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Deuxième invitée du Grand Entretien, Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale. Elle revient sur les résultats et sur une campagne où son mouvement a été attaqué de toutes parts, du PS au RN en passant par LR. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-23-mars-2026-9608314
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00:00Et nous accueillons à présent Mathilde Panneau, bonjour.
00:03Bonjour.
00:03Merci d'être avec nous ce matin, présidente du groupe Insoumis à l'Assemblée Nationale.
00:09Chers auditeurs, vous pouvez aussi poser vos questions à Mathilde Panneau, 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio
00:16France.
00:17Mathilde Panneau, votre mouvement a réagi hier soir en se félicitant d'une percée de la France Insoumise
00:23qui se confirme, je cite, s'amplifie, se renforce encore.
00:27Alors, est-ce que c'est vraiment le cas avec Toulouse qui n'est pas gagnée, Limoges non plus,
00:33un maire sortant, la France Insoumise battue à Fâche-Tuménil ?
00:37Est-ce qu'on peut vraiment parler de percée qui s'amplifie ce matin ?
00:41Oui, parce que nous allons diriger une dizaine de villes dans lesquelles nous allons faire retrouver à la fois une
00:47fierté et une dignité populaire.
00:49Je pense évidemment à Saint-Denis que nous avons gagné avec Bali Bagayoko dès le premier tour.
00:52Mais je pense à Roubaix, à la Courneuve, à Vau-en-Velin, à Vénitieux et à d'autres villes.
00:58Et nous allons faire rentrer plus d'un millier de candidats, de conseillers municipaux qui vont être élus dans plus
01:06de 400 conseils municipaux.
01:08Et donc, je crois que pour un mouvement qui a seulement 10 ans d'existence, c'est effectivement une percée
01:13que nous réalisons
01:14qui va permettre que partout dans les conseils municipaux, vous allez avoir à la fois des militants associatifs,
01:19des militants syndicaux, mais aussi des mamans célibataires, des gens qui luttent pour le logement digne,
01:26qui vont rentrer dans les conseils municipaux, qui vont rompre avec une vieille manière de faire de la politique.
01:30Mais la question, Mathilde Panot de Florence, et je vous la répète, portait notamment sur ces villes
01:35où la France Insoumise était en bonne position au soir du premier tour.
01:37Si on en prend deux, par exemple Toulouse et Limoges, dans ces deux villes, il y a eu des alliances
01:42avec le Parti Socialiste.
01:43La mécanique aurait voulu que votre candidat soit victorieux.
01:47Or, il a été défait, que ce soit à Toulouse ou à Limoges.
01:50Qu'est-ce qui s'est passé dans ces villes ?
01:52Est-ce que ce n'est pas la preuve qu'il y a eu un effet repoussoir des alliances avec
01:57la France Insoumise ?
01:58Je rappelle que ces deux listes étaient menées par des Insoumis.
02:00Vous demanderez à Johanna Roland à Nantes s'il y a un effet repoussoir de la France Insoumise.
02:04Johanna Roland est socialiste et c'était elle la tête de liste.
02:06Numéro 2 du parti et qui dit, j'assume, je revendique et je ne regrette pas une seule seconde d
02:10'avoir fait une fusion avec la France Insoumise.
02:13Donc, moi je vais vous dire, ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu un effet
02:17sur la mobilisation.
02:18Et notamment, une des choses qu'on ne commande jamais dans cette élection municipale,
02:21c'est le fait qu'il y a le plus fort taux d'abstention, hors période Covid, de la Ve
02:26République.
02:27Et donc, c'est par la mobilisation que nous pouvons gagner des victoires.
02:31Et je le dis très fortement, pour l'élection électorale qui arrive,
02:36l'échéance électorale qui arrive avec l'élection présidentielle,
02:38il faut se mobiliser massivement dans les zones.
02:41Et donc, j'invite toutes celles et ceux qui nous écoutent à venir nous aider pour l'élection présidentielle.
02:46Donc, je pense que les auditeurs constateront que vous ne répondez toujours pas sur tous les élimoges.
02:49Vous avez ce matin Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l'Assemblée,
02:52qui dit que le PS a manqué de clarté et de sincérité.
02:54LFI nous a fait perdre. Vous avez, il y a quelques instants, Olivier Faure,
02:57le patron du PS, qui dit que Jean-Luc Mélenchon est devenu le boulet de la gauche.
03:01Voilà l'analyse qui est faite par les socialistes sur ce qui s'est passé hier soir et hier dans
03:07ce second tour des municipales.
03:08François Pygmal, par exemple, à Toulouse, ou Damien Maudet à Limoges,
03:11ont fait des campagnes absolument exceptionnelles.
03:13Et quand vous regardez, par exemple, le score de François Pygmal,
03:16il a le même score que celui qu'il y avait en 2020 de la part d'une tête de
03:21liste écologiste.
03:22Donc si maintenant, le PS nous explique qu'alors que les électeurs, au premier tour,
03:27ont décidé de mettre en tête la France Insoumise,
03:29qui a donc tendu la main pour faire une alliance pour pouvoir battre la droite, par exemple, à Toulouse,
03:34s'ils décident maintenant que les électeurs et électrices ont eu tort
03:37et qu'ils auraient gagné Toulouse seuls,
03:39je veux bien qu'ils m'expliquent comment ils auraient fait.
03:41Donc, Olivier Faure dit que Jean-Luc Mélenchon est le boulet de la gauche ?
03:44Eh bien, je ne crois pas. Au contraire, ce que nous venons de faire
03:46est justement la preuve que nous sommes une force populaire organisée dans le pays.
03:51Et là où je suis d'accord avec ce que certains disent aux partis socialistes,
03:56c'est qu'il faut effectivement de la clarté.
03:58Parce qu'il n'est pas possible de dire d'un côté que la France Insoumise serait infréquentable
04:02et ensuite de venir nous chercher lorsqu'il s'agit des sièges,
04:07que ce soit à l'Assemblée nationale ou dans les conseils municipaux.
04:10Et je vais vous dire, le PS devrait peut-être penser au fait que, par exemple,
04:14c'est le retrait de Sébastien Delogu à Marseille qui permet à la ville de rester au Parti Socialiste
04:22et de ne pas basculer à l'extrême droite.
04:23Et nous, nous avons eu une ligne claire sur cette question.
04:26Dès qu'il y avait un risque d'extrême droite, nous nous sommes retirés
04:29et nous avons proposé à chaque fois la fusion.
04:32Et ce sont ceux qui ont refusé justement les fusions,
04:35qui se retrouvent dans des situations comme à Bordeaux,
04:37où ils refusent la fusion et ils perdent la ville,
04:40comme à Cherbourg, ou encore, comme dans ma circonscription,
04:42au Kremlin-Bicêtre, où par un refus de fusion,
04:45eh bien la ville bascule à droite.
04:46Donc chacun doit regarder ses responsabilités.
04:49Vous avez aussi Emmanuel Grégoire à Paris qui refuse dans la fusion Gagne,
04:51vous avez Nathalia Perret à Rennes qui refuse dans la fusion Gagne,
04:53vous avez Mickaël Delafosse à Montpellier qui n'avait pas voulu avec la France Insoumise qui gagne.
04:57Donc vous pouvez mettre en avant les résultats qui vous avantage.
05:01Par exemple, à Lyon, sans la France Insoumise, les écologistes ne gagnent pas.
05:04Vous êtes d'accord ?
05:05C'était M. Olaz qui gagnait si nous n'étions pas alliés à Lyon.
05:09À Lyon, vous avez Nantes, vous avez Tours, vous avez Grenoble,
05:14sur lequel des alliances avec la France Insoumise permettent à des villes de rester à gauche.
05:18Et nous, nous sommes fiers d'avoir, par exemple, comme ville que nous allons gouverner,
05:23la ville la plus pauvre de tout le pays,
05:25parce que là aussi, je crois que ça veut dire des choses sur le fait que
05:28nous pouvons ouvrir un autre horizon dans notre pays.
05:31On respecte la dignité de chacun et chacune.
05:33Alors la ville la plus pauvre, vous parlez de Roubaix.
05:36Alors vous décrochez Roubaix, vous gagnez à la Courneuve, à Vaud-en-Velin, à Creil, à Vénissieux.
05:42Effectivement, ça fait un certain nombre de gains.
05:44C'est ça la Nouvelle-France, ce concept que vous avez avancé pendant toute cette campagne municipale ?
05:50Oui, je crois, parce que nous avons là des maires qui représentent les quartiers populaires.
05:55Et ce que nous appelons la Nouvelle-France, c'est cette Nouvelle-France qui n'est pas le passé fantasmé
06:00par l'extrême droite,
06:01mais qui est justement cette France dans laquelle les femmes ont acquis des droits.
06:05Donc il y a un personnel politique largement féminisé,
06:07dans lequel il y a une représentation des quartiers populaires qui se retrouve dans les conseils municipaux,
06:12ou encore des gens qui ont porté des engagements, par exemple les nouvelles formes de familles,
06:17les familles monoparentales qui sont aujourd'hui majoritaires dans ce pays.
06:20J'aimerais, Mathilde Panot, qu'on s'arrête un instant sur cette expression Nouvelle-France,
06:23parce que parfois on a un peu de mal à en comprendre le sens.
06:26Dans un meeting d'entre deux tours, Jean-Luc Mélenchon se félicitait de la victoire de la France insoumise à
06:30Saint-Denis au premier tour.
06:30Il a eu cette phrase, après un long dégagement sur les cathédrales et la porte des musulmans dans leur construction,
06:36voilà ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon, ouvrez les guillemets,
06:37« Il a bien fallu un jour qu'il y en ait un ou une qui se mette debout sur
06:41ses pattes à l'autre bout du continent africain
06:42pour qu'à la fin vous soyez ici en train de faire les malins, tout blanc, tout moche que vous
06:46êtes. »
06:47Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que voulait dire Jean-Luc Mélenchon en disant cela ?
06:51Eh bien, il parle de l'histoire de l'espace humaine.
06:54Vous vous rendez compte que dans ce pays, oui, vous savez que l'espèce humaine a probablement commencé.
07:01Tout blanc, tout moche que vous êtes, ça veut dire quoi ?
07:03Eh bien, c'est une petite provocation probablement qui a été mise dedans.
07:06Mais il parle de l'histoire humaine parce que vous savez quand même que dans ce pays,
07:10nous avons réussi une percée électorale historique dans un niveau d'attaque contre nous
07:15qui est probablement inégalé contre une force de gauche.
07:18Et je veux quand même que vous réalisiez qu'en trois semaines, juste avant les élections municipales,
07:25nous avons eu une marche néo-nazie dans notre pays,
07:27avec des saluts nazis qui ont été faits, des slogans homophobes et racistes qui ont été chantés.
07:31Nous avons une candidate des LR, j'entendais tout à l'heure le patron des LR,
07:36qui pointait la France insoumise, qui a dit qu'elle assumait que son slogan était « travail, famille, patrie ».
07:42Nous avons dans ce pays une ministre, Aurore Berger, qui parle d'anti-France.
07:47Mais Mathilde Panot, il ne vous aura pas échappé que quand on les a en face de nous,
07:54on leur pose la question.
07:54Mais je ne comprends toujours pas de qui veut parler Jean-Luc Mélenchon quand il dit
07:57« tout blanc, tout moche que vous êtes ».
07:58Mais de personne. Il dit juste que l'espace humain est né et ensuite a s'aimé depuis l'Afrique.
08:04Mais c'est quoi « tout blanc » ? Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de
08:06singulier
08:06quand on est à gauche, comme ça, à invoquer la couleur de peau ?
08:10Non, justement.
08:11Ce n'est pas exactement contraire au discours de gauche ?
08:14Mais justement, nous, nous sommes de ceux qui disons que nous ne ferons jamais de différence
08:18selon les couleurs de peau, selon les religions, les orientations sexuelles ou le genre.
08:21Donc, je vais vous dire, ce que dit Jean-Luc Mélenchon
08:24est une manière de se moquer des racistes dans ce pays.
08:27Si Jordan Bardella avait dit « tout noir, tout moche que vous êtes »,
08:30est-ce que vous ne seriez pas ce matin dans ce studio à considérer que c'est un scandale ?
08:33Arrêtez, vous comprenez bien que ça n'a rien à voir.
08:34Et je vais vous dire, vraiment sur cette question-là,
08:38sur les grands aspects que nous avons,
08:40que ce soit sur la question de l'histoire de l'espèce humaine,
08:43de la civilisation humaine en tant que telle,
08:45ou encore de la question du dérèglement climatique
08:47qui devrait toutes et tous nous occuper,
08:49je vais vous dire que la couleur de peau n'a aucune importance.
08:52Et c'est justement ce qu'il était en train de dire Jean-Luc Mélenchon.
08:54Mathilde Panot, est-ce que cette stratégie qui échoue dans les grandes métropoles,
08:57le fait que vous n'êtes pas implanté en ruralité,
09:00est-ce que tout ça...
09:01Pourquoi pas implanter en ruralité ?
09:03Vous savez que par exemple...
09:03Qu'est-ce que vous remportez comme ville rurale ?
09:05Par exemple, il y a des militants insoumis
09:07qui sont à la tête de trois villages dans la Creuse,
09:09de deux villages dans la Riège.
09:10Et donc, des militants insoumis rentrent un peu partout,
09:13quelles que soient les villes.
09:14On ne peut pas dire que ce soit tout à fait représentatif
09:16pour le coup des victoires insoumises qu'on a citées d'ailleurs.
09:19Est-ce que c'est notre première élection municipale que nous faisons réellement ?
09:23Et donc, je crois que oui, dans la course de vitesse,
09:25nous sommes en train de marquer des points de manière très forte.
09:27Est-ce que votre stratégie, elle est suffisante
09:28pour remporter une présidentielle dans un an seulement ?
09:32Eh bien, en tout cas, nous avons montré
09:33que nous pouvions déjouer tous les pronostics
09:35si tant est qu'il y avait une mobilisation populaire.
09:38Et donc, je le redis, pour déjouer tous les pronostics
09:41comme nous l'avons fait à de nombreuses reprises,
09:43y compris en 2024, lorsque 27 sondages sur 27
09:46donnaient l'extrême droite en tête,
09:47eh bien, pour cela, il faut une mobilisation populaire
09:49qui permette à la fois de tourner la page de la Macronie
09:52et de son monde de malheur,
09:53mais aussi de battre l'extrême droite.
09:54Mathilde Panot, à tous les invités qui se succèdent ici,
09:57on les interroge sur les conséquences de ce scrutin sur 2027.
10:00Quand on voit les polémiques suscitées par les propos de Jean-Luc Mélenchon,
10:04quand on voit la façon dont vos anciens partenaires parlent de Jean-Luc Mélenchon,
10:09Olivier Faure, je le répète, qui dit ce matin que c'est un boulet,
10:12est-ce que c'est encore le meilleur candidat pour faire gagner votre famille politique ?
10:17Oui, je crois que c'est le meilleur candidat,
10:19et nous le déciderons en temps voulu quand nous le voudrons.
10:22Et encore une fois, lorsque l'on est de gauche,
10:24on se rappelle que son adversaire,
10:26ce n'est pas la principale force de gauche au Parlement,
10:28mais c'est bien l'extrême droite.
10:30Et par exemple, je veux saluer la victoire au tampon de 82 000 habitants
10:35qui est dans la seule circonscription RN de l'île de la Réunion.
10:38Mais juste, vous avez tout fait parfaitement dans cette campagne.
10:40Quand on voit ces alliances qui n'ont pas fonctionné,
10:42quand on voit ces scores,
10:43l'analyse lucide, c'est de dire c'est formidable,
10:45c'est une percée et on est en bonne voie pour 2027.
10:47Nous sommes des êtres humains, monsieur Duhamel.
10:50Nous sommes des êtres humains
10:51et nous faisons de la politique dans un collectif humain.
10:54Mais dans le niveau d'attaque que nous avons eu,
10:56nous avons eu de la chance de ne pas perdre ni la vie,
10:58ni la santé dans cette campagne.
11:00Oui, oui, oui, je pèse mes mots.
11:02Nous avons des menaces de mort contre nous.
11:04À la fois des domiciles personnels qui ont été attaqués,
11:07des meetings qui ont été attaqués.
11:09Et donc, oui, je le dis,
11:10il existe une force de résistance dans ce pays
11:12qui est en capacité de gagner la présidentielle
11:14et de changer l'avenir du pays.
11:16Et nous ne céderons rien, nous ne lâcherons rien.
11:19Et nous continuons évidemment à faire en sorte
11:21que tout le monde puisse vivre dignement
11:23dans la France aujourd'hui de 2026.
11:26Merci, merci Mathilde Panot
11:27d'être venue au micro de France Inter ce matin.
11:30C'est bon.
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