Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Le dernier invité du Grand Entretien de Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos est Brice Teinturien, politologue et directeur général délégué de l'institut de sondages IPSOS. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-brice-teinturier-du-lundi-16-mars-2026-2179292

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Et l'heure est donc venue de dresser le bilan de ce premier tour des élections municipales.
00:04Quels premiers enseignements peut-on tirer des résultats ?
00:07Est-ce qu'on assiste à une recomposition du paysage politique à un an des élections présidentielles ?
00:13Bonjour Brice Tinturier.
00:14Bonjour.
00:15Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, politologue, directeur général délégué d'Ipsos BVA.
00:21Je rappelle à nos chers auditeurs qu'ils peuvent nous appeler et vous poser leurs questions au 01 45 24
00:267000
00:27et sur l'application Radio France.
00:30Brice Tinturier, vous avez sans doute entendu dans la matinale d'Inter,
00:34François Hollande qui vous ont précédé avec Manuel Bompard, Jean-Philippe Tanguy.
00:38Comme à chaque fois il y a une bataille du récit,
00:42qui sont pour vous ce matin les grands gagnants et les perdants de ce premier tour ?
00:48D'abord il faut avoir en tête que le tour décisif c'est dimanche Pau-Saint.
00:52Ce n'était pas hier soir.
00:53Donc on a des résultats qui vont bouger, on a des dynamiques qui vont se mettre en place
00:57parce qu'il y aura des retraits, ça a déjà commencé.
01:00Des fusions, etc.
01:01Malgré tout, les grands vainqueurs ce sont...
01:04Je ne dirais pas que grands vainqueurs, mais les vainqueurs ce sont incontestablement à mes yeux
01:07la France Insoumise et le Rassemblement National.
01:10Tous les deux font une percée importante au détriment donc plutôt des LR et du PS.
01:14La France Insoumise c'est la première fois qu'on dit ça pour des élections municipales.
01:17Oui, alors c'est aussi parce que la France Insoumise ne présentait pas de liste la dernière fois,
01:22notamment, mais c'est incontestablement un succès, notamment dans les grandes villes.
01:26En fait la France Insoumise, ce qui est le plus remarquable, c'est qu'elle a réussi son pari de
01:30mobiliser une partie de la jeunesse
01:32et de mobiliser aussi des quartiers populaires, notamment à Saint-Denis, élection en sa faveur dès le premier tour.
01:38Et ça, c'était tout à fait incertain, c'était très difficile.
01:42Ce sont des catégories très abstentionnistes.
01:44Malgré tout, ce qu'on voit bien dans notre enquête, c'est que par exemple, les 18-24 ans,
01:48ils s'abstiennent beaucoup plus que le reste de la population, comme d'habitude.
01:52Mais par rapport à la dernière fois, eux sont stables, alors que la participation a considérablement baissé.
01:57Et ça, c'est le fruit en partie du travail de la France Insoumise.
02:00Brice, est-ce que ça veut dire qu'on s'est collectivement peut-être trompé
02:04ou qu'on n'a pas vu qu'il y avait un décalage entre les sujets médiatiques à l'échelle
02:08nationale,
02:09les polémiques autour de Lyon, les soupçons d'antisémitisme et ce qui était en train de se passer sur le
02:12terrain ?
02:13Alors oui, en partie, mais pardon, je n'ai cessé de souligner qu'on avait aussi, c'est le deuxième
02:17enseignement,
02:18deux modèles d'élection municipale au sein de cette campagne et de ces municipales.
02:23Les villes de, en gros, moins de 30 000 et surtout moins de 10 000, qui représentent la moitié des
02:29Français,
02:29on est dans du classique, où l'enjeu local est le principal levier, où les bilans perçus sont bons,
02:35où on renouvelle les maires sortants, etc.
02:38Et je disais, je n'ai cessé de dire, attention, il y a une autre mécanique à l'œuvre dans
02:42les villes,
02:43notamment de plus de 100 000.
02:44Là, ce sont des mini-présidentiels hyper personnalisés
02:47et c'est là que la France Insoumise avait une fenêtre de tir.
02:50On a probablement minimisé, ou pas assez vu, à quel point elle pouvait percer.
02:54On surveillait un certain nombre de villes, on voyait venir du Roubaix, du Saint-Denis, etc.
02:58Mais pas à ce niveau-là.
02:59Ça, c'est incontestable.
03:00Parce que c'était quand même exactement la stratégie qu'a menée Jean-Luc Mélenchon.
03:04La France Insoumise a réussi à atteindre chacune des cibles qu'il s'était fixé.
03:08Oui, moi je n'ai cessé, là encore, de dire que ce serait un petit laboratoire,
03:13un petit test de la pertinence de la stratégie de la France Insoumise.
03:17Et la réponse, c'est que la France Insoumise a plutôt réussi son coup.
03:21Là, votre regard à la fois de sondeur et de politologue,
03:23puisque ce qui est en train de se passer ce matin est très intéressant.
03:26On apprend notamment qu'à Toulouse, des discussions sont en cours en vue d'une fusion.
03:32On rappelle ce qui s'est passé à Toulouse.
03:33En numéro 2, le candidat insoumis, François Picmal.
03:36En 3, François Briançon, le candidat socialiste,
03:39qui pendant toute la campagne a cessé de dire qu'il n'y aurait pas d'alliance avec la France
03:42Insoumise.
03:42Or là, il est derrière LFI et on se dirige vraisemblablement vers une fusion,
03:46ce que nous confirmait à demi-mot tout à l'heure Manuel Bompard.
03:49Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tout ce qui était dit avant, c'était du jeu politique
03:54?
03:54Qu'en fait, on oublie tout ?
03:56Finalement, il n'y a plus suffisamment de différence entre LFI et LPS qui empêche une telle fusion ?
04:00Ça veut dire que face à une logique qui est une logique de est-ce qu'on gagne ou est
04:04-ce qu'on perd ?
04:05Eh bien, tout simplement, les acteurs à minima locaux sont prêts à s'unir malgré toutes les déclarations.
04:09Alors, à Toulouse, le candidat de la France Insoumise était considéré comme un candidat plutôt modéré au sein de la
04:16France Insoumise.
04:17Ça peut éventuellement aider.
04:18Mais ce qui se passe, c'est que la France Insoumise, en raison de ses scores, met sous pression le
04:23PS.
04:23Et c'est ça la nouvelle donne.
04:25C'est que cette volonté de Jean-Luc Mélenchon d'abord de s'attaquer au Parti Socialiste,
04:30en tous les cas de faire une pression énorme sur lui,
04:33elle se vérifie et l'entre-deux-tours va être dominée par cette question.
04:36Alors, au Rassemblement National, on disait 17 villes gagnées.
04:40Jean-Philippe Tanguy nous a dit 23, il me semble, ce matin, au premier tour.
04:44Ballotage favorable à Toulon, à Nice.
04:47On parle d'enracinement ce matin, c'est le mot juste ?
04:50Dans les villes, en tous les cas, où le Rassemblement National était déjà sortant,
04:54il y en a peu, mais c'est quand même important,
04:56ils sont la plupart du temps réélus.
04:58Et l'exemple emblématique, c'est Louis Alliot, évidemment, à Perpignan.
05:02Ce qui permet au Rassemblement National de dire, regardez, ça on s'y attendait aussi,
05:06là où nous sommes maires, et bien, et d'un bon nom, c'est massif,
05:11les électeurs nous apprécient.
05:13Et puis, il y a des conquêtes progressives.
05:14Ce n'est pas massif, mais c'est véritablement, d'abord, une dynamique qui se confirme,
05:19et ensuite, une dynamique plutôt de progression.
05:21Avant de parler, de prendre quelques exemples de grandes villes,
05:24pour que vous tentiez de nous dire ce qui va se passer dans les jours qui viennent,
05:27on a peu parlé du bloc central.
05:29Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a rien à dire ?
05:31Est-ce que ça veut dire que la seule chose à dire, c'est qu'Edouard Philippe
05:33est en meilleure posture que ce qu'on pouvait envisager quand on voyait le sondage
05:37qui avait été fait au Havre ?
05:40Qu'est-ce qu'on peut dire des performances du bloc central ?
05:42Le bloc central, il est de toute façon très absent au niveau local.
05:46Il y a une quinzaine de villes qui étaient détenues par ce bloc central.
05:51Donc, il a surtout cherché à éviter d'être très présent,
05:55à part le cas, évidemment, d'Edouard Philippe,
05:57qui était extrêmement important pour sa campagne présidentielle.
06:00Donc, il y a peu à dire, si ce n'est que le traditionnel vote sanction,
06:04quand il y a nationalisation de l'enjeu, ne pouvait pas fonctionner.
06:07Là aussi, ce sont des choses que nous avons beaucoup dites,
06:10en raison du fait qu'Emmanuel Macron ne peut pas se représenter,
06:14et qu'il y a peu de sortants au niveau local,
06:17un vote sanction n'avait pas beaucoup de sens.
06:18Et c'est pour ça, d'ailleurs, que la polarisation a pu se faire
06:22dans les grandes villes, mais plutôt au bénéfice
06:24soit du Rassemblement national, un peu moins dans les grandes villes,
06:27soit de la France insoumise, beaucoup dans les grandes villes.
06:29Alors, les trois premières villes de France, justement,
06:32Paris, Marseille, Lyon, dans les trois cas, il y a du suspense.
06:36Le second tour n'est pas joué.
06:38On va commencer par Paris.
06:39Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste, à 38%,
06:43plus haut que ce qu'on attendait.
06:47Contre-performance de Rachida Dati, est-ce que c'est joué à Paris ?
06:52Non, je ne dirais pas que c'est joué.
06:53Encore une fois, une élection, après un premier tour,
06:56peut mobiliser des électeurs, de nouveaux électeurs.
06:59Donc, il ne faut jamais dire qu'elle est jouée,
07:01sauf si vous avez vraiment un des candidats qui est à 45 dès le premier tour.
07:06Donc, il y a du suspense.
07:08L'avantage, malgré tout, et vous l'avez dit, est du côté d'Emmanuel Grégoire,
07:12parce que l'écart avec Rachida Dati est important.
07:15Nous, on avait déjà, dans une de nos enquêtes, produit un écart très important.
07:19Là, il l'est encore plus.
07:20Sur le Marseille, on le disait, Benoît Payan,
07:23le maire sortant de gauche et Franck Aliso,
07:25le candidat du Rassemblement National, sont dans un mouchoir de poche.
07:28Est-ce que la ville peut vraiment, dimanche prochain,
07:30basculer au Rassemblement National ?
07:32On ne peut pas l'exclure.
07:33D'abord, ça va dépendre de ce qui va se passer
07:35entre, effectivement, De Logu, la France Insoumise et Benoît Payan.
07:39Et puis, l'enjeu, et là, c'est pour l'instant une boîte noire,
07:43ce sont les voix qui se sont portées sur Martine Vassal,
07:45qui a fait un score extrêmement faible.
07:47Maintenant, pour le second tour, et même si elle se maintient,
07:50vous aurez des électeurs qui voteront utiles.
07:52Alors, est-ce que pour eux, voter utile...
07:54C'est faire front au Rassemblement National,
07:56ou au contraire, le soutenir face à Benoît Payan.
07:58Et c'est pour ça que s'il y a une fusion,
07:59quel que soit le terme, avec la France Insoumise et Benoît Payan,
08:03eh bien, ces électeurs de droite ont peut-être plus de mal
08:06à aller soutenir un Benoît Payan face à Franck Elisio.
08:10Un petit mot de Lyon.
08:11Qu'est-ce qui s'est passé avec Jean-Michel Aulas,
08:13que vous donniez largement en tête,
08:14qui se retrouve finalement derrière Grégory Doucet,
08:18enfin, ou en tout cas, très proche ?
08:21Qu'est-ce qui s'est passé ?
08:22C'est sa campagne qui n'a pas imprimé ?
08:23Je crois beaucoup.
08:24Ce qui s'est passé, c'est qu'on est effectivement parti,
08:27mais un mois avant le scrutin,
08:28il faut remettre aussi les dates en perspective,
08:30avec un très net avantage en faveur de Jean-Michel Aulas.
08:35Et puis, progressivement,
08:36et tous les instituts l'ont constaté,
08:38on a eu un resserrement,
08:39parce que la campagne de Jean-Michel Aulas,
08:41les campagnes, ça sert, ça fait bouger les électeurs,
08:44eh bien, la campagne s'est avérée très mauvaise pour ce candidat.
08:47Alors, après, vous avez raison,
08:49nous n'avions pas,
08:50personne n'avait à ce point le resserrement,
08:53ce qui montre, encore une fois,
08:54que dans les grandes villes où il y a de l'enjeu,
08:56et d'ailleurs, c'est là où ça a participé,
08:58il faudrait revenir quand même sur la participation aussi,
09:00c'est un enjeu majeur,
09:01mais quand il y a de l'enjeu,
09:02les électeurs se mobilisent.
09:04Donc, un mot, si vous me le permettez,
09:05sur l'abstention record, quand même,
09:07ça fait partie des grands enseignements de ce premier tour,
09:10elle est historique, on l'a souligné,
09:12mais justement, dans ces villes-là,
09:14vous avez une participation qui est supérieure,
09:17dans de nombreux cas, à celle de 2014.
09:20Vous vous rendez compte ?
09:21On a un écart considérable de participation en 2026,
09:24mais dans ces villes, c'est mieux qu'en 2014.
09:27Et dans la plupart de ces villes aussi,
09:30les jeunes, les 18-24 ans,
09:32sont toujours moins nombreux à se mobiliser
09:33que les plus âgés,
09:35mais ils sont souvent à un niveau,
09:37et globalement, à un niveau identique.
09:39Notre enquête comprend le vote des Français.
09:40La sociologie des abstentionnistes le montre.
09:42À un niveau identique, en termes de mobilisation,
09:44qu'en 2016,
09:46alors même que là, on a eu une sous-participation.
09:48Donc, il s'est passé énormément de choses aussi
09:51sur cette question de la mobilisation.
09:53On a une radicalité qui a investi le champ communal,
09:57et notamment dans les grandes villes.
09:58Écoutez, c'est toujours passionnant
09:59d'analyser les résultats des scrutins avec vous.
10:03Merci, Brice Tinturier.
10:04Merci.
Commentaires

Recommandations