00:00Bonjour Wilfried, directeur général adjoint de Montpensier, Arbevel.
00:03Je commence avec les actualités de la nuit, le ton qui monte.
00:07Le président américain qui menace l'OTAN d'un avenir très mauvais,
00:10qui remet en cause sa visite en Chine, qui menace les Britanniques de se souvenir de leur comportement.
00:15Tout ça parce que personne n'a envie d'aller sécuriser le détroit d'Hormuz à la place des Américains.
00:21Ça n'a pas fait monter tant que ça le pétrole.
00:23Moi je m'attendais ce matin à ce que ça bouge beaucoup.
00:25Moi aussi.
00:26On est resté autour de 104.
00:27Oui, en fait ce qu'on voit c'est que les marchés font un équilibre entre effectivement une tension qui
00:32est toujours très présente
00:32et on est très très loin d'avoir un trafic normal au sein du détroit d'Hormuz,
00:36mais d'autres nouvelles en parallèle qui montrent que quand vous êtes indien ou chinois, vous avez des laissés-passer.
00:42Et donc vous avez quand même du pétrole qui a destination de cette région extrêmement importante pour l'économie mondiale
00:47qui est l'Asie,
00:48qui continue à passer. Vous avez fait des reportages dessus ce matin.
00:52Et donc c'était quand même une des craintes très fortes des marchés que cette zone soit progressivement étranglée par
00:58l'arrêt des flux en provenance du Moyen-Orient.
01:00Ça ne semble pas être, en tout cas aujourd'hui, ça ne semble pas être le cas.
01:03Et donc on se dit que les prix aujourd'hui donnés au marché du pétrole sont quand même des prix
01:07très élevés par rapport à là où on vient,
01:10sont à peu près les bons.
01:11Attention quand même, ça peut bouger très vite, en particulier autour de cette fameuse île de Cargue qui permet justement
01:18les exportations vers l'Asie.
01:20Si les infrastructures pétrolières sont touchées à ce moment-là, c'est là où on a un certain nombre de
01:25scénarios.
01:25Quand on regarde les marchés dérivés, on a des scénarios qui montrent qu'on a peut-être 10% de
01:32chance pour qu'on ait véritablement une crise extrêmement structurelle
01:35sur ces éléments d'infrastructures.
01:38Ce n'est pas le cas, donc aujourd'hui, on se dit qu'on a à peu près les bons
01:41prix sur le marché du pétrole.
01:42Mais quand même, notre correspondante nous racontait qu'il y a la queue aux stations-service,
01:45qu'on prend sa voiture une fois sur deux dans un certain nombre de pays, un jour sur deux dans
01:49un certain nombre de pays d'Asie,
01:50et puis on a le Japon qui met ses barils de sa réserve stratégique sur le marché.
01:56Quand vous voyez le comportement en Europe où on n'est absolument pas concerné par une quelconque pénurie,
02:03où en fait on a quand même plus de fréquentation des stations-service,
02:06on est complètement dans cette fameuse logique financière que je vous rappelais parfois avec un peu d'ironie.
02:13Don't panic, but if you panic, panic first.
02:15Ne paniquez pas, mais si vous paniquez, surtout paniquez le premier.
02:18Et donc on a effectivement des comportements de précaution qui aggravent potentiellement des tensions.
02:24Et donc c'est ce qu'on voit effectivement en Asie qui est en première ligne,
02:26mais on voit quand même qu'on a des capacités de répondre au moins à court terme.
02:31Mais effectivement, quand on est très dépendant du pétrole,
02:34quand on se dit qu'on est capable de répondre à court terme,
02:36on se dit que je vais préparer le moyen terme en faisant de la précaution à court terme.
02:40C'est ce qu'on voit effectivement en Asie.
02:42Grosse, grosse semaine de banque centrale à venir.
02:44Ah oui, oui.
02:45Tout le monde y va là.
02:45Ah oui, quasiment toutes les banques centrales,
02:49depuis l'Australie, la Banque d'Angleterre, évidemment, la BCE, la Fed,
02:54tout le monde est mobilisé.
02:55Pas de hausse des taux à attendre là, peut-être en Australie, mais bon.
02:58Oui, mais à part ça, effectivement, je pense qu'on va rester extrêmement prudents.
03:02La question fondamentale quand même, c'est comment est-ce qu'on va gérer
03:06les demandes de réassurance sur la liquidité, la liquidité mondiale,
03:11le souci qu'on commence à avoir quand même sur les marchés autour de cette histoire de crédit privé
03:16qui inquiète quand même, même si les montants ne sont pas considérables.
03:20On en fait trop ou on s'inquiète à juste titre ?
03:22En fait, on s'inquiète réellement parce qu'il y a un sujet,
03:26mais on en fait trop quand on le compare à la prise des subprimes.
03:29Ce qui est important dans le crédit privé, ce n'est pas le montant du crédit privé,
03:31parce que si vous avez un problème dans vos fonds de crédit privé,
03:34malheureusement pour eux, ce sont les porteurs qui vont effectivement payer le prix.
03:38En revanche, ce qu'il faut regarder, c'est le montant des prêts bancaires
03:43au secteur du crédit privé, pour financer des fonds,
03:46pour financer des produits structurés, des CLO, etc.
03:48Et là, effectivement, on est sur un montant global d'à peu près 300 milliards de dollars.
03:53Juste pour vous donner une comparaison,
03:55le montant des crédits hypothécaires américains, c'est 13 000 milliards de dollars.
04:00Donc, on est à peu près 40 fois moins en termes de volume.
04:04Ça ne veut pas dire que c'est un non-sujet,
04:06parce qu'on sait que parfois les crises commencent par des petits sujets.
04:09Je me souviens de la crise grecque où on disait
04:11que c'est quand même 2% du PIB de l'Union Européenne.
04:14On ne va quand même pas s'inquiéter pour ça.
04:16Donc, ça peut être un sujet, mais on n'est pas du tout dans la même ampleur
04:20et dans le même côté immédiatement systémique,
04:22avec un impact en plus direct sur l'économie,
04:24que peuvent l'être les crédits hypothécaires américains.
04:27C'est quelque chose à suivre, en particulier par les effets de bord sur les banques.
04:32Et on voit d'ailleurs que sur les marchés,
04:34les banques américaines qui se portaient très bien,
04:37on a quand même une correction assez sensible depuis quelques jours.
04:39Mais est-ce qu'il y a un verre dans le fruit, dans le fonctionnement ?
04:41Parce que quand Jamie Dimon parle de cafard, il dit qu'il y a un cafard,
04:43il y en a peut-être d'autres. Est-ce qu'il y a un problème de fonctionnement
04:46sur le crédit privé, ou c'est juste une panique qui fait qu'il y a une sorte de bank
04:50run,
04:50même si ce n'est pas le bon terme, de gens qui demandent des retraites
04:53tous en même temps ?
04:53En fait, le problème du crédit privé, c'est qu'on a effectivement,
04:56au fur et à mesure du succès de ce crédit privé,
04:59on a commencé à mélanger les genres.
05:00C'est-à-dire qu'en fait, on est parti d'un quelque chose d'assez pur.
05:03C'est-à-dire, vous demandez à des institutions ou des particuliers fortunés
05:07de financer via de la dette, en contrepartie d'une mauvaise liquidité,
05:13une liquidité extrêmement faible, vous avez un prix supplémentaire
05:16qui vous est donné, l'équivalent du private equity,
05:18mais pour la partie dette, donc aucun problème.
05:21Et puis, vous avez commencé effectivement à mettre des couches supplémentaires,
05:26bancaires, où vous avez créé des produits structurés,
05:28vous avez créé des fonds qui financent...
05:31Mais ça reste petit.
05:32C'est-à-dire que, c'est pour ça que je rappelais les chiffres,
05:35300 milliards contre 13 000 milliards.
05:37Donc, effectivement, c'est un sujet,
05:39parce que vous ne pouvez pas dire que 300 milliards, c'est rien.
05:42Et effectivement, ça se voit dans les comptes,
05:43donc il va falloir quand même surveiller ça.
05:45Mais jusqu'à présent, en tout cas,
05:47on ne voit pas d'effet, en fait, effectivement,
05:50de système, donc d'effet d'enchaînement
05:51qui pourrait conduire à une crise.
05:54Néanmoins, quand on a ça,
05:55plus ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient,
05:57qui fait une tension sur les marchés obligataires,
06:00qui fait une tension sur, globalement,
06:01le financement de l'économie mondiale,
06:02on attend les banques centrales sur ce sujet-là,
06:05pour dire, si jamais il y a un sujet,
06:06en particulier les banques, on sera là.
06:08Plus que sur les taux d'intérêt, on sera là.
06:09Le danger pour les banques centrales,
06:11une fois de plus,
06:12c'est d'être hyper préparés à la crise d'avant.
06:14Donc là, quand j'écoute...
06:17C'est l'inflation, ce n'est pas le sujet, vous dites.
06:19En tout cas, on n'est pas en 2022,
06:21ce n'est pas le même sujet.
06:22Et donc, on commence à avoir des commentaires de banquiers centraux
06:25en disant, on s'est fait avoir en 2022,
06:27là, on a tout le playbook, c'est bon,
06:29on sait comment faire, il n'y aura pas de problème.
06:31Or, évidemment, ça viendra d'ailleurs,
06:32et il faut regarder, effectivement,
06:34le détail dans les bilans, dans les réserves bancaires,
06:36comment est-ce qu'on gère cette réassurance
06:38pour ne pas, justement, déstabiliser
06:39des pas entiers du marché financier.
06:41Merci beaucoup, Wilfried Galland,
06:42on est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
06:44Merci beaucoup, Wilfried Galland.
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