00:008h43, Marc Fiorentino est avec nous. Bonjour Marc.
00:02Bonjour Laure.
00:03Quelle semaine Marc sur le pétrole ?
00:06Vous m'avez dit, moi je suis dans le dur.
00:07Je suis collé au baril de Brent depuis lundi.
00:10C'est normal.
00:11Vous qui prenez du recul, comment vous regardez
00:13la situation autour du cours du pétrole ?
00:16Évidemment. D'abord, il y a une chose
00:17qui m'étonne beaucoup, c'est l'importance
00:19du pétrole. Je me suis
00:22posé cette question-là, de me dire
00:23quand même, depuis les années 70
00:25et le choc du pétrole, j'avais l'impression
00:27qu'on était quand même beaucoup moins dépendants du pétrole.
00:30J'ai découvert qu'effectivement,
00:31on était moins dépendants du pétrole, puisque la part
00:33du pétrole dans l'énergie globale mondiale
00:36est passée quand même de près de 50%
00:38à 30%.
00:38Dans le mix global, ça baisse.
00:41Dans le mix global, ça s'effondre par rapport
00:43évidemment à l'énergie renouvelable,
00:45le nucléaire, malgré les erreurs qu'on a fait
00:47en Europe, le charbon
00:49toujours en Asie,
00:51évidemment, comme je l'ai dit,
00:53le renouvelable. Mais par contre,
00:55compte tenu du fait qu'on a eu l'émergence
00:57des pays émergents, et notamment de la Chine,
01:00la demande globale
01:01mondiale en volume
01:03a doublé depuis les années 70,
01:06ce qui explique le rôle absolument
01:07central du pétrole aujourd'hui.
01:09Ce qui est très clair, en tout cas,
01:11et c'est ce qu'on va traiter ce soir à l'émission,
01:13c'est de se dire, en fait, tout est une question de durée.
01:15C'est-à-dire que globalement, il y a trois scénarios,
01:17il y a le scénario un mois,
01:19il y a le scénario trois mois, le scénario six mois.
01:20Pas plus de six mois, puisqu'on sait qu'on aura
01:22les mid-terms,
01:23et qu'évidemment, Trump n'ira pas avec une guerre
01:27aux élections des mid-terms.
01:29Évidemment, si vous êtes sur un mois,
01:31ce qui est mon scénario,
01:33c'est-à-dire qu'on aura 0,5 à 0,6%
01:37d'inflation en plus
01:38en mars
01:40et en avril,
01:41et puis derrière, on aura un repli.
01:43Si on est sur le scénario,
01:44qui est le scénario médian aujourd'hui du marché,
01:46qui n'est pas le mien,
01:47qui est de dire, bon, ça va durer trois, quatre mois,
01:50et donc, on va avoir, non pas une hausse de prix
01:53sur deux mois,
01:54mais un début d'inflation.
01:56Je rappelle que l'inflation,
01:57c'est la hausse de prix durable.
01:58Donc, effectivement,
01:59un impact sur les actifs,
02:01un impact sur les taux d'intérêt.
02:03Et puis, vous avez le scénario,
02:05qui est un peu le scénario européen,
02:06qui est normal,
02:07puisqu'il y a une telle,
02:09je le répète ici assez régulièrement,
02:11il y a une telle haine pour Trump
02:12que le fait même qu'il puisse réussir
02:14sa campagne en Iran...
02:16D'accord, mais ce n'est pas la haine de Donald Trump
02:18qui fait qu'on dit que le détroit d'Hormuz est bloqué.
02:22Là, c'est bloqué.
02:23Le détroit d'Hormuz est bloqué.
02:25On est en guerre.
02:26C'est-à-dire qu'il faut quand même expliquer aux gens
02:28que tout ne se résout pas en deux minutes
02:30et qu'on n'est pas dans une série américaine.
02:32On est en guerre.
02:34Depuis le début de l'opération,
02:36on est sur des objectifs affichés
02:38qui sont de faire une opération
02:40de cinq à six semaines.
02:41Il y a simplement deux semaines
02:42qui sont passées quand même.
02:45Alors, si on regarde les trois objectifs
02:47de cette opération,
02:50c'était un, déstabiliser le pouvoir politique.
02:53Après, on a rajouté le fait de pouvoir le renverser.
02:56Mais on va revenir au fait de simplement l'affaiblir.
03:00Et donc, je ne pense pas que l'objectif,
03:01aujourd'hui, sera de renverser.
03:03D'ailleurs, même les Israéliens sont revenus
03:05sur cet objectif-là en disant
03:07que le but, c'est de l'affaiblir.
03:08Ensuite, c'est d'affaiblir la capacité de nuisance
03:11au niveau des missiles et balistiques.
03:15Et puis, d'affaiblir le programme iranien
03:18et de lui faire perdre 10 à 15 ans.
03:20Bon, et je pense que si on regarde objectivement
03:23ce qui est en train de se passer
03:25du côté de la capacité militaire de l'Iran,
03:28OK, elle a une capacité de nuisance.
03:30Elle a une capacité de nuisance.
03:31Mais aujourd'hui, sa force globale,
03:34c'est quand même un pays sur lequel,
03:36il faut quand même le rappeler,
03:38les Israéliens, les Américains,
03:39se baladent toute la journée en avion
03:41pour faire 500 frappes par jour.
03:43Mais quand vous voyez que quelques drones
03:44et juste la menace des mines, ça fonctionne ?
03:46Non, mais ça fonctionne.
03:47Ça fonctionne en nuisance.
03:49Aujourd'hui, on a quand même un régime iranien
03:52qui n'arrive pas à protéger son pays.
03:54On a un régime iranien
03:56qui n'arrive pas à protéger sa capitale.
03:58On a 500 frappes à 1 000 frappes par jour
04:01entre les Américains et les Israéliens
04:03sur des points qui sont des points essentiels.
04:05On a des attaques sur tous les sites balistiques.
04:07On a des attaques sur tous les sites nucléaires.
04:10Donc, j'ai du mal à comprendre l'idée
04:13qui flotte à peu près partout.
04:15Mais comment ça peut s'arrêter sans renverser le régime ?
04:18Parce que vous dites que ce n'est plus un but de guerre,
04:19mais le régime, lui, il continue.
04:21Il faut bien comprendre que le seul maître des horloges,
04:23c'est Donald Trump.
04:24Voilà.
04:25Et ça s'arrêtera le jour où Donald Trump
04:27décidera que ça s'arrêtera.
04:29Et le jour où Donald Trump décidera que ça s'arrêtera,
04:31il ne faut pas oublier que Donald Trump
04:32est un homme de marché.
04:33C'est pour ça que ça me rassure.
04:35C'est quelqu'un qui suit, même s'il dit
04:36« je m'en fous du pétrole », ce n'est pas vrai.
04:38Parce qu'il sait très bien que le pétrole,
04:40certes, il a raison.
04:41Pour les Américains, pour les États-Unis,
04:44il n'y a pas d'impact,
04:45puisqu'ils sont exportateurs de pétrole.
04:49Mais par contre, pour le prix de l'essence,
04:51et donc pour le consommateur américain,
04:53et donc pour le pouvoir d'achat des ménages américains,
04:56c'est très important.
04:57Deuxième élément, il a bien conscience,
04:59il en a profité,
05:00que l'effet richesse est un élément de la croissance américaine
05:05et que, évidemment, si les marchés reculent,
05:08l'effet richesse va avoir un impact aussi sur la consommation,
05:11donc sur la croissance,
05:12donc va mécontenter les électeurs avant les mid-term.
05:15Donc pour moi, il n'y a absolument aucun sujet.
05:17Il ne peut pas se permettre de continuer la guerre,
05:20donc il va l'arrêter, donc il va dealer avec qui ?
05:22Il va dealer comme il l'a fait au Venezuela,
05:24c'est-à-dire qu'il va dealer avec un leader,
05:27soit avec un peu de chance,
05:28on va avoir un leader qui va émerger de l'armée
05:32et qui va décider de prendre le pouvoir,
05:34peu probable,
05:35soit on va avoir des mollas ramollis
05:39par ce qu'ils sont en train de subir.
05:41– Je ne sais pas comment,
05:42mais comment vous pouvez dire que ce n'est pas le cas ?
05:44On ne sait même pas à qui on parle,
05:46on a eu hier une déclaration d'un gars
05:49dont on ne sait même pas s'il est vivant,
05:51certains disent qu'il est dans le coma,
05:53donc pour l'instant, on a des déclarations d'intention,
05:55on a un plan que les Iraniens déroulent,
05:57qui est un plan de nuisance le plus large possible dans la région,
06:01mais avec des moyens militaires,
06:03qui sont des moyens militaires complètement ridicules,
06:05c'est-à-dire qu'effectivement, vous avez raison.
06:08– Ça a pas l'air d'être un régime avec une seule tête,
06:09comme au Venezuela où on enlève un et puis c'est fini.
06:13– Non, mais il ne peut pas y avoir une seule tête
06:14parce qu'il n'y a pas de coordination,
06:16parce qu'il n'y a plus de communication,
06:17parce que vous avez quand même un régime
06:19qui aujourd'hui ne peut même pas,
06:21vous avez des dirigeants qui ne peuvent même pas se rencontrer,
06:24je ne sais pas si vous imaginez,
06:25ils ne peuvent même pas communiquer entre eux,
06:28parce que tous les moyens de communication sont brouillés.
06:31Donc on a aujourd'hui un régime qui n'arrive pas à fonctionner,
06:34mais qui a un plan qui avait été fixé au préalable,
06:36avec des unités qui sont autonomes
06:39et qui continuent à œuvrer pour essayer de déstabiliser la région,
06:43et ils y arrivent,
06:44sauf qu'il y a un moment où Trump va décider,
06:47je pense que c'est une affaire de 4 semaines maximum encore,
06:50que ça s'arrête,
06:52parce que le programme balistique aura été largement détruit,
06:58le programme nucléaire aura été ralenti,
07:00et le pouvoir politique,
07:02c'est là où je ne suis absolument pas d'accord
07:04avec tout ce que j'entends,
07:05un pouvoir politique qui est extrêmement affaibli.
07:07Derrière, ça sera au peuple iranien,
07:09et éventuellement,
07:11vous savez, on dit qu'il n'y a jamais eu dans aucun autre pays
07:15autant d'agents de la CIA et du Mossad qu'en Iran.
07:18Je n'excuse pas qu'il y ait un travail de l'intérieur
07:21qui soit fait pour renverser le rime.
07:22Il ne faut pas être totalement négatif,
07:24on est complètement négatif aujourd'hui,
07:26il y a une seule vision,
07:27c'est de dire,
07:29c'est en train de s'enliser,
07:31ils sont en train de perdre la guerre,
07:33parce que quand c'est coincé,
07:34le Détroit d'Hormuz,
07:35on attend de voir des bateaux qui passent,
07:36vous voyez,
07:36pour être optimiste quand même.
07:37Non, mais je suis d'accord aussi,
07:39alors excusez-moi,
07:39mais aussi le nombre de spécialistes
07:42que je vois défiler sur le Détroit d'Hormuz,
07:44c'est-à-dire que tout le monde connaît
07:45le Détroit d'Hormuz par cœur,
07:47et tout le monde sait comment le protéger.
07:48On a eu à 7h45 un vice général
07:50qui l'avait déjà fait,
07:51donc vous pouvez aller le récouter
07:52en replay au podcast,
07:53il avait l'air assez spécialiste.
07:54C'est pour ça que j'en parlais aussi.
07:55De la question, Marc, justement,
07:57on parlait, donc vous dites,
07:59vous, guerre courte,
07:59c'est votre scénario,
08:01du coup quand Étienne Braque dit
08:02les marchés price de hausse des taux
08:05désormais de la part de la BCE,
08:07vous dites non.
08:07Non mais lunaire,
08:08et surtout, il faut bien comprendre une chose,
08:10plus les taux montent,
08:12plus le pétrole monte,
08:14plus l'économie ralentit.
08:17Mais je ne sais pas,
08:17c'est de l'économie basique.
08:21Plus l'économie ralentit,
08:23moins il y a d'inflation,
08:24puisque l'inflation, je le répète,
08:26c'est la hausse durable des prix d'intérêt,
08:28et donc plus il faudra baisser les taux d'intérêt.
08:30C'est-à-dire que non seulement la situation actuelle
08:33ne nous mène pas à une hausse des taux d'intérêt,
08:36mais elle nous mène à une accélération
08:38de la baisse des taux d'intérêt,
08:40parce que le peu de croissance qu'on aurait pu avoir
08:43du fait de la reprise,
08:44du fait de la demande allemande,
08:46du fait du plan de relance,
08:47on est en train de la perdre.
08:49C'est-à-dire qu'on est en train de flinguer,
08:51ça c'est une certitude,
08:52quelle que soit la durée du conflit,
08:54on est en train de flinguer la reprise économique
08:56dans la zone euro,
08:58et même la résilience de l'économie américaine,
09:01et donc il ne va pas y avoir d'autres possibilités
09:04pour les banques centrales
09:06que de baisser les taux d'intérêt.
09:08Plus les taux d'intérêt montent,
09:10comme ils montent en ce moment,
09:11plus les taux d'intérêt vont baisser.
09:14Donc vous pensez vraiment,
09:15la semaine prochaine on a une semaine très importante
09:16sur les banques centrales,
09:17il y a à peu près toutes les banques centrales du G7
09:19qui se rejoignent.
09:19Oui, mais là pour l'instant,
09:20elles sont obligées de réagir
09:22à ce qui se passe actuellement,
09:23mais on ne réagit pas à une inflation
09:26qui n'est pas une inflation,
09:28à une hausse des prix,
09:29qui est pour l'instant temporaire,
09:30par une remontée des taux d'intérêt,
09:32ça ne s'est jamais vu.
09:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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