- il y a 4 mois
À quelques heures du vote de confiance convoqué par le Première ministre, Boris Ravignon, maire LR de Charleville-Mézières, Natacha Polony, journaliste et directrice de la nouvelle revue L’Audace et Jérôme Jaffré, politologue et chercheur associé au Cevipof, sont les invités du Grand Entretien. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-08-septembre-2025-1239845
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00:01France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale.
00:07Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons une table ronde pour analyser le moment politique
00:13alors que François Bayrou sollicite aujourd'hui un vote de confiance à l'Assemblée Nationale,
00:19vote qui risque fort de conduire à la chute du gouvernement.
00:23Trois regards ce matin Benjamin.
00:25D'abord celui d'un politologue, Jérôme Jaffray, vous êtes directeur du Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique, bonjour.
00:32Bonjour.
00:32Et merci d'être avec nous, le regard également d'une éditorialiste, Natacha Polony, vous venez de lancer la revue L'Audace, merci d'être avec nous Natacha Polony.
00:41Et le regard d'un élu local, Boris Ravignon, bonjour, merci d'être avec nous ce matin sur Inter, vous êtes maire d'hiver droite de Charleville-Mézières.
00:48Voilà, Benjamin a dit bonjour, moi je dis bienvenue à tous les trois.
00:53On va analyser un paysage fracturé en quatre crises, une crise politique, une crise institutionnelle, le risque d'une crise économique et d'une crise sociale.
01:03Jérôme Jaffray, on commence avec vous, sauf miracle, donc François Bayrou ne sera plus Premier ministre ce soir.
01:11D'expérience d'analyste de la vie politique, avez-vous déjà vu une telle situation de blocage sous la Ve République ?
01:21Ce qui est intéressant c'est que vous avez dit sous la Ve République, ce qui nous renvoie donc aux 67 dernières années, ce qui commence à compter, même pour moi, vous le noterez.
01:31C'est que, effectivement, le déclenchement de l'usage de l'article 49.1 demandant l'engagement de responsabilité du gouvernement, ce qu'on appelle couramment la question de confiance.
01:42Et je note d'ailleurs que François Bayrou, dans sa conférence de presse du 25 août, avait déclaré « Je demande la confiance pour être tranquille cet automne ».
01:51Il sera tranquille, assurément.
01:54C'est que cet usage du 49.1 consistant à demander un accord sur le diagnostic, c'est-à-dire qu'on est d'accord pour dire qu'il y a une dette énorme et qu'il faut faire un budget qui économise 44 milliards, n'a pas de sens en politique.
02:09Parce que quand vous avez voté la confiance, c'est que vous soutenez le gouvernement, c'est que vous appartenez à son camp et demander aux oppositions.
02:16De soutenir le gouvernement et d'appartenir à son camp est un non-sens politique absolu, me semble-t-il.
02:23J'ajoute que le bilan de l'affaire des trois semaines où Bayrou a mené campagne ardemment, c'est qu'il n'a pas réussi à convaincre, ni bien sûr les députés, on le verra ce soir, parce que là les partis ont pris position dès le début, mais les Français.
02:37C'est-à-dire que les sondages ont montré, alors qu'il espérait gagner l'esprit des Français pour dire oui c'est ce qu'il faut faire, oui il faut agir, Bayrou disait nous allons par les Français obliger les élus à changer d'avis,
02:51et bien on n'a rien vu de tel. Ce qui conduit à une dévalorisation de la parole publique, à une dévalorisation de la puissance des gouvernants, donc les conséquences sont considérables.
03:01Natacha Polony, il y a visiblement une volonté, notamment chez Emmanuel Macron, de minorer ce qu'on est en train de vivre, on lui dit c'est seulement une crise parlementaire.
03:09Quel mot est-ce que vous utiliseriez pour qualifier le moment politique que l'on vit ? Est-ce que c'est une crise ? Est-ce que c'est un blocage ? Est-ce que c'est une impasse ?
03:18Alors je dirais que nous sommes, et que les Français ont l'impression d'être du point de vue politique dans le sketch de Raymond Deveau sur les sens interdits, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de sortie.
03:27Et je dirais qu'Emmanuel Macron minimise parce qu'il est largement comptable, non pas de l'ensemble de cette crise, mais de sa dimension institutionnelle,
03:38en ce sens qu'il a, depuis qu'il est au pouvoir, fragilisé un à un tous les outils des institutions.
03:44Simplement, je pense que François Bayrou, quant à lui, a voulu, comme l'esquissé Jérôme Jaffray, jouer les Français contre les partis politiques
03:55et acculer les socialistes à discuter sur le budget.
04:01C'était ça, me semble-t-il, le but de la manœuvre.
04:04Ce qui était une folie parce que c'était ne pas comprendre la colère immense des Français vis-à-vis de l'ensemble de la classe politique
04:12et le fait que l'ensemble de la vie politique est totalement bloqué.
04:18Pourquoi ? Parce qu'on s'est habitué, les politiques français se sont habitués à une démocratie minoritaire.
04:24Ils ont accepté depuis des années de gouverner en étant minoritaire.
04:27Un pays ne peut pas fonctionner comme ça.
04:29Boris Ravignon, vous n'êtes pas député, vous êtes maire, vous ne voterez pas tout à l'heure à l'Assemblée nationale,
04:36mais vous subirez sans doute les conséquences de l'instabilité politique.
04:42Dans quel état d'esprit êtes-vous face à cette crise ? Est-ce qu'elle vous met en colère ?
04:48Elle me met en colère et comme je crois le sont effectivement nos concitoyens, les Français et ceux de Charles Ville-Mézières,
04:56parce que cette crise, personne ne comprend qu'elle ait été provoquée par le Premier ministre dans ces conditions,
05:02vient s'ajouter déjà à un sentiment, à une exaspération qui est ancienne, qui est forte,
05:08qui effectivement renvoie pour le coup des crises que nous traînons depuis longtemps sur le travail,
05:14qui ne paie pas, qui ne paie plus, ces gens qui, même quand ils ont un emploi,
05:20n'arrivent pas à boucler effectivement leur fin de mois,
05:22d'une désillusion et d'une désespérance presque totale vis-à-vis de l'État sur ces missions régaliennes.
05:29Je crois qu'il ne faut pas sous-estimer qu'il y a une dimension sociale,
05:33mais il ne faut pas tout réduire à la seule dimension sociale.
05:35Il y a aujourd'hui chez nos concitoyens aussi le sentiment que l'État ne fait plus ce qu'il doit faire,
05:40notamment sur la sécurité, qui est pour moi un sujet,
05:44je crois tragique, on y met énormément d'argent,
05:48et il y a, je crois, des policiers, des gendarmes, des forces de l'ordre,
05:51y compris des magistrats qui essaient de gérer cette situation le mieux possible,
05:57le moins mal possible, et pour autant les résultats sont assez largement catastrophiques.
06:00Donc on a...
06:01C'est-à-dire que, pardon Boris Ravignon, mais vous voyez au fond un décalage
06:04entre les sujets politiques, le pari, la façon dont François Bayrou a joué au dé,
06:09le sort du pays, et les sujets de préoccupation des Français au quotidien.
06:13Mais bien sûr, et ils ont le sentiment effectivement que cette crise se rajoute
06:16de manière parfaitement évitable.
06:18On est vraiment sur cette décision, un peu comme on l'a été, je crois d'ailleurs,
06:21sur la décision de dissolution,
06:23sur des décisions où on ne sait pas qu'on soit d'accord ou pas d'accord,
06:27c'est qu'on ne comprend pas quel était l'objectif de François Bayrou dans cette affaire.
06:33Ça s'adresse aux Français, mais ce sont effectivement les députés qui vont voter.
06:38La pédagogie, il l'a fait sur la dette, mais pour paraphraser le général Legault,
06:42il ne suffit pas de sauter comme un cabri sur sa chaise en disant
06:44la dette, la dette, la dette.
06:45Tout ça ne mène nulle part.
06:47On a vraiment besoin d'avoir une pédagogie sur les solutions
06:50à essayer d'apporter à ce sujet.
06:53Et là encore, il y a eu peu de propositions.
06:55Jérôme Jaffray, on va vous demander d'être dans un rôle très difficile,
06:59d'essayer d'anticiper ce qui peut advenir,
07:02puisque se pose désormais la question, quand François Bayrou sera tombé ce soir,
07:06non seulement du « qui » à Matignon, et pour faire quoi ?
07:11Que va-t-il se passer ce soir, Jérôme Jaffray ?
07:13Ce soir, François Bayrou sera renversé
07:16et il est chargé ensuite d'expédier les affaires courantes
07:19jusqu'à ce qu'un nouveau Premier ministre ou une nouvelle Première ministre soit nommée.
07:23Le problème, c'est évidemment pour Emmanuel Macron
07:26que François Bayrou avait convaincu de le nommer à Matignon
07:29en disant qu'il le protégerait.
07:31C'est qu'Emmanuel Macron est mis en première ligne dans cette affaire
07:34et que la question de la démission forcée d'Emmanuel Macron se pose.
07:39Donc, réfléchissons du point de vue d'Emmanuel Macron,
07:42il a une hiérarchie.
07:43Ceux qui réclament sa démission,
07:45évidemment, aucune entente n'est possible avec eux.
07:47Ceux qui veulent la dissolution,
07:49alors là, c'est LFI qui veut tout de suite aller à la présidentielle
07:53et même pas de dissolution.
07:55Ceux qui réclament la dissolution,
07:57qui aboutirait ensuite à la démission forcée du président ?
08:00C'est le Rassemblement National, pour parler clair.
08:03Et ensuite, il y a ceux qui ne réclament ni dissolution ni démission.
08:07Cela intéresse énormément Emmanuel Macron
08:09parce que ça permet de créer les conditions éventuelles
08:13d'un front de stabilité politique
08:15et ça va des Républicains au Parti Socialiste.
08:19Mais le problème derrière,
08:21c'est que le paysage politique a énormément bougé
08:23dans ces 15 derniers jours,
08:25grâce ou à cause de François Bayrou.
08:27D'une part, le Bloc Central est en train de s'écrouler
08:30dans l'opinion publique pour ses leaders.
08:33Et s'il y avait des législatives,
08:35le Bloc Central Macroniste pèserait environ 15% des voix.
08:38Oui, en baisse de 3 ou 4 points par rapport à il y a un an.
08:40Vous êtes gentil.
08:4132% en 2017, 26% en 2022, 20% en 2024
08:46et 15% dans les sondages d'aujourd'hui.
08:48Voilà le bilan.
08:49C'est bien par rapport à il y a un an.
08:50Voilà le bilan.
08:51Donc, deuxièmement, les Républicains,
08:54LR est en division absolue.
08:56Je parle sous le contrôle de Boris Ravignon,
08:58qui était LR il y a quelques années,
09:00en division absolue.
09:01Et pas seulement de guerre picro-colline entre Wauquiez et Retailleau,
09:05mais maintenant de guerre de ligne politique.
09:07Une partie de LR, menée par Wauquiez,
09:09regarde clairement du côté du Rassemblement national.
09:12Et le Parti Socialiste, enfin,
09:14lui, s'est complètement distingué du reste de la gauche,
09:17et en particulier de la France insoumise,
09:19en réclamant son accès à Matignon,
09:22en ne pesant que 66 députés sur 577.
09:25Mais c'est un virage réformiste qui change également la donne politique.
09:30Donc, le Président doit regarder tout ça.
09:32Le plus probable, dans l'affaire,
09:34et on prend des risques, mais c'est ça qui est amusant,
09:36c'est que je ne vois pas LR rester au gouvernement en tant que tel,
09:39et en tout cas pour ses grands leaders.
09:42Et donc, leur bilan, c'est qu'on va réduire encore la base ministérielle
09:47qui sera nommée, puisque les socialistes n'accepteront pas d'y aller,
09:50et sauf s'ils ont Matignon, ils ne l'auront pas.
09:52Et donc, c'est un bloc central réduit à pas grand-chose
09:55qui va continuer de diriger le pays.
09:57Ça ne va pas être terrible.
09:59Compliqué la perspective, hein, d'attacher la polonie.
10:02Oui, mais ça découle de ce que je vous disais,
10:05à savoir la question de la démocratie minoritaire.
10:07Jérôme Jaffray dit, le bloc central, les macronistes, 32% en 2017.
10:12C'est gentil, déjà, parce que c'était des votants.
10:17La question, c'est sur l'ensemble du pays.
10:19Ce courant-là représente combien ?
10:21Et quelle politique a été menée ?
10:23À savoir, une politique qui faisait comme si ce courant-là était majoritaire
10:28et qui rejetait dans les oppositions,
10:31et sans jamais faire de compromis, quiconque n'était pas d'accord.
10:35Mais tout ça vient, en fait, de très loin, cette démocratie minoritaire.
10:40C'est-à-dire que, petit à petit, on a des systèmes qui ont été mis en place,
10:44qui ont contourné la volonté des citoyens.
10:47Pourquoi ? Parce que la dérégulation, qui était le grand mouvement général des pays occidentaux,
10:53s'est imposée et il s'agissait de ne surtout pas demander aux citoyens ce qu'ils en pensaient.
10:58Donc, les citoyens ont exprimé leur colère par différents moyens,
11:02souvent des votes contestataires, qui sont devenus de plus en plus importants.
11:06Ça a donné, ici, Trump, là, le Brexit.
11:09En France, le vote Rassemblement National et surtout, j'y insiste, une forme de sécession,
11:14c'est-à-dire le fait que de plus en plus de citoyens ne votent plus,
11:17et ce sont les plus pauvres, c'est-à-dire qu'on a réinventé le suffrage censitaire.
11:21Tant qu'on ne met pas en place une offre politique majoritaire,
11:25c'est-à-dire qu'ils tiennent compte de tout ce que vient de dire Boris Ravignon,
11:28c'est-à-dire la demande de justice sociale, c'est-à-dire la demande de services publics,
11:31la lutte contre l'optimisation fiscale, parce que qu'est-ce qui vide l'État de son pouvoir d'agir ?
11:36C'est le fait que les grands groupes industriels, les grandes multinationales, peuvent échapper à l'impôt.
11:43Pourquoi ? Parce que de toute façon, il suffit de se domicilier aux Pays-Bas.
11:46Les règles européennes font qu'on peut parfaitement ne rien payer.
11:47Mais pardon, Natacha Polony, mais tout cela ne peut advenir qu'à l'occasion d'un débat présidentiel.
11:51Donc, au fond, ce que vous êtes en train de dire, c'est que si l'élection présidentielle a lieu en 2027,
11:56il ne se passera rien et on vivra dans la même situation pendant encore un an et demi.
11:59En attendant, il faut de la responsabilité, c'est-à-dire que la France a besoin d'un budget,
12:04mais d'un budget qui tienne compte, justement, des forces en présence et des volontés des uns et des autres.
12:09C'est-à-dire que François Bayrou a insisté sur les 44 milliards.
12:13Mais pardon, insister sur les 44 milliards, c'était se couper volontairement des socialistes,
12:18donc ne pas faire passer ce budget.
12:20Il y a une trajectoire européenne qui demande à la France de faire 120 milliards d'économies sur 5 ans.
12:25Ça fait 20 milliards par an.
12:27Peut-être qu'on pouvait discuter sur ce genre de base, aller le plus loin possible.
12:31Je vous dirais une chose, je pense que la situation économique de la France est à la fois moins urgente
12:36que 44 milliards absolument cette année en rognant deux jours fériés,
12:42mais beaucoup plus profondément grave que ce que disent les politiques et François Bayrou lui-même.
12:47Alors, il y a la question qui et il y a la question pourquoi faire.
12:51L'équation budgétaire reste la même entre hier et demain.
12:54Des milliards d'euros d'économies à faire, combien là-dessus les avis divergent.
12:59Les socialistes mettent sur la table un contre-budget avec hausse de la fiscalité sur les hauts patrimoines et les entreprises.
13:05Marine Le Pen formule quatre lignes rouges.
13:07Les macronistes ne sont pas prêts à renier les huit années d'héritage politique et fiscal du président.
13:13Boris Ravignon, comment imaginer une seconde qu'un futur Premier ministre, quel qu'il soit, puisse réussir à marier de tels contraires ?
13:25Alors, c'est effectivement difficile d'imaginer que sur ces propositions-là, il puisse y avoir un accord.
13:29En tout cas, il y a un accord qui remporte à l'Assemblée nationale 290 députés,
13:34puisque c'est ce qu'il faudrait pour avoir simplement une majorité capable de survivre à un vote de censure sur le prochain budget.
13:41Mais moi, je voudrais qu'on reprenne un tout petit peu face à un pas de côté.
13:46Pourquoi est-ce qu'on en est là aujourd'hui ? Quelle est la crise qu'il y a finalement derrière ?
13:49Je l'évoquais déjà un peu tout à l'heure sur la sécurité.
13:51On a une vraie crise de l'État aujourd'hui, sur toutes nos politiques publiques.
13:55On y consacre, et c'est pour ça qu'on est ici, parce qu'on a des dépenses, un niveau de dépense publique extrêmement élevé.
14:02On consacre donc des moyens importants à ces politiques publiques.
14:05Il y a là encore, je crois, 5 millions de fonctionnaires dans notre pays qui ne font pas tous n'importe quoi,
14:10qui essaient aussi de faire de leur mieux.
14:12Et pour autant, on a des résultats qui sont misérables dans un certain nombre de domaines.
14:16Et quand je dis misérables, vraiment, en matière d'éducation par exemple,
14:19on voit avec les classements PISA, on voit la France dégrader et descendre très très régulièrement.
14:24Mais la politique du logement est un drame pour notre pays.
14:27La politique de la santé également.
14:29La sécurité, j'en parlais.
14:30Bref, il y a un vrai sujet de réforme.
14:33Et donc, je crois que si on est simplement à discuter de
14:35est-ce qu'on augmente un tout petit peu la taxation sur telle ou telle catégorie,
14:40en dressant naturellement les gens contre les autres,
14:42on ne va vraiment pas trouver une solution.
14:43On passe à côté du sujet quand on parle de taxes Zuckmann,
14:48question de l'équité fiscale qui pourtant revient dans les revendications d'un certain nombre de Français.
14:51C'est un sujet.
14:53Sauf que la taxe Zuckmann, si vous la mettez en place simplement dans notre pays, la France,
14:56on sait ce qui va se passer.
14:58On sait que ce type de décision, moi, j'y souscris plutôt,
15:03mais à ce moment-là, dans un cadre au moins européen, si ce n'est international.
15:07Sinon, ça n'a aucun sens et on va faire passer.
15:09Mais je pense vraiment que moi, le point que je voulais faire,
15:12c'est qu'il nous faut en fait avoir une vraie proposition de réforme structurelle
15:16et notamment, à mon sens, de décentralisation.
15:19L'État aujourd'hui veut tout faire.
15:21Il fait tout mal.
15:22Tout le monde s'occupe de tout.
15:23Plus personne ne s'y retrouve dans l'organisation institutionnelle.
15:25Cela nous coûte très très cher.
15:27Je l'ai documenté d'assez près, puisqu'on a chiffré,
15:30on est au moins à 7,5 milliards de dépenses parfaitement inutiles,
15:33de coûts de coordination entre l'État, les différentes collectivités.
15:37Donc, il y a vraiment, je crois, aujourd'hui à proposer,
15:39et c'est peut-être une base sur laquelle il serait plus facile
15:42d'essayer de réunir un groupe de députés significatifs,
15:45de réformes de notre pays.
15:47C'est-à-dire que c'est précisément, parce qu'on est dans un moment difficile et tendu,
15:50qu'il faut justement regarder loin, viser loin, viser haut
15:52et viser dans une réforme structurelle.
15:54Jérôme Jaffray, toujours pour essayer de comprendre le moment que l'on vit,
15:58Jean-Luc Mélenchon, à ce micro, il y a quelques jours,
16:00disait que la France était à la fois en 1788 et en 1957,
16:04c'est-à-dire dans un moment pré-révolutionnaire
16:06et un moment d'épuisement institutionnel.
16:08Est-ce que la France d'aujourd'hui ressemble à la France de la fin de la 4e République,
16:12avec des institutions bloquées, des crises qui se multiplient ?
16:16La perspective, après-demain, du mouvement du 10 septembre, bloquons tout.
16:21Est-ce que cette coagulation peut aboutir à une crise institutionnelle, voire crise de régime ?
16:26Ce qui est vrai, si vous voulez, c'est qu'il y a un blocage politique de première grandeur
16:31et que la promesse de la 5e République n'est plus tenue sur le plan politique par rapport au pays.
16:37Quelle est la promesse de la 5e République ?
16:39C'est qu'il n'y a pas de distance entre le vote des Français et la gouvernance du pays.
16:44C'est que ceux qui gagnent des élections dirigent le pays,
16:48la possibilité de le faire, la stabilité politique, la capacité de régler les problèmes.
16:53Or ça, c'est cassé.
16:55C'est cassé parce que c'est ceux qui ont perdu les élections, pensent les Français, qui dirigent le pays.
17:01C'est vrai qu'en réalité, personne ne les a vraiment gagnés,
17:03mais nous avons une incapacité à construire les compromis dont parle Boris Ravignon
17:07et que souhaiterait également Natacha Polonier pour arriver à trouver des solutions par rapport à ça.
17:13Par exemple, l'échec de François Bayrou, le principal échec,
17:17c'est quand il essayait d'expliquer désespérément que la dette, ce sont tous les Français qui l'ont faite.
17:23Parce que ça, pour les Français, non.
17:25La dette, c'est d'abord la gabegie, le mauvais fonctionnement, la mauvaise administration du pays.
17:30Ce n'est pas eux dont les vies sont difficiles et qui ont du mal à s'en sortir.
17:34C'est le sentiment d'injustice dont parle Natacha, très justement,
17:37parce que vous ne pouvez pas annoncer un programme d'effort si vous ne mettez pas au début un effort de justice
17:42vers ceux qui ont la possibilité davantage de le faire.
17:46Donc nous avons, et c'est ça qui est le plus inquiétant, une montée générale d'attitudes négatives.
17:51Le mouvement Bloquons-Tout de mercredi prochain,
17:55ce mouvement, c'est François Bayrou qui en a été le chef en réalité,
17:58parce que le blocage politique, d'abord, c'est lui.
18:00Et s'il a choisi la session extraordinaire le 8 septembre pour tomber,
18:04c'est avant le 10 septembre.
18:06Et ça n'est évidemment pas un hasard.
18:08C'est pour expliquer que ce mouvement n'est plus dirigé contre lui,
18:11puisque normalement un puissant mouvement de protestation demande le départ du gouvernement.
18:16Et là, nous créons un précédent absolument extraordinaire,
18:19qui est que donc un mouvement social est fait pour faire tomber un gouvernement,
18:22mais que le gouvernement décide de partir avant le mouvement social.
18:25« Bloquons-Tout », ça devient la devise du pays.
18:27Et vous pensez que c'est un puissant mouvement social ?
18:30Alors, entendons-nous, c'est un mouvement de protestation et d'attitudes négatives.
18:36En ce sens, c'est ça dont il faut sortir en France.
18:41C'est sortir des attitudes négatives.
18:43Dominique de Villepin, qui vient parfois à votre micro,
18:46publiant un livre « Le pouvoir de dire non »,
18:48qui renvoie évidemment à son célèbre discours.
18:51Au « Non à la guerre des rangs ».
18:51Mais le pouvoir de dire non.
18:52Mais nous aimerions le pouvoir de dire oui.
18:54Les attitudes positives.
18:56Et mon sujet d'inquiétude par rapport à ce que disait Benjamin Duhamel il y a un instant,
19:00c'est que la présidentielle de 2027 ne permet pas en réalité de poser le grand débat que vous souhaitez
19:06et de régler clairement les problèmes du pays.
19:08Boris Ravignon, je rappelle que vous êtes maire de Charleville-Mézières,
19:12que vous avez notamment vu en 2018 croître le mouvement des Gilets jaunes.
19:18Qu'est-ce que vous voyez là dans votre commune quant au mouvement du 10 septembre ?
19:22Ce mouvement dont le mot d'ordre est « Bloquons tout ».
19:24Est-ce que vous voyez des Français qui sont en train de s'organiser,
19:27qui s'apprêtent à bloquer ?
19:29Ou est-ce que c'est seulement un mouvement social noyauté par la gauche et l'extrême-gauche ?
19:34Non, ça va au-delà. On a effectivement, depuis d'ailleurs, ça a d'ailleurs commencé comme ça,
19:38sur les réseaux sociaux, on a d'abord eu des gens, je crois, assez peu affiliés à des partis politiques
19:42et qui expriment simplement cette colère, ce désarroi, ce sentiment d'abandon qu'on évoquait au début de notre échange
19:50et qui, effectivement, voient peut-être, justement, avec un peu de circonspection,
19:55un parti politique ou un certain nombre de syndicats a essayé de récupérer la mobilisation.
19:59Donc, je me demande si, finalement, l'investissement qui est celui, aujourd'hui, d'Elefi, extrêmement fort,
20:04ils ont distribué des tracts tout le week-end sur les marchés pour inviter à participer au pot de départ de Beyrou
20:10et à la journée du 10, et pas justement en train, peut-être, de faire fuir une partie des gens
20:16qui auraient pu se mobiliser socialement, spontanément, simplement parce qu'ils se sentaient concernés.
20:21Donc, des capteurs que vous avez, vous ne vous attendez pas à un mouvement social d'ampleur dans deux jours ?
20:25Je pense qu'il y aura du monde, effectivement, qui sera extra-mobilisé.
20:28Est-ce qu'il sera aussi important que les Gilets jaunes ? Je pose la question.
20:32En 2018, il y avait une mesure qui était l'augmentation de la fiscalité sur le diesel
20:36qui encourageait les gens à se mobiliser pour dire non, effectivement, comme Jérôme Jaffray le disait tout de suite.
20:41Aujourd'hui, on est vraiment dans un sentiment d'exaspération.
20:44Et est-ce que ça va les amener à être aussi nombreux dans la rue ? C'est encore une interrogation.
20:48Sur la question du 10 septembre, Natacha Polony, j'ajoute la question de Gilles.
20:54Est-ce que la situation actuelle peut déboucher sur un mai 68 et sur l'application Radio France ?
21:00Alors, je crois qu'il faut éviter de comparer avec mai 68 qui n'a rigoureusement rien à voir en termes de santé du pays.
21:09Les institutions étaient solides, l'économie fonctionnait.
21:12On n'en est absolument pas là.
21:14Là où Boris Ravignon a raison, c'est que le fait que les Insoumis aient tenté de capter ce mouvement,
21:21finalement, lui ôte de sa force alors même qu'il est soutenu, et il est soutenu, les enquêtes d'opinion le disent,
21:27par une majorité de Français.
21:29Pourquoi ? Parce qu'il est dans la continuité de cette colère, de cette impression de dépossession qu'ont les Français
21:34et qui ne se résoudra pas par des compromis.
21:37Ce que je disais tout à l'heure, ce n'était pas qu'il faut des compromis entre partis politiques.
21:42Ça, ça règle momentanément les choses.
21:45La seule chose qui peut régler la situation, c'est un débouché politique par une politique qui soit majoritaire dans le pays.
21:52Et pour ça, il faut regarder...
21:56Là, on est encore dans le court terme.
21:58Je pense qu'Emmanuel Macron risque de ne pas avoir le choix, tout simplement.
22:02Mais la question...
22:03Pas avoir le choix de dissoudre.
22:04De dissoudre, s'il continue à avoir des premiers ministres qui n'arrivent pas à obtenir ce compromis entre partis.
22:10Mais ce n'est pas ça qu'attendent les Français.
22:12Ce qu'ils attendent, c'est avant tout que le pays respecte la souveraineté des citoyens, c'est-à-dire la capacité à décider librement de son destin.
22:19Pour ça, il faut en avoir les armes.
22:21En effet, il faut que l'État joue son rôle.
22:23Pour ça, il faut que l'État soit puissant et donc qu'il engrange des richesses.
22:28Ce qui manquait dans le budget de François Bayrou comme dans celui de Michel Barnier, c'est la question de la production.
22:34Nous ne sommes pas un pays qui dépense trop, nous sommes un pays qui ne gagne pas assez parce qu'il ne produit plus rien.
22:39Parce que nos élites ont laissé désindustrialiser, détruire l'agriculture.
22:44Donc une politique de production, ça peut se faire même dans la situation actuelle.
22:49Et à partir de là, méritocratie, justice sociale.
22:52Et là, je pense que les citoyens sont d'accord avec ce programme-là.
22:56Merci Natacha Polony, merci également à Boris Ravignon, maire d'Hiverdroite de Charleville-Mézières.
23:04Merci beaucoup à Jérôme Jaffray, politologue, directeur du CECOP.
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