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  • il y a 2 heures
Alors que le marché de l'occasion est en plein boom, l'autrice Maurane Nait Mazi, dresse un état des lieux de la seconde main en France : quels sont les visages de cette économie aux multiples facettes ?

Retrouvez la « Terre au carré » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:00...
00:15Aujourd'hui, la seconde main, un modèle vraiment durable, raconté par...
00:19Moran Neitmazi, fondatrice de CMCM, le média consacré à la seconde main.
00:25...
00:26France Inter
00:30La terre au carré
00:33Mathieu Vidard
00:35Ce fut presque une des grandes dates de leur vie, ils découvrirent le marché aux puces.
00:40Des chemises Arrow ou Van Heusen, admirables à long col boutonnant, alors introuvable à Paris,
00:46mais que les comédies américaines commençaient à populariser, s'y étalaient en pagaille à côté des trench coats réputés indestructibles,
00:53de jupes, de chemisiers, de robes de soie, de vestes de peau, de mocassins, de cuir souple.
00:59Ils y allèrent chaque quinzaine, le samedi matin, pendant un an ou plus, fouillés dans les caisses, dans les étals,
01:05dans les amas, dans les cartons, dans les parapluies renversées,
01:08au milieu d'une cohue de teenagers à roue flaquette, d'algériens vendeurs de montres, de touristes américains qui sortit
01:14des yeux de verre, des huit reflets et des chevaux de bois du marché vernaison,
01:18errait un peu effaré dans le marché Malik, contemplant à côté des vieux clous, des matelas, des carcasses de machines
01:25ou des pièces détachées,
01:26l'étrange destin des surplus fatigués, de leurs plus prestigieux shirt makers.
01:32Et ils ramenaient des vêtements de toutes sortes, enveloppés dans du papier journal, des bibelots, des parapluies, des vieux pots,
01:39des sacoches ou des disques.
01:40Les choses de Georges Perec, 1965.
01:49J'ai trouvé un super petit camion, pour l'anniversaire de mon préfice, 3,50 euros, et puis c'est
01:58très bien pour la planète.
02:00Bonjour Morane Netmazi.
02:01Bonjour.
02:02Merci d'être avec nous, vous qui publiez aux éditions Périgrine, seconde main, une nouvelle économie des objets.
02:07Est-ce que le texte de Perec à l'instant et la découverte du marché opus vous racontent quelque chose
02:12de familier ?
02:12Ce texte est splendide. Il raconte les puces de Saint-Ouen, un bastion historique de la seconde main, un lieu
02:20qu'on n'en trouve pas ailleurs.
02:22Vous dites que vous êtes intéressée justement à la seconde main parce que les objets chez vous étouffaient littéralement.
02:28Oui, alors je ne sais pas qui étouffait. Mais oui, j'ai eu une période, c'est vrai, alors je
02:34n'ai pas eu, je pense, la fièvre acheteuse.
02:37Mais comme beaucoup d'entre nous, je pense, à un moment donné, il y a eu trop d'objets chez
02:40moi.
02:41Je me suis sentie envahie et je me suis mise à questionner ça.
02:45Et notamment ces flux d'objets, ça rentre, ça part, pourquoi, qu'est-ce que j'achète et qu'est
02:50-ce que c'est la seconde main ?
02:51Donc vous avez questionné et puis vous êtes passée à l'acte aussi après ?
02:54Oui, j'ai beaucoup liquidé, donné et vendu aussi. Je me suis prêtée à cet exercice-là et j'en
03:01parle dans ce livre évidemment.
03:04J'ai un peu testé, je pense, toutes les pratiques de la seconde main, du troc à l'achat, à
03:10la vente, aux dons.
03:11Donc vous êtes bien placée pour en parler et c'est l'objet de cet ouvrage.
03:14C'est vrai qu'on a l'impression aujourd'hui que la seconde main est partout,
03:17mais comment est-ce qu'on pourrait définir ce basculement qui a quand même transformé beaucoup ce vieux réflexe de
03:22nécessité en une tendance de consommation ultra valorisée aujourd'hui ?
03:28La seconde main est partout, oui, c'est aussi une grande impensée et la définir, à mon sens, c'est
03:33très compliqué.
03:34Et c'est aussi pour ça que je me suis attelée à ce travail d'écriture, pour savoir qu'est
03:38-ce que la seconde main ?
03:39On parle d'occasion, on parle de seconde main de manière assez similaire.
03:46La seconde main n'est pas définie juridiquement, je n'ai pas de définition toute faite à vous donner.
03:51Les sens sociaux, on définit cette seconde main à travers la circulation des objets, la transmission.
03:56Dans la seconde main, il y a main, de la main à la main. Il y a vraiment cette idée
04:00de circulation, de flux.
04:04Et c'est une économie qui n'est pas récente.
04:06La seconde main existe depuis que les objets existent. Ça existe depuis tout temps.
04:10Quels ont été les déclencheurs d'ailleurs qui ont permis de lever le tabou du déjà porté ou déjà utilisé
04:16dans notre société occidentale ?
04:17Parce que même si c'est effectivement très ancien, aujourd'hui il y a quand même un regain d'intérêt
04:21pour la chose, mais il faut passer une petite barrière quand même.
04:24Oui, je pense que la seconde main aujourd'hui est assez publique. J'aime bien parler de pluriel. Il y
04:28a différents publics.
04:29Il y a des personnes économiquement contraintes qui vont se tourner par la seconde main, pas par choix, mais aussi
04:37parce qu'on valorise cette pratique dans un récit plutôt dominant.
04:41Aujourd'hui, ce qui n'a pas toujours été le cas, il y avait un peu cette honte, j'en
04:44parle beaucoup, de la honte, de la peur, de l'objet rejeté, de la saleté autour de la seconde main.
04:50Et puis il y a des publics aussi, je pense, sensibilisés, qui essayent de faire mieux, de consommer différemment.
04:56Donc on est passé un peu du stigmate de la pauvreté à quelque chose aujourd'hui qui est la fierté
05:00de faire la bonne affaire aussi.
05:02Oui, il y a un grand sentiment de fierté pour certains et certaines à chiner, à trouver l'objet convoité.
05:13Mais de moins en moins, je trouve, sur le terrain, on me fait part de cette honte autour de l
05:17'objet déjà usagé, de cette seconde main.
05:20Donc il y a quelque chose de plutôt valorisé quand même.
05:22Il y a une bascule.
05:24Est-ce qu'on peut dire que la seconde main, c'est devenu aussi une réponse aux dérives de la
05:27fast fashion et de l'obsolescence programmée qu'on subit depuis des décennies et dont on parle de plus en
05:33plus là aussi ?
05:35Alors oui, j'aime dire que la seconde main, en principe, c'est une bénédiction environnementale.
05:41Elle a toutes les vertus et il y a énormément de promesses derrière la seconde main et notamment une promesse
05:47écologique forte.
05:48On pourra davantage en parler.
05:50On va en parler.
05:51Je pense qu'il faut la décortiquer aussi.
05:52Absolument, oui.
05:53Mais il faut se tourner aussi vers la seconde main pour ces raisons-là.
05:57Et de principe, elles sont bonnes.
05:59Avec la seconde main, c'est vrai que les placards deviennent parfois de vraies cavernes d'Ali Baba.
06:03On va écouter l'extrait de ce reportage de France 2 en 2021.
06:06Tout au fond de ce petit placard, bien enfoui, Stéphanie Robinet a découvert qu'elle possédait quelques biens de valeur,
06:13comme ce chemisier.
06:15Ça, c'est devenu un petit trésor qui va faire le bonheur de quelqu'un.
06:18Un petit trésor grâce à Vinted.
06:21Elle revend les vieux vêtements de famille qui croupissaient au fond des armoires depuis des années.
06:25En quelques années, l'application a imposé la mode de la seconde main.
06:30Désormais, c'est un catalogue de 300 millions de pièces qui séduit 18 millions d'utilisateurs en France, son plus
06:36gros marché.
06:38Et Vinted, effectivement, nous sommes le plus gros marché de cette plateforme.
06:42Incroyable, pourquoi ? Comment on l'explique, ça ?
06:44Vinted, c'est un site lituanien fondé en 2008, qui cartonne aujourd'hui.
06:51En France ?
06:52En France, alors en Europe, qui s'exporte aussi récemment aux Etats-Unis, Vinted a fait de la France son
07:01premier marché.
07:02Pourquoi ?
07:03Pourquoi les Français ont pris à l'hameçon ?
07:05Il y a une culture forte en France, de la brocante.
07:10En Chine, on a toujours mis nos objets sur le trottoir.
07:14Je pense là au vide grenier, ces espaces domestiques qu'on investit tous les dimanches.
07:18Enfin, tous les dimanches, non. Deux fois par an maximum, mais le dimanche, on donne aussi beaucoup l'histoire de
07:25la France et de la seconde main.
07:27Et beaucoup lié à l'économie sociale et solidaire.
07:31Je pense là au réseau Emmaüs, un vrai maillage de la seconde main dans nos territoires.
07:39On donne, on a vraiment cet élan de générosité.
07:43Et Vinted surfe dessus, bien sûr.
07:45Et donc, le marché français était préparé, en fait, à une plateforme comme celle-là ?
07:49Oui, je pense qu'en tout cas, il était prêt.
07:52Et quand Vinted se lance en 2013, la vraie bascule, je pense, a été 2015, où ils ont intensifié leur
08:02publicité.
08:04Et pendant deux ans, moi, j'ai été une des premières utilisatrices de Vinted au moment du lancement.
08:10La promesse est alléchante, se faire un peu d'argent, vider nos placards, avec derrière aussi un fonds de cet
08:17écologique.
08:18Pourquoi ne pas le faire ?
08:20Et pourquoi ça n'a pas pris aux Etats-Unis alors aussi facilement ?
08:22Oh, le marché est différent, il est beaucoup plus vaste.
08:26Il faut s'envoyer des colis.
08:29C'est aussi une des promesses de Vinted, d'avoir fluidifié l'achat, la revente.
08:36Pendant un temps, on pouvait échanger de la main à la main, un peu comme certaines applications.
08:42Je pense à Leboncoin, où on pouvait vendre, acheter à un voisin, ce qui est de moins en moins le
08:50cas.
08:51Et dans des territoires assez vastes, la France est relativement petite, c'est un peu plus compliqué d'un point
08:58de vue logistique.
08:59En tout cas, c'est vrai que ces plateformes numériques, donc Vinted ou Leboncoin, puisque vous le citez,
09:03elles ont transformé notre rapport psychologique aussi à l'objet qu'on possède ?
09:09Oui, c'est ce que je montre dans le livre.
09:12Il y a cette idée de « je revends, je fais une bonne affaire » et on oublie l'acte
09:20antérieur, celui d'acheter.
09:21Et je pense que c'est un ensemble, qu'il faut voir ça comme un système et d'envisager de
09:27manière assez décloisonnée l'acte de revendre est assez erroné.
09:32Auparavant, il y a eu un achat.
09:34Combien je l'ai acheté ? Pourquoi je l'ai acheté ? Combien de temps je l'ai gardé ?
09:38Quel a été l'usage de ce bien ?
09:40Et aujourd'hui, on se concentre plus tellement sur l'amont, mais sur l'aval.
09:45Est-ce qu'on peut parler d'une vraie démocratisation de la consommation grâce à ces marchés aujourd'hui ?
09:50Ou est-ce que finalement, ça reste quand même un luxe de personnes qui sont à la fois informées et
09:55connectées ?
09:56Ce mot « démocratisation », je le trouve très intéressant parce que la seconde main, historiquement,
10:02alors pas seulement, mais en très grande partie, était réservée au public plutôt précaire.
10:08Donc cette idée de démocratisation, ça a toujours été la chose du peuple.
10:13Je pense plutôt qu'il y a une montée en gamme et une massification des usages et de la circulation
10:20de nos objets.
10:21Donc c'est un marché ambivalent en fait ?
10:23C'est un marché ambivalent et moi, j'aime bien parler au pluriel.
10:27La seconde main, pour moi, ne veut pas dire grand-chose.
10:30Peut-on parler de les secondes mains ?
10:32Ou alors peut-être que les auditeurs auront d'autres mots à nous proposer.
10:35Allez-y.
10:36On parle de re-commerce peut-être davantage, de notion de ré-emploi.
10:43Mais secondement...
10:44Re-commerce, c'est ça ?
10:45Re-commerce, oui.
10:47Bon ben si vous avez d'autres termes, en tout cas vous pouvez nous les envoyer sur la page de
10:50la Terre au Carré.
10:51Morane Netmazi, quelles sont les motivations des Français qui se tournent vers l'occasion ?
10:56Est-ce que c'est pour sauver la planète ou pour d'abord sauver leur porte-monnaie ?
11:03C'est une marge de manœuvre dans des budgets contraints.
11:07C'est vraiment, à mon sens, et les études de marché le montrent, ce qui guide l'achat seconde main.
11:15Après, il y a des publics seconde main.
11:19Ceux qui n'achètent que de la seconde main, 16%.
11:22C'est très peu, je pense que j'en fais partie.
11:28Il n'existe pas, pour le volet écologique, un persona, un public qui achèterait ou alors il est résiduel de
11:39la seconde main seulement pour des raisons écologiques.
11:44Et pas du tout de produits manufacturés, industriels neufs.
11:48Vous parlez des gens qui achètent et puis il y a des gens qui vendent aussi.
11:52Et là, ce n'est pas toujours le même public non plus.
11:54On voit des gens qui ont beaucoup d'argent et qui vendent des choses aussi de prix, à prix cassé
12:00évidemment, mais qui passent aussi par ces plateformes.
12:04Alors oui, je pense que ces plateformes ont facilité l'acte de revendre.
12:09Et il y a une sorte de financiarisation du quotidien.
12:13On va acheter dans la perspective de revendre ou alors se dire, l'achat décomplexé, j'achète, je pourrais le
12:20revendre.
12:20Ou alors je vais acheter et je vais peut-être me faire une petite marge.
12:24Et même quand on est riche, ça fait plaisir, c'est ça ?
12:27Oui, c'est ça.
12:28Il y a un peu cette frayeur.
12:31Je montre qu'il y a beaucoup d'émotions autour de la seconde main.
12:33Il y a aussi la dimension, le jeu, c'est très ludique.
12:36Vous dites que vous n'achetez vous-même qu'en seconde main aujourd'hui ?
12:40Oui, et j'achète très peu.
12:41Alors c'est ça, c'est ce que j'allais vous demander.
12:43Comment achetez-vous alors précisément ?
12:44Parce que vous faites quand même aussi la critique de ce système.
12:48Donc comment est-ce que vous l'embrassez finalement ?
12:54Aujourd'hui, j'achète très peu, notamment parce que les objets à un moment donné m'ont étouffée.
13:00Et j'achète en seconde main et j'achète de moins en moins en ligne.
13:04Notamment parce que je l'ai décortiquée et que ça prenait trop de place dans mon quotidien.
13:09Et je montre aussi dans le quotidien des femmes.
13:12Et j'aime un lien avec la personne qui me présente l'objet.
13:17Je trouve que l'objet de seconde main peut être singulier.
13:21J'aime aussi les vieux objets, ce qui est vintage.
13:24Donc il y a des lieux aussi pour ça ?
13:25Bien sûr.
13:26On n'est pas obligé de passer par les plateformes.
13:28On va se pencher dans un instant sur justement la réalité physique et logistique de ce marché aujourd'hui mondialisé.
13:34Et puis vous répondrez au message pour vous, Morane Nait-Mazi, qui arrive sur la page de Latéro Carré.
13:40Pour parler de seconde main, dites-nous quelles sont vos habitudes dans ce domaine.
13:43Et on se retrouve après Maureen, Automatique, sur France Inter.
14:13Sous-titrage Société Radio-Canada
14:44Merci d'avoir regardé cette vidéo !
15:14Merci d'avoir regardé cette vidéo !
15:40Automatique, c'était Maureen.
15:49France Inter
15:52Mathieu Vidard
15:54La Terre au Carré
16:25La vie est trop courte pour s'habiller cher.
16:26La vie est sans doute moins bien la route qu'une matière noble d'antan.
16:30Ah, les années 80, on les entend bien dans le son là.
16:33France 3 Nord, c'était donc en 1985.
16:36Fr3, d'ailleurs, à l'époque, avec la petite musique de Raf, My Self Control.
16:40Morane Nait-Mazi, vous êtes notre invité, vous avez été juriste et vous avez fondé ce média en ligne Semsem.
16:46C'est un site d'information spécialisé dans les économies de seconde main.
16:50Et vous publiez justement seconde main, une nouvelle économie des objets.
16:53C'est aux éditions pérégrines.
16:55On va entrer avec vous dans les coulisses de la logistique et puis des paradoxes également environnementaux de la seconde
17:01main.
17:01Parce qu'on imagine souvent que cette seconde main, elle est locale.
17:05Mais est-ce que c'est une réalité ou une illusion quand on voit le volume des échanges mondiaux ?
17:11Vaste question que là, vous me posez.
17:16La seconde main existe depuis que les objets existent et elle était locale.
17:22Elle l'est de moins en moins.
17:24Et il y a une vraie bascule autour des années 2010-2015.
17:29On a digitalisé cette seconde main.
17:32Et avec elle, va un flux d'objets, de colis.
17:38Donc ça alimente un bon commerce mondial, c'est ça que ça veut dire ?
17:42Dans un premier temps, ce commerce était hexagonal.
17:47Et on ouvre les marchés, on les connecte entre eux.
17:49Et aujourd'hui, on échange en Europe notre seconde main.
17:53Donc ce qu'on entend, c'est que finalement, cette seconde main, ça continue d'alimenter le système de production.
18:00C'est une couche supplémentaire finalement au capitalisme.
18:03Ça ne change pas tellement la donne.
18:04Alors qu'on croit faire plutôt de bonnes choses en achant comme ça.
18:08Ce qui est intéressant, je pense, et ce qui est peu fait, c'est de rattacher les économies de la
18:13seconde main au modèle industriel.
18:17Et on pourrait être intéressé par la seconde main d'un point de vue écologique en se disant, je fais
18:23une bonne action parce qu'il y a une logique de déport.
18:26C'est-à-dire que je ne vais pas acheter ce produit neuf et je vais lui substituer un similaire
18:33qui lui a déjà été utilisé.
18:35Ça, c'est le meilleur des schémas.
18:37Et c'est là que la seconde main est une bénédiction environnementale lorsqu'elle se substitue la difficulté et lorsqu
18:45'elle s'ajoute.
18:47Et c'est un véritable problème parce qu'aujourd'hui, on ne va pas déconstruire nos habitudes de consommation.
18:52Et la seconde main peut être, je ne dis pas qu'elle l'est, elle peut être dans certains cas,
18:57cette strate, cette couche, ce vernis supplémentaire.
19:04Et elle épouse, je le montre aussi dans le livre, certains codes du capitalisme.
19:09C'est ça. Donc elle poursuit finalement, elle alimente en tout cas le robinet de la consommation quand même beaucoup.
19:18Parlons peut-être au pluriel. Là, on veut mettre du singulier en parlant de seconde main. De quelle seconde main
19:24on parle ?
19:24Si c'est une seconde main qui est locale, sourcée, que le gisement est à 100 km de chez soi,
19:32je pense notamment à nos friperies qui font vraiment un travail quotidien de tri pour nous apporter des pépites.
19:41À portée, pas de clics, mais vraiment de pas de porte. Alors tout dépend de là où on habite.
19:49Bien sûr, en milieu urbain, on trouve davantage de boutiques physiques. Mais on a ces lieux, on a ces acteurs
19:55qui travaillent localement et qui sourcent localement nos objets.
20:01Est-ce qu'il y a une différence de perception selon les générations autour de la seconde main aujourd'hui,
20:05notamment chez les plus jeunes qui semblent être quasiment nés avec le réflexe de la revente ?
20:11Oui, je pense que c'est générationnel. On conservait les objets, on les réparait, on les entretenait, on les chérissait
20:22aussi beaucoup.
20:23Ça, il y a longtemps quand même.
20:25Il y a longtemps, je ne sais pas.
20:26Ça fait quand même quelques décennies qu'on a oublié la réparation.
20:30Je pense que la société de consommation a bouleversé cette économie de la seconde main pour la rendre extrêmement plurielle
20:39et pour certaines assez précaires.
20:44Parce qu'aujourd'hui, c'est vrai pour certains, plutôt les jeunes, même si je ne veux pas faire de
20:50généralité sur ce sujet-là.
20:52J'ai beaucoup documenté les études de marché et aussi les études académiques sur le sujet.
21:00Les jeunes donnent aussi.
21:02Ils revendent aussi beaucoup.
21:04Là où les publics plus âgés vont garder et ne vont pas tellement vendre, plutôt donner, garder, entretenir, oui, beaucoup.
21:18Quels sont les objets qui circulent le plus d'ailleurs et pourquoi certains secteurs comme l'électronique ont mis du
21:23temps visiblement à s'imposer ?
21:28Donc le textile, ça domine largement ?
21:32Le textile circule, c'est indéniable.
21:35Il circule aussi vite que le vêtement n'est vendu.
21:39Donc j'ai envie de dire, plus on met de vêtements en marché, plus on en retrouve sur ce marché
21:45dit secondaire.
21:47Pour le sujet des technologies, des smartphones, je pense là au reconditionné, il y a un vrai enjeu dans la
21:57seconde main, c'est la sécurité.
22:00Et le reconditionné offre une promesse très chouette, celle de remettre en l'état et d'apporter une garantie sur
22:09le marché.
22:09Là où lorsqu'on échange entre particuliers, notamment tout ce qui est matériel technologique, on ne les a pas ou
22:18peu ces garanties-là.
22:20Ça repose sur une confiance.
22:22C'est ça. Donc c'est important de rassurer l'acheteur.
22:25Bien sûr. Et c'est ça aussi qui booste la seconde main.
22:28C'est la sécurité, la confiance que l'on peut apporter aux usagers, aux utilisateurs, aux consommateurs aussi.
22:37Maurene Nath-Mazie, est-ce que cette économie risque pas de créer aussi une forme de saturation avec des objets
22:44justement en circulation par rapport à la demande réelle aussi qui peut y avoir ?
22:48Elle sature déjà les espaces.
22:50On est entouré d'objets, on a trop d'objets et on a énormément d'objets sur le marché de
22:56la seconde main.
22:57Les marchés de la seconde main.
22:59Et on a certains acteurs qui ont les mains dans le cambouis, qui ont les mains dans nos objets et
23:04qui peinent nécessairement à valoriser ces objets.
23:07Vous pensez à qui alors en particulier ?
23:08Je pense aux acteurs historiques de l'économie sociale et solidaire à qui on offre ces objets.
23:15On va donner...
23:16Les dépôts-ventes, c'est ça ?
23:17Je pense à Emmaüs, pour ne citer que lui, un mastodonte historique fondé par l'abbé Pierre en 1949.
23:29On a d'autres réseaux aussi de boutiques avec une dimension sociale et une promesse et en pratique, de l
23:40'insertion par l'emploi, de personnes précaires, éloignées de l'emploi à qui la seconde main, la valorisation des objets,
23:50offre une autre issue, une possibilité et clairement un revenu.
23:55Comment justement se sont adaptées ces boutiques physiques traditionnelles, justement les dépôts-ventes ou les ressourceries ?
24:01Comment elles se sont adaptées à la concurrence féroce quand même des géants du web aujourd'hui ?
24:06Alors les acteurs de la seconde main vont dire, locaux vont dire que c'est très difficile.
24:11C'est très difficile alors un, de faire venir dans ces lieux, oui et non, parce que souvent il y
24:16a un espace de dons, un espace d'achat-revente.
24:20Mais de faire acheter là où des plateformes, je pense notamment à Vinted dans le textile, poussaient les prix vers
24:29le bas.
24:30Et donc lorsqu'on fait un arbitrage, on trouve souvent, lorsqu'on scanne par exemple un produit ou un livre,
24:37moins cher peut-être sur une plateforme.
24:39Donc on est tenté d'aller ailleurs que de soutenir cette économie-là, nos commerçants et puis le tissu associatif
24:48bien sûr.
24:48Le problème de la qualité, parce que vous en avez parlé là il y a un instant, est-ce que
24:52les produits aujourd'hui sont assez solides pour vivre précisément plusieurs vies comme autrefois ?
24:59Oui et non.
25:00La seconde main jetable, et ça je tiens vraiment parfois à préciser de quel seconde main on parle.
25:06Il y a cette seconde main qui est robuste, une économie assez résiliente parce que les produits en circulation sont
25:13de bonne facture.
25:14Je pense notamment au vintage ou aux produits d'antan et puis tout ce qu'on vient de mettre en
25:19marché.
25:20J'exagère évidemment le trait, mais en tout cas hors produits artisanaux, hors produits de bonne facture, ces produits low
25:28cost inondent notre marché.
25:31Donc là on a aussi un défi autour de ces produits neufs dont la qualité s'effondre beaucoup et avec
25:37des déchets précoces, c'est tout le problème aujourd'hui aussi.
25:39Oui c'est ça, je pense qu'il faut penser la seconde main avec la première main, ce marché primaire,
25:47qu'est-ce qu'on met en circulation.
25:49Et il faut designer des produits, les concevoir, éco-concevoir pour leur permettre une seconde vie.
25:59Sinon on est sur de la valorisation et on arrive en bout de chaîne sur du déchet.
26:05Moran Netmazi, on va écouter l'extrait de ce reportage d'Euronews en 2022 qui concerne l'envoi des vêtements
26:10dans les pays du Sud.
26:11Et là aussi c'est un sujet.
26:12Le marché de Gikomba à Nairobi au Kenya est le centre névragique du vêtement d'occasion dans le pays.
26:18D'innombrables pièces venues d'Occident ou d'Asie arrivent ici régulièrement, permettant à certains comme John Mwangi de gagner
26:25leur vie.
26:26Ce métier me permet de subvenir à mes besoins quotidiens, je n'ai pas de compétences dans d'autres métiers.
26:31Si ce marché s'arrêtait, je serais bloqué et je n'aurais nulle part où aller.
26:35Mais le marché de la seconde main a également une face moins reluisante.
26:39Nombre de ses vêtements ne sont pas revendus et finissent ici dans les décharges à ciel ouvert.
26:44Moran Netmazi, alors c'est vrai qu'il y a un double problème, c'est qu'à la fois il
26:48y a des personnes qui gagnent un peu d'argent dans ces pays, avec ces textiles,
26:51et puis aussi des pays qui commencent à refuser nos dons de vêtements, qui étaient autrefois d'ailleurs perçus comme
26:57une aide,
26:58parce qu'aujourd'hui elles viennent les envahir et les polluer.
27:01Oui, bien sûr, quels vêtements on envoie ? C'est ça la question.
27:06Envoyer nos vêtements low cost pour 3 francs 6 sous sur place, les observateurs parlent de colonialisme,
27:14de l'homme blanc qui envoie ses rebuts.
27:18Ne parlons pas de déchets dans la mesure où c'est encadré.
27:24Mais évidemment, on ne sait pas quoi faire aujourd'hui de ce qu'on a.
27:29Historiquement, on a toujours fait circuler les vêtements, il y a un import-export,
27:35mais là les quantités sont astronomiques, elles n'ont jamais été aussi importantes.
27:40On va voir dans un instant si la seconde main pourrait peut-être dessiner quand même une société plus sobre,
27:45mais aussi plus juste.
27:47Vous avez déjà esquissé des éléments de réponse et puis vous allez répondre aux messages qui arrivent pour vous
27:52et aux témoignages sur la page de la Terre au Carré.
27:55Et nos réseaux sociaux et puis pour vous entendre également, vous pouvez nous laisser vos notes vocales sur l'application
28:00Radio France.
31:56celui qu'on peut transmettre, je pense que la seconde main est faite pour tout le monde.
32:00Elle offre une promesse à tout le monde.
32:03Mais c'est vrai qu'on voit des pièces de qualité qui vont à leur prix s'envoler sur les
32:06plateformes spécialisées.
32:07Ça existe aussi.
32:09Bien sûr. Après, on peut toujours chiner et trouver de beaux objets.
32:13Je pense notamment à Ville-Grenier, chez des acteurs de l'économie sociale et solidaire.
32:19On peut trouver.
32:20Après, la question, c'est est-ce qu'on a l'œil ? Est-ce qu'on a le flair
32:23?
32:24Est-ce qu'on sait chercher ? Est-ce qu'on prend ce temps-là ?
32:29Et le temps, c'est de l'argent.
32:31Et flâner, prendre ce temps-là, c'est peut-être un regard et un luxe en soi.
32:40Donc, il faut soutenir les acteurs historiques. C'est ce que vous dites.
32:42En tout cas, je pense qu'il ne faut pas les mettre en marge.
32:46C'est eux qui ont fait la seconde main et qui, aujourd'hui, souffrent de cette gentrification de la seconde
32:53main.
32:56Et oui, il est intéressant, dans un pluriel, de ne pas les mettre de côté, là où, aujourd'hui, les
33:03plateformes ont pris une place immense dans nos vies.
33:06Et l'aspect solidaire est parfois totalement effacé.
33:09Oui, c'est pour ça que je dis qu'il y a des secondes mains.
33:12C'est qu'il y a une seconde main marchande, spéculative, la financiarisation du quotidien.
33:19J'achète dans la perspective de revendre.
33:21Pour des tout petits produits, des gadgets ou des produits luxueux, des bijoux, etc.
33:28Je développe des compétences et des connaissances aussi pour pouvoir revendre ce produit.
33:33Et puis, de l'autre côté, il y a des acteurs peut-être à soutenir ou tout simplement acheter proche
33:40de chez soi.
33:41Enfin, un peu de raison aussi dans cette seconde main me paraît essentielle.
33:44Morane Naitmazi, est-ce qu'on pourrait imaginer un futur où la location d'objets pourrait remplacer totalement la possession,
33:49même d'occasion ?
33:51Oui, on peut tout imaginer.
33:53Et vous l'avez fait, d'ailleurs, non ?
33:54Moi, je loue très peu.
33:55Mais il y a des acteurs qui sont en train de se structurer et d'organiser un vrai système de
34:00location aujourd'hui pour tous les objets, pour les vêtements.
34:04En tout cas, vous avez imaginé un futur dans votre livre ?
34:07Ah, bien sûr.
34:07Il y a l'épilogue 2055, « Retouchine », c'est ça ?
34:10Oui.
34:11C'est quoi, « Retouchine » ?
34:12« Retouchine », c'est un récit futuriste où j'ai essayé de faire un petit pas de côté et
34:19d'imaginer qu'est-ce qu'une seconde main dans un monde contraint.
34:24Là, aujourd'hui, on a le choix, le loisir de chiner, de chercher, de trouver un produit, un bien, un
34:33objet qui nous plaît.
34:34Peut-être que la suite, dans un monde plus contraint, plus resserré, n'offrira pas cela.
34:41L'ancien Carrefour s'appelle désormais « Retouchagne » en 2055.
34:44C'est donc un centre commercial du réemploi, le plus grand de France.
34:47Sur la façade des écrans géants affiche plus 7% d'objets sauvés cette semaine.
34:52Depuis le décret d'alignement extra-financier 2047, le bonus du PDG augmente à mesure que ces chiffres progressent.
34:58Bref, le capitalisme se porte toujours aussi bien, finalement.
35:01Peut-être.
35:02Si j'en juge par votre fiction, en tout cas.
35:04Oui, peut-être.
35:05J'ai imaginé différents récits dans lesquels je me suis prêtée à l'exercice « C'est quoi la seconde
35:11main après demain ? »
35:12Aujourd'hui, je ne sais pas si on pense la seconde main aujourd'hui, mais demain.
35:16Et pourtant, c'est un enjeu de société.
35:18Est-ce que le métier de réparateur est en train de redevenir noble et central dans cette économie aujourd'hui
35:23ou pas ?
35:23Bien sûr. Il en faut davantage. Et c'est un métier, les acteurs de terrain, vous le direz mieux que
35:32moi, assez pénurique.
35:34Il y a une vraie demande. Il y a aujourd'hui des centres de formation créés par des acteurs du
35:39monde économique
35:42pour ressusciter ces savoirs d'antan lorsqu'ils ont disparu ou au mieux les maintenir.
35:48On est en train de les perdre. Et c'est essentiel pour tout cet écosystème du reconditionné, cette activité économique
35:59centrale, non délocalisable.
36:05Des observateurs parlent de souveraineté industrielle en parlant du réemploi.
36:10Je pense qu'on peut s'intéresser aussi à ces problématiques-là, ne pas seulement parler d'un univers léger,
36:19alternatif, relatif au fait.
36:21Non, pas du tout. Il faut penser à notre économie de demain, notre économie des objets.
36:27C'est une nouvelle économie qui est en train là de se reconfigurer avec ce tout numérique.
36:32Il faut des garanties, il faut des objets robustes et il faut aussi pouvoir les réparer.
36:37Donc, il faut ces métiers de la main, des cordonniers, des réparateurs de vélos, d'électroménagers.
36:42Sauf que pour que ça fonctionne, il faut aussi que le coût de la réparation ne soit pas supérieur au
36:47prix de l'objet neuf.
36:48Parce que sinon, évidemment, on n'a aucun intérêt à faire appel à un réparateur.
36:52Oui, et puis on attend aussi, je pense, de la seconde main qu'elle soit moins chère.
36:56On la compare.
36:59Pourquoi vouloir la comparer là où peut-être elle offre autre chose ?
37:07Un produit de bonne facture a un coût.
37:10Il faut être prêt à le payer, je pense.
37:12Est-ce que la seconde main, ça peut être aussi un outil de résistance aujourd'hui ?
37:15Ça a été un objet, un vêtement de résistance.
37:22Ça l'est de moins en moins et je pense que ça le sera.
37:25Je pense que ça le sera dans une économie du tout jetable, dans une société de surconsommation, dans laquelle on
37:33est déjà.
37:36Lorsqu'on questionne ce système, ce modèle, ces infrastructures,
37:43nécessairement acheter, donner, transmettre a une signification.
37:49Quel conseil vous donneriez à quelqu'un qui veut se lancer dans la seconde main,
37:53mais qui a peur de se tromper ou de mal faire finalement,
37:55et d'alimenter un système contre lequel finalement il s'oppose ?
37:59Je ne sais pas si on se trompe.
38:01Ne pas oublier qu'on fait partie d'un système,
38:04qu'il y a des infrastructures assez grandes,
38:07qui nous échappent en partie aussi dans la seconde main,
38:11et que déjà d'essayer de questionner, de se lancer,
38:16ça fait partie de l'expérience.
38:18L'objet de seconde main, j'aime dire qu'il ne peut pas être en état neuf.
38:24On fait nécessairement des erreurs, on découvre aussi de nouveaux lieux,
38:28de nouveaux acteurs, c'est une expérience aussi la seconde main,
38:32et elle apporte au-delà de l'objet, pour certains, de la satisfaction, de la fierté.
38:42C'est aussi un plaisir, ou en tout cas on peut découvrir de nombreuses choses
38:47au-delà du matérialisme.
38:49Allez, on passe aux questions pour vous.
38:56Moraine Netnazzi, Claire vous écrit en trouvant étonnante
38:59de vous entendre dire que vous n'achetez que de la seconde main.
39:02Il y a des domaines, dit Claire, où c'est impossible.
39:04Quid des médicaments, des fournitures scolaires par exemple ?
39:07Oui, c'est vrai.
39:08Je pense aux objets, je pense à l'électronique,
39:13je pense à la décoration, je pense au mobilier,
39:17je pense aux vêtements.
39:18Mais pour tous ces objets-là, évidemment, j'achète mes médicaments,
39:22je vais en pharmacie.
39:25Et il y a certains produits, notamment les sous-vêtements,
39:28que moi j'achète encore neuf.
39:31Elisabeth nous envoie un message vocal, on va l'écouter tout de suite.
39:34Bonjour Elisabeth, j'appelle de Haute-Saône.
39:37Je voulais vous dire que votre émission sur la seconde main m'a beaucoup intéressée.
39:44Je la pratique depuis 1972, l'année à laquelle je suis arrivée à Paris.
39:50Et en fait, ça me permettait d'acheter des produits presque de haute couture,
39:55alors que mon budget était un budget d'étudiante.
39:58Au revoir !
39:59Au revoir Elisabeth, merci pour votre message.
40:01Moraine Netmazi, réaction ?
40:03Oui, on peut faire des affaires dans la seconde main.
40:07Je pense que c'est aussi un transfuge, peut-être de classe, de budget.
40:14La seconde main transcende bien des choses.
40:16Et on peut, lorsqu'on a le loisir, l'œil, le temps, la patience,
40:23trouver des objets à bas coût d'excellentes qualités.
40:26Stéphanie nous dit, adepte de la seconde main,
40:28je n'ai jamais utilisé Vinted qui me semble utiliser les mêmes ressorts que le commerce de neuf.
40:32J'utilise en revanche des outils en ligne,
40:35mais je restreins mes recherches à 5 km autour de chez moi.
40:37Je refuse de faire des kilomètres pour aller chercher un objet ou me faire livrer.
40:42Ça, c'est une pratique au moins.
40:43Oui, c'est un témoignage super intéressant et de plus en plus rare,
40:47même si sur le terrain, j'entends beaucoup ça.
40:49On me dit, moi, j'aimerais, via les applications, pouvoir commercer.
40:53Ce mot est utilisé dans la seconde main aussi, entre particuliers.
40:58Proche de chez moi, échanger presque avec un voisin de palier.
41:01Et il y a certaines plateformes, je pense notamment à Vinted,
41:04qui est le premier revendeur de vêtements en France aujourd'hui,
41:09qui n'encourage pas cette pratique ou en tout cas ne la facilite pas
41:13et encourage davantage à expédier son colis.
41:21Il n'est pas forcément proche de chez soi.
41:22Karine nous dit, merci de parler des professionnels de l'occasion.
41:25Il représente quand même des milliers de professionnels en France.
41:28Anticards, brocanteurs, commissaires-priseurs, experts artisans qui rénövent.
41:31C'est toute une économie et des métiers difficiles, dit Karine.
41:35Oui, bien sûr, je consacre un chapitre anti au visage de la seconde main
41:38et aux professionnels de la seconde main, aux professions historiques de la seconde main,
41:42qui l'ont toujours valorisé, ces acteurs de terrain,
41:44qui aiment leurs produits et qui, au-delà de la circulation des objets,
41:48je pense, transmettre autre chose et ont un message à passer et maintiennent le lien entre nous.
41:54Encore deux messages, Loïc, qui avouent être devenu un accro,
41:57que ce soit sur le bon coin ou vintaine, mais c'est un caractère déraisonnable.
42:00J'achète des choses dont je n'ai pas besoin.
42:02Vous avez évoqué le fait de faire une bonne affaire, ça joue beaucoup.
42:05Du coup, le côté pervers, c'est qu'on remplit à nouveau nos armoires de choses
42:08dont on n'a pas crucialement besoin.
42:09Oui, à vouloir faciliter cette seconde main, notamment en ligne,
42:14on a accéléré la circulation des objets
42:18et le design de la plateforme, pour ne prendre, pour exemple, que Vinted,
42:26encourage à rester un certain temps.
42:29On parle de rétention, de notification, de boost.
42:32Et puis, il y a aussi ces algorithmes prédictifs
42:34qui ont très bien compris ce qu'on aimait, qui nous proposent ces produits.
42:38Avant même qu'on en ait eu le désir, quasiment.
42:41Je ne sais pas, mais en tout cas, vous renseignez un objet,
42:44vous le décrivez, et en général, dans l'heure,
42:46vous avez une centaine de propositions équivalentes.
42:49Merci beaucoup, Morane Nettmazi, d'être venu au micro de la Terre au Carré aujourd'hui.
42:53Je renvoie sur votre ouvrage, ça s'appelle Seconde main,
42:55une nouvelle économie des objets, aux éditions Peregrine.
43:00Merci à Louise Cognard, qui a préparé ce dossier,
43:03Julien Dumont à la technique, et Jérôme Boulet pour la réalisation de l'émission.
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