00:00Le discours de l'État de l'Union, c'était cette nuit, Donald Trump qui s'adresse en priorité et
00:04un peu comme toujours aux consommateurs américains.
00:07On va en parler avec Hermann Walskira. Bonjour, vous êtes directeur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire politique
00:12et géostratégique des États-Unis.
00:14Bon, c'était un discours assez long, avec, on n'attendait pas d'annonce, c'est pas le but, mais
00:18toujours cette vision économique.
00:20Il essaye de vendre les Trump économiques, encore une fois, elle est dans une difficulté où finalement le consommateur américain
00:26ne comprend pas très bien
00:27où sont les bénéfices de son vote Trump, et lui, il en fait la démonstration, encore une fois, cette nuit.
00:31Exactement, vous avez répondu à votre question, si je puis dire. Il vante son bilan, il vante un dynamisme, parce
00:38qu'il y a quand même quelque chose,
00:40il faut rendre à César ce qui est à César, Donald Trump a donné une leçon à tous les chefs
00:44d'État de démocratie occidentale
00:46en prouvant que lorsqu'il y avait une volonté politique de faire bouger les choses, on pouvait le faire.
00:49Il les a fait bouger, dans le mauvais sens, selon moi, mais il les a fait bouger.
00:53Donc aujourd'hui, effectivement, l'inflation est toujours là, le pouvoir d'achat ne se porte pas très bien,
00:58les Américains ne peuvent pas se payer une assurance santé, 30 millions n'en ont pas,
01:02les autres rament chaque mois pour se les payer, les loyers sont de plus en plus chers, bref, la vie
01:06est devenue inabordable,
01:07et donc il faut bien, effectivement, rassurer, et tout cela, évidemment, c'est la faute des méchants somaliens, par exemple,
01:14qui sont en train de frauder notre pays.
01:16Annalisa ?
01:17Justement, Donald Trump a une échéance en tête, c'est celle des mid-term,
01:20mais pour ça, il faut évidemment lutter contre la fraude, c'est sa priorité.
01:24Donc il a beaucoup insisté sur son projet de loi, le Save America Act,
01:28qui exigerait une preuve de citoyenneté pour pouvoir voter.
01:31Qu'est-ce que ça change ?
01:32Alors, comme vous l'avez très bien dit, Trump a en ligne de mire les élections de mi-mandat.
01:36Cette administration, car Trump, ce coup-ci, n'est pas un homme seul,
01:39rappelons-nous, il a été élu avec l'aide de l'extrême droite américaine,
01:41arrivé pour la première fois de son histoire, l'extrême droite, au pouvoir,
01:44et ces gens-là, ils sont pour rester, ils n'ont aucune envie de le lâcher.
01:48Et n'oublions pas aussi que Trump est la seule personne à avoir commis un coup d'État,
01:51tenté un coup d'État sérieux dans l'histoire des États-Unis.
01:53Bref, donc, les élections auront un parfum poutinien, ça on le sait,
01:59l'administration fait tout pour essayer de les manipuler,
02:02et ce dont vous parlez en est l'un des actes, enfin l'une des preuves.
02:10C'est-à-dire de quoi il s'agit ?
02:11Aux États-Unis, alors on est souvent un petit peu étonné en France quand on parle de cela,
02:14c'est-à-dire pourquoi les gens sont-ils étonnés que Trump demande une pièce d'identité pour aller voler
02:19les côtés ?
02:19Ça semble évident en France.
02:21Mais nous parlons d'un pays, les États-Unis, où il n'y a pas de carte d'identité nationale,
02:24ça n'existe pas.
02:26Seuls 10%, même moins des Américains, ont un passeport.
02:30Ce que vous avez comme ID, comme carte d'identité en gros aux États-Unis,
02:33c'est la plupart du temps votre permis de conduire, sur lequel n'est pas inscrit la nationalité.
02:37Parfois, il y a des cartes d'État, dans quelques États elle est inscrite,
02:42mais dans le reste du pays, à New York, etc., vous n'avez pas la nationalité.
02:46Bref, donc vous n'avez aucun moyen de prouver votre nationalité,
02:49sauf votre certificat de naissance.
02:51Et l'objectif de l'administration est donc que certaines communautés fragilisées,
02:56souvent donc issues des minorités qui votent la plupart du temps démocrates,
03:01n'arrivent pas le matin du jour du vote à remettre la main sous le certificat de naissance
03:06ou tout simplement est oublié de l'apporter avec eux au bureau de vote.
03:11Donc voilà, c'est tout simple, c'est priver une partie des électeurs de leur droit de vote.
03:14À quel point il est aujourd'hui fragilisé cette décision de la Cour suprême de vendredi
03:19qui redit qu'en gros les droits de douane c'est des impôts
03:21et que les impôts ce n'est pas le boulot du président, c'est le boulot du Congrès ?
03:25À quel point ça change quelque chose politiquement pour lui ?
03:28Écoutez, ça a été une gifle énorme vis-à-vis du peuple américain,
03:32vis-à-vis du parti républicain et vis-à-vis de la communauté internationale.
03:36Il a été renvoyé comme un mauvais écolier au coin de la classe avec le bonnet d'âne
03:40par sa propre Cour suprême.
03:42Donc Trump est furieux, c'est une gifle.
03:45Est-ce que Trump est fragilisé ?
03:46Oui, il est un petit peu fragilisé,
03:48mais il faut quand même arrêter un petit peu le déni
03:53et de voir ce que l'on souhaite voir.
03:55Ça fait plus de dix ans qu'on annonce la fin de Donald Trump.
03:57Trump, rappelez-vous, il ne devait jamais être élu en 2015,
03:59il devait terminer ses jours en prison après le 6 janvier 2021
04:03et il devait ne pas être réélu il y a un peu plus d'un an.
04:05Non, Trump est fragilisé.
04:07Oui, il a un taux de popularité de 40%,
04:10donc 60% d'Américains désapprouvent sa politique,
04:13mais c'est quand même 40% qu'ils soutiennent.
04:15George W. Bush, à la même période, c'était 73% qui s'opposait à lui.
04:20Joe Biden, à un autre moment de son mandat, c'était 60%.
04:24Il ne bat pas des records.
04:26Et 40%, c'est quand même un chiffre qui ferait rêver Emmanuel Macron
04:29ou François Hollande en son temps.
04:31Par ailleurs, quand on parle de l'impopularité de ICE,
04:35voyons les choses aussi telles qu'elles sont.
04:37Une majorité d'Américains, évidemment, déplorent les actions de ICE,
04:41mais une majorité d'Américains soutient toujours la politique anti-immigration
04:44de Donald Trump.
04:45Sans compter qu'il bénéficie quand même d'une base,
04:48la fameuse nation bagarre,
04:49surtout la France la plus fanatisée,
04:51celle du 6 janvier 2021 qu'il suivrait jusqu'en enfer,
04:53qui donc est derrière lui.
04:55Et jamais un président dans l'histoire américaine n'a bénéficié d'une telle base.
04:58Donc un président fragilisé, oui,
04:59mais pas un président à terre.
05:01Sur la question des droits de douane,
05:03il dit qu'il veut remplacer l'impôt sur le revenu,
05:06que ces rentrées d'argent permettront après aux Américains
05:09de ne plus avoir d'impôt sur le revenu.
05:10Comment va-t-il faire ?
05:11À partir du moment où désormais c'est considéré comme illégal,
05:13on a des demandes de remboursement,
05:15il y en a une de FedEx qui est tombée,
05:17qui sont colossales avec des demandes de remboursement avec intérêt.
05:19Ça sur le plan économique, ça fragilise sa stratégie quand même.
05:22Écoutez, évidemment, de toute façon c'est quand même un peu le mirage,
05:25plus d'impôt sur le revenu, c'est une promesse un peu grossière.
05:30Mais bon, d'abord les remboursements,
05:32c'est pas pour demain.
05:33Rappelez-vous que chaque État, que chaque compagnie
05:36doit attaquer sur le territoire américain
05:38le gouvernement fédéral.
05:40Donc ça va prendre des années.
05:41Mais à terme, normalement, l'argent devrait être rendu.
05:44Donc écoutez, c'est évidemment un très mauvais coup
05:46pour les États-Unis à un moment où l'économie afro-américaine
05:49est quand même fragilisée.
05:51Elle, elle l'est vraiment.
05:53Maintenant,
05:54quel est le prochain mouvement de Trump
05:56concernant cette politique de taxation ?
05:58Il est pris dans un piège.
05:59C'est-à-dire que puisqu'il a refusé d'aller vers le Congrès l'année dernière,
06:03aujourd'hui, il ne peut pas revenir
06:05pour sa politique de taxation tous azimuts
06:07vers le Congrès à quelques mois des échéances.
06:10Le Congrès ne le suivra pas.
06:11Donc il ne pourra pas revenir où il était il y a quelques jours.
06:14Maintenant, sa politique à 10 %,
06:15oui, ça, c'est légal,
06:18ça se base sur une loi de 1974,
06:20mais il n'a que 155 jours.
06:21Et dans 155 jours, pour la renouveler,
06:23sans parler que 10 %, ça arrange l'Europe,
06:25ça arrange la Chine,
06:27dans 155 jours, il devra demander
06:29l'accord du Congrès.
06:30Pas sûr qu'il l'obtienne à nouveau.
06:32Donc bref, je pense que pour cette politique de taxation,
06:34nous allons peut-être pour la première fois
06:36voir Trump aller gentiment négocier
06:39avec ses partenaires commerciaux,
06:41car il n'a pas vraiment le choix.
06:42Merci beaucoup, Romain Lascura,
06:43d'être venu ce matin dans la Massina de l'économie.
Commentaires