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  • il y a 14 minutes
Ce vendredi 13 mars, Raphaël Gallardo, chef économiste chez Carmignac, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est penché sur la question de la stratégie de Donald Trump en Iran : comment peut-il se sortir de ce bourbier ? Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Quelle est la stratégie de Donald Trump en Iran ?
00:02Comment peut-il se sortir du bourbier de la guerre,
00:05en changeant peut-être les buts de guerre ?
00:06Aujourd'hui, on parle plus du focus sur l'uranium et de la bombe nucléaire
00:09que le changement de régime.
00:10Notre invité pour en parler, c'est Raphaël Gallardo.
00:12Bonjour, vous êtes chef économiste chez Carminia.
00:15Qu'est-ce que vous sentez, un changement de stratégie de Donald Trump
00:19entre il y a 15 jours et aujourd'hui ?
00:22Bonjour Laure.
00:23Pas vraiment.
00:24On est toujours dans une guerre avec des objectifs extrêmement flous.
00:28Ça fluctue dans une même journée.
00:32On a Trump qui va se contredire lui-même
00:33et puis surtout son administration qui se contredit.
00:37Par contre, ce qui est très clair, c'est qu'ils sont en train de paniquer
00:39sur les impacts économiques.
00:41Est-ce que ça peut changer pour les élections à venir ?
00:46Notamment, on le voit maintenant sur les marchés des paris en ligne.
00:49En gros, on a à peu près une chance de 47%,
00:52une probabilité de 47% que les démocrates capturent également le Sénat.
00:56Donc ça, ça veut dire que Trump, qui a déjà perdu son joujou préféré,
01:00qui était l'instrument des droits de douane,
01:02que lui supprimait la Cour suprême,
01:04il n'aurait plus de majorité dans aucune chambre,
01:06ce qui fait qu'il pourrait y avoir des procédures d'impeachment
01:09contre lui, sa famille, des membres de l'administration.
01:12Alors, la chance que ça passe au Sénat serait faible,
01:15mais je pense que ça peut vraiment faire de lui, en fait,
01:19un président canard boiteux.
01:22Donc il a un vrai problème politique.
01:23On entend de plus en plus monter quand même sur les mid-termes.
01:26Parfois, certains qui se disent,
01:27il va même peut-être aller jusqu'à ne pas faire d'élection
01:30en disant que la situation est trop grave.
01:32On entend qu'il cherche à réorganiser la manière
01:35dont les Américains vont voter.
01:36C'est quoi votre analyse à vous ?
01:38C'est ça qui fait peur.
01:40C'est-à-dire qu'on n'a pas envie de se dire
01:43que cette idée qui peut suspendre les élections
01:45ou les manipuler avec ce qui s'appelle le Save America Act,
01:49mais en même temps, on se dit, effectivement, il va dans le mur
01:53et pour l'instant, d'un point de vue économique,
01:56rien n'est fait vraiment pour changer cette optique.
01:59C'est-à-dire que Donald Trump, c'est quelqu'un
02:00qui a fait sa carrière politique sur l'isolationnisme,
02:04l'opposition à la famille Bush,
02:06il faut se souvenir des primaires de 2016
02:08où dans le débat, il s'était imposé face à Jeb Bush
02:10en disant, vous, c'est votre famille qui nous a mis
02:13dans des guerres sans fin, sans aucun but précis.
02:18Et puis, là où il avait détruit le bilan de Biden,
02:22c'était sur affordabilities, donc le coût de la vie.
02:25Et là, en fait, il est en train de faire les deux en même temps.
02:28Et pour l'instant, il n'y a pas vraiment de mesures efficaces
02:32pour limiter le coût de la vie.
02:34Et il n'est pas vraiment...
02:36Il n'est pas en train de reprendre en main sa majorité
02:38parce que le problème, c'est que sa majorité à la Chambre,
02:40elle est très faible.
02:41Et au sein de cette majorité,
02:44il y a beaucoup de faucons budgétaires,
02:46c'est-à-dire des républicains qui, traditionnellement,
02:48sont opposés à augmenter les dépenses.
02:50Donc là, au contraire, il faudrait mettre en place
02:51une espèce de bouclier énergétique
02:54pour les ménages américains.
02:55Il n'en est pas question.
02:57Et juste avant cette guerre,
02:59il y a eu cette espèce de trahison
03:00qu'ils ont faite à la classe moyenne
03:02en laissant expirer les subventions
03:05à l'assurance maladie qui dataient d'Obama.
03:07Et ça, c'est tout simplement
03:08parce que ça porte le nom d'Obama
03:10et donc c'est forcément l'intéchrist pour Trump.
03:12Mais c'était quelque chose de catastrophique.
03:13Donc entre l'inflation des frais de santé,
03:16l'inflation des frais énergétiques
03:18et la vision d'une Amérique
03:20qui s'engage de nouveau dans une guerre sanglante
03:23sans avoir de but précis,
03:25ça détruit complètement
03:28tout l'argumentaire politique.
03:29Et quand il dit aux consommateurs américains
03:31ça vaut le coup,
03:32quelques centimes de plus à la pompe,
03:33même si ça commence à être beaucoup,
03:35parce qu'il y a une menace nucléaire
03:38et que c'est beaucoup plus grave
03:39que quelques centimes à la pompe,
03:40ça passe ou ça ne passe pas chez les Américains ?
03:42Je pense que ça ne passe pas
03:43parce que c'est quoi la crédibilité
03:46de cet argumentaire homogène ?
03:49Trump a dit
03:50qu'on a oblitéré
03:51les capacités nucléaires de l'Iran.
03:54Pourquoi il faut se lancer dans une guerre
03:56six mois plus tard ?
03:57Ça n'a aucun sens.
03:58Donc, il a raison de dire
04:00qu'un Iran nucléaire
04:01c'est un danger pour le monde, etc.
04:03Mais voilà, il a besoin
04:05de la cohérence de son discours politique
04:07et complètement détruite.
04:09Comment vous voyez du coup
04:10l'économie américaine ?
04:11On a eu des signaux.
04:12Alors, en fin d'année,
04:12on avait l'impression que sur l'emploi
04:14finalement ça allait,
04:15que l'inflation ne repartait pas.
04:17Et puis là, on a eu ces chiffres
04:18sur l'emploi américain en février
04:19qui étaient très mauvais
04:20avec des destructions de postes.
04:22On parle maintenant potentiellement
04:23de hausse des taux
04:24du côté des banques centrales.
04:26Comment vous voyez ça ?
04:27Alors, c'est vrai que l'économie américaine
04:29était en train de se sortir
04:30d'une ornière.
04:34En fait, l'économie américaine,
04:35ce qu'il a vraiment fait souffrir
04:36en 2025, c'est toute l'incertitude
04:38de la politique commerciale de Trump
04:40qui était totalement brouillonne.
04:42Personne n'y comprenait plus rien.
04:43Au fur et à mesure que Trump a compris
04:45que c'était délétère
04:46pour le moral des entreprises
04:48et des ménages,
04:48il a commencé à adoucir son discours.
04:51Et puis, la clarté de la politique
04:53a paru petit à petit.
04:55Et donc, les entreprises
04:56se sont remises à investir
04:57et a commencé à réembaucher.
04:59Il y a eu la Cour suprême
05:00qui lui donnait, là,
05:02une porte de sortie honorable
05:03en disant « c'est pas ma faute,
05:04j'arrête les tarifs ».
05:06Et en fait, au contraire,
05:07il a refoncé, tête baissée là-dedans
05:09en disant « je vais utiliser
05:11une autre prérogative
05:13qui date d'il y a 50 ans,
05:15section 122, puis section 300, etc. »
05:17il remet une couche d'incertitude.
05:19Donc ça, c'est pas bon.
05:20Sur le marché de l'emploi,
05:22je pense qu'il ne faut pas du tout
05:23paniquer sur le chiffre de février
05:25qui n'est pas bon
05:25parce qu'en fait,
05:26celui de janvier était astronomiquement élevé,
05:29donc ça n'avait aucun sens.
05:30Donc là aussi, entre parenthèses,
05:32c'est la qualité des statistiques américaines
05:33qui s'est détériorée.
05:35Et ensuite, nous,
05:35on a toujours pensé
05:36qu'effectivement,
05:37on avait cette inflation
05:38qui est restée persistante
05:39aux États-Unis,
05:40qui est toujours...
05:41en sous-jacent,
05:42on est autour de 3%.
05:44Avec ce qui se passe
05:45sur les prix du pétrole,
05:46on va faire un pic
05:47à 4,5%.
05:48Donc effectivement,
05:49la Banque centrale américaine
05:50qui a quand même
05:51une tendance extrêmement
05:53à réagir au quart de tour
05:54sur la moindre alerte
05:55sur la croissance et l'emploi,
05:57là, le problème,
05:58c'est qu'ils doivent faire face
05:59au poids de leur histoire.
06:00C'est-à-dire, ça fait 5 ans
06:01qu'ils ratent leur cible
06:01et qu'ils disent que
06:02tous les chocs inflationnistes
06:03sont transitoires.
06:04Mais ça sert à quoi
06:05d'avoir une cible d'inflation
06:06à 2%
06:07si pendant une décennie,
06:09vous dites
06:09je ne réagis pas
06:10parce que c'est transitoire
06:11mais c'est transitoire
06:12plus transitoire
06:13plus transitoire
06:13égal permanent
06:14pendant 5 ans
06:14et ça, au bout d'un moment,
06:16ça va faire bouger
06:16les anticipations d'inflation
06:17des ménages.
06:18Et vous voyez Kevin Walsh
06:19augmenter les taux
06:20quand il va arriver ?
06:21Kevin Walsh,
06:22il va avoir un gros problème
06:23mais bon,
06:23il a voulu le job,
06:24il faut qu'il assume.
06:25Non, Walsh,
06:27en fait,
06:27de toute façon,
06:28c'est un animal politique
06:29donc lui,
06:29il poussera des baisses de taux
06:30parce que son maître
06:31le lui demande
06:31mais face à lui,
06:33la réserve fédérale,
06:34c'est une entité
06:36qui est assez démocratique
06:37où il faut faire voter
06:39le Conseil de politique monétaire
06:41et là,
06:41je pense qu'il n'aura pas les voix.
06:43Donc,
06:43c'est pour ça que
06:43le marché a dépricé
06:45les baisses de taux.
06:46Là,
06:46on presse moins
06:47d'une hausse de taux,
06:48de baisses de taux,
06:49pardon,
06:51cette année
06:51alors qu'on avait commencé
06:52l'année quasiment
06:52à 2,5-3 ans.
06:53Et pourtant,
06:53toutes les entreprises
06:54qu'on reçoit ici,
06:55hier,
06:55on était encore avec J.C. Decaux,
06:57quand ils regardent leurs chiffres
06:58sur le marché américain,
06:59ils sont excellents ?
07:01Les chiffres sont excellents.
07:03Alors,
07:03pour les grandes entreprises,
07:04oui,
07:05pour les petites entreprises,
07:06on voit que ça reste
07:07quand même très difficile.
07:08Non,
07:09ce qui est certain aux États-Unis,
07:10c'est que les marges des entreprises
07:12n'ont jamais été aussi élevées,
07:14qu'on n'a jamais vu une récession,
07:17on n'a jamais vu l'économie américaine
07:18entrer en récession
07:19quand les entreprises en agrégées
07:20ont un besoin de financement positif,
07:23c'est-à-dire,
07:23elles ont des cash flows positifs,
07:24même après avoir financé
07:27leurs investissements,
07:28même avec les investissements
07:29colossaux qui sont faits
07:30dans l'intelligence artificielle.
07:33Donc,
07:34c'est pour ça qu'on ne pense pas
07:35qu'il va y avoir une récession,
07:36par contre,
07:36que l'économie va ralentir.
07:39On tablait avant la guerre
07:40sur une croissance à 2,4.
07:42Je pense que là,
07:43on va au moins avoir un coût
07:44sur les ménages
07:45qui va enlever à peu près
07:46un demi-point de croissance,
07:47donc on sera légèrement
07:48en dessous de 2.
07:49Maintenant,
07:50les entreprises garderont
07:51du pricing power.
07:52Pourquoi ?
07:53Parce que,
07:53de toute façon,
07:54le potentiel de croissance
07:55de l'économie américaine,
07:57il a fortement baissé.
07:58avec les chiffres
07:59de l'emploi de février
07:59que vous mentionnez tout à l'heure,
08:01on a eu des révisions
08:02sur la population active.
08:03En fait,
08:03on s'aperçoit
08:04que la population active
08:05a baissé de 1 million
08:07sur 2025.
08:08Donc,
08:09la croissance potentielle
08:10ralentit.
08:11Et donc,
08:11on va avoir des tensions
08:13sur les capacités,
08:14des tensions sur l'inflation
08:15qui persistent.
08:15Merci beaucoup Raphaël Gallardo
08:17d'être venu ce matin
08:18dans la matinale de l'économie
08:19chef économiste
08:20chez Carmignac.
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