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Description : Déclarée Grande Cause nationale de 2025, la santé mentale des Français inquiète. On observe une dégradation liée à la pandémie de Covid-19, qui frappe notamment les jeunes.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Anaïs Godard, Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : M6, Ministère de la santé.

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#santémentale #covid #podcast

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La crise du Covid a dégradé la santé mentale des Français, on le dit souvent.
00:16De nombreux indicateurs sont dans le rouge depuis la pandémie qui a débuté fin 2019
00:20et les confinements qui ont suivi.
00:23Chez Codesource, nous avons eu envie de savoir pourquoi et dans quelle mesure
00:26cette période a eu un impact sur notre psychisme.
00:30Pour en parler, on est avec l'un des journalistes santé du Parisien, Nicolas Béraud.
00:35Il était l'un des journalistes spécialisés sur le Covid il y a 5 ans
00:38et il a interviewé le 11 juin le ministre de la Santé, Yannick Noderre,
00:43au sujet de l'action du gouvernement sur cette question.
00:49La santé mentale est évoquée de plus en plus régulièrement dans les médias,
00:53par exemple dans ce documentaire d'M6 au début du mois de mai.
00:58Plusieurs personnalités ont témoigné, notamment le nageur Camille Lacour,
01:01qui a traversé deux dépressions.
01:03Déjà j'ai eu peur d'en parler, j'ai eu peur parce que j'avais peur d'être stigmatisé,
01:07j'avais peur d'être la pleureuse sur des moments compliqués.
01:12Personnellement, moi j'ai pris la parole pour déculpabiliser,
01:14pour dire ça peut arriver et on peut s'en sortir.
01:16Nicolas Béraud, vous interviewez le ministre de la Santé, Yannick Noderre,
01:20pour le Parisien, le mercredi 11 juin.
01:23Il vous dévoile en exclusivité un nouveau plan pour la santé mentale,
01:27avec notamment une formation du personnel de santé scolaire
01:30à la détection des troubles psychiques
01:32et un renforcement du dispositif Mon Soutien Psy,
01:36dispositif qui permet de consulter des psychologues gratuitement.
01:40Et ce jour-là, le ministre Yannick Noderre dit avoir conscience
01:44qu'il y a urgence à répondre à ce défi.
01:46Il considère surtout qu'il y a aujourd'hui urgence
01:49parce qu'on voit que tous les indicateurs de la santé mentale
01:52augmentent, y compris chez les jeunes,
01:53parfois explosent notamment chez les jeunes filles.
01:55Donc il y a urgence.
01:56Il considère que tout le monde peut avoir un rôle à jouer,
01:59que ce soit les parents, les enseignants à l'école,
02:02les responsables associatifs, les encadrants,
02:04les assistants sociaux, etc.
02:06Évidemment les médecins, les infirmiers, les proches aussi.
02:08Tout le monde peut avoir un rôle à jouer
02:10pour détecter d'éventuels signos faibles
02:12chez un jeune qui serait en fragilité.
02:15Dans cet épisode de Code Source,
02:16on va essayer d'expliquer ce que le Covid a changé
02:19sur notre santé mentale.
02:21Pour bien comprendre, Nicolas Béraud,
02:23et je précise que c'est une actualité
02:24que vous avez couverte à l'époque,
02:26le confinement lié au Covid en France
02:28à partir de mars 2020 a été appliqué comment ?
02:32Il a été appliqué à trois périodes différentes.
02:34La première c'est du 17 mars au 3 mai 2020,
02:37la deuxième du 30 octobre au 15 décembre
02:39et la troisième du 3 avril au 3 mai 2021.
02:43Donc il y a eu trois périodes de confinement
02:44avec des mesures plus ou moins strictes,
02:46ça n'a pas été le même à chaque fois.
02:48Le premier confinement a été le plus dur,
02:50le plus sévère, c'est-à-dire qu'on se rappelle tous,
02:52il était interdit de sortir de chez soi,
02:55sauf à de rares exceptions près
02:56avec cette fameuse attestation
02:58qu'on devait d'abord imprimer à la main
02:59et ensuite remplir sur son téléphone.
03:01Le deuxième confinement a été un petit peu plus souple
03:03et le troisième c'était quasiment tout l'inverse,
03:05on nous incitait plutôt à sortir,
03:07courir, prendre l'air
03:09parce qu'on avait considéré
03:10que le virus n'aimait pas
03:11quand on était à l'extérieur.
03:12Ça a été des périodes globalement assez dures,
03:15même si certaines personnes
03:16ont plutôt apprécié les confinements,
03:18mais de façon générale
03:19ça a plutôt été vécu un peu difficilement
03:21parce qu'il a fallu se réadapter
03:22avec sa famille, avec son travail,
03:24avec ses proches,
03:25avec ses modes de vie, etc.
03:26C'est une période où de nombreuses familles françaises
03:29ont été endeuillées,
03:30familles qui ont dû parfois enterrer leurs proches
03:33dans des conditions plus que compliquées.
03:35Oui, ça pouvait être très compliqué
03:36pour plusieurs raisons.
03:38Il y avait des personnes qui nous racontaient
03:39qu'elles avaient été dans l'interdiction
03:41de pouvoir ne serait-ce que voir
03:43une dernière fois leurs proches dans son cercueil
03:45parce qu'il fallait l'énumer plus rapidement.
03:47Il y a aussi des obsèques
03:49qui ont dû se tenir dans des effectifs très réduits,
03:51donc une dizaine de personnes maximum,
03:53encore une fois pour des raisons sanitaires
03:55qui paraissaient à l'époque
03:56pas forcément justifier de la vie de ces personnes-là
03:59au vu de la gravité du moment.
04:01Donc ça a été effectivement très dur à vivre
04:03pour ces personnes,
04:04d'autant plus que ça s'ajoutait
04:05au stress que pouvait générer
04:07le confinement, sur le travail,
04:09la vie de famille, etc.
04:13Et à cette période,
04:14le Covid a fait en France
04:15au moins 160 000 morts.
04:17Il y avait aussi le décompte,
04:19justement, du nombre de décès
04:20le soir à la télévision.
04:22Tous les soirs,
04:23on avait au moins pendant les premières semaines
04:25de la pandémie de Covid,
04:26le directeur général de la Santé,
04:28donc le numéro 2 du ministère de la Santé,
04:30Jérôme Salomon,
04:31qui venait en fin de journée
04:33s'adresser à toutes les caméras
04:34pour énumérer le nombre de nouveaux cas positifs,
04:37le nombre d'hospitalisations
04:38et le nombre de décès.
04:40En ce qui concerne les décès,
04:431995 décès sont observés...
04:45Donc chaque soir,
04:46il y avait ce moment
04:46qui était un petit peu quand même inquiétant,
04:49qui pouvait être parfois
04:49un petit peu angoissant,
04:51ce moment où on annonçait
04:52le nombre de nouveaux morts du virus en France.
04:54Et dans les familles,
04:55pendant les confinements,
04:57beaucoup de gens,
04:57beaucoup d'adultes,
04:58de jeunes se sont tournés
05:00vers leur ordinateur,
05:01leur téléphone
05:01ou leur console de jeux vidéo
05:03pour essayer de moins stresser.
05:05De s'occuper dans un premier temps
05:07et ensuite effectivement
05:08de moins stresser pour certains d'entre eux.
05:09Notamment ces jeunes-là,
05:11ils avaient la scolarité en théorie
05:12à distance,
05:13mais c'était plus ou moins
05:14bien appliqué selon le territoire
05:16parce qu'il y avait plus ou moins
05:17de moyens qui étaient déjà accessibles.
05:19Donc c'est vrai qu'il y a eu
05:19une grosse augmentation
05:20de l'usage des outils numériques
05:22au sens large,
05:23donc les réseaux sociaux,
05:25la télévision,
05:25les jeux vidéo, etc.
05:27Pendant ces périodes de confinement
05:28où les gens étaient
05:29majoritairement,
05:30très majoritairement
05:31parqués chez eux,
05:32en particulier
05:32pendant le premier confinement.
05:35Nicolas Béraud,
05:37dès février 2021,
05:38on a constaté
05:39une augmentation
05:40des états anxieux
05:42et dépressifs dans le pays.
05:43A l'époque,
05:44en parallèle du suivi
05:45de l'épidémie,
05:45Santé publique France
05:46commence aussi
05:47à faire des enquêtes
05:48pour mesurer
05:49l'état de santé mentale
05:50de la population.
05:51Et ce qu'ils commencent
05:52à percevoir
05:53en ce début d'année 2021,
05:54c'est que la part de personnes
05:56qui disent ressentir
05:57un état anxieux
05:58ou dépressif,
05:59elle augmente,
05:59elle passe de moins de 30
06:00à près de 40%.
06:02Et dans toutes les personnes
06:03en France,
06:04celles qui sont les plus touchées,
06:05ce sont notamment
06:06les étudiants,
06:07les personnes qui sont
06:07sans activité professionnelle,
06:09celles qui sont
06:09en situation de précarité.
06:11Donc pour toutes ces personnes,
06:12il y a beaucoup d'inquiétudes
06:14sur l'avenir,
06:15sur comment ça va se passer,
06:16sur la fin des cours,
06:17qu'est-ce que ça va entraîner,
06:18sur est-ce que je vais réussir
06:19à retrouver du travail
06:20une fois que la pandémie
06:21se sera un petit peu dissipée.
06:22Donc ces personnes-là
06:23ont été les plus touchées
06:24par ces prémices
06:25de l'aggravation
06:27de la santé mentale
06:27qu'on observait à l'époque.
06:28À la même période,
06:29beaucoup de gens
06:30ont constaté une augmentation
06:31des comportements agressifs
06:33dans l'espace public,
06:34dans la rue,
06:35aux caisses des magasins
06:36ou dans les transports.
06:37Oui, ça pouvait arriver
06:38effectivement qu'il y ait
06:39des scènes de tension
06:39parce que beaucoup de gens
06:40étaient un peu à bout.
06:41Alors ces gens n'avaient pas
06:42forcément de maladie mentale
06:43en tant que telle,
06:44mais parfois,
06:44ils étaient un petit peu
06:45fragiles psychologiquement,
06:46ils étaient à bout,
06:47ils étaient épuisés,
06:48ils étaient éreintés.
06:49Donc on a pu assister
06:50effectivement dans la rue
06:51à des scènes de tension,
06:52sans doute, en tout cas,
06:53dans certains endroits
06:54plus importantes que d'habitude.
06:59Il y a eu aussi une augmentation
07:00par exemple des troubles alimentaires
07:03et vous le constatez
07:04en octobre 2023
07:05en vous rendant un reportage
07:07au centre hospitalier de Nantes
07:08en Loire-Atlantique.
07:10Je décide d'aller en reportage
07:11dans ce centre spécialisé
07:12pour les TCA,
07:13donc les troubles
07:14du comportement alimentaire,
07:15parce que j'avais eu vent
07:17d'une grande étude
07:18qui venait de paraître
07:18montrant qu'il y avait
07:20une très forte augmentation
07:21de la part de jeunes filles
07:23qui souffraient de TCA
07:24dans le monde.
07:25Donc du coup,
07:25je décide d'aller en France
07:26pour voir sur le terrain
07:27est-ce que les médecins
07:28constatent qu'il y a aussi
07:29de plus en plus de demandes
07:30et puis essayer de comprendre
07:31pourquoi.
07:32Je rencontre notamment
07:33une jeune fille
07:34qui me raconte que
07:35pendant le confinement,
07:36elle a passé énormément de temps
07:37sur les réseaux sociaux,
07:39notamment sur TikTok,
07:40où elle était déjà
07:41un petit peu fragile,
07:42elle mangeait un petit peu moins
07:43et elle était happée
07:45par des vidéos
07:45qui lui disaient
07:46que c'était bien
07:47de moins manger,
07:48que ça allait la rendre
07:48plus belle, etc.
07:49Donc c'est comme ça
07:50qu'elle a progressivement plongé,
07:51qu'elle a perdu kilo après kilo
07:53et qu'elle a fini par devenir
07:54anorexique
07:55et devoir être hospitalisée
07:56pour cela.
07:57Et ce que me racontent aussi
07:58sur place les soignantes,
07:59les infirmières,
08:00les médecins,
08:00c'est que le Covid
08:02ou plutôt l'impact
08:04qu'a eu le Covid
08:04sur l'utilisation des réseaux
08:06par les jeunes
08:06leur a fait beaucoup de mal
08:08parce que certains
08:08ont été endoctrinés
08:09par ces réseaux-là.
08:10Est-ce que l'on sait
08:11quels autres troubles mentaux,
08:13quels problèmes
08:13ont augmenté depuis le Covid ?
08:15Grosso modo,
08:16les différents troubles
08:17psy les plus communs,
08:18la dépression,
08:19les idées suicidaires,
08:20les troubles anxieux,
08:22tout ça,
08:22ça a augmenté depuis le Covid.
08:23On le voit dans les études,
08:24tous ces différents troubles
08:26augmentent, on va dire,
08:27dans des proportions
08:27relativement semblables.
08:28De quel ordre ?
08:29On constate en population générale,
08:31entre la période pré-Covid
08:32et le milieu de la pandémie
08:33vers 2022-2023,
08:35l'augmentation de l'ordre
08:36de 15, 20,
08:37parfois 25%.
08:38Les jeunes sont les premiers touchés ?
08:40Les jeunes sont effectivement
08:41les premiers touchés,
08:42c'est-à-dire qu'on constate
08:43que c'est chez les jeunes
08:44qu'on voit les augmentations
08:45les plus fortes,
08:46très clairement,
08:47ce sont eux qui ont le plus pâti
08:49de ces différents impacts
08:50dont on a parlé.
08:51Et les jeunes filles
08:52sont encore plus touchées ?
08:53Absolument,
08:54c'est encore plus marquant
08:55chez les jeunes filles
08:56que chez les jeunes garçons.
08:57Pour vous donner quelques chiffres,
08:589% des jeunes filles
08:59ou des jeunes femmes
09:00de 18 à 24 ans
09:01ont rapporté avoir eu
09:03des pensées suicidaires
09:04durant l'année 2022
09:05contre seulement 6% des garçons.
09:07Donc dans les deux cas,
09:08pour les filles
09:08comme pour les garçons,
09:09c'est en hausse,
09:10mais c'est toujours plus élevé
09:12chez les filles
09:13ou en l'occurrence
09:13chez les jeunes femmes
09:14que chez leurs homologues masculins.
09:17Nicolas Béraud,
09:18cette année,
09:19au début du mois de juin,
09:20vous avez fait un reportage
09:21à Rennes,
09:22dans un centre
09:22qui accueille
09:23des jeunes en difficulté psychique
09:25tout en restant scolarisés,
09:28l'un des 13 centres
09:29de la Fondation Santé
09:30des étudiants de France.
09:32D'abord,
09:32présentez-nous un peu ce lieu.
09:34C'est une clinique
09:35dans un lieu assez bucolique,
09:36juste en périphérie de Rennes,
09:39au milieu de la verdure,
09:40au milieu d'une petite forêt.
09:41C'est plusieurs grands bâtiments.
09:43Il y a le bâtiment hospitalier
09:45où il y a beaucoup de jeunes,
09:46plusieurs dizaines de jeunes
09:47qui sont hospitalisés
09:48et qui dorment ici.
09:49Il y a le bâtiment scolaire
09:50et puis il y a une salle de sport,
09:52il y a différents bâtiments connexes.
09:54Donc c'est un lieu
09:55qui paraît tout à fait accueillant.
09:56Et ce que je trouve intéressant,
09:57qui fait la spécificité
09:59de cette clinique
10:00et des autres établissements
10:01de la Fondation Santé
10:02des étudiants de France,
10:03c'est que les jeunes
10:04qui y sont pris en charge
10:05pour des troubles psy
10:06ou pour de la réadaptation
10:08après un accident de voiture,
10:09par exemple,
10:10ils peuvent aussi
10:11suivre leur scolarité sur place.
10:13Donc ça va du collège
10:14aux études supérieures.
10:15Les collégiens,
10:16les lycéens,
10:17ils ont les cours sur place
10:18parce qu'il y a l'annexe
10:19d'un collège lycée
10:20de l'extérieur.
10:21Et pour ce qui est
10:22de l'enseignement supérieur,
10:23ils peuvent aller suivre
10:24les cours à la fac
10:25en quittant l'établissement.
10:26Donc c'est vraiment ça
10:27qui fait la spécificité
10:28de ce lieu.
10:28Vous parlez notamment
10:29avec une jeune fille
10:30de 18 ans,
10:32Émilie,
10:32qui vous raconte
10:33ses crises d'angoisse
10:34avant qu'elle ne soit admise ici.
10:36Je la rencontre,
10:37elle est en train de préparer
10:38son grand oral du bac
10:39avec son professeur principal
10:41et avec d'autres élèves.
10:42Je discute un petit peu
10:43avec eux.
10:44Et ce que me raconte Émilie,
10:45c'est qu'elle a toujours été
10:46anxieuse de nature,
10:47qu'elle a toujours eu
10:48des petits moments d'angoisse,
10:49etc.
10:50Et à partir du Covid,
10:51elle a senti des crises
10:52plus importantes,
10:53au point que parfois
10:55elle n'arrivait plus
10:55à aller à l'école.
10:56Donc elle avait aussi
10:58contracté une sorte
10:58de phobie scolaire
10:59et c'est comme ça
11:00qu'elle s'est retrouvée
11:01dans cette clinique
11:01où elle a pu petit à petit
11:02reprendre confiance en elle
11:04et retrouver goût
11:05à la scolarité
11:06en espérant qu'elle ait son bac.
11:07Ce centre,
11:08aujourd'hui,
11:08d'un mot,
11:09il a trop de demandes.
11:10Oui,
11:10ce que me raconte
11:11le directeur Gilles Lulia,
11:12c'est que le délai
11:13moyen d'attente
11:14est passé de 6 mois
11:15à 1 an.
11:16Donc il y a une explosion
11:17de la demande
11:17et en fait,
11:18ce qui est intéressant,
11:18c'est que la très forte hausse
11:20de tous les indicateurs
11:21santé mentale
11:22qu'on constate
11:22dans les études,
11:23on le perçoit aussi
11:24là sur le terrain,
11:25dans cette clinique
11:26avec de plus en plus
11:27de gens qui veulent entrer
11:28et donc forcément
11:29des temps d'attente
11:30pour entrer
11:30qui s'allongent.
11:35Nicolas Béraud,
11:36il y a un autre problème,
11:37ce sont les déserts
11:38médicaux psychiatriques.
11:39De nombreux patients
11:40ont du mal
11:41à trouver un rendez-vous
11:42avec un psychiatre.
11:43Oui,
11:44on parle beaucoup,
11:44vous savez,
11:45des déserts médicaux,
11:46notamment à la campagne
11:47en milieu rural
11:47quand c'est très compliqué
11:48de trouver un rendez-vous
11:49pour un médecin
11:50et a fortiori
11:51pour un médecin spécialiste.
11:53Et bien,
11:53ça vaut aussi
11:53pour les psychiatres.
11:54Il y a des territoires
11:55en France
11:55où il y a très peu
11:56de psychiatres
11:56et c'est très compliqué
11:57d'avoir accès
11:58à un professionnel
11:59de santé
11:59pour les troubles psy.
12:01Autant dans les grandes villes,
12:02on peut en trouver
12:03sans problème,
12:04même si certains
12:05prennent des tarifs
12:05très élevés
12:07avec des honoraires
12:08très importants,
12:08mais à la campagne
12:09c'est très compliqué
12:10et parfois,
12:11des gens ne peuvent pas
12:12consulter un médecin spécialisé
12:14quand ils ont le ressenti
12:16qu'ils ont un problème psy.
12:17Et en cas de crise,
12:18quand un patient
12:19doit aller aux urgences psy,
12:21c'est compliqué aussi.
12:22C'est très compliqué.
12:23À nouveau,
12:24on parle beaucoup
12:24de la crise des urgences,
12:25mais au sein des urgences,
12:27celles qui sont spécialisées
12:28en psychiatrie,
12:29les urgences psy,
12:30sont peut-être encore plus
12:31en difficulté que les autres
12:32parce qu'il y a un manque
12:33de personnel criant,
12:34parce que la charge de travail,
12:35elle augmente
12:36étant donné qu'il y a
12:36de plus en plus de patients
12:37qui peuvent faire des crises.
12:38Donc,
12:39c'est effectivement
12:40extrêmement compliqué
12:41d'avoir une prise en charge
12:42adaptée
12:42dans un service
12:43d'urgence psychiatrique.
12:44Autre problème
12:45que nous connaissons
12:46actuellement en France,
12:47les pénuries de médicaments,
12:49pénuries qui touchent aussi
12:50les produits prescrits
12:51à des patients
12:52qui souffrent de dépression,
12:54d'angoisse
12:54ou encore de bipolarité.
12:56Absolument.
12:57Il y a beaucoup
12:57de traitements en France
12:58qui font l'objet
12:59de tensions
12:59ou de ruptures
13:00de l'approvisionnement.
13:01Donc, concrètement,
13:02ils sont parfois durs
13:03à trouver en pharmacie.
13:04Et ça vaut aussi
13:05pour des psychotropes.
13:06Donc,
13:06c'est une gamme
13:07très large de médicaments
13:08utilisés pour des troubles psy
13:10comme la dépression,
13:11les angoisses
13:11ou des maladies
13:12comme la bipolarité.
13:13Et parmi ces psychotropes
13:15qui sont durs à trouver,
13:16ces derniers mois,
13:17il y en a eu plusieurs
13:18qui sont très courants,
13:19très utilisés,
13:20comme la molécule
13:21kétiapine
13:22qui est vendue
13:22notamment sous le nom
13:24xéroquel
13:24ou la sertraline,
13:26le zoloft
13:26pour ceux qui connaissent.
13:27Ce sont des médicaments
13:28qui ont pu être durs
13:29à trouver
13:29pour des raisons
13:30pas tout à fait
13:32toujours les mêmes.
13:33Certains laboratoires
13:34parlent de problèmes
13:35de production,
13:36d'autres mettent en avant
13:37une hausse de la demande.
13:38Mais grosso modo,
13:39pour les patients,
13:40au bout du compte,
13:41la réalité,
13:41c'est que parfois,
13:42ils doivent faire
13:42trois, quatre pharmacies
13:43voire davantage,
13:44voire demander
13:45à leur psychiatre
13:46qu'on leur prescrive
13:46un autre médicament
13:47parce que ça devient compliqué
13:49et en fait,
13:49ça ajoute du stress
13:50à des patients
13:51qui sont déjà en difficulté.
13:52Il y a eu une augmentation
13:54en France
13:54des prescriptions
13:55de ces médicaments psychotropes
13:57et ça se voit
13:58notamment chez les jeunes.
14:00Pour prendre un chiffre,
14:01près d'un million de jeunes
14:02ont été remboursés
14:03au moins une fois
14:04en 2023
14:05pour un médicament psychotrope
14:06et c'est 5% de plus
14:08qu'en 2022
14:08et quasiment 20% de plus
14:10qu'en 2019.
14:11Donc avant la pandémie
14:12de Covid
14:13et très clairement,
14:14cette hausse de la demande
14:15est sans doute
14:16l'une des raisons
14:17à ces ruptures
14:19ou ces tensions
14:19d'approvisionnement.
14:22Nicolas Béraud,
14:23le 10 juin
14:24dans Le Parisien,
14:24vous expliquez
14:25que des médecins
14:26et des chercheurs français
14:27ont réussi
14:28à montrer
14:29un impact
14:30sur notre cerveau
14:31du stress
14:32lié au confinement.
14:34D'abord,
14:34quelle a été
14:35leur façon de travailler ?
14:36Ce sont notamment
14:37deux médecins français
14:38de deux spécialités différentes
14:39qui ont piloté
14:40cette étude.
14:41En fait,
14:41ce qu'ils ont fait,
14:41c'est qu'ils ont suivi
14:42pendant le premier confinement,
14:43donc au printemps 2020,
14:45une petite centaine
14:46de patients
14:46qui avaient des problèmes
14:47neurologiques,
14:48donc qui pouvaient déjà
14:49être suivis
14:49via des imageries
14:50de leur cerveau.
14:51Ces patients-là
14:52ont été confrontés
14:53à un ensemble
14:53de messages
14:54de stress,
14:55d'incertitudes
14:56sur le réseau social
14:57Twitter à l'époque,
14:58aujourd'hui X,
14:59et les chercheurs
15:00ont regardé
15:01quelles étaient
15:01les zones du cerveau
15:02qui pouvaient être
15:04affectées,
15:05impactées par ce climat
15:07sur le réseau social
15:08et in fine,
15:09le but était de comprendre
15:10quelles étaient
15:10les zones du cerveau
15:11qui pouvaient provoquer
15:12des troubles psy.
15:13Qu'est-ce que les chercheurs
15:14ont pu constater ?
15:15Ils ont constaté
15:16une activité
15:18particulièrement importante
15:19dans deux zones du cerveau
15:21très précises
15:22et ce sont deux zones du cerveau
15:23qui sont aussi connues
15:24pour s'activer,
15:26si je puis dire,
15:26en cas de stress post-traumatique.
15:28Donc en fait,
15:28c'est comme si le confinement
15:30avait induit
15:30les mêmes fonctionnements cérébraux,
15:32les mêmes effets
15:33qu'un stress post-traumatique.
15:34C'est une étude
15:35qui est limitée
15:36parce qu'elle est faite
15:36sur un petit échantillon
15:37très particulier
15:38de personnes
15:39qui avaient déjà
15:40des problèmes neurologiques
15:41mais c'est une étude
15:42qui va sans doute
15:42inciter d'autres recherches
15:43pour essayer
15:44de mieux comprendre
15:45les raisons
15:46pour lesquelles
15:46le confinement
15:47a pu avoir un impact
15:48sur notre activité cérébrale.
15:51Est-ce qu'on sait
15:52si le Covid en lui-même,
15:54si la maladie en elle-même
15:55a pu jouer un rôle
15:56sur notre organisme,
15:57sur notre biologie ?
15:59Oui,
15:59on a de plus en plus
16:01d'études montrant
16:02que parmi les symptômes
16:03du Covid long,
16:04donc vous savez,
16:04c'est quand il peut y avoir
16:06des particules virales
16:07du virus SARS-CoV-2
16:08qui restent dans l'organisme,
16:10ça peut provoquer
16:10des symptômes à long terme
16:11et pas mal d'études
16:13montrent que parmi
16:14ces symptômes à long terme,
16:15il pourrait y avoir
16:16des troubles psy.
16:17Il y a une grande étude
16:18notamment qui est parue
16:19en septembre 2024
16:21qui a montré
16:21qu'une infection Covid sévère,
16:24donc une infection Covid
16:25qui a dû entraîner
16:26une hospitalisation,
16:27pouvait dans certains cas
16:28provoquer un risque accru
16:30de maladie psychiatrique.
16:32Après,
16:33ce n'est clairement pas que ça
16:34qui peut expliquer
16:35à elle seule
16:36la très forte dégradation
16:37de la santé mentale
16:38qu'on constate
16:39dans les données,
16:39dans les études,
16:40mais ça peut,
16:41pour certains patients,
16:42faire effectivement partie
16:43des explications.
16:44Mais donc c'est plutôt
16:45le confinement
16:46qui a eu un effet sur nous ?
16:47C'est effectivement
16:48le confinement,
16:49les différentes mesures
16:49qui ont été prises
16:50comme la fermeture
16:51des écoles, etc.,
16:52qui pour certaines personnes
16:53ont pu avoir
16:53un impact néfaste.
16:55Après,
16:55je précise quand même
16:56et je pense que c'est
16:56important de le redire,
16:57le confinement
16:58et les mesures semblables
16:59prises à l'époque
17:00ont été prises
17:01pour limiter la circulation
17:02du virus
17:03et pour sauver des vies
17:04et sur ce plan,
17:05ça a marché.
17:05Beaucoup d'études
17:06montrent que des dizaines
17:07de milliers de vies
17:08ont vraisemblablement
17:09été sauvées
17:10grâce aux différents
17:11confinements.
17:12Donc il ne faudrait pas
17:13rejeter tout ce qui a été
17:14fait à l'époque
17:14uniquement parce que
17:15ça a pu avoir
17:16des effets,
17:17je dirais,
17:18collatéraux,
17:19néfastes sur la santé mentale,
17:20mais c'est bien aujourd'hui
17:21que des chercheurs
17:22étudient cet aspect-là.
17:25Nicolas Béraud,
17:26il y a une chose
17:27qui a changé
17:27depuis quelques années,
17:29c'est que l'on parle
17:29beaucoup plus souvent
17:30sur les réseaux,
17:31dans les médias
17:32de la santé mentale.
17:33Il y a eu beaucoup
17:34de témoignages
17:35de personnalités du sport,
17:36des spectacles
17:37ou des médias,
17:37du journaliste Nicolas Demorand
17:39à l'humoriste Constance
17:40qui ont tous les deux
17:41parlé de leur bipolarité,
17:43il y a eu aussi récemment
17:44début mai sur M6
17:45un documentaire
17:46avec parmi les témoins
17:48la chanteuse Pomme,
17:49Yannick Noah,
17:50ancien tennisman et chanteur
17:51ou encore le rappeur
17:52Aurel San.
17:54Tous ces témoignages,
17:55la fin d'un certain tabou
17:56sur la santé mentale,
17:58ça c'est peut-être
17:58un espoir pour l'avenir ?
18:00Alors très clairement,
18:01il y a un tabou
18:02qui est en train de se lever,
18:03tous les psychiatres,
18:04enfin certains psychiatres
18:05considèrent même
18:05qu'aujourd'hui
18:06le problème n'est plus
18:07que ce soit tabou,
18:08qu'on a franchi un cap
18:09et tant mieux.
18:10Vous parliez de Nicolas Demorand,
18:11il a sorti un petit livre
18:13Intérieur Nuit
18:14qui est un livre assez court
18:15qui se lit d'une traite
18:16mais qui est extrêmement fort,
18:17extrêmement poignant.
18:18A l'époque,
18:19quand j'avais fait un article
18:20que j'avais interrogé
18:21des associations,
18:22des patients,
18:22des médecins,
18:23tous disaient
18:23mais ça va évidemment
18:25potentiellement faire du bien
18:26à des personnes
18:27qui sont malades
18:27et qui en ont honte au travail,
18:29qui en ont honte
18:29auprès de leurs proches,
18:30etc.
18:31Après,
18:31il faut faire attention,
18:32des personnalités
18:33ont peut-être
18:33des facilités
18:34de prise en charge
18:35que n'ont pas
18:36des personnes lambda
18:37donc il faut veiller
18:38à ne pas entraîner
18:38d'inégalités d'accès
18:40aux soins psychiatriques
18:41mais très clairement
18:42je pense qu'on n'est plus
18:43dans le
18:44c'est tabou,
18:45c'est tabou,
18:46c'est tabou.
18:46On en sort un petit peu
18:47et tant mieux
18:47même s'il y a encore
18:48de la stigmatisation
18:49il y a des personnes
18:50qui ont des problèmes-ci
18:51et qui n'arrivent pas
18:52à en parler
18:52on peut tout à fait le comprendre
18:53mais ce n'est peut-être
18:54plus l'enjeu principal
18:56en cette année 2025
18:57où la santé mentale
18:58a été décrétée
18:59grande cause nationale.
19:00L'enjeu principal
19:01c'est les moyens finalement ?
19:02Bien sûr,
19:03les moyens financiers,
19:04les moyens personnels,
19:05il nous faut plus de psychiatres,
19:06il nous faut plus
19:06d'assistants sociaux,
19:08il nous fait plus
19:08d'infirmiers spécialisés
19:09en psychiatrie.
19:10Oui,
19:11sans nouveaux moyens,
19:12sans nouveaux financements,
19:13ça risque d'être très compliqué
19:14encore pour les années à venir.
19:23Merci Nicolas Béraud.
19:25Cet épisode de Code Source
19:26a été produit par
19:27Anaïs Godard,
19:28Clémentine Spiller
19:29et Thibaut Lambert
19:30réalisé par Pierre Chaffanjon.
19:32Code Source
19:33est le podcast quotidien
19:34d'actualité du Parisien.
19:36N'hésitez pas à vous abonner
19:37sur votre plateforme
19:38d'écoute préférée,
19:39à nous laisser des commentaires
19:40ou à partager.
19:41On vous invite aussi
19:42à écouter Crime Story,
19:44notre podcast hebdomadaire
19:45de faits divers.
19:46Chaque samedi,
19:47une nouvelle affaire criminelle
19:48racontée par
19:49Claudia Prolongeau
19:50et Damien Delceny.
19:51Damien Delceny
19:52qui est le chef du service
19:53Police Justice du Parisien.
19:57Sous-titrage Société Radio-Canada
19:59et Damien Delceny.
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