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  • il y a 10 heures
A deux jours du premier tour des élections municipales, regards croisés avec Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès et auteur de "La démocratie à l’état gazeux", Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos-BVA et Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde. Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-vendredi-13-mars-2026-5612862

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Transcription
00:00On retient ce matin alors que le premier tour des élections municipales se tiendra dimanche
00:05pour en parler avec Marion Lourdes et avant de respecter le silence électoral.
00:10Regards croisés de nos meilleurs observateurs de la vie politique.
00:15Françoise Fressos, bonjour.
00:17Bonjour Ali, bonjour à toutes et tous.
00:19Éditorialiste au journal Le Monde, grande spécialiste des questions politiques
00:23et l'une des plus belles plumes du journalisme écrit d'aujourd'hui.
00:27Non, je t'ai pas trop.
00:28C'est ce que je pense et je suis sincère.
00:31Gilles Finkielstein, bonjour.
00:32Bonjour.
00:33Secrétaire général de la fondation Jean Jaurès, voix du grand face-à-face tous les samedis sur Inter,
00:38auteur de la démocratie à l'état gazeux aux éditions Flammarayon et Brice Teinturier, bonjour.
00:45Politologue et directeur général délégué d'Ipsos France.
00:49Vous avez fait 36 000 sondages ?
00:50On en est à 35 430.
00:53Donc vous avez une vision très fine.
00:55Je indique à nos auditeurs qu'ils peuvent vous interroger, vous interpeller au 01 45 24 7000
01:02ou sur l'application Radio France.
01:05Les élections municipales, premier tour donc dimanche.
01:0849 millions aidés d'électeurs appelés aux urnes.
01:13Une élection qui encourage les citoyens à s'engager en politique comme aucune autre.
01:18900 000 candidats, 50 000 listes.
01:22En un mot, comment décrire cette campagne qui s'achève ?
01:26Rapide tour de table.
01:26On commence avec vous, Françoise Presseuse.
01:28Je dirais assez contradictoire.
01:30Parce que comme vous dites, il y a quand même 900 000 candidats.
01:33Et en même temps, on voit qu'il y a des crises de vocation.
01:35On voit qu'un certain nombre de maires sortants ne se représentent pas.
01:39parce qu'ils considèrent qu'il y a montée de la violence, de l'incivilité.
01:43On voit aussi beaucoup de communes où il y a une seule liste.
01:46Parce qu'il n'y a pas suffisamment de candidats.
01:48Et on voit aussi des sujets locaux qui sont percutés par le national.
01:53Autrement dit, là le grand sujet en ce moment c'est le narcotrafic.
01:57Et le narcotrafic, le maire n'est pas responsable.
02:00On le voit par exemple au Havre où Edouard Philippe a plutôt un bon bilan.
02:04Mais il est quand même percuté par cette question-là qui dépend beaucoup de la situation nationale.
02:10Donc je dirais qu'il y a à la fois beaucoup d'engagement et il y a aussi de la
02:13frustration.
02:14Même question Gilles Finkelstein.
02:16Cette campagne, qu'est-ce qu'elle vous inspire ?
02:18Alors en un mot, et ça veut paraître un truisme, mais je dirais local.
02:22Pourquoi local ? Parce qu'à la fois on en a moins parlé.
02:25C'est paradoxal.
02:27Local. On en a moins parlé parce que l'actualité nationale a été dévorée par l'actualité internationale.
02:34Et locale parce qu'elle a été très différente selon les territoires.
02:38Plus disputée, plus indécise dans les grandes communes et notamment dans les métropoles que dans des élections précédentes.
02:45Et moins disputée, peut-être paradoxalement, dans les petites communes.
02:50Puisqu'on a quand même 68% des communes qui représentent 25% des Français.
02:55Dans lesquelles, de manière certaine, sans faire de sondage avec Brice Tinturier,
02:59je peux déjà vous donner le résultat puisqu'il n'y a qu'une liste.
03:03Brice Tinturier ?
03:03C'est une campagne, moi je crois, à la fois à tonne, parce que beaucoup de choses se font écran,
03:07et on s'attend à une abstention forte, et puis extrêmement brutale.
03:11Et la brutalité des affrontements...
03:12A tonne et brutale ?
03:13Oui.
03:13Là aussi, il y a un paradoxe.
03:14Pas dans les mêmes endroits.
03:16Moi je crois que cette campagne, pour la première fois, vous avez en réalité deux campagnes municipales,
03:20qui sont extrêmement différentes dans leurs leviers, dans leurs mécaniques, dans leurs enjeux.
03:25La première, c'est celle qu'a décrite à l'instant Gilles Finkenstein, avec des enjeux locaux extrêmement forts.
03:31Mais plus vous augmentez dans la taille de la commune, plus vous allez vers les plus de 30 000 et
03:35les plus de 100 000,
03:36plus vous avez une vision totalement différente, des élections très personnalisées,
03:41une sorte de mini-présidentiel parfois, où...
03:44Exemple ?
03:45Paris.
03:46Paris, vous avez des affrontements très personnalisés.
03:48Marseille.
03:49Mais Marseille également, ça n'a rien à voir avec la campagne qui se déroule dans une ville de moins
03:54de 5 000 habitants par exemple.
03:55François Sressot, c'est étonnant ce que disait Brice Tinturier sur la participation,
03:58qui est en général plutôt assez élevée pour les municipales.
04:00Et puis traditionnellement, il y a une stabilité.
04:02C'est-à-dire que quand on se représente, quand on est maire, d'après le Cevipof, à 85%, on
04:07est réélu.
04:08Et pourtant, dernièrement, on a vu des titres de presse qui disaient que ça serait un chamboule-tout.
04:12Donc ça va ressembler à quoi finalement ? C'est très ouvert.
04:15Il peut y avoir une grande stabilité dans les petites communes, notamment par la présence d'une seule liste,
04:21mais qui est à mon avis aussi le reflet d'une certaine crise démocratique.
04:24C'est-à-dire qu'il y a des endroits où il n'y a pas suffisamment de candidats,
04:27parce que s'engager comme maire, c'est quand même un sacerdoce qui n'est pas souvent...
04:33Voilà, vous n'avez pas suffisamment de prise sur le terrain pour avoir la satisfaction de l'engagement que vous
04:41faites.
04:42Donc ça, je pense que c'est un gros sujet.
04:44Et puis il y a les grandes villes où effectivement il y a une grosse compétition qui se déroule à
04:48un an de la présidentielle.
04:49Et c'est peut-être là-dessus que je vais insister.
04:51C'est-à-dire que même si on ne peut pas en tirer des leçons nationales, il y aura des
04:56récits qui vont se faire à partir de cette élection,
04:58parce que ça se déroule à un an de la présidentielle.
05:01Il y a deux candidats qui se sont déjà beaucoup engagés là-dessus, c'est Édouard Philippe au Havre.
05:05Il a subordonné sa candidature à la présidentielle, à sa capacité à se faire réélire au Havre.
05:10Exactement. Donc le résultat du Havre va être très très suivi.
05:13Et puis il y a Jean-Luc Mélenchon qui dit « Moi je fais deux campagnes en une.
05:16Je fais une campagne municipale où il y aura sans doute très peu de gains, mais une volonté de s
05:22'affirmer sur le terrain.
05:23Et surtout une campagne présidentielle autour des alliances.
05:26Est-ce que je domine à gauche ? Est-ce que j'oblige les autres à venir derrière moi ?
05:31»
05:31Ça, ça va être très intéressant à suivre.
05:32Élection locale, test national.
05:35Pour vous contredire, Gilles Finkelstein, et pour prolonger ce que disait François Fresseuse.
05:41Les motivations, je crois qu'il faut distinguer deux choses.
05:44Les motivations du vote, pour autant qu'on puisse réussir à les déterminer.
05:49Parce qu'on interroge les Français sur leur motivation de vote et ce qui ressort.
05:54Et vous avez fait une extraordinaire enquête autour de 11 000 personnes inscrites sur les listes électorales
06:00avec le journal Le Monde, Ipsos, le Cevipof et donc la fondation Jean Jaurès.
06:05Oui, on a mis en place ce dispositif que l'on va poursuivre le même dispositif
06:09et donc les mêmes 11 000 ou 12 000 Français jusqu'à l'après-législative.
06:13Donc pendant un an et demi.
06:15Et ça sera sans doute l'outil le plus précieux pour essayer de comprendre cette longue séquence électorale.
06:22Ce qui ressortait de la première vague d'enquête, donc pré-municipale,
06:26c'était au moins en apparence l'idée que les motivations de vote étaient d'abord des motivations locales.
06:33Et on a essayé d'attraper cette question de différentes manières.
06:38Et à chaque fois, la réponse était la même.
06:40Le local.
06:41C'est est-ce que vous votez d'abord en fonction du local ou du national ?
06:45Majoritairement le local.
06:46Est-ce que dans votre vote, vous allez vous exprimer votre soutien ou votre opposition
06:50au président de la République et au gouvernement ?
06:52Ni l'un ni l'autre.
06:53Est-ce que vous allez vous prononcer en fonction des programmes,
06:57en fonction de la personnalité du maire ou en fonction de l'étiquette politique ?
07:01Le programme, bon.
07:02Il faut croire les personnes interrogées ?
07:04Eh bien, je pense qu'il faut les prendre avec prudence.
07:08Brice Tachérier.
07:09Mais je voudrais modérer malgré tout un peu le propos.
07:10Ça fait sourire, François Spassosa.
07:12Parce que quand on regarde attentivement, dans notre jargon, ce qu'on appelle les ventilations,
07:16les trics, soit par préférence partisane ou par taille de commune.
07:20Ventilation, définition ?
07:21Vous avez un chiffre global.
07:2371% des Français vous disent qu'ils vont voter avant tout avec des considérations locales.
07:28Et une ventilation, c'est quand, ensuite, vous...
07:31Votre téléphone, c'est peut-être les résultats déjà des élections municipales.
07:34Évidemment.
07:34Mais vous êtes constamment joignable.
07:37Et c'est votre rôle, justement, d'être sur le pont à chaque moment.
07:41Et ensuite, sur ces 71%, vous pouvez dire c'est X% chez les hommes, X% chez les femmes.
07:45Ça, c'est une ventilation.
07:46Donc, vous pouvez faire le tri par la taille de la commune.
07:49Et quand vous regardez par la taille de la commune, encore une fois,
07:51par exemple, le souhait de renouvellement du maire, dans les plus de 100 000, c'est 1 sur 2.
07:55La qualité du bilan perçu qui, évidemment, nourrit le souhait de reconduction.
08:00Les bilans globales, ils sont bons parce que le poids des petites villes, dans l'échantillon général, il est très
08:06fort.
08:06Mais dès que vous regardez dans les villes de plus de 30 000, dans les villes de plus de 100
08:09000, il est partagé.
08:11C'est 1 électeur sur 2 qui estime que le bilan est bon.
08:14Donc, vous avez, encore une fois, 2 batailles municipales.
08:17Vous avez l'immense majorité.
08:19Et là, c'est un vote avant tout local.
08:20Et vous avez, ensuite, les grandes villes.
08:23Et dans les grandes villes, ce n'est pas que le local.
08:27Et l'appartenance partisane, par exemple, c'est un critère qui est en hausse.
08:31Et certes, 7% des Français vous disent, sur une question de concurrence,
08:35quand vous leur demandez, parmi les critères suivants,
08:37quel est celui que vous allez prioritairement prendre en compte,
08:40qui vont prendre en compte l'appartenance partisane,
08:42la famille politique du maire ou qui s'affrontent.
08:45Mais vous avez 55% des Français qui vous disent,
08:48est-ce que ça va compter un peu ou pas beaucoup ?
08:51Qui disent, ça va compter.
08:52Donc, si vous le posez en concurrence, c'est écrasé par d'autres dimensions.
08:56Si vous demandez ensuite, mais pour chacun des thèmes suivants,
08:58est-ce qu'il va compter ?
09:00Là, vous avez une autre lecture.
09:01Et c'est encore plus fort dans les grandes villes.
09:03Donc, encore une fois, moi, je crois qu'il y a beaucoup de choses nouvelles
09:06dans cette élection municipale.
09:08On va en reparler.
09:09Mais la mécanique centrale, c'est deux élections municipales en une.
09:12Et après, il y a un troisième...
09:14Deux élections municipales en une.
09:15Très différentes les unes des autres.
09:17Grande ville, petite ville.
09:19Et puis, derrière ça, vous avez un test de la stratégie
09:22des différentes formations en vue de la présidentielle.
09:26Pas forcément dans la tête des électeurs,
09:28mais en vue de la présidentielle.
09:29Exemple type, la stratégie de mobilisation de la France insoumise
09:33dans les quartiers populaires,
09:34avec beaucoup de populations issues de l'immigration maghrébine.
09:38Ou de mobilisation de la jeunesse étudiante.
09:40Les jeunes et les premiers cités votent peu en général.
09:43Est-ce que cette stratégie de mobilisation, ça va marcher ou pas ?
09:46Est-ce que c'est uniquement dans la tête de Jean-Luc Mélenchon ?
09:48Ou est-ce que ça se traduit dans les urnes ?
09:50Oui.
09:50Alors, Gilles Finkelstein, sur la France insoumise, il y a une autre stratégie qui est peut-être testée,
09:54qui est d'ailleurs la stratégie du PS, plutôt,
09:56qui a décrété une rupture avec la France insoumise au niveau national,
10:00suite au dérapage verbaux de Jean-Luc Mélenchon.
10:03Et elle va être testée au niveau local, cette stratégie.
10:08Elle va être doublement testée au niveau local.
10:11Elle va être testée au niveau des appareils politiques.
10:15Est-ce que les consignes de non-alliance du siège sont suivies sur le terrain ?
10:20Et elles vont être suivies, d'ailleurs dans les deux sens,
10:23aussi bien du point de vue des électeurs de la France insoumise
10:26que ceux du PS, après, par les électeurs eux-mêmes,
10:30y compris là où il n'y aura pas d'alliance.
10:33On parlait tout à l'heure de Marseille.
10:35Si on prend Marseille, si par hypothèse Sébastien Delogu fait plus de 10%,
10:39se maintient la France insoumise,
10:42et qu'il n'y a pas de fusion de listes face au risque de l'élection d'un maire
10:47du Rassemblement national,
10:49est-ce que les électeurs de la France insoumise, en dépit de l'absence d'alliance,
10:53maintiennent leur vote ?
10:54Ça, on ne peut pas l'anticiper ?
10:56Il faudra attendre le 22 mars.
10:59C'est la glorieuse incertitude du sport.
11:01Parce que LR dénonce 112, ce qu'ils appellent des accords de la honte,
11:04des accords de la gauche non-LFI, avec des LFI déjà sur le terrain ?
11:09Oui, avec l'accusation réciproque,
11:12avec à peu près les mêmes chiffres, peut-être même plus élevés,
11:15de fusion déjà faite entre les Républicains et l'extrême droite.
11:18Alors, il y a déjà de très nombreuses questions d'auditeurs
11:21auxquelles vous allez répondre dans un instant,
11:23mais Françoise Fressoz, expliquez-nous, alors d'abord le fonctionnement,
11:28parce que ce sont dans les grandes villes, les très grandes villes,
11:30Paris, Lyon, Marseille, deux élections en une, ça pour le coup,
11:34mais on connaissait les triangulaires, les quadrangulaires,
11:37et vous, dans le journal Le Monde, vous avez inventé un mot,
11:42la quincagulaire.
11:43Je ne l'ai pas inventé parce qu'elle existait déjà aux dernières élections,
11:46et il y en avait déjà eu aux élections municipales de 2020.
11:49Mais qu'est-ce qu'une quincagulaire ?
11:51Eh bien, c'est au cas où, tout d'un coup, il y aurait cinq listes
11:54qui se maintiendraient au second tour à cause de l'éparpillement de l'offre.
11:59Et c'est ça aussi sur lequel, moi, je voudrais insister,
12:02c'est qu'au fond, on a beaucoup dit jusqu'à présent,
12:04il y a une France municipale qui est plutôt tranquille,
12:08c'est la France traditionnelle, LR, PS, avec leurs alliés, et ils dominent.
12:13Mais je pense qu'il y a aussi une France qui est en train de turbuler
12:17avec une montée des extrêmes,
12:19et qui fait qu'au fond, c'est eux aussi qui impriment leur marque,
12:23notamment dans les grandes villes,
12:24où on va avoir une vraie compétition à gauche et à droite,
12:29entre eux, si vous voulez, avec le poids de LFI,
12:32le poids aussi de CNAFO à Paris.
12:35Et donc, je trouve que c'est ça qui est intéressant,
12:37c'est qu'il est possible que ces municipales montrent la continue,
12:43ce processus de turbulation du système,
12:45où au fond, les deux grands partis ont perdu leur hégémonie.
12:49Donc, pas du tout sûr que les Républicains, par exemple,
12:52que le PS, que le Parti Communiste,
12:55les partis traditionnels, pour le dire vite,
12:58puissent garder leur passion.
12:59Absolument, et en tout cas, ils risquent d'être bousculés
13:01par des forces qui sont en train de monter,
13:03et qui veulent en plus s'implanter.
13:05Parce que ça aussi, c'est ce qui me frappe,
13:07c'est que LFI, comme le RN,
13:09qui avait plutôt tendance à faire l'impasse sur les municipales,
13:11là, sont dans une stratégie d'implantation.
13:14Brice Tinturier, ça explique aussi ces appels au vote utile
13:16qu'on entend, par exemple, à Paris,
13:18qu'on a entendu dans les reportages sur France Inter ce matin,
13:19qui sont assez inédits, on a l'impression, au niveau municipal, non ?
13:22Oui, mais n'allons pas trop vite en besogne,
13:24parce que dimanche, c'est le premier tour.
13:26Le tour décisif, c'est dimanche en 8,
13:29et à ce moment-là, ce qu'on aura eu,
13:31c'est le lundi et le mardi,
13:33comme au moment des législatives, des dernières législatives,
13:36des accords, des retraits, des fusions, etc.
13:37Ce qui est très juste, dans ce que François Soissos vient de dire,
13:41c'est que le mode de scrutin aussi,
13:43et l'éparpillement de l'offre,
13:45fait que vous pouvez avoir 3, 4, voire 5 listes
13:48en compétition pour le second tour.
13:50Mais ce ne sera pas ça, ou pas ça forcément,
13:53ensuite, pour le second tour.
13:54Et sur la question des affrontements très forts,
13:57avec justement des forces politiques
13:59qui veulent faire turbuler le système,
14:01vous avez un exemple très pur, par exemple, à Saint-Denis.
14:04Saint-Denis, où vous avez un affrontement extrêmement violent.
14:06Descriptions, oui, entre eux.
14:07Eh bien, entre le maire actuel,
14:10Annotin, PS,
14:11et la France Insoumise,
14:13qui mène une campagne extrêmement violente.
14:16Les propos de Jean-Luc Mélenchon,
14:18il y a peu, à propos du maire, étaient stupéfiants.
14:20Mais vous avez, véritablement, un affrontement à gauche,
14:23qui est, c'est une ville qui restera à gauche,
14:25la seule question, ce n'est pas la droite,
14:27c'est PS ou France Insoumise, ou LFI.
14:30Et là, vous voyez bien une nouvelle stratégie d'affrontement
14:33de la France Insoumise.
14:34Je rappelle que la France Insoumise n'avait pas présenté de liste
14:37la dernière fois, que pour Jean-Luc Mélenchon,
14:39c'était une tambouille locale, les élections municipales,
14:42et que là, on a un retournement.
14:44C'est pour ça qu'elles sont passionnantes, ces municipales.
14:46On a un retournement, non seulement stratégique,
14:48mais idéologique.
14:49Maintenant, la France Insoumise a théorisé le communalisme
14:52et l'échelon local comme espace politique à part entière.
14:55Donc, l'affrontement, il est extrêmement fort.
14:57Gilles ?
14:57Oui, deux remarques.
14:58La première, c'est que tout ça est le signe
15:00de la grande mutation du système politique.
15:05On est passé, il y a 30 ans ou 40 ans,
15:07d'un système bipolaire, dans lequel, au second tour,
15:11il y avait deux camps, dans lesquels la question des alliances
15:13ne se posait même pas.
15:15C'était une évidence.
15:16À une situation dans laquelle il y a eu trois camps,
15:18puis maintenant, sans doute quatre,
15:19et même à l'intérieur de ces camps,
15:21les alliances sont difficiles.
15:22Et donc, tout ça donne ces triangulaires,
15:24ces quadrangulaires,
15:25et même ces quingagulaires.
15:27Quant à la question, ce qu'évoquait Françoise Fressoz,
15:30la LFI et le Rassemblement National
15:32peuvent imprimer leur marque,
15:35c'est-à-dire peser dans des campagnes,
15:36notamment dans les grandes villes,
15:37mais il y en a très peu, très, très peu,
15:40dans lesquelles ils ont des possibilités de victoire.
15:42Donc, ils peuvent être présents,
15:44mais ils peuvent assez peu l'emporter.
15:47Françoise Fressoz, on parlait du RN
15:49qui avait promis aux dernières élections européennes
15:51de faire le ménage dans ses rangs.
15:53Et puis, Libération et Street Press
15:55ont dénoncé 150 à 180 douteux
15:58sur les listes antisémites, pétainistes,
16:00auteurs de tweets racistes, j'en passe.
16:01Plus d'une liste sur 10 RN concernés,
16:04ça veut dire que c'est un échec pour eux,
16:05de ce point de vue-là ?
16:06C'est une grande difficulté,
16:08quand vous êtes une formation,
16:10d'essayer de créer une structure locale
16:14qui soit présentable.
16:18Et pour eux, à chaque fois, ils butent là-dessus
16:20parce qu'au fond, vous avez quand même
16:22ce vieux fond xénophobe d'extrême droite
16:25qui ressurgit, et c'est extrêmement difficile pour eux
16:28d'apparaître, au fond, comme un parti normal.
16:31Donc, c'est un test à chaque fois.
16:32C'est d'autant plus intéressant,
16:33j'ai dit juste une fois,
16:34c'est d'autant plus intéressant
16:35qu'il y a peu de listes du RN.
16:38Le RN est aujourd'hui le premier parti de France,
16:41il a des électeurs dans toute la France,
16:44il a des listes dans très peu d'endroits.
16:46500 listes à peu près, il y a 30 départements
16:49dans lesquels il n'y a pas de listes
16:50où il y en a une.
16:52Et donc, en dépit de ça,
16:53en dépit de cette sélection,
16:55malgré tout, il y a ces problèmes.
16:57Alors, on file au standard avec Odile.
17:00Bonjour Odile et bienvenue sur France Inter.
17:03Bonjour, merci.
17:04Vous avez une question,
17:05alors je l'indique à nos invités
17:08et aux auditeurs,
17:10c'est une question que beaucoup d'entre vous
17:13vous posez et que nous nous posons également
17:15autour du mode de scrutin.
17:17Oui, bonjour.
17:19Donc, j'appelle d'une petite commune du Berry,
17:23une petite commune de moins de 1000 habitants
17:26et le mode de scrutin a changé.
17:30Nous n'avons plus le droit
17:31de panacher les listes
17:33et j'ai peur qu'il y ait
17:35un désengagement des électeurs
17:38et que les gens n'aillent pas voter.
17:41Voilà.
17:42Très simple.
17:42Et c'est ce qui est le cas.
17:44Voilà.
17:44Merci beaucoup Odile.
17:45Cette inquiétude,
17:46Brice Tathurier,
17:47Gilles Finkelstein,
17:48Françoise Fresseuse.
17:49Oui, effectivement,
17:50c'est un des facteurs potentiels
17:51de démobilisation
17:52dans les toutes petites communes.
17:54Pour faire très court,
17:56le nouveau scrutin électoral
17:57dans ces petites communes
17:59interdit le panachage.
18:00Avant, vous pouviez avoir...
18:01Panachage, c'est-à-dire ?
18:02C'est-à-dire que vous pouviez mettre
18:04dans votre bulletin de vote
18:06des noms et, par exemple,
18:08mettre le nom d'une autre liste.
18:09Vous pouviez panacher entre...
18:12Choisir.
18:12Choisir des candidats municipaux,
18:15des conseillers municipaux à venir
18:17provenant de différentes listes.
18:19Là, ce n'est plus possible.
18:20Donc, dans des petites communes,
18:22vous pouvez très bien vous dire
18:23mais moi, je n'irai pas voter
18:24parce qu'il n'y a qu'une liste
18:26mais si je ne peux pas mettre
18:27un tel comme candidat,
18:29au moins pour être conseiller municipal,
18:31ça ne m'intéresse pas.
18:32C'est un problème aussi démocratique,
18:33potentiellement.
18:34Oui, c'est un problème démocratique.
18:36Vous n'avez plus d'espace.
18:37C'est ce que dit Monique,
18:38manque de démocratie
18:39au niveau des tout petits villages
18:40comme le mien qui compte
18:41400 habitants
18:42et où il n'y a qu'une liste
18:43où on ne peut plus rayer aucun nom.
18:45Françoise Fresseuse,
18:46c'est un souci,
18:47en tout cas une réelle préoccupation ?
18:48Oui, c'est une vraie préoccupation.
18:50Alors, je comprends
18:51ce qu'ils ont essayé de faire
18:52parce que notamment...
18:53Mais pourquoi est-ce qu'on a fait
18:53cette réforme en ce cas-là ?
18:54Au moment du dépouillement,
18:56c'était quand même extrêmement compliqué
18:57de voir toutes les listes.
18:59Vous aviez des noms rayés,
19:01vous savez, vous rayiez de noms,
19:02vous en rajoutez d'autres.
19:04Donc, c'était extrêmement compliqué.
19:06Donc, il y a eu tout un mouvement
19:07pour dire non, non,
19:08il faut rationaliser tout ça.
19:09Mais cette rationalité, au fond,
19:12quand vous avez des difficultés
19:14à avoir des candidats,
19:15je trouve que ça peut être, oui,
19:17un vrai sujet pour cette élection-là.
19:19Brice Tentourier,
19:20il y a la question aussi
19:21des raisons pour lesquelles on vote.
19:22On parlait des enjeux locaux.
19:23Il y a eu beaucoup la sécurité
19:25qui a été évoquée,
19:26qui s'est invitée dans le délice de gauche.
19:27Et puis, cette question
19:28qui se pose du pouvoir d'achat
19:29tout récemment avec le blocage
19:30du détroit d'Hormuz,
19:31la montée des prix de l'essence,
19:32est-ce qu'elle va compter ?
19:34Est-ce qu'elle va s'imposer
19:35dans le débat ?
19:36Parce que les maires,
19:36ils ont des leviers
19:37pour le pouvoir d'achat
19:38sur les transports,
19:39sur la taxe foncière,
19:40sur le logement, par exemple.
19:42Oui, mais ils ont des leviers
19:43malgré tout très imparfaits.
19:44Sur la taxe foncière,
19:45ça concerne à chaque fois
19:46peu de personnes,
19:48sont les propriétaires
19:50et surtout sur l'asile.
19:50La gratuité des transports,
19:51en l'occurrence,
19:52si on parle d'essence.
19:53D'abord, c'est beaucoup
19:54dans les grandes villes.
19:55Ensuite, il peut y avoir
19:56un apport d'un maire
19:57d'une petite ville
19:58sur les transports,
19:59effectivement,
19:59pour aller à l'école.
20:00Il peut jouer un petit peu,
20:02mais un petit peu.
20:02Non, pour dire les choses clairement,
20:04moi, je ne pense pas
20:05que le pouvoir d'achat
20:06soit un élément déterminant
20:08du vote au municipal.
20:09Ah oui ?
20:09Non.
20:10Je pense que la sécurité,
20:11oui, incontestablement.
20:12Le pouvoir d'achat,
20:14c'est une préoccupation majeure.
20:16Ça reste la première
20:17des préoccupations
20:17des électeurs,
20:18mais ils ne se disent pas
20:20dans mon vote,
20:21je vais voter
20:21pour telle ou telle maire
20:22en fonction de ce qu'il me dit
20:24sur le pouvoir d'achat.
20:26Un mot,
20:26qu'est-ce que vous allez regarder
20:28attentivement dimanche soir ?
20:31Les trois questions,
20:32rapidement,
20:32il nous reste une minute
20:33ou un peu plus.
20:34Françoise Fresseuse,
20:35quel est le phénomène
20:37ou le fait
20:37que vous allez regarder
20:39avec votre loupe ?
20:40Taux de participation d'abord.
20:42Taux de participation ?
20:43Ensuite,
20:43je pense qu'il y aura
20:44quand même beaucoup
20:45de listes élus
20:46dès le premier tour.
20:48Après,
20:48moi,
20:48ce qui m'intéressera,
20:49c'est la situation
20:49dans les grandes villes.
20:50C'est-à-dire,
20:51est-ce qu'on a beaucoup
20:52d'éparpillement ou pas ?
20:53Gilles Finkelstein ?
20:54Valsa,
20:54trois temps.
20:5515-22 mars,
20:56participation au rapport
20:57de force grande ville,
20:59premier temps.
21:00Deuxième temps,
21:01ça va demander,
21:01il va falloir être patient,
21:02regarder dans le détail
21:04les petites villes
21:04parce qu'il faut se souvenir
21:05par exemple qu'en 2001,
21:06qui était la fois
21:08où l'élection présidentielle,
21:09l'élection municipale
21:10était un an avant
21:11la présidentielle.
21:11On avait mal interprété
21:12en regardant seulement
21:13les grandes villes,
21:15les résultats.
21:15Donc,
21:16regardez dans le détail
21:16les petites villes.
21:17Deuxième temps,
21:18troisième temps,
21:19septembre,
21:19il va vraiment falloir
21:20être patient.
21:21Les élections sénatoriales
21:22parce qu'on va voir
21:23s'il y a non pas
21:24une vague bleue marine
21:25mais une vague bleue sous-marine.
21:27C'est-à-dire,
21:28s'il y a des maires
21:29qui ont été élus
21:30sans étiquette
21:31mais qui sont en réalité
21:32des maires
21:33du Rassemblement National.
21:35C'est quasiment
21:35du Jacques Brel,
21:36l'analyse politique.
21:38Un mot,
21:38Brice Tinturier ?
21:39Un mot,
21:40puisque beaucoup a été dit.
21:41L'abstention,
21:42c'est fondamental
21:43si nous passons
21:44la barre en dessous
21:46des 60%
21:46et ça peut être
21:47vraiment beaucoup plus bas.
21:49C'est un désastre démocratique
21:51et ça viendra confirmer
21:53que l'échelon local
21:54dit de proximité
21:55est lui-même attaqué
21:56en termes de mobilisation.
21:57Bon,
21:58alors donc,
21:58allez voter.
21:59C'était passionnant
22:00en tout cas de vous écouter.
22:01Merci infiniment
22:02à tous les trois
22:02d'avoir été les invités
22:03de France Inter ce matin.
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