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  • il y a 3 heures
La France devrait avoir du retard dans la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale en droit français. Pour les entreprises, cela ne reporte pas pour autant la nécessité de se mettre en règle avant juin. L’avocate Céline Martinez nous explique comment faire.

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Transcription
00:12A priori, la France va avoir du retard pour transposer la directive européenne sur la transparence salariale dans le droit
00:18français.
00:19En soi, ça ne change pas grand chose pour les entreprises qui de toute façon vont devoir s'y adapter.
00:23Et pour ceux qui ont pris du retard, à peu près 80% des entreprises n'ont pas encore entrepris
00:29d'action pour s'adapter.
00:30On va voir avec Céline Martinez comment on peut rattraper ce retard. Bonjour.
00:35Bonjour.
00:36Donc, la transparence salariale, c'est dans trois mois, donc c'est demain à l'échelle de la vie des
00:41entreprises.
00:42Aujourd'hui, est-ce qu'on a une idée du nombre d'entreprises françaises qui sont plutôt prêtes et de
00:49celles qui ne le sont pas encore ?
00:51Alors, comme vous l'avez dit, selon un sondage récent de l'ANDRH, environ 79% des entreprises à ce
00:57jour n'ont rien entrepris sur la transparence salariale.
01:00Procrastination.
01:01Voilà, un peu de procrastination, parce que c'est vrai que ça implique un certain nombre d'éléments à faire
01:07et de choses à préparer.
01:09Donc, on avait initialement une date au 7 juin 2026 au niveau européen pour transposer.
01:14On sait déjà que la France ne respectera pas cette date, puisqu'on vient tout juste de recevoir un avant
01:19-projet de loi qui vient d'être partagé avec les partenaires sociaux.
01:24Oui, le calendrier, de toute façon, ne permet plus mécaniquement de rester dans les clous, ce qui n'est pas
01:29très grave en soi.
01:30De toute façon, ça va être transposé, c'est juste un peu plus tard.
01:34Exactement, ça va être transposé, puisque la question de l'égalité professionnelle est un sujet qu'on ne peut pas
01:38vraiment mettre de côté, puisque ça intéresse tout le monde.
01:41A priori, en théorie, l'objectif du gouvernement était d'avoir un projet de loi d'ici la fin de
01:46l'année, pour que les premières obligations puissent commencer à s'appliquer en 2025.
01:49Donc, non, dire que ce n'est pas très grave de ne pas respecter...
01:53C'est toujours mieux de respecter le calendrier.
01:55Ça ne remet pas en question le principe même, qui est l'égalité améliorée, l'égalité salariale femmes-hommes, peut
02:02-être pas seulement femmes-hommes d'ailleurs, on parlera aussi des gens selon leurs origines géographiques, culturelles ou autres.
02:08Les entreprises aujourd'hui qui sont en retard, il y a un profil, un portrait robot ?
02:13Je dirais que le niveau dépend un peu de la maturité des entreprises.
02:17Vous avez des grands groupes internationaux qui travaillent depuis des années sur leur système de classification interne, leur système de
02:22rémunération.
02:23Pour ces entreprises-là, ça ne va pas être une vraie révolution.
02:26En revanche, pour toutes les entreprises, et c'est vrai que notamment dans les PME, elles sont plus nombreuses, la
02:32part du discrétionnaire est beaucoup plus importante.
02:34Ils n'ont pas travaillé sur la catégorisation des salariés, sur leur grille de rémunération.
02:38Là, effectivement, ça va être une petite révolution pour eux.
02:41Parce que là, on rappelle, toutes les entreprises de plus de 50 salariés sont concernées.
02:45Après, il y a des niveaux de sanctions potentielles qui changent selon la taille.
02:48Mais on sait que les grosses entreprises sont souvent plus armées déjà en termes de RH pour travailler sur ça.
02:55Donc là, imaginons, vous devez conseiller des PME qui ne sont pas forcément très bien outillées, pas forcément avec beaucoup
03:01de ressources humaines, qui seraient en retard.
03:03Quelles seraient les premières questions à se poser, les premières choses à mettre en place pour enclencher la bonne dynamique
03:08?
03:08Absolument.
03:09En fait, nous, on a développé une méthodologie pour ce type de société.
03:14La première des choses, c'est effectivement auditer la situation actuelle.
03:17Qu'est-ce que vous avez aujourd'hui ? Est-ce que vous êtes parti de votre convention collective pour
03:20faire votre classification, votre catégorisation de salariés ?
03:22Puisque ce qu'on va comparer demain, les informations qu'on va avoir ne vont pas être sur tous les
03:27jobs.
03:27Ça va être sur les catégories de jobs similaires.
03:29Et l'ancienneté, je crois aussi, qui sera prise en compte ou pas ?
03:32Ou c'est vrai que le job et la responsabilité ?
03:34Alors non, ce ne sera pas l'ancienneté.
03:35Ce sera effectivement une catégorisation des salariés et ensuite un certain nombre d'indicateurs,
03:40comme les compétences, la notion de charge, les conditions de travail, la responsabilité.
03:43Donc, sur ces éléments-là...
03:49Il faut travailler sur la transparence déjà de tous les process de discussion sur les promotions,
03:55pas seulement le salaire, mais aussi les promotions, comment on l'attribue.
03:58Exactement.
03:58Et quand on a une culture qui n'était pas transparente, on ne change pas ça en trois mois ?
04:03Non, ça va être effectivement un challenge pour ce faire.
04:08Et c'est pour ça que nous, notre recommandation, c'est d'anticiper et de commencer dès à présent à
04:11travailler sur ces sujets-là,
04:13parce qu'on ne va pas pouvoir les mettre de côté.
04:15Et donc, potentiellement, les plus petites entreprises n'y arriveront pas dans le délai de trois mois,
04:19mais elles ont encore un petit peu de temps.
04:20Il y aura en plus des dispositions transitoires en fonction des tailles des entreprises.
04:24Donc, il faut s'y mettre dès à présent.
04:26Est-ce que parfois, l'avocat devient un peu psychologue aussi ?
04:28Parce que si on parle des PME, parfois, il y a un dirigeant ou une dirigeante qui a tout créé.
04:34C'est sa boîte, c'est cette personne-là qui prend quasiment toutes les décisions, y compris la couleur du
04:39papier peint.
04:40Et dans ces configurations-là, en général, c'est là où c'est peut-être le plus dur d'adopter
04:45des pratiques
04:45qui vont coller avec les nouvelles règles.
04:48Oui. Alors, ça peut être vrai.
04:50Après, on parle beaucoup de transparence salariale ces derniers temps, mais ce n'est pas un nouveau sujet.
04:54Ça fait des années qu'il y a des principes déjà bien établis en droit français,
04:57qu'il y a des obligations qui existent en la matière, que ce soit de négociations d'accords, de plans
05:01d'action.
05:02L'index égalité hommes-femmes aussi, qui est déjà un outil qui existe depuis plusieurs années
05:05où on compare les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes.
05:08Donc, je dirais que même les dirigeants de PME, ils ne vont pas découvrir ce que c'est que l
05:12'égalité professionnelle.
05:13Mais c'était plus, j'imagine, encore récemment, un moyen d'être plus attractif, mais pas une obligation légale.
05:19Alors, il y avait quand même, pour les entreprises de plus de 50 salariés,
05:21c'est une obligation légale depuis plusieurs années.
05:24Déjà, mais effectivement, nous, ce qu'on pense chez Capstan, c'est qu'on ne doit pas voir cette directive
05:31et des positions associées comme nécessairement une contrainte réglementaire,
05:35mais plutôt comme un levier de performance sociale et d'attractivité des talents.
05:38D'ailleurs, là, on va être obligé de la suivre, cette directive, sur le plan légal.
05:44Mais de toute façon, toute entreprise qui ne la suivrait pas, perd en attractivité.
05:48Et on sait qu'être moins attractif, en fait, ça génère des coûts cachés, notamment sur les recrutements.
05:52C'est peut-être ça l'enjeu, en fait, c'est peut-être ça qu'il faut dire aussi aux
05:55entreprises.
05:55Absolument. Il y a les coûts cachés, comme vous le dites.
05:58Et puis surtout, avec ces obligations, il va y avoir des sanctions financières associées,
06:02qu'on connaît déjà pour certaines, et des nouvelles obligations.
06:05Vous avez aussi, si vous avez des écarts de rémunération trop importants,
06:08une hausse des coûts qui va se faire par le haut.
06:10Oui, il faudra remettre à niveau.
06:11Exactement, exactement. Et après, potentiellement, un contentieux aussi qui va se développer
06:16avec un renversement de la charge de l'apport.
06:18Parce que là, la seule subtilité dans cette directive européenne,
06:22c'est qu'il peut y avoir des écarts, mais il faut les justifier.
06:26Absolument.
06:26Comment on peut, par exemple, les justifier ?
06:29Il va falloir se servir de ce qui est prévu par la directive.
06:33Donc la directive utilise un certain nombre de critères,
06:35les responsabilités, les conditions de travail, les compétences non techniques.
06:39Le nombre de personnes sous les ordres aussi, potentiellement ?
06:41Ça, ça recouvre un peu la responsabilité, effectivement,
06:44le niveau et le stress parfois associés au management.
06:47Ça, ça fera effectivement partie des critères.
06:49Oui, c'est tout ça pour dire quand même qu'on ne va pas, du jour au lendemain,
06:51avoir une égalité totale sur post-équivalent.
06:54On pourra toujours, un employeur pourra toujours estimer
06:56qu'un salarié, un manager, mérite un peu plus que son voisin
07:00par rapport à ce qu'il apporte à l'entreprise.
07:01Les moments qui peuvent le justifier, absolument.
07:03Voilà, c'est ça, la question, c'est de justifier.
07:04Exactement.
07:05Merci beaucoup Céline Martinez, je le rappelle, avocate en droit social,
07:08au mois de juin, on fera un premier bilan sur les entreprises,
07:12savoir si elles se sont adaptées ou pas.
07:14On change de sujet le mécénat de compétences
07:17de plus en plus d'entreprises, et notamment des PME s'y intéressent.
07:20On va faire le point avec mes invités juste après le jingle.
07:23Merci.
07:23Merci.
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