00:00Les équipes d'Amooning qui nous accompagnent ce matin depuis Hong Kong et plus particulièrement
00:05Florian Neto qui est responsable des investissements en Asie. Merci Florian d'être avec nous ce matin.
00:12En effet, commençons avec l'intelligence artificielle car là, oui, il se passe toujours des choses.
00:18L'intelligence artificielle qui continue de rebattre les cartes avec notamment vendredi l'IPO de Moore
00:24qui s'est très très bien passé, un titre qui a gagné plus de 400% pour sa première séance à la bourse de Shanghai.
00:31Bon, même si aujourd'hui Moore n'arrive pas au pied à la botte de Nvidia,
00:36bon, c'est quand même intéressant de voir les dynamiques du côté de la Chine aujourd'hui,
00:39avec la Chine qui essaye de développer ses propres technologies pour se passer de la tech américaine.
00:46Oui, tout à fait. Bonjour Etienne. Oui, effectivement, Moore, c'est une startup sous sanction américaine.
00:52Ça a été lancé par l'ancien general manager de Nvidia en Chine et l'entreprise fabrique des unités de traitement graphique,
00:59donc GPU, des accélérateurs aussi pour entraîner et alimenter l'intelligence artificielle.
01:04Le contexte actuel, vous l'avez juste mentionné, cette entreprise, elle est perçue comme l'une des entreprises
01:09qui pourrait aider la Chine à remplacer les puces étrangères par une technologie locale.
01:14Ça a été communiqué clairement par le gouvernement.
01:17On déconseille l'usage de puces internationales, donc on pourra revenir à l'annonce d'Nvidia
01:21et du président Trump la nuit dernière.
01:23Mais l'objectif, c'est de promouvoir une autonomie et même une souveraineté technologique,
01:28donc de créer un écosystème. On ne veut pas créer un champion, on veut créer plusieurs entreprises
01:32localisées en Chine qui couvrent toute la chaîne de valeur ajoutée des serveurs,
01:36des semi-conducteurs, des accélérateurs, des infrastructures cloud.
01:40Et c'est dans ce contexte où on a plusieurs introductions en bourse.
01:43Alors, vous avez mentionné Moore.
01:44L'idée, c'est que des capitaux affluent auprès de ces entreprises de semi-conducteurs.
01:49Moore s'est coté sur la bourse de Star, la bourse Star de Shanghai,
01:52qui est dédiée aux entreprises de la technologie, des secteurs de croissance.
01:56Et ce qui est intéressant, c'est que le choix du marché Star à Shanghai
02:00et pas du mainboard ou de Hong Kong, c'est qu'il n'y a pas de cap sur la performance
02:05le jour de l'IPO.
02:07Donc, il y a des performances qui sont capées à Shanghai ou à Shenzhen sur le mainboard
02:11à 10 ou 20 %. Effectivement, l'entreprise a fait plus de 425 % le premier jour
02:15et elle s'est stabilisée sur les deux derniers jours.
02:18Elle a été largement sursouscrite.
02:20Et ce que ça veut dire, c'est-à-dire que le baromètre de confiance des investisseurs
02:23en matière de puces, IA, Made in China, est assez élevé,
02:27même si l'entreprise aujourd'hui est toujours déficitaire.
02:29Donc, elle a du potentiel.
02:31Il y a plusieurs points intéressants.
02:33Baidu a mentionné hier sa volonté de faire un spin-off de sa ligne métier dédiée aux puces
02:38et de la côté à Hong Kong.
02:39Mais ce qui est plus intéressant, on va dire que les investisseurs chinois sont au courant
02:42qu'il y a une bulle aux États-Unis, où il y a une cherté et une concentration
02:47des performances de marché aux États-Unis.
02:49Et ils sont au courant aussi que c'est quelque chose qui peut se passer sur le marché chinois.
02:52Donc, ce qu'ils savent néanmoins, c'est que la politique industrielle
02:55va rediriger les capitaux sur ce secteur.
02:57À minima, les investisseurs de la région, ils voient ces entreprises
03:00comme une opportunité de diversifier le pari technologique
03:03dans leurs portefeuilles régionaux, dans leurs portefeuilles globaux,
03:05en misant sur des acteurs chinois qui sont en avance dans les applications,
03:10dans l'adoption de l'IA, et même s'ils sont en retard sur l'infrastructure,
03:15la puissance de calcul.
03:17Et cette adoption, ces applications, elles ont des débouchés sur des zones
03:23de fabrication de pointes d'informatique quantique
03:27qui ont des cas pratiques dans la pharmaceutique,
03:30qui ont des cas pratiques dans l'aérospatial, dans la défense, dans l'énergie.
03:32Donc ça, c'est assez intéressant de voir que le nouveau plan quinquennal est clair.
03:36Les entreprises technologiques qui vont améliorer la productivité industrielle de la Chine
03:41auront la priorité sur les avantages fiscaux, auront les soutiens financiers,
03:45auront aussi accès à une réduction tarifaire sur l'électricité.
03:51Ça peut atteindre jusqu'à 50% pour les centres de données utilisant des puces nationales.
03:55Donc, sur l'accord des puces H200 de NVIDIA,
04:01alors on va voir, le diable est dans les détails, c'est une bonne surprise pour la Chine.
04:04C'est une surprise, parce qu'on ne s'attendait pas à ce que Trump autorise à NVIDIA
04:11de vendre ses puces en Chine.
04:12Alors, ça va dépendre de l'étendue et ça va dépendre des limites qu'on va mettre.
04:17À court terme, ça peut réduire les contraintes de capacité
04:20que font face les producteurs chinois.
04:24Ça peut aussi refroidir un peu certaines valorisations spéculatives,
04:27en particulier des nouvelles startups chinoises qui sont cotées.
04:30Mais plus probablement, il va y avoir des contraintes.
04:32Ou les livraisons vont être limitées,
04:34ou certaines puces vont être bridées en performance,
04:36ou elles vont vraiment être strictement licenciées en termes de clients.
04:40Bon, à la fin, ça ne changera pas la stratégie chinoise.
04:42Aujourd'hui, les entreprises chinoises entraînent leur modèle en Malaisie ou à Singapour
04:46où elles ont accès à des puces de dernière génération.
04:48Et ensuite, elles les appliquent au marché local.
04:50Et dans tous les cas, l'objectif stratégique,
04:53pour ne pas dire l'objectif impérieux,
04:54c'est d'avoir une chaîne d'approvisionnement technologique autonome,
04:57made in China, quoi qu'il en coûte à court terme.
04:59Florian Netto, il nous reste deux minutes pour aborder quand même un sujet
05:03qui est, j'ai conscience, compliquée à résumer en deux minutes.
05:07C'est la relation entre la Chine et l'Europe.
05:10On l'a encore vu la semaine dernière lors de la visite d'Emmanuel Macron en Chine.
05:13On a quand même aujourd'hui des tensions qui sont très présentes,
05:16assez peu d'avancées sur le niveau géopolitique.
05:18Aujourd'hui, deux économies qui essayent d'être un petit peu indépendantes,
05:22même si elles ont bien conscience qu'elles ne peuvent pas totalement l'être.
05:26Non, tout à fait.
05:27On a eu une visite de trois jours du président Macron en Chine.
05:29C'est la quatrième visite depuis son élection en 2017.
05:32Il y a eu une candeur de façade.
05:34Ça a donné lieu à des jolies images, à des déclarations aussi.
05:37Mais pour l'instant, les accords commerciaux sont limités.
05:41Ce qui est intéressant, c'est la déclaration du président français à la sortie de l'avion du retour,
05:44qui menace que l'Union européenne pourrait recourir à des droits de douane
05:47ou à des mesures plus coercitives si un chemin plus équilibré n'était pas trouvé.
05:51Alors, on a un gigantesque déficit commercial en France et dans l'Union européenne envers la Chine.
05:56300 milliards pour l'Union européenne, 47 milliards pour la France l'année dernière.
06:0047 milliards pour la France, ça a doublé en une décennie.
06:03C'est presque la moitié de notre déficit global.
06:05Ça accélère en tendance alors que nos exportations vers la Chine n'accélèrent pas.
06:09Donc, quand le président Macron dit dans les échos
06:12qu'on doit avoir une juste protection de nos frontières,
06:16on a clairement un besoin de se protéger mieux qu'aujourd'hui.
06:19Alors, on sait qu'on a mis des droits de douane sur l'acier.
06:22Il est surtout important de s'entendre entre partenaires européens
06:25et la Chine comprend bien que ce n'est pas le cas pour l'instant.
06:27Alors, quel était l'objectif de la visite et où est-ce qu'on en est ?
06:29Je pense que l'objectif de la visite, c'était de promouvoir plus d'investissements croisés
06:33pour commencer un rééquilibrage de la relation commerciale.
06:37Et ce que veut la France, c'est un transfert de technologie.
06:39C'est intéressant.
06:40On ne veut pas uniquement un transfert de capital,
06:42on a besoin d'un transfert de technologie.
06:43Pourquoi ?
06:44Parce que sur des secteurs de pointe comme les batteries, l'éolien, la robotique
06:47ou les technologies de recyclage, on n'est pas au niveau.
06:50Donc, l'objectif aussi, c'est de défendre la compétitivité européenne.
06:52On a une claire baisse de compétitivité, mais on a aussi potentiellement
06:56un risque de désindustrialisation progressif de notre secteur industriel européen.
07:01Pourquoi désindustrialisation ?
07:02Parce qu'aujourd'hui, on fait face aux exportations chinoises en surcapacité
07:06qui bénéficient de subventions étatiques, sur l'acier, sur les petits colis,
07:12sur les véhicules électriques.
07:13Mais ce n'est pas uniquement là où on a cette concurrence,
07:15on a aussi la concurrence à l'exportation.
07:17C'est-à-dire que la part de marché des entreprises européennes
07:19dans d'autres marchés étrangers est en train de baisser
07:22face à la compétitivité des prix technologies des Chinois.
07:25Donc, moi, il y a un point qui n'a pas été mentionné.
07:28Je pense que ça va être de plus en plus mentionné.
07:30Et ça peut être intéressant pour discuter avec la Chine
07:33et avoir une approche un peu plus coopérative.
07:38c'est le problème de la sous-valorisation criarde de la devise chinoise.
07:43En un mot, parce qu'on est vraiment pris par le temps, Florian.
07:45Oui, je vous en prie, pas de souci.
07:47Je pense que la devise chinoise devrait se réévaluer
07:50et ça nous permettrait d'avoir une base de production
07:53un peu moins coûteuse en Europe.
07:54Merci beaucoup de nous avoir accompagnés ce matin.
07:56Florian Netto, responsable des investissements en Asie,
07:58chez Amundi, en direct avec nous depuis Hong Kong
08:01pour faire donc un point sur ces marchés asiatiques.
08:04Merci.
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