00:00Et comme chaque mardi, nous faisons un focus sur l'Asie.
00:03Et ce matin, c'est Patrick Zweifel qui nous attend, le chef économiste de Pictet Asset Management.
00:07Bonjour Patrick Zweifel, merci d'être avec nous en direct ce matin dans Good Morning Market sur BFM Business
00:12pour revenir notamment sur la situation au Japon avec un Yen qui est toujours sous pression
00:17puisqu'on a un Yen qui est aussi juste en dessous des 160 Yen pour un dollar
00:23avec une semaine importante qui s'ouvre également pour le Japon
00:26dans le sens où la Banque centrale du Japon est attendue au tournant jeudi
00:30dans un contexte où on a un Yen qui est faible
00:33et dans un contexte également où, comme partout, les matières premières continuent de progresser
00:38et le Japon, pour rappel, est très dépendant du pétrole du Moyen-Orient.
00:43Oui absolument, bonjour Étienne, merci de m'avoir dans votre émission.
00:48Alors tout à fait, c'est vrai que le Japon est un des pays d'Asie
00:52qui dépend le plus des importations du Moyen-Orient, comme on le sait.
00:56C'est 75% en gros des importations japonaises qui transitent par le détroit d'Hormuz.
01:03Donc évidemment, tant que le détroit d'Hormuz est fermé, ça met le Japon sous pression.
01:07Ça, c'est le premier élément.
01:08Le deuxième, fort heureusement pour le Japon, ils ont les plus grosses réserves stratégiques de pétrole.
01:14Donc on parle de 6 à 8 mois.
01:15Donc ils ont effectivement quand même une période tampon qui leur permet
01:19de passer à travers cette période un peu plus difficile.
01:22Mais ce que les marchés sont évidemment en train d'intégrer, c'est un choc
01:27qui inévitablement va arriver, qui est déjà là, qui va arriver sur le prix des matières premières.
01:35Un des autres avantages quelque part du Japon, c'est que précisément grâce à ses réserves notamment,
01:40mais grâce aussi à sa diversification vers d'autres énergies,
01:46si on prend les énergies qui viennent du Moyen-Orient, ça représente 15 à 20% du total de l
01:53'énergie primaire
01:54pour la consommation japonaise.
01:57Donc ça reste un gros chiffre, mais l'avantage du Japon, c'est que ça permet effectivement
02:04de lisser tout impact de chocs pétroliers.
02:07Donc on parle de 30 à 40% d'augmentation du prix de l'énergie, ça conduit à 0,2,
02:130,3% d'impact sur l'inflation finale.
02:16Donc c'est moins que dans d'autres pays, notamment même par rapport aux États-Unis et à l'Europe,
02:20grâce à cette diversification vers d'autres sources et les réserves qu'ils ont en place.
02:27Tout dépend bien sûr des scénarios sur la durée du conflit en Iran,
02:33mais quand vous regardez aujourd'hui un baril de pétrole à 100 dollars,
02:37un marché qui était très optimiste en début d'année sur le Japon,
02:40pour rappel le Nikkei avait gagné plus de 10% sur la période janvier-février
02:44avec le plan de relance de Sanae Takashi,
02:46qui d'ailleurs dans son plan de relance avait des mesures pour limiter l'impact des matières premières,
02:51est-ce qu'aujourd'hui vous ne vous dites pas que cette tendance macroéconomique
02:54elle sera un petit peu abîmée au vu du contexte géopolitique
02:58et donc de cette remontée de facto des cours du pétrole ?
03:02Oui alors absolument, je crois que c'est, vous avez raison de le dire,
03:07ça va évidemment dépendre de la durée du conflit,
03:10et surtout plus que la durée du conflit, de la durée de la fermeture du détroit d'Hormuz.
03:16Après, par rapport à d'autres chocs pétroliers qu'on a eu dans le passé,
03:20notamment celui de 2022, on est rentré dans ce choc avec une économie japonaise qui se portait bien,
03:26on croissait, enfin la croissance 2025 était vers 1,2, 1,3,
03:33ce qui est quasi le double de son potentiel de croissance,
03:36donc comme vous le dites, ça réduit quelque part l'aspect positif,
03:40mais ce n'est pas un retournement de tendance.
03:44Je crois que pour revenir à votre premier point,
03:46je crois que sur la réunion de la Banque du Japon qui aura lieu ce jeudi,
03:51elle est effectivement clé, dans la mesure où le Japon pour le moment a un taux à 0,75,
03:58qu'on considère comme étant grosso modo le point neutre japonais.
04:02Or, comme je disais, la croissance est au-delà du potentiel,
04:04l'inflation, si on prend le super-corps hors énergie, aliment, etc.,
04:08on est à 2,6, donc on est dans une situation où on est au-delà de la cible,
04:12au-delà du potentiel, donc le Japon devrait déjà avoir des taux quelque part au-delà de son taux neutre.
04:18Et je crois que c'est ce qui pousse effectivement le Yen à la baisse.
04:22Donc tant qu'on a cette combinaison d'un taux quelque part trop bas,
04:24d'une inflation trop élevée, on va se retrouver avec un Yen faible,
04:28mais il est tellement faible qu'il y a un moment dans l'année
04:31où effectivement ça vaudra la peine de se repositionner sur le Yen,
04:35parce qu'on parle d'une valorisation qui est, selon son estimation,
04:39qui est plutôt vers les 130, donc sous-évaluée d'à peu près 18 à 20%,
04:46avec une comparaison historique qui nous le met à peu près à un écart et demi
04:50au-dessous de sa valeur correcte.
04:54D'où l'appétit cette nuit, notamment sur le 20 ans,
04:56puisque le pays a émis une obligation à 20 ans qui s'est très bien déroulée,
05:01avec plus de trois fois le montant proposé.
05:05Un mot cette fois, Patrick Zweifel de la Chine,
05:07avec, on l'a vu hier, des données qui étaient plutôt encourageantes
05:09sur la consommation et sur l'industrie, bref, tout cela peut nous amener
05:13à dire que le pays est quand même plutôt bien passé,
05:16placé pour traverser cette crise géopolitique.
05:19Oui, alors absolument, par rapport à l'exposition,
05:23on parlait du Japon, l'exposition chinoise au Détroit d'Hormuz,
05:26c'est 45% de ses importations, mais c'est seulement 6 à 7%
05:30de sa consommation totale d'énergie.
05:31Donc c'est trois fois moins que le Japon,
05:34avec des réserves qui sont estimées à quatre mois,
05:37donc deux fois moins que le Japon, mais largement mieux positionnées
05:40que le Japon face à cette crise.
05:44Et comme vous le disiez, effectivement, les chiffres qu'on a eus
05:48dans la nuit de dimanche à lundi chinois montrent une activité qui est solide.
05:54On avait d'abord eu des chiffres d'exportation qui étaient extrêmement forts,
05:58en hausse, si on lise sur les trois derniers mois,
06:00pour éviter un choc lié au nouvel an chinois,
06:03on est en hausse en volume d'à peu près 13 à 15%,
06:07donc un chiffre très gros,
06:08et qui a été surtout tiré par toujours cette vague liée à l'IA,
06:13avec une exportation de circuits intégrés qui était en hausse de plus de 70%.
06:17Donc très forte croissance des exportations,
06:20la production industrielle se tient très bien en conséquence.
06:23Et on a aussi eu un rebond des composantes domestiques,
06:26d'une part la consommation, d'autre part l'investissement.
06:29Seul l'immobilier reste à peu près nulle part,
06:32avec toujours aucun rebond du côté des ventes,
06:38et des prix de l'immobilier qui sont toujours en baisse.
06:40Merci beaucoup Patrick Zweifel de nous avoir accompagné ce matin en direct depuis Genève.
06:44Je rappelle que vous êtes le chef économiste de PICT Asset Management
06:46pour revenir à chaud sur ces derniers indicateurs en Chine,
06:50et sur la situation au Japon qu'il faudra suivre de près,
06:53avec notamment la Banque centrale du Japon qui prendra la parole jeudi,
06:56tout comme la BCE d'ailleurs.
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