00:00Bonjour Franklin, directeur général de Kipling Finance.
00:03Franklin, face au marché, vous allez rendre votre verdict.
00:06Ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre ensemble, est-ce que vous l'assumez ?
00:11Oui, je l'assume.
00:12On vous écoute.
00:14Eh bien, il y a une petite musique actuellement dans les salles de marché et chez les gérants
00:18qui est de dire qu'après de très belles années,
00:21est-ce que les valeurs financières ne vont pas connaître le même sort que le luxe
00:25qu'on a pu hélas vivre entre 2023 et 2026 ?
00:31Aïe, aïe, aïe. C'est pas optimiste, là.
00:33Dites, après des années de belles performances,
00:35donc les banques risquent de connaître le même sort que le luxe en bourse.
00:38Pourquoi donc ?
00:39Déjà, on a eu une très belle performance.
00:42Si on regarde la performance sur 5 ans, c'est 200% pour le secteur des banques
00:46et on avait un stock 600 qui faisait 4 fois moins.
00:51On a aujourd'hui des pondérations compte tenu de la hausse de tous ces titres
00:56très historiquement très élevées dans toutes les gestions.
01:01On a aujourd'hui aussi des valorisations du coût qui sont un petit peu moins attractives
01:06et une nervosité de la part des investisseurs face à la situation,
01:11si cette situation de guerre devait perdurer.
01:16D'accord, secteur bancaire donc exposé au monde parce qu'il fait partie du monde dans lequel il vit.
01:20Mais pourquoi est-ce que d'un seul coup, comme le secteur du luxe est reparti d'un coup à
01:23la baisse,
01:23pourquoi lui aussi d'un coup tomberait de la falaise ?
01:25Quel serait le déclencheur ?
01:26Pourquoi ? D'autant que les valorisations ne sont pas aussi extrêmes, pas aussi élevées que celles du luxe.
01:30Alors c'est vrai que les valorisations ne sont absolument pas comparables avec le luxe,
01:35mais si cette guerre devait perdurer plusieurs mois,
01:41on voit que quand on discute aujourd'hui avec les intervenants,
01:46on est confronté à des risques, des risques de marge des entreprises,
01:50des risques de crédit, de crédit de dette privée.
01:54On est exposé à différents facteurs et puis peut-être que les banques du coup seraient moins généreuses.
02:01On a des dividendes quand on regarde les banques françaises qui offrent des rendements supérieurs à 6%.
02:09C'est le cas de Société Générale et de Crédit Agricole et BNP.
02:17Je crois qu'il y en a une des trois qui offrent beaucoup moins, je ne sais plus laquelle.
02:20Mais enfin, en tout cas, dans celle qu'on a, on est sur des rendements supérieurs à 6%.
02:25Et effectivement, si les banques devaient revoir un petit peu leur copie,
02:29les investisseurs d'eux-mêmes profiteraient de ces belles années pour se dégager davantage.
02:35On regarde d'ailleurs, et quand on voit sur les plus hauts du 27 février et les plus bas du
02:419 mars,
02:42on voit que le CAC, par exemple, a corrigé d'à peu près 10%.
02:45On voit que les bancaires, sur la même période française, ont corrigé de 15%.
02:51Donc on voit qu'il y a une nervosité, une volatilité un petit peu plus forte.
02:55Aujourd'hui, les investisseurs sont encore prêts à patienter,
02:58parce que, comme je vous l'ai dit, ils ont encaissé des plus-values substantielles.
03:02Mais si la situation se dégrade, là, ils ont des réserves de plus-values
03:06qui vont vouloir concrétiser et aller voir ailleurs,
03:09surtout si le discours des banquiers change avec des hésitations sur les perspectives 2026.
03:18Oui, les banques seront particulièrement sensibles à ce qu'annonceront,
03:21à la façon dont communiqueront, surtout les banquiers centraux,
03:23BCE, Fed, entre autres, la Banque d'Angleterre, la Banque Nationale Suisse,
03:25presque toutes, là, dans les prochains jours.
03:27Voilà. Et ça, c'est un élément déterminant qui va faire que les gérants,
03:33et les gérants, que ce soit les particuliers ou les professionnels,
03:38vont peut-être limer un petit peu leur surpondération sur ce secteur,
03:43parce que le pire des scénarios pour ce secteur, c'est une stagflation,
03:47c'est-à-dire moins de croissance, et en plus une inflation,
03:49et peut-être des taux qui repartiraient à la hausse,
03:51ça, ce serait le pire alignement ou désalignement des astres pour le secteur bancaire ?
03:55Oui, alors ça, ce sont les éléments macro,
03:58et puis derrière, vous avez, pour le secteur bancaire,
04:01des marges qui vont être moins importantes.
04:05Vous avez aujourd'hui un calcul du risque et des provisions pour risque
04:11qui n'ont pas encore été véritablement chiffrées, ni anticipées,
04:16et par conséquent, si jamais il y avait des pépins sur les marchés,
04:22ce serait pénalisant.
04:24Et puis, dans ce milieu d'incertitude, et cet environnement incertain,
04:30les banques vont avoir moins, enfin les entreprises vont moins emprunter,
04:35elles vont attendre d'y voir un petit peu plus clair.
04:37Donc, les marges, les commissions engrangées pourraient s'en ressentir.
04:41Donc, sur tous les tableaux de la chaîne,
04:44si la situation devait perdurer encore,
04:47les banques pourraient être parmi les plus touchées,
04:52et les premières touchées.
04:53Donc, John, ne pas se dire mécaniquement, automatiquement,
04:56ils reviennent de tellement loin,
04:57les banques continueront de progresser.
04:59Non, en bourse, rien n'est automatique,
05:01et justement, on pourrait être tenté de vendre en premier
05:04ce qu'on a le plus acheté dans les trimestres précédents.
05:06– Oui, tout à fait.
05:07Et puis, il faut regarder les banques aussi,
05:09en fonction du cycle économique.
05:10On sait qu'on est dans une situation,
05:13et évidemment, qui peut être accentuée par la crise au Moyen-Orient,
05:17eh bien, on est dans une situation de décélération économique.
05:20Vous vous souvenez, on parlait de soft lending,
05:22alors que depuis le Covid,
05:24on était plutôt en accélération de la croissance,
05:28que ce soit la croissance mondiale, etc.
05:30Donc, on va devoir s'adapter,
05:31et plus on a des risques de récession,
05:33par exemple, en Europe,
05:34si la crise se poursuit,
05:36on a dit avant les implications pour le consommateur de l'inflation,
05:41eh bien, plus les banques vont être marquées par ce qui se passe.
05:45Et puis, dernière chose,
05:46c'est qu'on sait que cette question du private equity,
05:49qu'on met un petit peu de côté,
05:51parce qu'on a la guerre au Moyen-Orient,
05:54eh bien, souvent, les banques ne communiquent pas totalement
05:57sur leur investissement dans ces private equity.
06:00C'est ce qu'on dit en anglais,
06:01la fameuse black box,
06:03et tout d'un coup, ça ressort.
06:04Et donc, on pourrait se retrouver dans une situation
06:06où on a l'implication du private equity,
06:09et de l'autre côté,
06:11eh bien, une décélération de la croissance économique
06:15qui impacte les banques.
06:16Donc, une méfiance sur le secteur bancaire
06:17qui progresse quand même,
06:18parce que vous savez que Unicredit s'intéresse décidément à Commerce Bank
06:21et est en train de monter de façon rampante
06:23au capital de Commerce Bank.
06:24Donc, tout ce secteur, là, depuis hier,
06:25est plutôt en mode surperformance.
06:27C'est encore le cas aujourd'hui.
06:28BNP Paribas gagne 2%.
06:29Société Générale aussi plus 2%.
06:31Bon, consolidation bancaire européenne,
06:33on se dit que c'est un serpent de mer,
06:34et que oui, il y a un mouvement à la hausse,
06:35mais que ça ne durera pas forcément éternellement,
06:38en l'occurrence, Franklin.
06:40Oui, je pense qu'effectivement,
06:42c'est le raisonnement logique normal
06:44dans un environnement tout à fait serein et pérenne,
06:47mais c'est vrai que qui dit crise
06:49dit effectivement que ça peut ne pas monter aussi.
06:52Et alors, John, lui, a cité, a lâché ce mot
06:55banni sur les marchés.
06:56Non, pas banni, mais qui fait un peu peur
06:57et trembler tout le monde.
06:58Crédit privé.
06:59C'est gel de retrait sur un certain nombre
07:01de fonds de crédit privé.
07:02On a une question d'auditeur,
07:03il s'appelle Antoine, sur le fil XBFM Bourse.
07:05Il nous demande quel impact
07:06ces doutes, en tout cas,
07:08sur le marché du crédit privé
07:09pourrait avoir sur Vindel,
07:10sur le titre Vindel,
07:11avec les problèmes de dette privée,
07:12de private equity.
07:13Avez-vous un avis ?
07:14Est-ce que Vindel offre une opportunité ?
07:15Ou au contraire, Vindel,
07:16en bourse, est-il un futur couteau
07:18qui va tomber ?
07:19Eh bien, sur Vindel,
07:20il est urgent de ne pas se presser.
07:22Vindel coche un peu toutes les cases.
07:24On a parlé d'aide privée.
07:26On a parlé également
07:27de changements un peu
07:29de profils de société
07:31concernant Vindel.
07:32Donc, on n'est pas du tout,
07:34aujourd'hui, il est beaucoup,
07:35beaucoup trop tôt
07:36pour venir sur Vindel.
07:38Soit c'est un pari gagnant,
07:39si on a en face de nous
07:40un investisseur très dynamique
07:42et qui joue véritablement
07:45à contre-courant des tendances.
07:47Là, il peut faire, effectivement,
07:49une très belle performance.
07:50Mais aujourd'hui,
07:51ce n'est pas le pari que je prendrais
07:53d'aller sur Vindel.
07:55C'est augmenter des risques
07:57sur une société qui finance
07:59les entreprises,
08:00qui fait toutes sortes
08:01de financements privés également.
08:03Je pense qu'aujourd'hui,
08:05ce n'est peut-être pas
08:06le bon timing,
08:07sauf, je vous dis,
08:08pour un investisseur très spéculatif
08:10que de rentrer sur Vindel.
08:12Antoine ?
08:13Spéculatif sur Vindel ?
08:15Non, mais vous avez bien expliqué
08:17le truc.
08:20Non, il y a un autre mot.
08:21C'est vrai que crédit privé,
08:25vraiment, ça tourne en boucle
08:26en ce moment,
08:27sur les menaces autour des marchés.
08:29Il y a un mot
08:30qu'on commence à entendre aussi.
08:32Enfin, deux mots,
08:33profit, warning.
08:34On craint que les entreprises
08:35se mettent à soit annuler
08:37leurs prévisions,
08:38soit les abaisser.
08:40On a vu Manitou,
08:40dernièrement,
08:41qui est un petit peu
08:41un indicateur avancé
08:42d'activité chez nous,
08:44qui a annulé ses prévisions.
08:45Est-ce que vous pensez
08:46qu'on pourrait assister
08:48à une vague d'alertes au profit ?
08:50Oui, on parle d'un contexte de guerre
08:54qui explique des débuts de déclaration.
08:58Alors, est-ce qu'aujourd'hui,
08:59c'est un peu tôt pour parler
09:02d'un véritable phénomène ?
09:05Puisque vous parlez de Manitou,
09:08ce qui est terrible,
09:09et contrairement aux Américains,
09:11ce qui est terrible,
09:12c'est de dire
09:15on ne dit plus rien,
09:16on ne sait pas.
09:17Les Américains, je crois,
09:18je parle sous le contrôle de Jones,
09:19ils vous disent
09:20c'est oui ou c'est non.
09:22Et puis c'est temps.
09:23Et puis c'est temps.
09:24Nous, on ne sait pas dire ça.
09:25On dit non,
09:26et puis on ne fait pas de prévision.
09:28Et alors, qu'est-ce que le marché déteste le plus ?
09:30C'est ça.
09:32On ne sait pas où on va.
09:33La visibilité.
09:34La visibilité, on n'en a pas.
09:36Et ça, c'est terrible.
09:38Les Américains ne vont pas vous dire ça.
09:40Je parle sous le contrôle de Jones une nouvelle fois.
09:42On va vous donner une direction.
09:44Et nous, on ne donne pas de direction.
09:46Manitou n'a pas donné de direction.
09:48On va voir des publications qui sortiront.
09:50On verra si, parfois,
09:52on a à nouveau ce genre de discours
09:55un petit peu indécis.
09:57Et là, effectivement,
09:58on pourrait avoir une levée de bouclier
10:00sur des profit warnings.
10:02C'est comme ça que les interprèteraient les analystes.
10:05Oui, John, on a des profit warnings en vue.
10:07Là où il est trop tôt,
10:07cette guerre n'a pas encore duré.
10:09Pardon de parler comme ça.
10:10On est sur les marchés.
10:11Elle n'a pas encore duré assez longtemps
10:12pour qu'on arrive à des profit warnings massifs.
10:14Alors, pas tout de suite.
10:15Mais pour revenir à cette visibilité américaine ou européenne,
10:18une chose très intéressante,
10:20dans cette semaine qu'on a des banquiers centraux,
10:22la réserve fédérale américaine,
10:24demain, va nous donner ces nouveaux nuages de points,
10:26les fameux dotplots.
10:28Et la Banque centrale européenne,
10:30elle ne le fait pas.
10:31Donc, c'est aussi un exemple
10:34de cette visibilité qu'on a.
10:36Qu'ils se trompent ou pas,
10:37c'est une autre question.
10:39Mais au moins, il y a une visibilité.
10:40Alors qu'en Europe, malheureusement,
10:42on n'en a pas.
10:42Et la Banque centrale européenne
10:43n'en donne pas assez.
10:45Effectivement.
10:46Et c'est peut-être pour ça, d'ailleurs,
10:46que le marché ici en Europe anticipe
10:48« Allez, deux hausses de taux ! »
10:49Alors qu'aux Etats-Unis, non,
10:50pas deux hausses de taux.
10:51On peut tout anticiper en Europe,
10:52vu qu'on en a moins de la visibilité.
10:53Dernière question.
10:54L'Italie pousse ses pions.
10:55Alors qu'on a besoin de varier,
10:57de diversifier nos approvisionnements en énergie,
10:59l'Italie est de plus en plus présente
11:01en Afrique du Nord.
11:02Et on apprend aujourd'hui
11:03qu'Eni, le géant italien,
11:04a réalisé une grosse découverte de gaz
11:06au large de la Libye.
11:07Un de nos auditeurs, Félix,
11:08nous demande s'il faut renforcer
11:09les acteurs de l'énergie italien
11:11qui semblent, nous dit-il,
11:12en meilleure dynamique
11:13que les Français en Afrique du Nord.
11:15Tiens, Franck-là.
11:16Alors, dans cet environnement-là,
11:19il y a deux approches.
11:20Effectivement, on a noté
11:21depuis maintenant de nombreux mois
11:23que l'Italie jouait un petit peu
11:25cavalier seul.
11:26On ne peut pas oublier quand même
11:27que l'Italie avait des relations historiques
11:31avec la Libye et l'Algérie.
11:32Et ils vont sur des terrains
11:35sur lesquels ils sont un petit peu plus à l'aise.
11:37là où les majors français,
11:39pour parler de Total, par exemple,
11:41sont beaucoup plus prudents
11:43et sont plus exposés en termes de risque.
11:46Donc, pour répondre à votre investisseur
11:48en deux mots,
11:49s'il veut jouer cette tendance,
11:52effectivement, cette dynamique,
11:53dynamique diplomatique,
11:54dynamique de recherche, de déni,
11:57il peut le jouer à très court terme.
11:59Mais attention,
12:00l'avantage de Total Energy,
12:02c'est qu'on est beaucoup plus diversifié
12:04en termes de produits
12:05et en termes de localisation géographique.
12:09Donc, peut-être qu'on ira moins vite,
12:11mais on ira peut-être plus loin
12:12avec Total qu'avec Surénie.
12:14Total Energy sur un record historique,
12:15d'ailleurs, aujourd'hui.
12:16Plus de 2,5% avec les cours du pétrole,
12:18toujours très tendus.
12:19Merci beaucoup à tous les deux.
12:20Franklin Pichard pour Kipling.
12:22Merci beaucoup, Franklin, d'être venu.
12:24Et John Plassard.
12:24Il est de passage à Paris.
12:25Si vous le croisez dans la rue, salue.
12:27Merci beaucoup, John.
12:28Merci, Guillaume.
12:28Cité Gestion régulièrement à nos côtés.
Commentaires