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  • il y a 11 heures
Aurélie Godard vient de passer plusieurs semaines dans la bande de Gaza avec l’association humanitaire Médecins sans frontières. Pour Code source, elle raconte ce qu’elle y a vu.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : France Info.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La crise humanitaire s'aggrave de jour en jour dans la bande de Gaza.
00:16Depuis que l'armée israélienne s'est donnée pour but d'éradiquer le Hamas après les massacres du 7 octobre,
00:22la population, privée de ressources, tente de survivre au milieu des bombardements.
00:26Selon le dernier bilan du Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir, plus de 29 000 personnes sont mortes depuis le
00:33début du siège.
00:34Au moins 2 millions de personnes, soit la grande majorité de la population, est menacée par la famine d'après
00:41l'ONU.
00:42Dans cet épisode de Code Source, Aurélie Godard, 42 ans, elle est médecin anesthésiste et réanimatrice.
00:49Elle a passé un mois dans l'enclave de janvier à février avec Médecins Sans Frontières
00:54et elle s'est rendue notamment au nord du territoire, dévastée et quasi impossible d'accès.
00:59Elle raconte ce qu'elle a vu au micro d'Ambre Rosala.
01:06Aurélie Godard est originaire de Bretagne, mais elle habite depuis peu à Annecy, en Haute-Savoie,
01:11où elle est médecin anesthésiste et réanimatrice.
01:14Elle partage son temps entre son travail à l'hôpital public et ses missions pour Médecins Sans Frontières.
01:19C'est une association d'aide médicale à travers le monde, notamment lors de conflits armés, d'épidémies et de
01:25catastrophes naturelles.
01:27Aurélie m'explique qu'être médecin humanitaire est pour elle un vieux rêve d'enfant.
01:34Dans ma famille, il n'y a pas de médecin, il n'y a pas de soignant.
01:36Donc effectivement, c'est un truc très fantasmé de l'enfance, puisque je n'avais pas de modèle familial proche
01:42qui pouvait m'évoquer ça.
01:43Je ne sais pas bien d'où il vient.
01:46Et puis, j'étais petite, donc l'assaut dont j'avais entendu parler, c'était Médecins Sans Frontières.
01:50Les images ou les campagnes de pubs qu'MSF faisait déjà à cette époque-là étaient très marquantes en termes
01:57d'imaginaire, de slogan.
02:00Ils étaient assez emblématiques pour que ce soit des causes qui, je pense, me parlent.
02:06Et puis parce que dans le soin, il y a forcément un peu d'aider l'autre, a fortiori le
02:10plus vulnérable, mais ça fait très longtemps.
02:12Aurélie s'engage auprès de Médecins Sans Frontières en 2012, quand elle a 31 ans.
02:17Elle passe un entretien de recrutement, puis elle suit une formation avant d'être envoyée sur sa première mission humanitaire.
02:23Au début, ça devait être le Pakistan, sur un projet d'obstétrique.
02:26Et c'était ma première mission, j'étais quand même un peu stressée, donc j'ai préféré demander plutôt une
02:31mission francophone,
02:32en Côte d'Ivoire en l'occurrence, pour ne pas avoir en plus du challenge, du contexte, un challenge linguistique.
02:38Donc j'ai fait une première mission en Côte d'Ivoire en 2012, une autre en Haïti en 2013.
02:43Et puis après, ça s'est enchaîné de façon un peu plus rapprochée.
02:46Je suis allée cinq fois au Yémen, cinq fois en Irak, cinq fois au Nigeria, quatre ou cinq fois en
02:51Haïti,
02:52quatre fois, je pense, en Centrafrique, trois fois au Congo.
02:55Donc, ouais, je ne sais pas, une trentaine peut-être ?
02:58Médecins Sans Frontières est présent dans la bande de Gaza depuis 1989.
03:01L'ONG y a une équipe sur place en permanence, composée de volontaires originaires de la région,
03:07et elle y envoie régulièrement des bénévoles venus du monde entier quand le conflit israélo-palestinien s'aggrave.
03:12Le samedi 7 octobre 2023, vers 6h du matin, le Hamas, le mouvement islamiste palestinien au pouvoir à Gaza,
03:20lance une attaque surprise contre Israël.
03:22Bonsoir à tous, c'est une édition spéciale consacrée à la guerre entre le Hamas palestinien et Israël.
03:28Le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, a déclenché ce matin une attaque surprise massive en
03:34pleine fête juive.
03:35Des milliers de roquettes sont tirées sur le territoire israélien et des combattants du Hamas parviennent à s'infiltrer dans
03:41le pays.
03:42Ils attaquent des positions militaires, mais aussi des civils, dans des villages et dans un festival de musique.
03:491200 personnes sont tuées et environ 250 sont prises en otage.
03:54Dès le 7 octobre, MSF a été très clair en condamnant ces attaques absolument terribles du Hamas.
04:00On a également proposé notre aide au gouvernement israélien pour prendre en charge des blessés, etc.
04:05On ne savait pas encore combien il y en avait, etc.
04:08Ils nous ont dit à ce moment-là qu'ils n'avaient pas besoin de notre aide, qu'ils arrivaient
04:11à gérer.
04:12Donc on est resté en proposant notre soutien sans qu'il soit nécessaire et en condamnant ces attaques qui pour
04:19nous étaient effectivement absolument dantesques.
04:22Très rapidement, l'armée israélienne riposte et bombarde la bande de Gaza.
04:26L'objectif affiché du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est d'éradiquer le Hamas.
04:35Le 9 octobre, le ministre israélien de la Défense annonce le siège complet de l'enclave
04:40et la fin de l'approvisionnement en nourriture, eau potable, gaz et électricité pour les habitants.
04:48On avait à ce moment-là une équipe dans la bande de Gaza
04:51qui s'est retrouvée prisonnière dans les jours qui ont suivi
04:55puisqu'ils n'ont pas pu évacuer le territoire
04:57et qui ont été un peu le fil rouge pour nous relater les événements qui se passaient sur la bande
05:03de Gaza.
05:04On nous raconte des bombardements terribles, le bruit, l'évacuation forcée et un peu en panique.
05:11MSF a beaucoup communiqué parce qu'on a été la cible à plusieurs reprises d'attaques.
05:16On a eu nos structures de santé, nos ambulances, du personnel qui malheureusement est décédé.
05:21Enfin, donc ça a été une situation absolument catastrophique, très menaçante.
05:29Donc les premières semaines ont été terrorisantes pour ceux qui étaient à l'intérieur,
05:35très frustrantes pour nous qui étions à l'extérieur et qui, en clair, ne pouvions rien faire.
05:40Enfin, on va être très honnête, malheureusement, le début, la bande de Gaza a été complètement fermée
05:44pendant plusieurs semaines.
05:47Donc on ne peut ni rentrer, ni sortir, ni faire rentrer de maternelle.
05:50On a évidemment donné tous nos stocks d'emblée.
05:54Et puis à un moment donné, il n'y a plus de stock, donc il n'y a plus rien
05:56à donner.
05:57Et pour autant, les blessés continuent d'arriver et ils ne se sont pas arrêtés.
06:01Le 13 octobre, l'armée israélienne ordonne aux civils palestiniens vivant au nord de la bande de Gaza
06:06d'évacuer la zone vers le sud.
06:08Parmi le personnel de médecins sans frontières sur place, quelques-uns choisissent de rester.
06:13Le 5 novembre, l'armée israélienne affirme que la bande de Gaza est désormais coupée en deux
06:18et que le nord n'est plus aux mains du Hamas.
06:20Dans les mois qui suivent, les frappes israéliennes continuent à Gaza
06:24et le 4 janvier 2024, Aurélie Godard est envoyée sur place en mission humanitaire.
06:30Elle passe par l'Egypte pour rejoindre la ville de Rafa, à l'extrême sud de la bande de Gaza,
06:35où près d'un million et demi de Palestiniens sont réfugiés, soit la grande majorité de la population.
06:40C'est un camp de réfugiés, Rafa, c'est plus une ville en fait.
06:43Donc vous avez des tentes ou des abris de fortune, plus que des tentes un peu partout.
06:47Vous voyez des vagues d'exode avec des gens qui arrivent, avec un âne qui tire une charrette,
06:52quelques matelas, quelques casseroles, et puis qui vont bricoler une tente de fortune
06:57avec des bouts de plastique, des bouts de bâche, dans des endroits qui sont de moins en moins favorables,
07:03exposés au vent, exposés au bombardement probablement, sans accès à l'eau de façon simple.
07:09Évidemment pas de branchement électrique ou ce genre de choses.
07:12Donc il y a les camions d'eau potable qui passent au maximum, quasiment quotidiennement,
07:17pour faire des distributions d'eau, parce que les gens n'ont pas accès à l'eau,
07:20des distributions de nourriture.
07:22Mais voilà, c'est une fourmilière.
07:25Il y a énormément de gens dans les rues de Rafa, énormément.
07:29Des épidémies, parce que les conditions de vie sont l'hygiène, l'accès à l'eau, etc.,
07:33une catastrophe, et évidemment des blessés de guerre.
07:36Et donc vous cumulez tout cela sur un tout petit territoire,
07:39avec des gens qui malgré tout tentent de vivre ou de survivre.
07:42Quand vous leur demandez comment ça va, le matin, des fois, ils vous répondent
07:45« surviving », on survit.
07:50Là-bas, Aurélie aide les soignants de l'hôpital de Rafa à prendre en charge les très nombreux blessés.
07:55Les blessures par bombardement, c'est terrible, parce que ça casse des os,
07:58et puis ça fait dans tous les tissus qui entourent les os,
08:01ça fait des blessures très délabrantes, très invasives,
08:04qui vont avoir besoin de X chirurgies pour que les tissus soient à nouveau bien propres, bien vivants.
08:11Et donc c'est des malades qui en plus vont avoir besoin de soins longs, compliqués, douloureux.
08:15Moi, j'ai vu que des civils, des femmes, des enfants, c'est des gens qui étaient au mauvais endroit,
08:21au mauvais moment,
08:23parce que le gamin jouait dans la rue à ce moment-là, parce que la femme allait acheter de quoi
08:29cuisiner.
08:31Donc c'est vraiment, en cumulant les enfants et les femmes, c'est 40-45% de la population de
08:39malades.
08:40Je pense le plus jeune patient qu'on ait eu, avait 5-6 semaines, enfin c'était un bébé.
08:46On a eu une maman qui avait accouché 3 semaines avant, donc c'était la maman la blessée,
08:50mais qui avait son nouveau-né avec elle.
08:53On a eu plein d'enfants de 2 ans, 4 ans, 6 ans, et puis ça va jusqu'à l
08:58'âge extrême.
08:59On a eu des papys ou des mamies, si vous me permettez l'expression,
09:03mais c'est globalement la population que vous croisez dans les rues qui se retrouve dans l'hôpital.
09:08Ils sont assez pudiques malgré tout sur leurs histoires personnelles.
09:12Il y en a plein qui ont perdu des membres de leur famille, etc.
09:15Et puis quand la confiance et le lien se tissent un peu, vont le lâcher entre 2 pansements, 2 discussions.
09:22Je me souviens d'un infirmier qui dit qu'il a perdu ses 4 frères il y a un peu
09:26plus d'un mois.
09:27Et puis il est là au boulot, il soigne des gens qui ont des blessures du même type
09:33que celles qui ont affecté sa famille. Et puis il dit ça avec le sourire, en disant
09:38« Mais Dieu merci, moi je suis encore en vie, mes enfants me donnent envie de me battre pour demain,
09:43de reconstruire une vie. »
09:45Il y a eu plein de... c'est plutôt des amputés hommes, mais des jeunes, des gamins,
09:51qui ont 15 ans, 16 ans, qui sont amputés en cuisse, qui ont vécu un enfer,
09:56et puis qui ont un sourire jusqu'aux oreilles, qui essayent de baragouiner 3 mots en anglais
10:01quand ils nous voient arriver, enfin qui ont une force de vie.
10:06Évidemment qu'il y a une part de façade, mais ils ont une résilience et une capacité
10:11de se projeter vers demain qui, je pense, les aide à supporter tout ça.
10:15Moi j'ai été frappée par la gentillesse palestinienne.
10:18Il n'y a pas de haine, il n'y a pas de colère, il n'y a pas de...
10:22Ils vivent un enfer, en se préoccupant encore du sort de leur prochain,
10:27et puis en souriant et en offrant une tasse de thé, quoi.
10:30En disant « Inch'Allah, ils ont une capacité d'adaptation qui défie l'entendement. »
10:38Le 22 janvier, Aurélie part pour le nord de la bande de Gaza.
10:41Elle participe à un convoi humanitaire organisé par les Nations Unies
10:44qui doit ravitailler la ville de Gaza, où l'accès est extrêmement difficile.
10:49Le convoi est composé de deux voitures et d'un gros camion-citerne
10:52et doit permettre d'acheminer 19 000 litres de carburant à l'hôpital de Chifa
10:57pour faire tourner les générateurs qui alimentent l'établissement en électricité.
11:02Le convoi est validé par les Israéliens, ils vous donnent une route qu'il faut suivre.
11:08Il y a des arrêts prédéterminés pour valider qu'effectivement,
11:12ils ne vont pas vous lâcher une roquette sur la tête au moment où vous allez passer.
11:16Donc il y a plein d'étapes intermédiaires.
11:18Donc là, vous passez dans un paysage de désolation.
11:20Il n'y a personne, c'est vide, c'est rasé.
11:23Puis vous arrivez au checkpoint où du coup, les soldats israéliens vérifient les passagers,
11:29les chauffeurs, etc., enfin les gens du convoi.
11:31Le camion de fuel a été vérifié par un drone qui l'a survolé pendant très longtemps.
11:37Et donc on a passé, je pense, pas loin de deux heures au checkpoint.
11:40Et ça passe au compte-gouttes.
11:43Et juste après le checkpoint, il y a une espèce de zone un peu industrielle.
11:47On n'est pas encore dans la ville de Gaza.
11:49Et là, c'est des hordes de jeunes hommes, c'est que des hommes, qui meurent de faim
11:54et qui du coup sautent sur la voiture pour avoir des informations sur...
11:58Voilà.
11:58Et la nourriture et l'eau, ça arrive.
12:00Ils ont sauté sur la voiture et quand on leur a dit non, c'est du chou,
12:03ils ont dit mais ils sont où les camions de nourriture ?
12:06On a dit bah pas aujourd'hui, on n'a réussi à faire passer que celui-là, quoi.
12:11Le convoi précédent était passé plusieurs jours au préalable avec de la nourriture.
12:15Et ce convoi, il avait tenu entre guillemets 400 mètres après le checkpoint,
12:20donc encore très loin d'arriver dans Gaza City.
12:23Et il avait été assailli de gens qui meurent de faim
12:26et qui ont pris les cartons de nourriture,
12:30sans même pouvoir faire une distribution un peu organisée, un peu...
12:34Voilà, 400 mètres.
12:36Aurélie entre ensuite dans la ville de Gaza,
12:38qui comptait près de 700 000 habitants avant la guerre.
12:42Il n'y a pas une seule rue qui est intacte, c'est un champ d'orhine.
12:46Voilà, c'est des débris, des décombres, c'est un paysage d'apocalypse.
12:49C'est des pierres par terre et puis de temps en temps,
12:52un building qui tient, plus ou moins,
12:54avec des maisons éventrées, des immeubles effondrés,
12:58et puis des gens qui tentent de survivre dans cet environnement extrêmement hostile.
13:03Et au détour de chaque rue, des lampadaires, des panneaux, des maisons,
13:08enfin, tout est au sol.
13:10Une ville qui est réduite à de la poussière pour une grande partie d'entre elles, quoi.
13:17Le convoi humanitaire finit par atteindre l'hôpital de Chifa
13:20pour lui délivrer les 19 000 litres de carburant.
13:23Il est encore debout, contrairement à pas mal du reste de la ville.
13:27Il est rempli de gens qui s'y réfugient,
13:31qui ne sont pas des patients, qui sont des gens qui cherchent un peu de sécurité.
13:36Et il y a quelques petites zones rendues à une activité de soins.
13:40Donc, les urgences, notamment, où une partie a été transformée en unité d'hospitalisation,
13:46faute de place ailleurs dans l'hôpital,
13:48où les faux plafonds sont éventrés.
13:50Donc, vous avez les perfusions qui sont accrochées à des petits bouts de poutrelle métallique
13:54qui dépassent du plafond.
13:55Et puis, c'est très chaotique,
13:58parce que pour aller de ce bâtiment où il y a les urgences,
14:01aux bâtiments d'à côté, où ils ont réussi à remettre en route
14:05trois salles d'opération dans une zone qui n'était pas un bloc opératoire initialement,
14:10mais qu'ils ont réinvesti en tant que telle,
14:14il faut traverser la cour de l'hôpital.
14:16Donc, des hordes de gens.
14:18On a visité, par exemple, juste au-dessus de ce nouveau bloc opératoire,
14:22avec des guillemets,
14:23il y a l'unité de soins intensifs qu'ils envisageaient de réouvrir.
14:27Ils ont déjà commencé à réhabiliter le service.
14:30Donc, il y a quelques lits, quelques machines.
14:32Et puis, ils sourient, ou ils sourirent en coin.
14:36Et puis, ils poussent un climatiseur.
14:37Et puis là, vous voyez un gros trou dans le mur de l'obus ou de la roquette
14:41ou de je ne sais quoi qui a traversé le service.
14:43Donc, évidemment que des activités de soins sont d'une complexité
14:47encore plus difficile à assurer et à maintenir.
14:53Le convoi humanitaire n'est pas autorisé à rester très longtemps.
14:57Aurélie repart vers Rafa dans le sud l'après-midi même.
15:00Le carburant que le convoi a livré
15:02va permettre d'alimenter l'hôpital pendant une semaine à peine.
15:05À Rafa, Aurélie continue de soigner les blessés.
15:08Et ses patients ont peur qu'Israël lance une offensive
15:11dans cette partie de la bande de Gaza,
15:13jusque-là relativement épargnée.
15:16Ils sont terrifiés et perdus parce qu'ils disent
15:20« il n'y a nulle part où aller en fait ».
15:23C'est des rats dans une souricière.
15:26Vous avez reculé, reculé, reculé.
15:28Vous êtes dos au mur.
15:29Et puis là, on vous dit « il ne faut pas rester là ».
15:33Et là, tu te dis « en fait, j'ai nulle part où aller
15:35parce que là, je suis dans le coin, coincé contre le mur ».
15:37Alors, le mur, c'est la frontière avec l'Égypte et puis la mer.
15:40Et puis tout le nord est détruit.
15:42Il n'y a aucune fuite possible.
15:44Il n'y a nulle part où aller pour échapper au bombardement.
15:46Donc là, les quelques lueurs d'humanité et d'espoir
15:49qu'ils maintiennent au prix d'efforts constants,
15:52s'étayent les unes après les autres.
15:56Le 8 février, la mission humanitaire d'Aurélie prend fin
15:59et elle rentre en France.
16:00Ça a été plus difficile de rentrer que d'y aller.
16:03Difficile de les abandonner, de se dire « moi, je retrouve ma vie ».
16:07Et puis eux, ils ont cette épée de Damoclès au-dessus de la tête,
16:11cette incertitude de survie première et puis ensuite de vie.
16:16Qu'est-ce qu'elle sera leur vie après ?
16:18Quand est-ce que ça va s'arrêter, cet enfer ?
16:22Malgré les conditions, c'est pour moi une très belle mission
16:25parce que la rencontre avec les Palestiniens, c'est une leçon de vie.
16:30Ces gens-là ont tout perdu, mais il reste des gamins
16:34qui prennent des bouts de sac poubelle, des bouts de plastique
16:36qui en font un cerf-volant et puis qui jouent dans la rue avec.
16:39Une espèce de cliché, mais on se dit « tant qu'il y a des enfants qui jouent,
16:42en fait, il y a encore un peu d'espoir ».
16:44J'ai la chance, moi, d'être soignante.
16:47Si au moins je peux soigner 1, 2, 5, 10, 50 patients,
16:51c'est une goutte dans un océan,
16:52mais c'est une goutte qui, pour moi, donne du sens.
16:55C'est pas tout à fait rien, c'est presque rien.
16:57Et presque, ça fait une énorme différence
17:00quand on est là-bas et quand on voit le désastre et la catastrophe que c'est.
17:04Presque, c'est très différent de rien.
17:14Ambre, à la fin de ton sujet, on a entendu Aurélie Godard raconter
17:18que ses patients à Rafa craignaient une attaque contre la ville.
17:21Où en est la situation à la date du mercredi 21 février ?
17:25Alors, au moment où on se parle, le gouvernement israélien menace de lancer une offensive
17:29contre la ville de Rafa au début du Ramadan, donc autour du 10 mars,
17:33si jamais les otages ne sont pas libérés d'ici là.
17:36Je rappelle qu'il y a encore 130 otages qui sont détenus à Gaza par le Hamas, selon Israël.
17:40Et le pays menace donc de lancer une offensive s'ils ne sont pas libérés dans les prochaines semaines.
17:44Est-ce qu'Aurélie a prévu de retourner à Gaza prochainement ?
17:47Ce n'est pas encore prévu, parce qu'elle doit pour l'instant travailler en France.
17:50Mais en tout cas, elle a très envie d'y retourner.
17:52En ce moment, il y a 300 bénévoles palestiniens de médecins sans frontières
17:56qui continuent de travailler dans les hôpitaux de Gaza.
17:58Et en plus de ça, l'ONG a organisé des rotations pour que des bénévoles internationaux
18:03puissent se rendre sur place.
18:04Et donc, il y a toujours entre 15 et 20 soignants de différents pays à Gaza.
18:10Merci Ambre Rosala.
18:11Cet épisode de Côte-Source a été produit par Clara Garnier-Amourou,
18:15Raphaël Puyot et Barbara Gouy.
18:17Réalisation, Julien Moncouquiol.
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18:41en ligne chaque mercredi.
18:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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