- il y a 6 semaines
Suite aux mobilisations du printemps 2023 et alors que des vagues de répressions submergent Les Soulèvements de la Terre, le réalisateur Thomas Lacoste rencontre celles et ceux qui donnent de l'élan à ce mouvement, à la croisée de cultures politiques paysannes, autonomes et ouvrières.
Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Musique
00:01Aujourd'hui, un vent de soulèvement raconté par
00:21Thomas Lacoste, réalisateur
00:23et Ludivine Bantini, historienne
00:25France Inter
00:30La terre au carré
00:32Mathieu Vidard
00:35Jadis, il y eut un géant Ante, fils de l'eau et de la terre,
00:40fruit de l'amour de Gaïa, matrice de toute chose,
00:42celle qui accouche du ciel et du temps,
00:44et de Poséidon, dieu des mers, des sources et des océans,
00:47celui qui ébranle le sol.
00:49Ante règne sur les terres berbères, le royaume de Libye,
00:52les détenteurs d'une force tellurique, dont de sa mère.
00:55Un jour, Hercule croise son chemin, une lutte s'engage,
00:58Hercule plaque le géant au sol, mais dès que Kanté touche terre,
01:02sa force décuple, il se déprend de son adversaire.
01:05Alors pour le vaincre, Hercule l'arrache au sol,
01:08le tient à bout de bras dans les airs,
01:09et l'étrangle jusqu'à ce que mort s'en suive.
01:12Ce que nous raconte ce mythe, c'est l'histoire d'un violent arrachement à la terre,
01:16un arrachement jusqu'à l'étouffement.
01:17Notre époque est semblable à l'agonie tentée.
01:20Dans un Occident grisé par sa puissance herculéenne,
01:23nous sommes captifs d'une existence hors sol,
01:25d'un monde où la terre, l'eau et le ciel sont devenues marchandises.
01:29Pour survivre à l'étouffement annoncé,
01:31il est grand temps de s'ancrer au sol pour mener une lutte terre à terre.
01:35Telle fut l'intuition qui a conduit à l'émergence des soulèvements de la terre.
01:39De copes en marche massive, de camps action climat,
01:42au rapport du GIEC, nous ne sommes pas parvenus à infléchir significativement
01:45le recours, le ravage en cours.
01:48Et face à cet impasse, nous faisons le pari d'une écologie terre à terre
01:51qui s'ancre dans des luttes foncières et territoriales.
01:55Extrait de l'ouvrage Premières secousses,
01:57publié en 2024 aux éditions de La Fabrique.
02:05Avec les soulèvements, depuis Notre-Dame-des-Landes,
02:08on a déjà obtenu d'autres reculs sur les bassines,
02:12peut-être en ce moment même sur la 69.
02:14Il y a un certain nombre de choses qui se passent
02:17et les soulèvements sont un peu une sorte de liant,
02:20permettent une sorte de cristallisation collective
02:22de plein de petites sources comme ça d'espoir
02:25qui nous permettent de sortir de l'impuissance collective
02:27dans laquelle la répression et le mépris politique
02:32auquel on fait face nous plongent depuis une vingtaine d'années.
02:37Ludivine Bantini et Thomas Lacoste, bonjour.
02:40Bonjour.
02:41Merci d'être avec nous.
02:42On entendait à l'instant un extrait de votre film,
02:45Thomas Lacoste, Soulèvement,
02:46qui sort donc mercredi sur les écrans.
02:49C'est le portrait de femmes et d'hommes de toutes les générations
02:52qui sont en lutte, donc un peu partout en France
02:54et qui ont engagé de nouveaux liens avec le vivant.
02:57Comment est-ce que votre curiosité initiale pour ce mouvement,
03:00Thomas Lacoste, s'est progressivement justement transformée en projet de film ?
03:04Et à quel moment est-ce que vous avez compris que vous teniez là une vraie matière cinématographique ?
03:09Alors, on va dire que j'ai toujours eu une acuité particulière à ce qui s'inventait de politique
03:15ici ou là, sur nos territoires ou ailleurs,
03:19tout particulièrement quand c'était porté par la jeunesse.
03:22Mais c'est vrai que c'est le printemps 23,
03:26un moment où un État, en l'occurrence le nôtre, l'État français,
03:30décide de criminaliser ce jeune mouvement,
03:33donc né en janvier 21 à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
03:41Quand cet État décide de criminaliser aussi fortement,
03:43donc avec d'abord la répression de Sainte-Solines,
03:45puis deux vagues d'arrestations
03:47perpétrées par une des polices antiterroristes françaises
03:51et au lendemain desquelles on aura un ministre de l'Intérieur
03:54qui annoncera la dissolution toute relative de ce mouvement
03:57puisqu'il va être cassé quelques mois plus tard par le Conseil d'État,
04:01que je me suis dit qu'il y avait sûrement quelque chose à faire
04:05et à questionner aussi de notre société,
04:08savoir que est-ce bien raisonnable
04:10quand une société se met à criminaliser sa jeunesse,
04:16quand précisément celle-ci est affairée avec grande justesse
04:19à tenter de nous sortir collectivement d'une chose trappe assez conséquente ?
04:25Ludivine Bantini, vous qui êtes historienne,
04:27justement, est-ce qu'on peut revenir un instant précisément
04:29à cette naissance des soulèvements de la Terre ?
04:31Parce que Notre-Dame-des-Landes,
04:33ça a été vraiment le lieu fondateur du mouvement au départ ?
04:35Oui, ça a été un des lieux fondateurs en effet,
04:37même si, le film le montre d'ailleurs très bien,
04:39il y a une grande dispersion territoriale des soulèvements
04:43et il y a une imbrication de différents mouvements,
04:46de différentes révoltes, luttes, engagements,
04:50qui rendent la chose extrêmement politique,
04:53y compris par contraste avec cette criminalisation,
04:57ces étiquetages politiques de la part du ministère de l'Intérieur de l'époque
05:01de la tentative de dissolution, Gérald Darmanin,
05:03quand il parlait d'éco-terrorisme,
05:05il y a ce contraste considérable avec cette dimension-là
05:08et l'intelligence et je dirais aussi la beauté politique
05:13de ce qui est montré dans le film,
05:14de ces soulèvements,
05:15comme on l'a entendu dans l'extrait de l'ouvrage que vous avez lu,
05:18il est question d'arrachement,
05:20donc il est vraiment question de biens communs,
05:22qu'on protège,
05:23et ça ce sont des engagements de plus longue date,
05:26que les soulèvements de la Terre viennent à la fois incarner,
05:29mais en réseau, en fait,
05:31avec des collectifs extrêmement vastes,
05:33ce n'est pas une organisation,
05:35il y a des syndicats,
05:36il y a des associations,
05:38c'est vraiment un mouvement,
05:39dans tous les sens du terme,
05:40c'est vraiment se mettre en mouvement,
05:42il y a un grand élan,
05:43qui est profondément politique,
05:45on y reviendra,
05:47et qui a une grande justesse aussi,
05:49dans ce rapport au vivant.
05:50Donc il y a une pluralité d'héritages,
05:52effectivement,
05:53qui viennent à la fois du monde paysan,
05:56du monde féministe,
05:57naturaliste, climatique,
05:58tout ça se mélange finalement,
06:00et ça enrichit mutuellement aussi ce mouvement-là ?
06:04Absolument,
06:05d'ailleurs je pense qu'on peut vraiment inviter,
06:07y compris les détracteurs,
06:08ou des soulèvements de la Terre,
06:10qui s'arrêtent uniquement aux propos de l'État,
06:14ou les personnes qui ne connaissent pas très bien,
06:17et qui voient ça seulement au prisme des médias,
06:19de certains médias,
06:20à aller voir le film,
06:21parce que c'est intéressant de voir
06:23combien éventuellement cette vision,
06:25ces opinions peuvent évoluer.
06:27Parce que comme vous le soulignez très bien,
06:29en fait,
06:29il y a une sorte de creuset de mouvements,
06:32qui me font remonter,
06:35même très très loin dans le temps,
06:37même si ce sont des généalogies en partie inconscientes,
06:40mais puisqu'il est question de défendre les communs,
06:42les biens communs,
06:43un certain rapport aux manières d'habiter,
06:46une manière d'habiter par le droit d'usage,
06:50et pas uniquement la propriété lucrative,
06:52qui sert à toute force à rentabiliser,
06:55à marchandiser,
06:55à faire du profit,
06:56on peut remonter à des temps anciens.
06:57Jusqu'où vous pensez ?
06:59Moi, je pense, par exemple,
07:00à ce qui existe au moins depuis le Moyen-Âge,
07:02mais on peut encore remonter au-delà,
07:04mais justement cette idée des communaux,
07:06vous voyez ce qu'on appelait les communaux,
07:07qui n'étaient pas seulement des terrains
07:09qu'on pouvait utiliser de manière collective,
07:12par des communautés villageoises,
07:14ce qu'on appelle aujourd'hui les communs,
07:15mais ça pouvait être des outils,
07:16ça pouvait être des lieux,
07:17ça pouvait être un moulin,
07:18un four, un pressoir,
07:20et où il y avait une véritable démocratie aussi.
07:22D'ailleurs, les femmes comme les hommes
07:23participaient à des assemblées
07:24pour déterminer les usages collectifs
07:27qu'on pourrait faire des communs.
07:29Et puis on peut passer par la commune,
07:31la commune de Paris.
07:32Le film m'a beaucoup fait penser,
07:33justement, à cette...
07:34par exemple, à des protagonistes
07:36comme le géographe libertaire Élisée Reclus,
07:39qui a une infinie sensibilité,
07:41justement, à ce qu'il appelait le coumène.
07:43Il y a plein d'échos avec ce que disent
07:44les soulèvements de la terre
07:45et ce que dit le film de Thomas Lacoste,
07:47le soulèvement.
07:48Le coumène, l'idée de protéger le vivant,
07:51de ne pas être des vampires,
07:52de ne pas être dans la prédation.
07:54Et c'est ça aussi, toute l'histoire des communs
07:57que l'on trouve jusqu'à aujourd'hui
07:59dans d'autres zones du monde,
08:01comme le Chiapas, par exemple, au Mexique.
08:03Mais je dirais qu'au fond,
08:05pour répondre en une phrase à votre question,
08:07c'est une histoire de l'humanité.
08:09Parce que la dimension, vraiment,
08:12de la propriété privée à des fins,
08:15notamment lucratives, extractivistes, productivistes,
08:18c'est un tout petit segment chronologique
08:19dans l'histoire de l'humanité
08:21qui a été longtemps composée de communautés
08:23qui avaient le souci de prendre soin du vivant.
08:26Et Thomas Lacoste, c'est aussi une façon de rappeler
08:29que les soulèvements de la terre,
08:30ce n'est pas que Saint-Solide non plus,
08:31ou les mégabassines,
08:32parce qu'on associe aussi énormément
08:33ce mouvement-là à cet événement.
08:36Mais là, on voit une diversité de luttes
08:38absolument partout sur le territoire
08:39et qui raconte aussi
08:42toute cette diversité des luttes sociales.
08:44Oui, tout à fait.
08:45Il y avait cette envie,
08:47avec le film,
08:49de montrer effectivement
08:52la richesse de composition
08:54que vous venez de souligner,
08:56mais aussi leur façon
08:57d'habiter extrêmement conséquemment
09:00l'ensemble de nos territoires
09:01et de se lier
09:03à ces territoires,
09:06de se lier d'une mille une façons,
09:09bien sûr en les habitant,
09:11mais en y développant
09:12des savoir-faire extrêmement précis
09:14qui sont très souvent mis en partage
09:16au sein du mouvement,
09:17mais également en épaississant
09:21de mille une relations
09:23leur existence,
09:26ce qui leur donne
09:27une épaisseur de vie,
09:30une conséquence d'être
09:31et des puissances d'agir
09:33extrêmement fortes
09:34qui leur permettent
09:35en suivant
09:37ou dans le même temps
09:38d'habiter très conséquemment
09:41leur lutte.
09:41On va écouter un extrait
09:43de votre documentaire
09:44Thomas Lacoste
09:44autour d'une lutte
09:45sur le glacier de la Girouse.
09:46Alors on monte très très haut,
09:48c'était même d'ailleurs
09:48la ZAD la plus haute d'Europe
09:51à 3400 mètres
09:52et on va écouter
09:53une intervenante justement
09:55dans votre film
09:56pour en discuter juste
09:58avec vous après.
09:59Ce qui s'est passé
10:00en octobre 2023,
10:02c'est que la SATA,
10:03donc l'aménageur du projet,
10:04a commencé les travaux
10:05sur le glacier.
10:07Donc en une semaine,
10:08on a constitué
10:09une petite équipe
10:10pour monter là-haut.
10:12Donc on est arrivés le samedi
10:13pour monter notre campement
10:16et le lundi,
10:17l'hélicoptère des travaux
10:18en fait arrivait.
10:18Nous, on était positionnés
10:19sur le rognon rocheux
10:20qui est une sorte d'îlot
10:21au milieu du glacier.
10:23C'est le seul endroit
10:23où l'hélicoptère pouvait atterrir.
10:24Donc il n'a pas atterri.
10:26Il a fait demi-tour
10:27et puis nous,
10:27on est restés là une semaine
10:28et en fin de semaine,
10:30quand la neige est arrivée
10:32pour prendre le relais,
10:33on est repartis
10:33et le glacier était protégé
10:35de tous travaux
10:37pour l'hiver.
10:38Voilà, l'objectif était
10:39de s'opposer à un chantier
10:40de téléphériques
10:41et il faut le faire,
10:42monter une ZAD
10:43à 3400 mètres d'altitude,
10:45Thomas Lacoste.
10:46Oui, c'était une aventure
10:48très forte.
10:51Ce qui est intéressant,
10:52là encore,
10:52c'est de voir comment
10:54ces luttes composent aussi,
10:57toujours,
10:58à partir du territoire,
11:00là en l'occurrence,
11:01des guides,
11:02participer à cette mobilisation.
11:05Des gens qui n'avaient jamais
11:06manifesté pour certains,
11:07c'est ce qui est rappelé
11:08d'ailleurs assez régulièrement.
11:09Oui,
11:10avec cette notion toujours
11:13de surtout ne pas être hors sol
11:15et donc très inscrit
11:17à la fois sur les territoires
11:19mais aussi toujours en lien
11:21avec l'ensemble des populations.
11:24Et c'est vrai que
11:24quand les sous-lèvements
11:27viennent en renfort
11:32sur une lutte,
11:33c'est toujours à la demande
11:34de ces territoires.
11:36Et c'est vrai que cette aventure-là
11:37est particulière
11:41parce qu'effectivement
11:41très très très très haute
11:42dans un milieu relativement hostile
11:44pour la vie.
11:47Ce ne sont pas des lieux
11:47où on vit normalement.
11:49C'est ça, exactement.
11:49Donc s'installer sur une semaine,
11:50c'est un sacré enjeu.
11:52Ludivine Mantini,
11:53c'est vrai qu'il y a aussi
11:54cette idée dans le film
11:54du partage concret
11:55des compétences.
11:56C'est-à-dire qu'il y a
11:57à la fois des savoir-faire techniques
11:59mais il y a aussi
12:00des connaissances
12:01autour du vivant
12:02et puis des stratégies politiques.
12:04Tout ça s'entremêle
12:05pour former la lutte.
12:07Oui, c'est très passionnant
12:08de ce point de vue.
12:09On apprend beaucoup.
12:10Comme je le disais,
12:11ce film m'apparaît
12:12de part en part politique
12:13mais dans un sens
12:14qui est extrêmement émancipateur.
12:17Ce n'est pas un sens réducteur
12:18de la chose politique.
12:19Il y a une grande intelligence.
12:20Vraiment une grande sensibilité aussi.
12:23Une intelligence sensible.
12:24Parce qu'à chaque fois,
12:25il s'agit d'expériences sensibles
12:26qui sont très pensées,
12:28qui sont...
12:29Il y a des formes
12:30de réflexion
12:31et je dirais même
12:32de réflexivité politique
12:33au sens où on s'interroge
12:35sur la place
12:36qu'on occupe
12:36et pourquoi on mène
12:38ces luttes.
12:39Parce qu'il y a un enjeu vital
12:39dans tout ça.
12:40Mais en même temps,
12:41on ne s'arrête jamais
12:42à la théorie.
12:42On pense très précisément
12:45des formes justes.
12:47Quelles sont les formes bonnes
12:48à adopter
12:49pour ces engagements.
12:50Et moi,
12:51j'ai été vraiment très frappée
12:52par...
12:53Moi, je le disais tout à l'heure déjà
12:54mais une sorte de beauté
12:56de cette intelligence politique
12:57et de la parole,
12:58de la puissance
12:59de la parole
13:00qui se déplie,
13:01qui se déploie
13:01mais toujours en rapport
13:02avec l'action.
13:03avec cette idée phare
13:05que l'on retrouve
13:06chez chacune
13:07et chacun des intervenants.
13:09C'est l'idée
13:10qu'on ne va pas se laisser
13:10écraser
13:11ou par la répression
13:13ou par la peur
13:13tout ce qu'on appelle
13:14aujourd'hui l'éco-anxiété
13:15mais on va se laisser
13:17justement
13:17empuissanter
13:19c'est un mot qui parfois revient
13:20mais en tout cas
13:20pour employer
13:21peut-être une plus belle expression
13:22la puissance d'agir
13:24qu'évoquait Thomas Lacoste
13:25tout à l'heure
13:25à savoir
13:26l'amour
13:27des territoires
13:28habités
13:29et une grande conscience
13:30du vivant.
13:31Donc à chaque fois
13:32et que
13:32quelles que soient
13:33les générations
13:34ici présentes
13:35parce qu'il y a une dimension
13:35très intergénérationnelle
13:37il y a en effet
13:37des savoirs
13:39qui sont partagés
13:40avec une circulation
13:41de ces savoirs
13:42donc on apprend beaucoup
13:43et on est
13:44comme l'un des protagonistes
13:46un peu plus âgés
13:47qui regarde tout ça
13:48qui observe
13:49et puis qui finalement
13:49prend part
13:50à ces mobilisations
13:51surtout de jeunes
13:52on est subjugué
13:53il y a une admiration
13:54quand même
13:55quoi qu'on pense finalement
13:56c'est pour ça que j'incite
13:57vraiment celles et ceux
13:58qui nous écoutent
13:59à aller voir le film
14:00y compris peut-être
14:01pour soit renforcer
14:02des a priori
14:03mais je pense plutôt
14:04s'en délester
14:05C'est un film d'ailleurs
14:06que vous avez tourné
14:07assez rapidement
14:07Thomas Lacoste
14:08il y avait aussi un peu
14:09d'urgence
14:09dans la réalisation
14:11elle-même
14:11qui fait écho d'ailleurs
14:13aussi aux initiatives
14:14politiques même
14:15de ces luttes
14:16oui oui mais il y avait
14:17effectivement
14:18comme on l'a dit
14:19le film prend en source
14:20dans ce printemps 23
14:21de fortes criminalisations
14:22on avait envie
14:24de libérer
14:25très très rapidement
14:25cet objet cinématographique
14:27et donc de rentrer
14:30effectivement
14:30dans une économie
14:31qui soit adéquate
14:33avec ce désir
14:35de pouvoir partager
14:38très rapidement
14:39le film
14:40comment ça s'est traduit
14:41pour vous concrètement
14:42alors entre le début
14:43du développement
14:44et la fin de la post-production
14:47il y a moins de 18 mois
14:50qui s'écoule
14:51ce qui en temps
14:52de cinématographique
14:53est vraiment très très peu
14:54pour des films comme ça
14:55c'est plutôt 3-4 ans
14:56et là il a fallu
14:57tous les efforts
14:59des équipes
14:59de sister production
15:00de la bande passante
15:01de jour de fête
15:02pour tourner et monter
15:04en même temps
15:05d'ailleurs souvent
15:05c'est ça exactement
15:06on a eu 3 grands temps
15:08de tournage
15:09et effectivement
15:10avec Gilles Volta
15:11nous montions
15:12au fur et à mesure
15:13voilà
15:16en essayant
15:17de parier
15:18sur les puissances
15:20les puissances
15:21cinématographiques
15:21en l'occurrence
15:22les puissances sensibles
15:23Ranciard parlerait
15:25de partage
15:25du sensible
15:27mais qui sont
15:27pour nous
15:28ces politiques sensibles
15:30sont des politiques
15:31profondément
15:33égalitaires
15:35où il s'agit
15:37de redistribuer
15:39les places
15:39et les parts
15:40de chacune
15:41de chacune
15:41en fait
15:42comme si
15:42on était
15:43à la recherche
15:43de formes
15:45esthétiques
15:46qui fassent écho
15:47à ce qui est
15:48au travail
15:49au sein
15:50des soulèvements
15:50que ce soit
15:51au niveau
15:51de la composition
15:52ou même
15:53de la façon
15:54d'habiter
15:57dans ce déjà-là
15:59qu'il côtoie
16:00au quotidien
16:01en tout cas
16:02cette urgence
16:03et cette vitesse
16:04on ne la sent pas
16:04du tout dans le film
16:05bien au contraire
16:06parce qu'on va parler
16:07aussi du temps
16:08accordé à la parole
16:09et du choix aussi
16:10de mise en scène
16:11qui est vraiment réduite
16:13à sa plus simple expression
16:14au service de la parole
16:16précisément
16:16de vos protagonistes
16:17ça s'appelle
16:18soulèvement
16:19ça sort mercredi
16:20sur les écrans
16:21et on en parle
16:21cet après-midi
16:22dans la Terre au Carré
16:22et avec vos questions
16:25bien sûr
16:25et vos messages
16:26pour nous inviter
16:26franceinter.fr
16:27nos réseaux sociaux
16:28et l'application
16:29Radio France
16:30pour vous entendre
16:30directement
19:01La Terre au Carré
19:04J'ai commencé à faire un peu
19:06des stages dans des fermes
19:07c'était à la fois
19:08des néo-ruraux
19:09qui étaient à la Confédération Paysanne
19:11qui étaient politisés
19:12qui avaient d'autres manières de faire
19:13et à la fois
19:14des fermes
19:15à l'ancienne
19:16vraiment
19:17soit qui allaient arrêter
19:19par exemple
19:19je suis allée dans une ferme
19:20qui m'a complètement
19:21remuée
19:22qui était une ferme
19:23je ne sais pas ce qu'il y en a pas
19:25mais c'était
19:25une ferme
19:26de
19:26de salers
19:28de fromage salers
19:29eux
19:30ils faisaient
19:31la traite des vaches dehors
19:32ils faisaient le fromage
19:34vraiment
19:34dans des gerlands bois
19:35enfin
19:36il y avait plein de choses
19:37et
19:37non non mais ça va aller
19:41quand je suis fatiguée
19:42et que je parle de la fin
19:43du monde agricole
19:44je chiale tout le temps
19:45c'est horrible
19:45extrait du film
19:48Les Soulèvements
19:49qui sortira mercredi
19:51sur les écrans
19:51dont vous êtes le réalisateur
19:52Thomas Lacoste
19:53on en parle également
19:54avec vous
19:54Ludivine Bantini
19:55historienne des mouvements sociaux
19:57et des révolutions
19:58cette scène qu'on vient d'entendre
20:00Thomas Lacoste
20:00elle ouvre
20:01votre film
20:02et on se dit là immédiatement
20:04sur le parti pris
20:05la mise en scène
20:05oh là
20:06il va falloir se poser
20:07pendant plus d'une heure et demie
20:09et vraiment être à l'écoute
20:11de ceux qui nous parlent
20:12parce que vous faites vraiment
20:13un choix de la lenteur
20:14dans ce film
20:15Oui
20:16de déployer
20:16les forces sensibles
20:19du cinéma
20:20on le disait tout à l'heure
20:21c'est à dire
20:21d'essayer
20:23de
20:23de dilater le temps
20:25d'accueillir
20:27la
20:27la parole
20:29à coeur
20:31de l'intime
20:32et de l'extime
20:33des protagonistes du film
20:35de ces personnes
20:36de tenter
20:37de faire un petit pas de côté
20:39par rapport
20:41à nos
20:44récitatifs militants
20:46non pas qu'ils soient pas extrêmement
20:48extrêmement importants à l'extérieur
20:49ils sont déterminants
20:51mais dans le cinéma
20:52ils peuvent être
20:52mortels
20:54là il s'agit de
20:56de comment accompagner
20:57dans une espèce de maïotique
20:58d'entretien
20:59ces personnages
21:02à nous
21:03ces personnes
21:03à nous raconter
21:05à la façon
21:05de la façon
21:07de la façon
21:08dont ils s'ancrent
21:09sur ces territoires
21:09dont ils vont
21:10porter les gestes
21:12se
21:13se
21:13mailler
21:14avec
21:14les humains
21:16et les non-humains
21:17qui les entourent
21:17afin d'après
21:19d'être
21:19de pouvoir habiter
21:21pleinement
21:21leur
21:22leur lutte
21:23et ça ça prend
21:24effectivement
21:24un peu de temps
21:25et puis pour nous
21:26ça demande effectivement
21:27cette dilatation du temps
21:29de poser les caméras
21:30de sortir du mouvement
21:31qu'on voit
21:32que trop
21:33dans tout le cinéma
21:34français
21:34et là
21:37de tenter
21:39de faire couler
21:40de la pensée
21:42dans nos plans
21:42et
21:43on est dans l'épure totale
21:45là quand même
21:46mais c'est quasiment
21:48un choix politique
21:49aussi d'ailleurs
21:49tout à fait
21:50à la lumière
21:51de ce que nous vivons
21:52quotidiennement
21:52par exemple
21:53avec la vita
21:53généralisée
21:55et la vélocité
21:55de nos réseaux sociaux
21:56etc
21:56vous prenez le contre-pied
21:57de tout ça
21:58et là
21:59vous nous scotchez
21:59sur le fauteuil
22:00pendant 1h45
22:01quoi
22:01généralement
22:02effectivement
22:03dans nos médias
22:03on a l'habitude
22:04dans les médias
22:04mainstream
22:05on a l'habitude
22:05effectivement
22:06de redécouper
22:06les paroles
22:07de nos interlocuteurs
22:10non pas pour
22:11entendre une phrase
22:13singulière
22:14de la personne
22:14qui est questionnée
22:15mais pour
22:16que la réponse
22:18à la question
22:20soit adéquate
22:21avec
22:21celle de
22:22de l'énoncer
22:23et si jamais
22:24ça ne suffit pas
22:26on va rajouter
22:26une voix off
22:27pour bien expliquer
22:28au tout venant
22:30ce qu'il faut comprendre
22:32là évidemment
22:33on fait
22:33tout l'inverse
22:34c'est-à-dire
22:34qu'on laisse
22:36la possibilité
22:37aux spectateurs
22:40de rentrer en relation
22:44avec ces 16 personnes
22:47mais aussi
22:50et ça c'était une volonté
22:51c'est-à-dire à côté
22:52de tenter
22:53pour nous
22:54de filmer
22:57à la même hauteur
22:59les visages
23:00et le paysage
23:01donc tenter
23:01de faire
23:02paysage
23:02des visages
23:03mais aussi
23:03d'aller voir
23:04ce que peut
23:04nous raconter
23:05la frondaison
23:06de ce chêne
23:07pris dans le vent
23:08ou qu'est-ce qu'à
23:09nous dire
23:09l'œil de ce cheval
23:11témoin de Sainte-Soline
23:12et vous voyez
23:13donc peut-être
23:14d'expérimenter
23:15aussi d'autres places
23:17d'autres parts
23:17voir ces brins d'herbe
23:19dans un pied
23:19vous faites un plan
23:20un moment
23:20je ne sais pas
23:21ça dure 10-15 secondes
23:22on voit simplement
23:23une prairie
23:24voilà
23:24qui est filmée
23:25en gros plan
23:26Ludivine Bantini
23:27j'aimerais vous entendre
23:28aussi sur cet aspect
23:29sur ce rythme lent
23:30c'est silence
23:31cette écoute
23:31ultra prolongée
23:33proposée par Thomas Lacoste
23:35qu'est-ce que ça raconte
23:36pour vous ?
23:36je précise quand même
23:37qu'on ne s'ennuie pas
23:38pour autant
23:38et qu'1h45
23:39malgré tout
23:40ça passe vite
23:41le mot qui me vient
23:43c'est vraiment
23:44justesse
23:45c'est la justesse
23:46de la forme
23:47justement
23:48de cette forme sensible
23:49qui est très adéquate
23:51très adaptée
23:52au propos
23:53à ce qui est défendu
23:54l'idée de prêter attention
23:55de prendre soin
23:57l'idée que le temps
23:58ne doit pas être accéléré
24:00ne doit pas être marchandisé
24:01et du coup
24:02on prend le temps
24:03à la fois
24:03de laisser ces paroles
24:05se libérer
24:07se déployer
24:07avec toute cette manière
24:09de réfléchir
24:10il y a une réflexion
24:11qui se déploie
24:12de cette manière
24:12on a utilisé plusieurs fois
24:13ce terme de déployer
24:14mais on a vraiment
24:15ce sentiment là
24:16qui n'est pas un étirement
24:17mais qui est vraiment
24:18une temporalité
24:20largement politique
24:21il y a de l'émotion aussi
24:23comme on l'a entendu
24:23dans l'extrait
24:24que vous avez proposé
24:25et qui est en effet
24:25à la fois
24:26très déstabilisant
24:27sur le moment
24:28mais très fort
24:29parce qu'on comprend
24:30le choix
24:31de ne pas couper
24:32ce n'est pas le cut
24:33ce qu'on a fait nous
24:34malheureusement
24:35parce que nous
24:35on a coupé
24:36pour le coup
24:36dans l'extrait
24:37parce qu'il s'étire
24:38beaucoup plus
24:39parce qu'il s'étire
24:41beaucoup plus longuement
24:42à l'édité
24:42oui c'est ça
24:43mais en fait justement
24:44il faut se départir
24:45de l'idée par exemple
24:46que les émotions
24:47seraient opposées
24:49à la rationalité
24:49à la raison
24:50à l'intelligence
24:51non il y a
24:52une intelligence émotionnelle
24:53et cette intelligence émotionnelle
24:55elle est aussi
24:55profondément politique
24:56elle est pensée
24:57donc cette jeune femme
24:58quand elle dit
24:58qu'elle pleure
24:59quand elle évoque
25:00la fin du monde agricole
25:02parce que c'est de ça
25:04qu'il s'agit
25:04il s'agit de deuil
25:05il s'agit de perte
25:07de déperdition
25:08d'un monde
25:09qui est en train
25:09d'être détruit
25:10et qu'il s'agit
25:11justement de rendre
25:12plus vivant
25:13et donc les images
25:14nous laissent aussi
25:15le temps
25:16d'écouter la nature
25:18d'être regardé
25:19pas seulement de regarder
25:20mais Thomas Lacoste
25:21parlait de cet oeil
25:23du cheval
25:23ça fait partie
25:24de ces très belles images
25:25on a le sentiment
25:26d'être regardé
25:27par ce cheval
25:27et pas seulement
25:28d'être extérieur
25:29donc on est en quelque sorte
25:31pris par la force
25:33la beauté
25:33de cette nature
25:34et dès lors aussi
25:35la beauté
25:36des propos
25:37qui sont avancés
25:38pour à chaque fois
25:39ce qu'il dit
25:39c'est pas
25:40uniquement protéger
25:42le vivant
25:43mais c'est
25:44lui permettre
25:45de se défendre
25:46et ça c'est extrêmement
25:47bien rendu dans le film
25:48Thomas Lacoste
25:49c'est évidemment
25:49très ambitieux
25:50aujourd'hui
25:50de sortir un tel film
25:52parce que je rappelle
25:52qu'il sort sur les écrans
25:53donc au cinéma
25:54mercredi
25:55est-ce que vous avez rencontré
25:56beaucoup d'obstacles
25:57autour de ce type
25:58de cinéma
25:59à la fois politique
26:00on le disait
26:01mais aussi dans sa forme
26:02dans sa lenteur
26:03alors des obstacles
26:05non
26:06pas en salle
26:08en tout cas
26:08parce qu'on a
26:09commencé à faire
26:10des avant-premières
26:11effectivement
26:12les salles jouent
26:13à guichet fermé
26:14et
26:14ce qui
26:16je pensais plutôt
26:17aux distributeurs
26:18ceux qui financent
26:19en amont
26:20alors voilà
26:20effectivement
26:21dans les salles
26:22tout se passe bien
26:23et après
26:24c'est vrai que ça a été
26:25vraiment très
26:26l'ensemble
26:27de mes films
26:28ne sont pas faciles
26:28à financer
26:30mais celui-ci
26:31tout particulièrement
26:32ça a été très très compliqué
26:33on a
26:34enfin voilà
26:35on a
26:36c'est pourquoi
26:38Sister Production
26:39et Julie Parathion
26:39ont fait appel aussi
26:40à la bande passante
26:41et au service
26:42de Lucie Cormand
26:43pour aller chercher
26:44des
26:44lever des fonds
26:47privés
26:47via des fondations
26:48pour nous aider
26:49à rentrer
26:49dans notre écomité d'urgence
26:50dans laquelle
26:51le film s'inscrivait
26:52pour rentrer
26:53en tournage
26:54parce qu'effectivement
26:56il y avait très très peu
26:57de guichets
26:57à part la région
26:58Nouvelle-Aquitaine
26:59qui nous a aidé
26:59dès le début
27:01on a attendu
27:02les aides les plus sélectives
27:04du cinéma français
27:04l'avance sur recette
27:06après réalisation
27:06donc il n'est plus une aide
27:08sur dossier
27:09mais qui juste
27:09sur pièce le film
27:10pour avoir
27:11donc il faut déjà
27:12arriver à cette étape
27:12voilà
27:13avoir de l'argent public
27:14et donc on sent
27:15que
27:16les temps
27:18sont
27:19déjà à la collaboration
27:21avec la nuit qui vient
27:22Est-ce que
27:23c'est-à-dire
27:24à la profondeur
27:26de la nuit qui vient
27:27c'est-à-dire
27:28que
27:29j'ai l'impression
27:30que
27:31dans
27:32bon nombre
27:33de nos services
27:34publics
27:35on se prépare
27:36à
27:37collaborer
27:39comme on a
27:40pu le faire
27:41à de nombreuses époques
27:44avec
27:45la profondeur
27:47de la nuit qui vient
27:48ça ne veut pas dire
27:49que dans d'autres lieux
27:50par exemple
27:50à France Télévisions Cinéma
27:52des personnes ne sont pas
27:53extrêmement courageuses
27:55et ont décidé
27:55ce qui n'était pas du tout
27:56évident
27:57parce qu'ils produisent
27:59au niveau de France Télévisions Cinéma
28:02que très peu
28:03de documentaires français
28:04ils ont décidé
28:05de préacheter
28:06le film
28:07finalement on se réjouit
28:09à l'idée
28:10que le service public
28:11investisse encore
28:14mette de l'argent
28:14dans de tels projets
28:15ça a été extrêmement important
28:16effectivement
28:17dans notre
28:18structuration
28:21de la production
28:22du film
28:23le rapport
28:25Ludivine Bantini
28:26on apprenait
28:27la semaine dernière
28:27que la cour d'appel
28:28de Poitiers
28:29confirmait les condamnations
28:30des militants
28:30de Sainte-Seline
28:31pour avoir organisé
28:32une manifestation interdite
28:33en octobre 2022
28:34alors des peines
28:36moins lourdes
28:36qu'en première instance
28:37met une condamnation
28:39maintenue
28:39et puis une première historique
28:40parce qu'il y a des responsables
28:41syndicaux
28:41qui ont été sanctionnés
28:42pour l'organisation
28:44de cette manifestation
28:45ça vous inspire quoi
28:46cette décision ?
28:46Je reprendrai volontiers
28:47la formule que vient
28:48d'employer Thomas Lacoste
28:49sur la profondeur
28:50de la nuit qui vient
28:51c'est un monde
28:53de plus en plus autoritaire
28:55de plus en plus répressif
28:57et là encore
28:58j'insisterai sur le contraste
29:00terrible
29:01entre cette privation
29:02qui concerne
29:03les libertés publiques
29:04qui concerne
29:05l'organisation
29:07notamment
29:07que des syndicalistes
29:09puissent être condamnés
29:10pour l'organisation
29:11notamment de telles marches
29:13de telles manifestations
29:14ça me semble
29:15vraiment très grave
29:16mais pas seulement
29:17pour les personnes concernées
29:18mais pour nous tous
29:19et toutes
29:19en tant que
29:20nous sommes directement
29:22les protagonistes
29:23aussi de ce rapport
29:24aux vivants
29:24et donc la profondeur
29:26de la nuit qui vient
29:27sans vouloir être
29:28trop dramatique
29:30ou grandiloquente
29:31mais moi
29:32je parlerais volontiers
29:33de fascisation
29:34je pense qu'on est
29:35dans une ère
29:36de fascisation
29:37lente
29:38mais tenace
29:41très ferme
29:42et donc
29:42les personnes
29:43qu'on voit dans le film
29:44elles sont
29:46tournées vers l'idée
29:48qu'il s'agit
29:48de protéger
29:49un monde
29:49qui sinon
29:50va disparaître
29:51et donc il y a
29:52c'est un abîme
29:54entre cette dimension-là
29:56qui nous concerne
29:57tous et toutes
29:58et cette criminalisation
29:59donc voilà
30:00le monde syndical
30:01le monde associatif
30:02mais voilà
30:03on devrait tous
30:04être vent debout
30:04contre de telles
30:06condamnations
30:07et on a bien vu
30:08que ça a été rappelé
30:09tout à l'heure
30:09que le conseil d'état
30:10a reculé
30:11face
30:11y compris à la pression
30:13des formes d'intimidation
30:14qui venaient du ministère
30:15de l'intérieur
30:16quand il s'est agi
30:16de tenter de dissoudre
30:18les mouvements de la terre
30:19le mouvement des soulèvements
30:21de la terre
30:21mais voilà
30:22on est face
30:23à des avancées
30:24qui me paraissent
30:26extrêmement graves
30:27extrêmement dangereuses
30:28pour nous tous
30:29et toutes
30:30et pas seulement
30:31les directement
30:32concernés
30:33par ces condamnations
30:34alourdis
30:35à certains égards
30:36pour ce qui concerne
30:36la partie financière
30:38exactement
30:39les amendes
30:39les amendes à payer
30:40Thomas Lacoste
30:41avant de marquer
30:43une petite pause
30:43le face caméra
30:44pour les personnes
30:45que vous interrogez
30:46dans ce contexte-là
30:47d'ailleurs
30:47est-ce que c'est risqué
30:49pour ces personnes
30:50à cause précisément
30:51de la surveillance policière
30:52parce que beaucoup témoignent
30:53avoir été surveillés
30:54pendant très très longtemps
30:55l'être encore d'ailleurs
30:56pour certains
30:57ou certaines
30:57il y a une anonymisation
31:00en tout cas
31:00au niveau des noms
31:01mais les visages
31:02on les voit bien
31:02oui oui
31:04alors il y a une anonymisation
31:06minimale
31:07c'est-à-dire qu'effectivement
31:08on ne donne pas
31:08ni les noms
31:10ni les adresses
31:11ni l'organigramme
31:13des soulèvements
31:14bien qu'ils en parlent
31:15beaucoup
31:16dans leur excellent livre
31:17Première secousse
31:18aux éditions
31:20La Fabrique
31:20qui
31:22il faut le signaler
31:23existe aussi
31:24en podcast
31:24ce livre
31:25mais c'est vrai
31:29que pour eux
31:29c'était compliqué
31:30parce que moi
31:30je suis extérieur
31:31en mouvement
31:31eux effectivement
31:32dans ce printemps
31:3323
31:33découvraient l'ampleur
31:35des moyens
31:35de ces polices
31:37antiterroristes
31:38ces moyens
31:39de surveillance
31:40donc évidemment
31:42l'élan
31:43pour venir
31:45à un film
31:46dans un film
31:48participer à un film
31:49face caméra
31:51à visage couvert
31:52ce n'était pas
31:53la première chose
31:54beaucoup ont refusé
31:54ou pas d'ailleurs
31:55parce qu'on voit
31:56les 16 que vous a interrogé
31:57mais est-ce qu'il y en a eu
31:57beaucoup qui ont dit non
31:58avant
31:58il n'y a eu aucun refus
31:59non non
32:00ça s'est très bien passé
32:01de ce côté-là
32:02et ce qui était très beau
32:06c'est au mois d'octobre 23
32:10au moment où le mouvement
32:15nous a offert accès
32:18à l'ensemble de leurs archives
32:19à la fois écrites audiovisuelles
32:22avec des images fixes
32:23et en mouvement
32:24et ça ça a marqué
32:25l'entrée dans un régime
32:28de confiance suffisant
32:30et nécessaire
32:30pour se lancer en cinéma
32:33Soulèvement
32:34c'est mercredi
32:35sur les écrans
32:35on vous retrouve dans un instant
32:36Thomas Lacoste
32:37et Ludivine Bantini
32:38avec les questions
32:39les messages
32:40de toutes celles et ceux
32:41qui souhaitent dialoguer avec vous
32:43dans un instant
32:43franceinter.fr
32:44la page de la terre au carré
32:46bien sûr
32:46et l'appli Radio France
32:47pour vous entendre vocalement
33:00sur les écrans
33:04c'est ici
33:05à mon casse
33:05un petit corps
33:06un petit corps
33:08un petit corps
33:09un coup
33:10ici dans
33:13l'endroit
33:13et en moins
33:14en bas
33:15pieds
33:16bois
33:16le pied
33:17en tout cas
33:20c'est douce
33:20pas besoin
33:21trop parler
33:22on y danser
33:24danser
33:25danser
33:26vini vini
33:27c'est
33:29douce
33:29douce
33:31douce
33:31douce
33:32douce
33:32danser
33:33vini vini
33:35c'est
33:36ici
33:39un pire
33:39ça
33:40c'est
33:40comme
33:41que
33:41c'est
33:42vini vini
33:43c'est
33:43le
33:44c'est
33:45il
33:46il
33:46c'est
33:47le
33:47c'est
33:48le
33:49c'est
33:49il
33:50c'est
33:51qui
33:51c'est
33:52il
33:53c'est
33:54c'est
33:54ça
33:55il
33:55c'est
33:55c'est
33:56...
34:26...
34:56...
34:59Vini Genouen avec David Walters.
35:03La terre au carré, Mathieu Vidard sur France Inter.
35:08L'idée, c'était de venir au plus près de la bassine et avec des cerfs volants au bout duquel il y avait des sortes de boules de terre remplies de lentilles d'eau, d'essayer de contaminer l'eau de la bassine de manière la plus propre, naturelle possible, tout en désarmant la bassine.
35:28Et l'idée, c'était que ces lentilles se développent très vite et peuvent venir bloquer la pompe de la bassine. Et ce que ça a produit et là où ça a marché, c'est que ça a créé une perplexité totale chez les gendarmes qui ne comprenaient pas du tout ce qui était en train d'arriver.
35:44Juste qu'ils comprenaient qu'ils étaient en train de se faire avoir. Et une joie et un enthousiasme. Vraiment, les gens sautaient de joie comme s'ils avaient gagné la Coupe du Monde.
35:52Tout ça avec des lentilles d'eau. Extrait de votre film Soulèvement, Thomas Lacoste, mercredi sur les écrans. On en parle également avec vous, Ludivine Bantini, qui est historienne.
36:02Cet extrait montre bien qu'il y a aussi la créativité qui est un désingrédient absolu dans la lutte en tout cas.
36:08Oui, c'est ça. C'est cette inventivité. Et puis le fait de miser sur la joie. À un moment, il est question du fait qu'on peut perdre dans ces mouvements, mais ce n'est pas forcément l'essentiel.
36:19L'essentiel, c'est d'avoir appris des choses collectivement, d'avoir transmis, d'avoir partagé aussi des moments.
36:26Même si le but, c'est quand même de lutter contre des projets destructeurs, contre tout ce qui est ramené à du saccage, vraiment des ravages.
36:34Et moi, ça me fait aussi penser à l'inventivité de 68. Et ce n'est pas son lien, d'ailleurs.
36:39Il y a à Notre-Dame-des-Landes, par exemple, sur la zone à défendre, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
36:43Il a beaucoup été question des communes, des communes, y compris la commune de Nantes en 1968.
36:49C'est-à-dire le fait qu'il y avait des partages solidaires entre le monde paysan, les ouvriers et ouvrières en grève, le monde des étudiants et étudiantes mobilisés.
36:59Avec cette même idée qu'il y a de la joie, comme disait l'autre dans la chanson, il y a de la joie et un enthousiasme.
37:05Ça fait partie des héritages dont on parlait tout à l'heure.
37:07Oui, je pense qu'il y a des généalogies assez nettes et une dimension intergénérationnelle qui est aussi très présente dans le film.
37:13Thomas Lacoste, on peut parler aussi d'une sorte de cartographie sensible, parce qu'il y a toute une géographie des luttes aussi dans votre film.
37:19Et c'est ce que vous avez encore voulu montrer à travers cette diversité et ces territoires en lutte.
37:24Tout à fait. Une géographie à la fois humaine et une géographie des luttes dont bon nombre sont non vues, non su.
37:34Même si certaines, on s'appuie évidemment sur des très charismatiques comme les méga-bassines ou la 69, mais d'autres sont beaucoup moins éclairées.
37:42Avec cette idée, oui, pour nous, de rentrer en voyage, je repense à votre ouverture, mais peut-être modestement en Odyssée.
37:54Une Odyssée qui part vers la rencontre d'une commune humanité et qui va se jouer des bassins versants en partant de ces glaciers, descendant dans les vallées.
38:13Il y a un fil narratif autour de ces territoires.
38:15Exactement. Aller traverser les plaines, rencontrer les hauts plateaux avant de se jeter dans les hautes lumières océaniques.
38:24Donc il y avait effectivement cette idée-là, témoigner de ce maillage incroyable que tisse ce mouvement sur l'ensemble de notre territoire.
38:36Montrer au combien ils ne sont pas hors sol. Tout ça est très très ancré.
38:44Ça c'est extrêmement important, je pense, cette puissance qui tienne de cet épaississement de leur existence.
38:52Et le fait, parce que c'est le dernier extrait qui m'y fait penser, après les lentilles d'eau, ou juste avant, pardon,
39:00il dit que dans le mouvement, dans ces luttes, il y a un mot extrêmement important, c'est « amour ».
39:09C'est un mot qu'il arrive à conjuguer au cœur de la conflictualité.
39:19Et ça, je trouve ça extrêmement beau. C'est une autre façon aussi d'habiter, vous voyez.
39:23Ludivine Bantini, précisément, le fait que ces luttes soient ancrées dans le territoire,
39:27est-ce que ça donne une force supplémentaire par rapport à des luttes plus abstraites,
39:32comme celle, par exemple, du mouvement climat, où là on est sur une idée aussi qui nous projette sur des décennies en avant
39:38et qui est presque beaucoup plus difficile à matérialiser ?
39:41Est-ce que là, justement, le territoire, les pieds dans le sol, c'est beaucoup plus puissant pour avancer sur les luttes ou pas ?
39:47Oui, je pense qu'il y a une complémentarité et l'un n'irait pas sans l'autre.
39:51S'il n'y avait pas eu tous ces mouvements de jeunesse, notamment, mais qui sont aussi intergénérationnels,
39:57il n'y aurait pas forcément eu des soulèvements de la terre.
39:58Enfin, tout ça est très entremêlé.
40:01Mais c'est vrai qu'aussi bien dans les soulèvements que dans « Soulèvement, le film »,
40:06on voit ce dont il s'agit, c'est-à-dire un glacier qui disparaît, une colline qui disparaît,
40:11des nappes phréatiques qui sont percées, des forêts, des terres habitables qui sont artificialisées.
40:19Et donc, en effet, moi, ça me fait penser aussi à la situation dont on commence un peu à parler davantage dans les médias,
40:26et notamment dans la presse, c'est ce qui se passe en Cisjordanie.
40:29Moi, je connais assez bien certaines coopératives où il s'agit de protéger les terres contre la prédation, contre la colonisation.
40:37Il y a aussi cet amour et cette mise en commun coopérative comme Als-Anabel, l'idée de cultiver,
40:44parce que c'est une forme de résistance aussi, la culture de la terre, la protéger,
40:49et protéger un certain commun par rapport à des formes de colonisation prédatrice.
40:53Allez, on passe aux questions.
40:58Allez, plusieurs messages pour vous sur franceinter.fr.
41:01Guillaume nous dit, est-ce que les éco-terroristes d'aujourd'hui seront vus demain comme des résistants se battant pour la justice ?
41:07Thomas Lacoste, qu'est-ce que vous répondez ?
41:10On l'espère bien, en tout cas, c'est notre ordre à leur côté pour faire en sorte que cette jeunesse,
41:21et ce mouvement intergénérationnel porté par la jeunesse puisse être à minimum réservé et puisse continuer à pertenir dans son être collectif.
41:33Et puis, derrière, peut-être, derrière cette figure de l'éco-terroriste, cette belle construction chimérique,
41:42on a un autre mouvement qui me semble beaucoup plus conséquent, qui est une tentative d'imposer des éco-terrorisés au sein de ces mouvements,
41:53de chercher à les éco-terrorisés, mais aussi de tenter d'éco-terroriser, de tenir à distance toute une population qui pourrait venir en appui à ce mouvement.
42:02Oui, je pense que le parallèle qui est fait par cet auditeur, très justement, c'est ce qui se passait pendant la Seconde Guerre mondiale,
42:09où les résistants et résistantes étaient appelés par le régime de Vichy, notamment, des terroristes.
42:15Et donc, là, ce qui est pensé, c'est une forme non pas seulement de désobéissance civile, mais de résistance civile.
42:21Donc, c'est toute la question, la légitimité de ces mouvements qui est posée, pas seulement la légalité, mais celle de la légitimité.
42:27Priscille nous dit, j'ai vu votre documentaire en avant-première à Vannes, ça m'a fait un bien fou, j'avais de l'appréhension car convaincu, mais souvent vaincu par le système.
42:34Les protagonistes, a écrit Priscille, pour la plupart des jeunes gens sont d'une lucidité et d'une intelligence dans leurs propos,
42:39qui est formidable et belle. Ce film est un message d'amour et d'espoir. Merci à vous, Thomas Lacoste, dit Priscille.
42:47Patrice dit, merci également pour ce film que j'ai vu à Marseille, magnifique et instructif.
42:51Juste une question concernant le choix de la dernière séquence sur Bolloré, qui vient un peu comme un cheveu sur la soupe.
42:56En tout cas, merci pour votre film.
42:58Alors, Bolloré, il y a eu une armada qui était partie vers son île du Morbihan.
43:01L'île de Locke.
43:05Oui, oui.
43:07Pourquoi Bolloré à la fin ?
43:09Mais pour deux raisons qui me semblent extrêmement importantes.
43:13La première, c'est qu'on...
43:20Excusez-moi, je...
43:24Sur la dernière séquence.
43:25Oui, c'est parce qu'on sort du film.
43:28On a besoin d'un retour au réel.
43:30Et effectivement, il y a un travail militant, il y a un travail politique, il y a un travail organisationnel à faire.
43:38Et deuxièmement, ce qui pour moi était extrêmement important, c'était de souligner que ce mouvement, qui est connu pour sa lutte contre l'accaparement des terres, l'accaparement de l'eau, l'artification des sols, travaille aujourd'hui à un soulèvement antifasciste dont on aura conséquemment besoin, vu la profondeur de cette fameuse nuit qui vient.
43:58Avec l'idée que, évidemment, là, nous ne jouons pas du tout sur la peur du futur, mais sur le courage du présent.
44:05Justement, est-ce que pour vous, Ludivine Bantini, ce sera ma dernière question, il y a aussi l'idée d'un laboratoire d'idées politiques dans ce film aussi, pour nourrir peut-être les luttes à venir ?
44:16C'est ce qu'expriment très bien les protagonistes, parce qu'à leurs yeux, les différentes mobilisations sont intimement liées.
44:23Par exemple, il est question d'un terme que peut-être certains auditeurs et auditrices ne connaissent pas encore très bien, qui est l'antivalidisme.
44:30C'est-à-dire, le validisme, c'est le fait que la société est normée pour les personnes valides.
44:37Et donc, il y a une manière de révéler l'état de la société et comment on peut mieux vivre.
44:44Comment nous pourrions vivre, disait un penseur socialiste libertaire, William Morris, à la fin du 19e siècle.
44:50Comment nous pourrions vivre ? Et c'est une question majeure qui est posée par ce mouvement et dans le film, mais en articulant beaucoup de thèmes qui leur sont chers et qui peuvent nous être chers à nous aussi.
45:01Un dernier message d'Anne-Marie, bravo au réalisateur pour son film, vu en avant-première il y a quelques mois au cinéma Utopia.
45:06J'ai aimé entendre les réflexions tellement intelligentes de ces indignés.
45:09J'ai aimé qu'ils rendent ces indignés tellement attachants quand on ne parle d'eux que comme des casseurs.
45:13Et puis, il y aura d'autres avant la sortie d'ailleurs.
45:15Mercredi, il y aura d'autres avant-premières.
45:17Ce soir à 20h, vous serez à Fontainebleau, Thomas Lacoste.
45:20Il y aura une avant-première demain à Clermont-Ferrand.
45:22Et puis donc, la sortie mercredi avec également le 14 février, une rencontre aux Grandes Actions à Paris avec Salomé Sacquet,
45:30qui viendra pour témoigner aussi autour de votre film.
45:34Et puis, Ludivine Montigny, je renvoie sur un de vos derniers ouvrages,
45:37L'Ensauvagement du Capital, aux éditions du Seuil.
45:39Ou Petite histoire des grèves et des soulèvements populaires chez Bayard.
45:42C'était il y a deux ans.
45:44Merci beaucoup en tout cas à tous les deux.
45:46Merci beaucoup à Emma Bouvier qui a préparé ce dossier aujourd'hui,
45:50Lucie Sarfati pour la coordination,
45:52Loïc Frapsos à la technique et Jérôme Boulay qui réalisait cette émission.
Commentaires