mois de janvier, vous préparez un dossier, le fait du jour du Parisien sur les urgences.
05:22Et vous rencontrez, fin janvier, un groupe de 4 soignants de l'hôpital de Versailles,
05:26un infirmier et 3 aides-soignantes, anonymes, mais que vous choisissez d'appeler dans votre article,
05:32Thierry, Diane, Nathalie et Lola.
05:34D'abord, est-ce qu'ils ont hésité à vous parler ?
05:36Alors oui et non.
05:37D'un côté, ils avaient très peur des représailles.
05:40Il a fallu protéger leur anonymat, mais aussi enlever de nombreux détails
05:43qui auraient pu permettre de les identifier.
05:45Et de l'autre, ils avaient tout tenté avant de médiatiser l'affaire.
05:49Ils avaient alerté la direction, alerté les autorités,
05:52exercé leur droit de retrait, de grève et rien n'avait marché.
05:55Et donc, parler, c'était vraiment leur dernier espoir pour essayer de faire bouger les choses.
06:00Thierry vous parle notamment de ce couloir, ce long couloir,
06:04qui traverse les urgences et où des patients sont très souvent placés sur des brancards.
06:09Ce couloir, les soignants l'appellent entre eux la 5e avenue, en référence à New York,
06:13parce que c'est un immense corridor où les patients attendent des heures, voire des jours, sur des brancards, faute
06:20de lit.
06:20Ils me décrivent des scènes chaotiques, des nuits impossibles où les brancards sont alignés.
06:25Et effectivement, les patients n'arrivent pas à dormir.
06:28Il faut imaginer qu'il y a tout le temps du passage, de la lumière, un bruit assourdissant
06:33et que les patients, en fait, sont maltraités et ils en viennent même à s'invectiver entre eux.
06:38Des patients malades et âgés sont désorientés et vont même jusqu'à se sauver de l'hôpital.
06:45Les soignants sont appelés de toutes parts.
06:47Ils n'ont même plus le temps de répondre aux mains qui se lèvent dans le couloir,
06:50si bien que certains ne vont pas pouvoir aller aux toilettes
06:54et les soignants me disent que finalement, les conditions sont pires qu'en prison.
06:57L'une des aides-soignantes, Diane, raconte le jour où elle a trouvé le corps de l'un des patients.
07:02Alors, elle me raconte cette scène déchirante.
07:04On est en janvier, donc elle est près de la zone de soins
07:07où des patients sont installés derrière des rideaux pour plus d'intimité
07:11et attendent d'être auscultés.
07:13Sauf qu'à un moment, elle ouvre machinalement un rideau
07:16et que derrière, elle s'aperçoit qu'il y a un patient qui est mort,
07:18qui a été oublié, que personne ne s'en est aperçu.
07:22Et à ce moment-là, son collègue Thierry rajoute
07:25« Il est mort comme un chien ».
07:26Est-ce que Diane, Thierry et leurs deux collègues croient encore en ce qu'ils font ?
07:30Alors, ils nous disent que le soin, c'est leur vocation,
07:33mais on les sent à bout, meurtris, désespérés aussi d'exercer dans de telles conditions
07:37et ils reconnaissent qu'ils sont devenus maltraitants malgré eux.
07:45Elsa-Marie, pour ce dossier, vous travaillez aussi sur le cas d'un jeune homme de 25 ans,
07:49Lucas, qui est mort aux urgences d'hier dans le Var,
07:52c'était dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre,
07:54et vous réussissez à convaincre des proches de témoigner.
07:58Qui est Lucas ? Est-ce que vous pouvez nous présenter ce jeune homme ?
08:00Alors, c'est un jeune technicien de 25 ans qui habite dans le Var.
08:04Sa maman me raconte qu'il vient à ce moment-là de s'installer avec sa petite copine.
08:07Sa mère le décrit comme un garçon doux, attentionné et qui ne se plaint jamais.
08:13Le samedi 30 septembre, Lucas est amené aux urgences de l'hôpital d'hier par les pompiers.
08:18Il se plaint de douleurs au ventre, à l'abdomen depuis la veille.
08:22Que se passe-t-il quand il arrive aux urgences ?
08:24Alors, il est amené sur un brancard qui est posté dans le couloir.
08:29C'est-à-dire, comme beaucoup de patients, finalement, il attend d'être ausculté pendant des heures
08:33et sa mère n'a pas le droit de venir avec lui.
08:36Les accompagnons, en fait, ne sont pas admis aux urgences.
08:39Et donc, elle attend de ses nouvelles dehors, devant la porte des urgences.
08:43Et pendant toutes ces heures, Lucas échange avec sa mère par SMS.
08:46Oui, il va échanger de très nombreux SMS avec sa maman, qui le soutient à l'extérieur de l'hôpital.
08:53Et il se plaint et lui dit qu'il souffre énormément et que les médecins ne viennent pas, en fait,
08:58l'aider.
08:59Et sa maman, à un moment, lui dit, mais crie, dis au secours, dis que ça ne va pas, fais
09:03quelque chose, que tu veux voir tes parents dehors.
09:06Mais Lucas, finalement, ne parvient pas à attirer l'attention des soignants.
09:10Et il lui dit qu'il n'en peut plus, qu'il est à bout et qu'il ne sait
09:13plus quoi faire.
09:14Elsa-Marie, un autre jeune homme, est à côté de lui pendant tout ce temps.
09:16Et il a accepté de vous raconter ce qu'il a vu.
09:18Oui, il s'appelle Damien. Il a exactement le même âge que Lucas, 25 ans.
09:22Et il est, lui, sur un autre brancard, en face de Lucas, parce que ce jour-là, il s'est
09:28bloqué le dos.
09:28Il nous raconte qu'il entend gémir pendant des heures, que des infirmiers passent, qu'il essaye de les appeler,
09:34mais que Lucas est tellement affaibli que les infirmiers ne l'entendent pas.
09:38À un moment, un médecin se dirige vers lui et demande à Lucas s'il a fumé du cannabis,
09:43ce qui étonne énormément Damien. Il se dit qu'il lui pose cette question sûrement parce qu'il a des
09:47dreadlocks.
09:48Et en moins de 30 secondes, il va conclure à une indigestion.
09:51Damien s'en étonne et dit mais ça se voyait, même sans être médecin, que de l'extérieur, c'était
09:56beaucoup plus grave.
09:59Vers 21h30, Lucas, qui était assis sur son brancard, s'effondre.
10:03Oui, il perd connaissance, sauf que deux infirmiers passent devant lui sans le regarder.
10:08À ce moment-là, Damien, qui voit la scène, voit un troisième infirmier passer et lui dit
10:12« Excusez-moi, vous ne voyez pas, il fait un malaise là ».
10:14Et à partir de là, c'est le début de la fin. La tension de Lucas est trop basse.
10:19Il est à 5-3 et effectivement, il va tomber rapidement dans le coma et décéder.
10:24Que disent les proches de Lucas aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'ils dénoncent ?
10:27Les parents dénoncent la passivité des soignants et d'avoir condamné leur fils à mort, disent-ils.
10:32Au moment où les soignants tentent de le réanimer,
10:35les parents sont autorisés à rentrer dans les urgences.
10:38Et le père hurle « Vous avez tué mon fils ».
10:46Vous avez donc parlé longuement avec la mère de Lucas. Quel est son sentiment aujourd'hui ?
10:50Eh bien, elle dénonce la passivité des soignants, que Lucas avait une infection qui aurait pu être guérie
10:56par de simples antibiotiques et que ça n'a pas été fait.
10:59Et elle dit aujourd'hui que finalement, l'hôpital a tué son fils.
11:02Et les parents de Lucas ont porté plainte contre l'hôpital d'hier pour homicide involontaire.
11:07Elsa-Marie, vous publiez ce dossier dans Le Parisien le 29 janvier,
11:11avec tous les témoignages que vous venez de nous rapporter.
11:14Et cette enquête entraîne beaucoup de réactions.
11:16Oui, notamment des médecins.
11:19Et on aurait pu penser qu'ils s'insurgent contre de telles révélations en disant
11:22« Mais non, il n'y a pas de mort aux urgences ».
11:24Et étonnamment, certains vont aussi prendre la parole pour dire qu'eux aussi découvrent des morts aux urgences.
11:29Donc c'est quand même une sorte de déflagration.
11:32Je vais recevoir beaucoup de messages aussi de soignants
11:35qui vont me dire qu'ils sont finalement soulagés et satisfaits
11:38que de telles révélations sortent dans la presse.
11:42Il va aussi y avoir beaucoup d'anonymes qui vont prendre la parole sur les réseaux sociaux,
11:45ce qui va entraîner une vague de commentaires et de réactions.
11:47Et chacun va raconter son histoire en disant
11:50« Moi, ma mère a été prise en charge de telle façon dans cet hôpital, ça a été catastrophique ».
11:55Et donc finalement, il va y avoir une sorte de libération de la parole.
11:57Pour qu'on comprenne bien, le fait qu'il y ait des morts parfois aux urgences, ce n'est pas
12:01une nouveauté ?
12:02Ce qui est nouveau, c'est qu'on en parle comme ça sur la place publique ?
12:04Oui, évidemment, ce n'est pas étonnant qu'il y ait des morts aux urgences,
12:07au sens où effectivement on arrive en urgence et parfois en urgence vitale.
12:10Mais ce qui est plus étonnant et ce qui est surtout dramatique et intolérable,
12:14c'est qu'il y ait des gens qu'on oublie et donc qui ont une perte de chance
12:17parce qu'on aurait pu les sauver.
12:18Mais il y a tellement de monde qu'on ne peut pas s'occuper d'eux
12:20et donc ils vont décéder par défaut de soins.
12:23Vous écrivez un article pour relayer une partie de ces réactions.
12:27Plusieurs médecins utilisent des mots très forts pour décrire leur ras-le-bol.
12:30Oui, je me souviens notamment d'un chef d'un grand hôpital parisien
12:34qui me dit, oui, on découvre des morts aux urgences
12:38et parfois, on essaie de mettre la poussière sous le tapis.
12:42On évite de déclarer cette mort qui n'aurait pas dû avoir lieu
12:47parce que si on déclare, c'est le chef de service qui saute.
12:49J'imagine que vous lui dites que ça vous surprend beaucoup ce qu'il dit ?
12:52Oui, surtout que la veille, je l'avais eu au téléphone
12:54et il m'avait dit, non, non, on ne peut pas dire qu'il y a trop de morts aux
12:56urgences.
12:57Et une fois que le dossier sort, il va me dire, oui, qu'est-ce que vous croyez ?
13:00Il y a des morts qui ne devraient pas avoir lieu et puis on ne le dit pas.
13:07Elsa-Marie, suite à ses nouveaux témoignages de lecteurs,
13:10le 2 février, vous écrivez dans Le Parisien
13:12l'histoire d'une femme qui a perdu sa soeur jumelle le 6 septembre 2022, faute de soins.
13:17Cette femme qui vous parle s'appelle Thérèse, elle est irlandaise, elle a 63 ans.
13:21Avec sa soeur, elle vivait toutes les deux en France depuis plus de 40 ans.
13:25Racontez-nous ce qu'a vécu Thérèse.
13:27Alors Thérèse, en fait, nous raconte que sa soeur jumelle, Française,
13:30se plaint le 4 septembre de grosses douleurs.
13:34Elle tremble, elle a beaucoup de fièvre, son cœur bat normalement.
13:38Et en fait, quelques jours plus tôt,
13:39eh bien, Française, elle s'est fait mordre malencontreusement par son chien à la main
13:43quand elle était en train d'arroser, en fait, son jardin.
13:46Son état de santé va vite se dégrader.
13:48Elle va être donc évacuée aux urgences,
13:51mais elle va, eh bien, attendre des heures sur un brancard dans le couloir.
13:56Elle écrit aussi à sa soeur qui est restée sur le parking en lui disant
13:59« J'essaye d'attirer l'attention des infirmières qui sont à côté de moi
14:02et rigolent et se racontent leur week-end, mais je n'y arrive pas. »
14:06Et Française va essayer de forcer la porte de rentrer dans l'hôpital
14:09pour venir en aide à sa soeur,
14:11sauf que la sécurité, eh bien, la met dehors.
14:14Et après des heures d'attente, Française va même être renvoyée chez elle.
14:18Tout ça, c'était à l'hôpital de Cannes.
14:20Thérèse s'occupe ensuite de sa soeur à la maison.
14:22Son corps est brûlant, flasque, elle a les dents serrées, les lèvres sèches.
14:27Française est conduite en ambulance dans un autre hôpital.
14:30Cette fois-ci à Grasse, puisque sa soeur Thérèse ne veut plus qu'elle mette les pieds à Cannes.
14:34Sauf que tout recommence.
14:36L'attente, les supplications, les demandes de Thérèse,
14:39« S'il vous plaît, donnez des antibiotiques à ma soeur, elle a une infection. »
14:43Elle demande à une interne de venir discuter avec elle dehors.
14:47Elle lui dit « S'il vous plaît, donnez des antibiotiques à ma soeur. »
14:50Et l'interne répond « C'est moi la médecin, c'est moi qui décide. »
14:54Thérèse, depuis le début, elle sent que sa soeur va mourir.
14:58Elle sent qu'elle est en grave danger.
14:59Et finalement, c'est ce qui va arriver.
15:01Française va être retrouvée inanimée derrière la porte de sa chambre d'hôpital.
15:09Et comme la famille de Lucas, Thérèse compte aujourd'hui porter plainte contre les deux hôpitaux.
15:15Nicolas Béraud, vous, le 29 février, vous écrivez sur le cas d'une femme de 85 ans,
15:20une femme prénommée Joëlle, qui a disparu des urgences de l'hôpital d'Aix-en-Provence,
15:25le vendredi 23 février.
15:27Victime d'une maladie neurodégénérative, elle avait été admise aux urgences
15:31après une crise d'hallucination.
15:33Exactement.
15:34On voit ça passer, en fait, via un message de sa petite fille sur Facebook
15:37qui dit que sa grand-mère a disparu à l'hôpital.
15:40Ce qui s'est passé, c'est que Joël, donc 85 ans, a fait une crise de démence, d'hallucination.
15:45Joël est prise en charge dans un box aux urgences.
15:48À ce moment-là, sa fille rentre chez elle, pensant qu'elle est prise en charge.
15:52Et les médecins lui disent « Voilà, voilà, on s'en occupe, vous pouvez rentrer chez vous, on vous tient
15:55au courant. »
15:59À peu près une demi-heure après être rentrée chez elle, la fille de Joël reçoit un coup de fil
16:04et c'est l'hôpital qui lui dit que sa maman a disparu,
16:07elle s'est échappée de son box aux urgences et personne ne sait où est-ce qu'elle est.
16:10Donc sa fille, Claudine, commence à faire des recherches en ville et à l'hôpital.
16:15Claudine part avec sa fille aînée à l'hôpital et aux urgences d'Aix.
16:18Elles sont affolées, elles ne comprennent pas ce qui se passe, elles demandent à voir les vidéos de surveillance
16:23mais on leur répond que les bandes ne sont pas accessibles ce soir-là.
16:27Du coup, elles commencent à fouiller aux alentours de l'hôpital, elles vont même dans la ville d'Aix-en
16:31-Provence.
16:32Alors il faut savoir qu'il fait nuit, même si on est dans le sud, on est en hiver,
16:35donc il fait quasiment zéro degré, il fait froid, donc elle commence à paniquer.
16:38Elle se demande si Joël va réussir à tenir vu son état de santé et vu les conditions
16:42et surtout on ne sait absolument pas où est-ce qu'elle est.
16:44Le lendemain matin, le samedi, avec d'autres proches, Claudine revient chercher sa mère un peu partout dans l'hôpital.
16:50Et là à nouveau, elles font des fouilles, elles passent partout dans l'hôpital,
16:53elles sont aussi aidées dans ces fouilles évidemment par les équipes de l'hôpital,
16:57les équipes de sécurité mais aussi les soignants.
16:59Toujours aucune trace de Joël, elles vont prévenir la gendarmerie pour les alerter de cette disparition inquiétante
17:05mais il se trouve que 24 heures plus tard, on ne sait toujours pas où se trouve cette personne.
17:10Et finalement le corps de Joël est retrouvé le lendemain.
17:12Elle est retrouvée morte, inanimée, dans un conteneur à ordures.
17:16D'après les images de vidéosurveillance, elle n'a pas été frappée ni violentée,
17:21elle serait entrée seule dans ce conteneur avant que le couvercle ne se referme sur elle
17:25et l'autopsie conclura à une pneumonie qui a sans doute entraîné son décès.
17:30Après, est-ce qu'elle a eu très froid ? Est-ce qu'elle a eu très soif ? Très
17:33faim ?
17:33On ne sait pas précisément, d'autres analyses sont en cours.
17:35Comment le centre hospitalier d'Aix-en-Provence explique ce drame ?
17:39Alors déjà évidemment, le centre hospitalier présente ses excuses à la famille.
17:43Ils disent qu'ils ont fait tout leur possible lors des recherches pour retrouver Joël rapidement,
17:47ce qui n'a pas pu être fait.
17:48Et surtout, ils indiquent que ce soir-là, donc le vendredi soir,
17:51il y a eu un afflux de patients et notamment 4 malades dans un état grave
17:56qui ont nécessité au même moment une forte attention du personnel
18:00et c'est à ce moment-là que Joël, pour des raisons qui restent encore à éclaircir,
18:04a pu échapper à la surveillance des urgentistes et des soignants de l'unité d'urgence
18:08et s'échapper vers le sous-sol.
18:10Et c'est là où nous, journalistes, on fait le lien avec la crise des urgences,
18:13la crise de l'hôpital, les difficultés avec le manque de personnel,
18:16le manque de lits et l'afflux de malades.
18:18Et puis, ce qui est arrivé malheureusement à cette personne âgée qui est décédée.
18:22Comment réagit la famille suite à ça ?
18:23Alors pour l'instant, elle voulait prendre un petit peu le temps de faire son deuil,
18:26d'organiser les obsèques.
18:28Maintenant qu'on a retrouvé le corps de Joël et qu'une autopsie a pu être réalisée,
18:32elle envisage de porter plainte contre l'établissement.
18:39Elsa Marie, on a entendu tout à l'heure les mots très durs d'un médecin
18:43qui avait réagi dans Le Parisien à votre première enquête.
18:45Est-ce que le ministère de la Santé, est-ce que le gouvernement ont fait de nouvelles annonces
18:50pour essayer d'améliorer la situation aux urgences ?
18:52Alors la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a annoncé qu'une enquête était lancée
18:57auprès de l'IGAS, qui est l'Inspection Générale des Affaires Sociales,
19:01concernant la mort de l'UQA.
19:03Elle a aussi annoncé que le système du 15, qui est l'appel aux urgences,
19:07allait être renforcé.
19:08Mais finalement, un petit peu comme toujours durant ces dernières années,
19:13il ne se passe pas grand-chose.
19:15Et c'est ça qui est le plus étonnant et le plus sidérant,
19:18c'est que malgré les années, malgré la dégradation du système de soins,
19:22on a toujours l'impression que les annonces ne sont jamais à la hauteur de la réalité.
19:28On l'a dit, vous avez été spécialiste santé pendant 7 ans.
19:31Est-ce que vous avez perçu une dégradation sur la situation aux urgences et à l'hôpital
19:36pendant cette période de 7 ans ?
19:37Oui, elle est énorme.
19:39On a vraiment vu la situation se dégrader d'année en année.
19:41Déjà avant le Covid, un an avant,
19:43les soignants manifestaient dehors pour dénoncer un manque de moyens.
19:48Ils sont à nouveau devant leur bâtiment.
19:50Les personnels des urgences de Pau manifestent cet après-midi.
19:54Depuis un mois et demi, ils sont en grève, même s'ils travaillent.
19:58Aides-soignants, ambulanciers, infirmiers, médecins,
20:01avec le renfort de gilets jaunes et d'usagers,
20:04tous réclament plus de moyens pour soigner correctement.
20:07On a des gens qui sont aux urgences,
20:09qui ont l'objet de les faire faire pipi dans le couloir.
20:11C'est des prises en charge vraiment à la va-vite.
20:14On ne respecte plus la pudeur.
20:16Il n'y a plus d'intimité, même aux urgences.
20:19Pendant le Covid, ils ont tenu malgré tout.
20:21Et c'est vrai qu'ils ont été remarquables.
20:24Ils ont mis complètement leur vie de côté pour les autres.
20:26Je me souviens qu'ils racontaient que quand ils rentraient chez eux,
20:29ils se déshabillaient sur le pas de la porte,
20:34ils n'approchaient pas à leurs enfants,
20:36ils ne les voyaient plus,
20:37ils oubliaient de manger, de dormir.
20:39On s'est dit qu'il va y avoir une énorme révolution pour le système de soins.
20:43Je pense qu'ils y ont cru aussi,
20:44mais elle n'est jamais arrivée.
20:55Merci à Elsa Marie et Nicolas Béraud.
20:58Cet épisode de Côte-Source a été produit par Raphaël Pueillot,
21:01Thibault Lambert et Barbara Gouy.
21:03Réalisation Pierre Chafonjon.
21:05Côte-Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien,
21:09chaque soir de la semaine.
21:10Chaque mercredi, il y a aussi maintenant Le Sacre,
21:12un nouveau podcast du Parisien consacré à Paris 2024.
21:16Les confidences de médaillé d'or olympique au micro d'Anne Lorbonnet.
21:19Et puis n'oubliez pas Crime Story,
21:21chaque samedi, une grande affaire criminelle,
21:23racontée par Claudia Prolongeau,
21:25avec Damien Delsenis, le chef du service police-justice du Parisien.
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