- il y a 10 heures
Patrick Cohen, journaliste et éditorialiste sur France Inter, qui publie "Les Mystificateurs" (Flammarion), et Jean-François Delfraissy, président du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), analysent les dynamiques complotistes de contestation des vérités scientifiques. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-06-avril-2026-2860277
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00:00A l'heure où la vérité scientifique est de plus en plus contestée, où les travaux validés des chercheurs passent
00:06parfois pour des opinions et pas des faits.
00:08Un grand entretien consacré ce matin aux attaques contre la science qui ont toujours existé, mais qui trouvent aujourd'hui
00:15un écho particulier dans nos démocraties en crise.
00:19On en parle Benjamin avec nos deux invités.
00:21Bonjour Jean-François Delfraissy.
00:23Bonjour.
00:23Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes le président du comité consultatif national d'éthique,
00:28médecin infectiologue et immunologue.
00:31Et juste à côté de vous Patrick Cohen, bonjour.
00:33Bonjour Benjamin.
00:34On ne vous présente plus, vous publiez les mystificateurs chez Flammarion dont le sous-titre est explicite.
00:39A quand un vaccin contre les gourous de la science ?
00:42Et venez participer à la conversation chers auditeurs 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France.
00:49Patrick Cohen, on a lu votre livre, attentivement, vous décortiquez cinq affaires édifiantes où les contre-vérités scientifiques ont connu
00:57un écho massif avec des conséquences parfois dramatiques.
01:01Il y a la cyclosporine censée guérir le sida, le vaccin Roar, rougeole au rayon rubéole accusé de provoquer l
01:08'autisme ou encore Claude Allègre et son offensif climato-sceptique.
01:13Expliquez-nous Patrick, qui sont ces mystificateurs et quels sont leurs points communs, s'ils ont des points communs ?
01:20Leur point commun c'est d'être pour la plupart, en dehors de l'ISENCO dont on pourrait reparler, des
01:27scientifiques reconnus, réputés dans leur domaine,
01:31mais qui, la plupart du temps, sortent de leur domaine de compétence et avancent une théorie, des thèses, seules contre
01:41tous, contre l'ensemble de la discipline, si je puis dire,
01:46et qui diffuse des opinions, des thèses hétérodoxes qui ont le succès aussi de l'originalité, le poids parfois du
01:59scandale ou de la dénonciation de choses qu'on vous cache,
02:04évidemment, ce qui fait toujours vendre dans les médias et dans la presse, avec des conséquences sur la santé publique
02:11qui peuvent être redoutables.
02:12Le point de départ, évidemment, de cette enquête et de cette série de récits, c'est la crise Covid, ce
02:18qui nous est arrivé.
02:19L'idée, c'était de parler de Didier Raoult sans parler de Raoult, mais d'évoquer des figures chez qui
02:25on trouve des points communs et des correspondances.
02:28Alors justement, Jean-François Delfraissy, vous avez vous-même connu pendant le Covid, eu affaire à un mystificateur, en l
02:35'occurrence Didier Raoult, dont on vient de parler,
02:37qui prétendait sauver les malades avec l'hydroxychloroquine, contre les autorités qui, soi-disant, voulaient l'en empêcher.
02:44Qu'est-ce qu'on fait quand on a affaire ? Comment on fait, en fait, face à ce genre
02:48de personnage ?
02:50A vrai dire, même après le Covid, je ne sais pas. C'est quelque chose d'évidemment très compliqué.
02:57Je rejoins l'analyse de Patrice Cohen.
03:00Souvent, c'est quand même des personnalités qui étaient très borderline, quand on cite les grandes mystifications récentes,
03:07qui étaient déjà connues en tant que telles et qui, à l'occasion d'un événement, poussent leur égo et
03:12basculent probablement dans un moment où, psychiatriquement, ils ne sont plus tout à fait normaux.
03:19Sur Didier Raoult, dans le cas d'Espèce, c'est ce que vous pensiez ?
03:21Parce qu'on le présentait avant et il était reçu dans les médias comme un grand spécialiste, parfait connaisseur des
03:28sujets qu'il abordait.
03:30Moi, je connaissais bien Didier Raoult avant la crise.
03:33Et Didier a été un bon scientifique à une période de sa vie.
03:37Et puis, il a dérivé ensuite exactement comme c'est décrit à l'occasion des autres.
03:41Mais quittons Didier Raoult parce qu'il y a des choses qui sont plus importantes que le personnage.
03:47C'est finalement, est-ce qu'actuellement, au niveau des citoyens, y a-t-il une confiance dans la science
03:54?
03:54Y a-t-il une confiance dans les scientifiques ?
03:56Et là, je suis peut-être plus nuancé que le livre.
04:00C'est-à-dire, je pense, quand on regarde les enquêtes d'opinion, les scientifiques restent à un haut niveau.
04:06Les médecins restent à un haut niveau.
04:08Ce qui est peut-être remis en question, ce n'est pas cette confiance dans la science,
04:13mais c'est plutôt le fait, est-ce que la science est toujours source de progrès ?
04:18Ce qui est une deuxième question qui est un tout petit peu différente
04:21et qui, pour les jeunes générations actuelles, en particulier sur le climat, mais pas que,
04:26pose véritablement la question qui est sur la table.
04:29Mais en lisant le livre de Patrick, on se pose la question suivante.
04:33On se demande si la culture scientifique, puisque, effectivement, on parle de Claude Allègre,
04:38qui est géophysicien reconnu, de Philippe Even, qui est un pneumologue réputé,
04:43quand il prétend qu'il trouve le remède contre le VIH,
04:46de Jacques Benveniste, qui est un biologiste de l'Inserm,
04:50qui s'accroche à sa théorie fumeuse de la mémoire de l'eau.
04:52On se demande pourquoi la culture scientifique ne protège pas de l'imposture intellectuelle ?
04:58Justement, Claude Allègre est un spécialiste de la croûte terrestre et pas du tout du climat.
05:02Ah oui, ils sont toujours un peu à côté ?
05:03Oui, même parfois complètement à côté.
05:06Philippe Even n'était pas dans les pionniers, à ce moment-là, de la recherche sur le sida.
05:14Et Jean-François Delphressy était en première ligne.
05:17Il en a été le témoin et il est bien placé pour le savoir.
05:21Et sur le lien entre vaccins, ROR et autisme, Andrew Wakefield, chirurgien gastrique...
05:29Oui, n'a rien à voir avec le...
05:31Rien à voir.
05:32Et là, on est face à quelque chose qui s'apparente à une escroquerie.
05:35Et on va s'arrêter sur quelques-unes des histoires que vous nous racontez.
05:41La première, Patrick, c'est celle de la cyclosporine.
05:45Et on est en 1985, on est en pleine épidémie de sida, contre laquelle on n'a aucun traitement.
05:50Et vous avez trois médecins de l'hôpital Laennec qui pensent avoir subitement trouvé la solution.
05:56Racontez-nous.
05:57Et ensuite, bien sûr, Jean-François Delphressy, vous réagirez,
05:59puisque vous étiez aux premières loges de cette affaire dite de la cyclosporine.
06:03Donc, pourquoi cet exemple ? Et pourquoi est-ce une mystification ?
06:07Jean-François Delphressy rappellera mieux que moi le contexte.
06:11Vous l'avez dit, il était en première ligne.
06:13On était face à une maladie inconnue qui faisait des ravages,
06:17qui causait des morts mystérieuses sur lesquelles la science n'avait pas de réponse.
06:21Et dans les hypothèses qui ont émergé dans cette période-là,
06:26c'était l'année 1985, l'idée qu'on pouvait soigner,
06:33qu'on pouvait traiter le rejet, l'effet immunitaire du sida
06:38par un produit, la cyclosporine, chargée de...
06:44Pardon, Jean-François Delphressy, vous allez m'aider.
06:46Quand il y a des rejets de greffes.
06:48Exactement, de rejets de greffes.
06:51C'est qu'on allait, en quelque sorte, effacer...
06:54Soigner le mal par le mal.
06:56Exactement, soigner le mal par le mal, effacer l'immunité par un...
07:00Effacer le déficit immunitaire par un médicament qui visait le contraire.
07:09Et donc, ce qu'on fait, Philippe Evan et ses deux collègues,
07:14ses deux grands frères, c'est d'entamer tout de suite des essais sur l'homme,
07:19ce qu'on ne fait jamais, à cette vitesse-là,
07:23et encouragé par l'instance politique, par le cabinet ministériel,
07:29Georgina Dufoy et son cabinet ministériel, de communiquer très vite des premiers résultats
07:36très hypothétiques sur seulement deux malades, sur deux patients, ce qui ne représentait
07:41absolument rien.
07:41Il y a eu un emballement à la fois médical et politique qui a été de courte durée,
07:46Oui, huit jours, mais avec un impact médiatique considérable.
07:49Enfin, il faut voir les archives, journaux, presse écrite et télévision de l'époque.
07:53Alors, ce qui est remarquable dans cette affaire, et vous venez de la citer,
07:56c'est à quel point Georgina Dufoy communique sur le sujet, avant même les médecins.
08:03Dans ce cadre-là, la responsabilité du politique, elle est lourde, elle est grande.
08:08En plus, par naïveté, qu'est-ce qui se passe ? Jean-François Elfraissy, racontez-nous,
08:13parce que vous, vous l'avez vécu, cette période-là, vous étiez, vous travailliez sur le SIDA à ce moment
08:19-là.
08:19Oui, bien sûr, je revenais aux Etats-Unis et je travaillais à ce moment-là sur le démarrage en France.
08:24J'étais Antoine Béclair à l'époque.
08:27Oui, mais on retrouve, c'est toujours la même histoire, c'est-à-dire, c'est un certain nombre de
08:30scientifiques
08:31de bon niveau, qui ne sont pas forcément dans leur domaine, qui pensent avoir, qui pensent,
08:37probablement, je leur laisse confiance, ils pensent avoir trouvé quelque chose.
08:40Oui, c'est sincère chez eux.
08:41Oui, c'est sincère. Et puis, qui s'emballent, où le politique reprend, et ça repose la question toujours,
08:50de cette relation entre une science, à un certain moment, et ce qu'en fait le politique.
08:55Le temps de la science n'est pas le temps du politique. Le temps de la science, c'est un
08:58temps qui est long.
08:59C'est un temps qui prend du temps. C'est un temps qui...
09:02Et l'affaire Éven, je dois dire, nous a rendu énormément service à ma génération.
09:07Pourquoi ? Parce qu'elle nous a indiqué que dans cette maladie terrible, qui reste la plus grande pandémie
09:11que nous ayons eue au cours des 40 dernières années, qui est le VIH-Sida,
09:16il a fallu construire de façon scientifique, régulière, passer à des essais randomisés.
09:22C'est ce que nous avons fait en France. C'est pour ça que la France a été très pionnière
09:24dans le domaine.
09:25Donc, ils nous ont rendu service. Et ce qui m'a rendu service, moi, pour la suite,
09:29c'est dans la relation entre science et politique aussi.
09:33Justement, si l'on s'arrête un instant sur ce couple singulier entre les scientifiques et les politiques,
09:39vous parliez il y a un instant de Georgina Dufoy, la ministre de la Santé de l'époque.
09:43Patrick Cohen, quand, pendant le Covid, et pardon, on va revenir à Didier Raoult,
09:47Emmanuel Macron se précipite dans les premiers mois de la pandémie de Covid à Marseille,
09:52à l'IHU du professeur Raoult. Est-ce que, là encore, c'est de l'imprudence ?
09:59Est-ce qu'il y a la sincérité de considérer que le professeur Raoult détient les clés de résolution de
10:04cette pandémie ?
10:05Vous y voyez, au fond, une forme de miroir ?
10:08Non, je pense que c'est un geste purement politique.
10:11À un moment où Raoult est au sommet de sa popularité, il y a même eu un sondage,
10:15on s'en souvient, dans le Parisien, et donc il y a quelque chose qui vise à calmer les adorateurs
10:22de Didier Raoult
10:25à ce moment-là, ou de leur donner une sorte de caution politique.
10:29Je ne crois pas, j'en ai pas la certitude, je ne crois pas, mais Jean-François Delphrécier,
10:32lui était dans la première loge, il était dans le bureau avec Didier Raoult et le président de la République.
10:37Jean-François Delphrécier a peut-être mis en garde Emmanuel Macron à ce moment-là.
10:40Moi, j'ai refusé deux fois d'y aller, et j'avais conseillé au PR de ne pas y aller.
10:45Pour le président, oui.
10:46Et puis, la troisième fois, c'est difficile, on était un jeune conseil scientifique,
10:51la relation entre science et politique, c'est aussi garder du dialogue.
10:56Et finalement, on y est allé, il m'a demandé au départ ce que je pensais de Didier Raoult,
11:03je lui ai dit, puisque c'est vous qui avez voulu y aller, c'est à vous de vous faire
11:06votre opinion.
11:06Et on est revenu, et j'ai compris qu'il s'était fait son opinion,
11:10et que finalement, ce voyage avait été quelque chose de positif.
11:13A l'inverse, le conseil scientifique, et je l'ai écrit d'ailleurs, a failli sauter le soir,
11:18parce que les autres membres du conseil scientifique m'ont dit,
11:20mais qu'est-ce que tu as été foutre à Marseille avec le président de la République ?
11:25Et je sais que la communauté scientifique m'en a voulu à ce moment-là,
11:29et je pense pourtant qu'il était fondamental que notre vision française,
11:33le président de la République, dans cette période extrêmement complexe,
11:37se rende compte du type de personnalité que nous avions en face.
11:40Mais c'est juste paradoxal, parce qu'on parle ici des mystificateurs,
11:43on parle d'un médecin Didier Raoult dont il a été prouvé qu'il n'avait pas respecté les protocoles,
11:47et pourtant vous dites quand même que c'était utile, c'était important d'y aller.
11:51Quand on est face à quelqu'un qui se trompe et qui commet des erreurs manifestes,
11:56il faut quand même y aller et lui donner de l'écho.
11:59D'abord, nous ne savions pas encore si c'était fondamentalement trompé,
12:03si on l'a su par la suite.
12:05Deuxièmement, la vision d'un scientifique qui quand même se doutait,
12:10enfin on était plusieurs à douter très largement de ce qui était dit,
12:14n'était pas forcément la vision d'un politique,
12:17même si on a eu un président qui s'est formé à la science très très vite,
12:21c'est une vision différente.
12:22Une fois de plus, la temporalité de la science et la temporalité de la décision politique,
12:29ne sont pas les mêmes.
12:30Et c'est un point qui est tout à fait fondamental.
12:33Chaque histoire fait progresser aussi notre rapport à la science et à ce genre d'affaires.
12:40La cyclosporine dont on parlait il y a un instant,
12:42a débouché sur les lois de protection qui visent les essais cliniques sur les humains,
12:49les lois Hurrier et Jardet,
12:51que Didier Raoult est justement accusé d'avoir violé.
12:56Donc c'est aussi intéressant de faire ce lien entre ces différentes histoires.
13:00Alors il y a une autre chambre d'écho très très puissante dans toutes ces mystifications,
13:05ce sont les médias.
13:07Et là on a l'exemple de Claude Allègre,
13:10qui quand il sort son livre L'imposture climatique,
13:14il en vend 100 000 exemplaires,
13:15il est reçu sur des dizaines de plateaux de télévision.
13:18Et là on se dit que c'est irrésistible pour les médias finalement,
13:21ce rôle de lanceur d'alerte, seul contre tout.
13:24C'est forcément très séduisant, ça fait du spectacle.
13:27Ça fait du spectacle, évidemment.
13:29C'est beaucoup plus, j'ai l'habitude de dire,
13:32c'est beaucoup plus amusant et beaucoup moins ennuyeux
13:35que le consensus scientifique.
13:36Forcément, quand on dit que tous les médecins sont d'accord
13:39pour vous dire qu'on pourra soigner telle ou telle maladie de cette façon,
13:45intéresser mais sans dresser l'oreille.
13:47Alors que si on vous dit, un médecin vous révèle un scandale caché
13:51et vous dit ce que les autres ne disent pas,
13:53évidemment on écoute.
13:54Et quand on met de part et d'autre, d'un même plateau,
13:58autour d'un même micro, en débat,
14:01un consensus scientifique représenté par, à l'époque c'était,
14:05Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmol.
14:08Des experts du GIEC.
14:09Exactement, qui avaient un peu de mal à se faire entendre,
14:12même s'ils étaient, ils représentaient déjà le consensus de leur discipline,
14:18face à une opinion hétérodoxe et marginale,
14:22mais dite avec beaucoup de verve, de talent,
14:25comme c'était le cas pour Claude Allègre,
14:27évidemment on l'écoute et ça fait bruit.
14:30Mais Patrick, est-ce que c'est du sensationnalisme
14:32ou est-ce que c'est un problème de culture scientifique,
14:35de culture de l'expertise aussi dans les médias ?
14:38Il y a même un examen de conscience à faire collectif sur les sujets liés à la science.
14:42Les deux, sur une affaire qui joue encore un rôle terrible aujourd'hui en matière de santé publique,
14:48l'affaire Wakefield, sur le lien entre vaccins, ROR et autisme,
14:56les médias britanniques, tabloïdes britanniques,
15:00ont joué un rôle absolument considérable.
15:02Expliquez-nous rapidement l'affaire Wakefield pour que nos auditeurs puissent comprendre.
15:05Qui est quand même la plus dingue du livre,
15:07qui a des conséquences aujourd'hui encore.
15:09Et puis c'est surtout la plus actuelle,
15:10puisqu'elle est directement à l'origine de l'épidémie de rougeole
15:12qui sévit aux Etats-Unis et qui touche des milliers de patients,
15:18alors que la maladie était considérée comme éradiquée il y a encore 15 ans ou 20 ans aux Etats-Unis.
15:24Wakefield, 98, chirurgien britannique, de bonne réputation,
15:31mais enfin pas d'un niveau universitaire considérable,
15:34qui prétend, qui sort avec une étude,
15:39prétendant, ayant trouvé un lien entre le vaccin ROR,
15:43rougeole au rayon rubéole, donc vaccin combiné,
15:47et l'autisme chez le jeune enfant.
15:51Cette histoire qui a fait scandale aux Etats-Unis sur un terrain
15:55qui était fragilisé parce que le Royaume-Uni sortait de la crise de la vache folle
15:59qui avait été, où les scientifiques...
16:04...avaient perdu confiance...
16:05Exactement, il avait été vivement contesté.
16:08Pendant une dizaine d'années, il y a eu des grands procès,
16:12il y a eu l'Ordre des médecins britanniques qui a organisé des mois de procès
16:21pour finalement décider de radier Wakefield,
16:24il y a eu des enquêtes de presse retentissantes,
16:26notamment dans le Sunday Times,
16:28qui ont montré que Wakefield était un escroc,
16:31c'était un...
16:32Il a bidonné, non seulement il a bidonné son étude...
16:35Pour s'enrichir.
16:35Mais pour s'enrichir, parce qu'il avait constitué des sociétés
16:39qui visaient à commercialiser le single jab,
16:44la dose unique de vaccins contre la rougeole.
16:47Sa théorie, elle a été balayée par 16 études scientifiques...
16:51Oui, sans doute davantage.
16:52...postérieures.
16:53Comment on explique que 25 ans plus tard,
16:56cette théorie absolument trompeuse conditionne la politique,
17:00une partie de la politique sanitaire des Etats-Unis ?
17:01Wakefield s'est exilé aux Etats-Unis, au Texas,
17:04et il a trouvé, là-bas, des adeptes.
17:07C'est là qu'il a publié son premier livre.
17:11Et parmi ses adeptes les plus fervents,
17:14Robert Kennedy-Judior, aujourd'hui ministre de la Santé,
17:18et dans la foulée, Donald Trump,
17:20qui très vite a relayé ses thèses.
17:23Ça veut dire que les vaccinosceptiques sont au pouvoir aujourd'hui aux Etats-Unis.
17:25Et avant ça, quelques stars, De Niro...
17:28Alors, De Niro a fait, effectivement,
17:30il a fait une conférence de presse commune avec Kennedy Junior,
17:34il a une enfant autiste.
17:37Ce qui veut dire, Jean-François Delphrécy,
17:39que ce type de mystification,
17:41reprise par le président des Etats-Unis,
17:44par son administration,
17:46là, pour le coup, ça a un impact très concret
17:48sur la confiance vaccinale,
17:49puisqu'on voit les chiffres de la vaccination
17:51qui baissent très nettement aux Etats-Unis,
17:54on voit la rougeole qui reprend.
17:58Là, on voit l'effet concret de ce type de mystification
18:01et l'effet concret des délires,
18:04de l'escroquerie d'un seul homme
18:06sur la politique vaccinale de la première puissance mondiale.
18:09Oui, ça, c'est l'étape suivante.
18:12C'est-à-dire quand le politique,
18:14ou une administration,
18:16s'empare finalement de contre-vérités scientifiques
18:18et on fait une forme d'établissement
18:22de sa conduite politique.
18:23Alors, on a l'exemple typique sous nos yeux
18:25en ce moment aux Etats-Unis.
18:26C'est absolument dramatique.
18:28C'est vrai sur vaccins,
18:29c'est vrai sur d'autres grands sujets
18:31autour des bases de données,
18:33d'un certain nombre de recherches
18:35sur des sujets autour du genre,
18:37autour de...
18:38Du changement climatique.
18:39Voilà.
18:40Bon, et c'est l'étape suivante.
18:43C'est-à-dire qu'on quitte la controverse,
18:46on quitte ce qu'a très bien raconté les pratiques,
18:49et on va vers ensuite cette relation,
18:51une fois de plus, très complexe
18:53entre savoir et pouvoir.
18:55Et c'est quand le politique commence à dériver.
18:57Et là, on voit bien, je dirais,
19:01le schéma qui est en train de se faire,
19:03parce qu'en gros, en France,
19:04on tourne autour de 7-8% de vaccino-sceptiques.
19:09Parce que, juge Jean-François Leprécy,
19:10vous avez cette phrase dans la trémunie d'imente,
19:11je vous dis que contrairement aux idées reçues,
19:12la méfiance d'une partie de l'Europe
19:14envers les vaccins n'est pas moindre
19:15qu'aux Etats-Unis.
19:16Oui, c'est exact.
19:17Elle est différente,
19:18elle est différente selon les vaccins.
19:19C'est assez curieux d'ailleurs,
19:20parce que le scepticisme,
19:22il n'est pas tout à fait le même,
19:23il n'est pas tout à fait sur le même vaccin
19:24en Angleterre, en Allemagne
19:27ou dans le sud de l'Europe.
19:28Mais fondamentalement,
19:29on tourne autour de 7 à 8%.
19:31C'est-à-dire que la confiance française
19:33du avis des vaccins,
19:34elle décroît.
19:35Au nom de croix,
19:36au nom de quoi,
19:37vous nous dites qu'on a tort ?
19:38Parce que regardez,
19:39il y a un président aux Etats-Unis,
19:40il y a un ministre de la Santé aux Etats-Unis
19:42qui porte ça,
19:43et prouvez-nous finalement
19:44que vous avez tort.
19:45Et c'est en fait,
19:47c'est ce long chemin,
19:48mais sur lequel vous jouez un rôle
19:50au niveau des médias,
19:51on joue un rôle évidemment
19:52au niveau des scientifiques,
19:54à rester, je dirais,
19:55à être tenté d'expliquer progressivement
19:58et expliquer comment
20:00il y a des vérités scientifiques,
20:03et puis il y a par ailleurs,
20:04à certains moments,
20:04il y a des données de recherche
20:05sur lesquelles on est en train
20:07de s'interroger.
20:08Alors on a justement une question
20:09de Sarah,
20:10au standard de France Inter.
20:12Bonjour, bienvenue Sarah.
20:13Sarah, vous interrogez sur
20:15la science et la politique.
20:17Oui, bonjour.
20:18Voilà, moi je m'interrogeais,
20:19vous parliez tout à l'heure
20:20des citoyens qui n'écouteraient pas
20:22forcément les avis scientifiques,
20:23et moi je pensais,
20:25dans mon omet de l'agriculture,
20:26au moment où les politiques
20:27n'écoutent pas les avis scientifiques,
20:29par exemple,
20:30avec la loi Duplomb
20:31ou les histoires de cadmium
20:33plus récemment,
20:34où les scientifiques sont unanimes
20:35pour parler des dangerosités
20:37des produits,
20:38et où les politiques continuent
20:39de voter des lois
20:39qui les autorisent.
20:42Merci Sarah.
20:43Jean-François Delfraissy.
20:44Oui, c'est une bonne remarque.
20:46Ça montre bien
20:47qu'il ne faut pas
20:48qu'on se réfugie
20:48en disant
20:49c'est ce fou de Trump
20:51qui prend un certain nombre
20:52de mesures
20:52qui ne vont pas du tout.
20:54La France reste
20:55une vraie démocratie,
20:57mais avec aussi
20:58des signaux d'alerte
20:59sur cette relation
21:00de prise en compte
21:01de ce qu'est la science.
21:02La décision politique
21:03est une décision politique,
21:05mais pour un certain nombre
21:06de sujets,
21:07elle doit entendre,
21:09sinon écouter,
21:10ce que lui disent
21:11les scientifiques.
21:12Une fois de plus,
21:13notre démocratie,
21:14elle repose
21:15sur le droit
21:16et sur la science.
21:16En l'occurrence,
21:17sur les pesticides,
21:18le camdium, etc.
21:19C'est un défaut
21:20de prise de décision politique.
21:22En tout cas,
21:22les scientifiques
21:23n'ont probablement
21:24pas été écoutés
21:25au niveau
21:26où ils auraient dû l'être.
21:26Patrick,
21:27c'est intéressant
21:28que notre auditrice Sarah
21:28parle de la loi du plomb.
21:30Puisque là encore,
21:31si l'on parle
21:31de consensus scientifique
21:32et de faits établis,
21:34beaucoup de responsables
21:35politiques ont lié
21:36directement la loi du plomb
21:38au cancer.
21:39Or, ça n'a pas été établi
21:41et pourtant,
21:41ça apparaît quasiment
21:42comme une sorte
21:42de vérité
21:44dans le débat public.
21:44Oui, alors là,
21:46moi, je ne suis pas scientifique
21:48mais je constate
21:49effectivement
21:49qu'il n'y a pas
21:51de consensus scientifique
21:52encore établi
21:54sur ces questions
21:54et notamment
21:55sur la question
21:56la plus sensible
21:57qui est celle
21:58des cancers pédiatriques
22:00dont l'origine reste
22:02en grande partie
22:04inconnue,
22:05même s'il peut y avoir
22:07des causes environnementales.
22:09Mais c'est intéressant aussi
22:11parce que,
22:13évidemment,
22:13on pense que
22:14la science
22:15peut tout expliquer.
22:17Les parents autistes,
22:19les mères d'enfants autistes
22:20dans l'affaire Wakefield
22:21ont joué un rôle moteur
22:24évidemment
22:25parce que
22:26et c'est naturel
22:27et c'est compréhensible.
22:28Elles cherchent
22:29à avoir des explications.
22:31Les parents cherchent
22:32à avoir des explications
22:33et quand ces explications
22:34sont données
22:35de façon
22:37un peu
22:38simpliste
22:39en disant
22:40c'est le vaccin
22:41qu'on a injecté
22:41à votre enfant,
22:42les parents
22:43sont tentés
22:43d'y croire.
22:44Merci.
22:45Merci à tous les deux.
22:47On se reparlera
22:49pour savoir
22:49comment on réintroduit
22:50de la rationalité
22:51et comment on emporte
22:54la conviction
22:55du grand public
22:56quand on est scientifique.
22:58Merci.
22:58Jean-François Delfraissy.
22:59Il faut être plus
23:00restons optimistes.
23:02Restons optimistes
23:03parce que
23:04les Français
23:04croient beaucoup plus
23:05dans la science
23:06qu'on ne le pense.
23:08Et moi je voulais terminer
23:08sur un truc
23:09que j'ai pensé
23:10tout à l'heure
23:10en vous voyant.
23:11On a d'un côté
23:12on parle beaucoup
23:13des ingénieurs
23:14du chaos.
23:16Moi je vous propose
23:17que tous ensemble
23:18et avec les journalistes
23:19on parle plutôt
23:20maintenant
23:21d'ouvrier de la lumière.
23:22Qu'on aille vers la lumière.
23:23Merci Jean-François Delfraissy
23:26pour cette proposition
23:28et cette vision optimiste.
23:30Et puis merci Patrick Cohen
23:31Les mystificateurs.
23:33C'est le titre
23:33de votre livre
23:34paru chez Flammarion.
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