- il y a 6 heures
Instigatrice du terme de "sobriété" dans le rapport du GIEC en 2022, elle s'intéresse à cette notion d'abord de manière scientifique dans le cadre de ses études d'ingénieure, puis croise les disciplines et s'y intéresse de manière sociétale.
Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
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00:06Musique
00:17L'invité au carré aujourd'hui, Yamina Saeb, directrice du Laboratoire Mondial des Sobriétés.
00:32A la fin des années 2010, le débat climatique mondial repose encore sur une promesse confortable,
00:38celle d'une technologie qui serait capable de corriger nos excès sans bouleverser nos habitudes.
00:43L'aéraport parle d'efficacité, d'innovation et d'optimisation.
00:47Lorsque s'ouvrent les travaux préparatoires du sixième rapport du GIEC, une ligne de fracture apparaît.
00:52Certains scientifiques défendent l'idée qu'on ne peut plus se contenter de consommer mieux,
00:57il faut consommer moins, non par punition, mais parce que les chiffres le montrent,
01:01aucune trajectoire crédible ne tient sans réduction de la demande matérielle.
01:05Le mot qui émerge pour nommer cette réalité est simple et explosif, sobriété.
01:10Son entrée dans le rapport de 2022 déclenche une bataille.
01:13Lors de la relecture par les gouvernements, il devient même ce mot l'un des plus contestés du texte.
01:18À un moment, il disparaît même du résumé destiné aux décideurs.
01:22Finalement, le mot sobriété réapparaît à la dernière étape des négociations.
01:26Une victoire donc discrète mais décisive.
01:29Pour la première fois dans son histoire, le GIEC reconnaît officiellement que la réponse climatique ne sera pas seulement technologique,
01:36elle implique une réorganisation volontaire de nos priorités collectives dans le domaine de l'énergie, du logement, de la mobilité
01:42ou du travail.
01:42Et cette victoire sémantique, on la doit à une chercheuse, Tenasse, qui est notre invitée aujourd'hui.
01:53Bonjour Yamin Assaeb.
01:55Bonjour.
01:55Merci d'être avec nous.
01:57C'est vous, la scientifique Tenasse, cette bataille pour imposer le mot sobriété dans le rapport du GIEC de 2022.
02:03Cette bataille, c'est vous qui l'avez menée.
02:05La sobriété, est-ce que c'est encore un gros mot aujourd'hui ou un épouvantail ?
02:09Ça dépend où. En France, non, parce que la France est une exception dans le monde occidental.
02:16On a eu nos premiers scénarios qui intègrent la sobriété, scénarios énergétiques qui intègrent la sobriété, remontent à 78.
02:22Et tenez-vous bien, ça a été fait par des collègues qui étaient à l'époque, ce qui était le
02:27ministère du budget, donc Bercy d'aujourd'hui.
02:31Donc inimaginable aujourd'hui.
02:32Incroyable aujourd'hui.
02:32Incroyable. Et donc, on est aussi, et ça, ça a été beaucoup très utile, le seul pays de l'OCDE
02:40où le mot sobriété apparaît dans la loi sur la transition énergétique de 2015.
02:44Donc tout ça, ça a aidé. Et pendant que nous, on travaillait sur le rapport du GIEC, il y avait
02:47beaucoup de travaux qui étaient lancés sur la sobriété.
02:49L'ADEME, par exemple, avait publié plusieurs rapports sur la sobriété.
02:53Et là, aujourd'hui, on a regardé la SNBC, la Stratégie nationale bas carbone française, qui a été publiée juste
03:01avant Noël.
03:01Le mot sobriété apparaît 72 fois. Après, dans le texte, dans le rapport.
03:08Après, c'est une exception dans le monde. Il n'y a pas d'équivalent de cette SNBC où le
03:12mot apparaît.
03:13Après, cela ne veut pas dire que ça apparaît sur la base des fondements théoriques qu'il y a derrière.
03:17Mais je considère qu'il y a quand même une confiscation du politique, de la sobriété au sens large.
03:24Donc il y a une distance entre le fait de citer le mot et de prendre et de faire des
03:28actes, en tout cas, en écho à ce mot.
03:30Et on ne peut qu'avoir cette distance-là. Pourquoi ? Parce que la sobriété, c'est une remise en
03:35question du système politico-économique tel qu'il est organisé, ce que la SNBC ne fait pas.
03:39On va en reparler, évidemment, tout à l'heure, parce que c'était une grande bataille quand même, une grande
03:43victoire aussi pour vous au cours de votre carrière.
03:46Yamina Saeb, dans quel environnement familial est-ce que vous avez vécu, vous qui avez grandi à Alger dans les
03:50années 70 ?
03:51On va commencer un petit peu à brosser votre portrait, puisque c'est le principe de cette émission du vendredi.
03:56Ça ressemble à quoi, votre enfance ?
03:58Une enfance heureuse dans une Algérie qui a été plutôt progressiste, parce que moi, je suis née après l'indépendance.
04:05Et donc, pour ma génération, on a eu accès à l'école, on a eu accès à l'éducation, à
04:09la santé, on a été vaccinés.
04:11Vous vous rendez compte ? Moi, je suis la première dans ma famille à avoir été vaccinée.
04:15Je fais partie de la première génération vaccinée, alors que l'équivalent de ma famille en France métropolitaine, c'est
04:21troisième ou quatrième génération.
04:22Et je suis aussi la première de ma génération où l'instruction était obligatoire et disponible, et on avait une
04:29instruction de bonne qualité.
04:31Et donc, c'était plutôt une Algérie qui regardait vers l'avant, vers l'avenir progressiste.
04:37Et dans ma famille, une chose peut-être qui était un peu particulière, je m'en suis rendue compte plus
04:41tard.
04:42Famille Kabyle ?
04:42Famille Kabyle, famille d'origine Kabyle.
04:44Mais en fait, on a grandi à Alger, on est né à Alger.
04:47On a grandi à Alger, d'un papa qui est né en Kabylie, mais qui a grandi à Lyon, et
04:52qui a fini, et ses trois dernières années en France, il les a finis en prison, pendant la guerre d
04:59'Algérie, parce qu'il aurait distribué des tracts pour demander l'égalité des droits dans l'accès à l'enseignement
05:06supérieur.
05:07Donc, c'est quand même assez épiote.
05:09C'était une prise de risque.
05:10Ben oui, et à l'époque, il faut se remettre dans les années 50, et donc il a été libéré
05:15à Alger, c'est comme ça qu'il est resté à Alger, et d'une maman qui a grandi en
05:18Algérie, mais pas du tout en Kabylie, Kabyl aussi, mais qui a grandi dans une petite ville à l'intérieur
05:23du pays, une petite ville plutôt arabophone.
05:26Seulement, l'identité Kabyl était très forte dans ma famille, et donc mes parents ont insisté, surtout ma mère, pour
05:31qu'on parle Kabyl, et du coup, nous, on a appris le Kabyl et le français en même temps.
05:35Ce sont deux langues, on ne distingue pas.
05:38Quand on grandit dans un milieu où il y a plusieurs langues, on ne fait pas cette distinction, parce qu
05:42'on est dans l'immersion tout le temps.
05:45Et donc, cette identité Kabyl a quand même...
05:47Aujourd'hui, je me rends compte qu'elle a beaucoup forgé la personne que je suis, parce que dans les
05:52années 70, ce qu'il faut savoir, c'est que l'identité berbère ou Kabyl n'était pas reconnue dans
05:57la constitution algérienne.
05:59Ce n'est qu'en 2005, je crois, qu'il y a eu cette reconnaissance-là.
06:01Et donc, apprendre à ses enfants à parler Kabyl à Alger, c'était un acte de résistance.
06:06Oui, c'est ça. Ça, ça caractérise aussi, finalement, votre cadre familial, cette résistance culturelle, quoi.
06:12Elle était là, elle était obligée, elle était imposée par le régime qui était en place.
06:17Dans mon cas, mon prénom aussi, Yamina, qui est en fait une berbérisation d'un prénom arabe, Amina.
06:25Amina, dans la culture arabo-musulmane, fait référence à la mère du prophète.
06:30Mais moi, mon prénom, c'est le prénom d'une tante paternelle qui est morte pendant la guerre d'Algérie,
06:36qui aurait été tuée par l'armée française.
06:38Et la légende dans le village raconte qu'elle aurait été accrochée à un arbre pour la donner en exemple.
06:44Et donc, moi, j'ai grandi dans un environnement où je savais qu'il fallait résister et qu'en résistant,
06:49on gagne.
06:49On finit toujours... Les causes justes finissent toujours par gagner.
06:53Donc, votre prénom, il porte ça aussi ?
06:54Il porte ça aussi. Je me souviens, quand j'étais en CE1, la maîtresse avait orthographié mon prénom comme étant
07:00Amina.
07:01Donc, je l'ai corrigé et j'ai été punie.
07:03Et puis après, mon père est allé la voir pour lui expliquer.
07:05Parce qu'elle m'avait dit que c'était le prénom de la mère du prophète.
07:07Je lui ai dit, oui, mais moi, c'est le prénom de ma tante.
07:09C'est la mère du prophète, je ne la connais pas.
07:11Donc, en fait, ma référence, c'était ma tante qui avait résisté.
07:14Et puis, une résistance pour une cause juste qui a gagné, qui a fini par gagner.
07:19Avant qu'on commence cette émission, vous m'avez appris à bien prononcer votre nom.
07:23On prononce Yamina Saheb.
07:24Oui.
07:24Mais en réalité, ce n'est pas comme ça qu'il faudrait le prononcer.
07:26Non, c'est Saheb.
07:27Yamina Saheb.
07:28Et d'ailleurs, même mon nom de famille, en fait, ce n'est pas mon vrai nom.
07:31C'est le nom que l'administration coloniale a donné à ma famille.
07:34Et j'ai compris plus tard, en lisant le livre d'Alain Maillet sur l'anthropologie de la grande Kabylie,
07:39que les familles kabiles...
07:41Parce qu'en fait, Alger est tombé en cinq jours, en 1830.
07:44Et la Kabylie, il a fallu 40 ans.
07:47Et donc, les familles qui ont résisté, qui étaient dans la plaine,
07:49l'administration coloniale, après, leur a donné des noms qui sont sortis.
07:52Et c'est un nom aussi qui a un sens en arabe, qui n'a pas du tout de sens
07:55en Kabylie.
07:55Mais un vrai nom en Kabylie, ça serait Haït Lamara.
07:57Qui veut dire ?
07:59On est les descendants de Lamara.
08:03La Kabylie, c'est la montagne ?
08:05Oui.
08:05Yamina Saheb.
08:06Alors, qu'est-ce qu'il y a de montagnard en vous, finalement ?
08:08Rien du tout.
08:09Puisque vous êtes d'Alger.
08:09Rien du tout.
08:10Il n'y a rien de montagnard.
08:11D'autant plus qu'avec mes parents, ils ont insisté sur la culture kabyle, la langue, etc.
08:16Mais on est partis une seule fois avec mes parents en Kabylie.
08:22Sauf que ce qu'il y a de montagnard en moi, c'est que j'aime bien aller faire des
08:24balades à la montagne.
08:25Mais pas nécessairement.
08:26Je n'en ai pas vraiment fait en Kabylie.
08:28Vous auriez pu aimer ça sans être kabyle, forcément.
08:30Voilà, j'aurais pu aimer ça sans être kabyle.
08:32Vous le disiez, l'éducation a une grande importance dans cette enfance en Algérie.
08:37Et vous choisissez, évidemment un peu plus grande, de faire l'école militaire d'ingénieur à Alger.
08:42Pourquoi ce choix ?
08:44Alors, au moment où je passais le bac, j'avais postulé pour l'école du Louvre à partir d'Alger.
08:48Mais j'ai passé le bac pendant la période du terrorisme.
08:51Donc l'Europe était fermée pour les Algériens.
08:54J'ai réussi le concours pour aller là-bas.
08:56Mais ma mère a refusé de me payer les études parce qu'elle disait que...
09:00Pour aller où au Louvre ?
09:01Oui. Elle disait que c'était une école pour la bourgeoisie parisienne.
09:05Et que peut-être que je faisais partie de la bourgeoisie, mais à ce moment-là, ça serait algéroise.
09:08Je n'avais aucune chance, en fait, de réussir.
09:10Et donc, j'avais pensé à l'école d'architecture.
09:13Je ne me souviens plus très bien pourquoi je n'ai pas fait l'école d'architecture.
09:15Puis, si je me souviens bien, j'avais un cousin qui m'avait dit, tu vas t'ennuyer à l
09:19'école d'architecture.
09:19Parce que j'étais très bonne en maths.
09:20Il m'a dit, ça ne te convient pas là.
09:22Il m'avait dit, il vaut mieux que tu fasses une école d'ingénieur.
09:25Et donc, la plus proche de ce que je voulais faire, c'était l'école...
09:27Parce que ça, c'était une formation d'ingénieur en bâtiment, en fait.
09:30Et je voulais faire quelque chose lié au bâtiment.
09:32Donc, milieu quand même très masculin.
09:34Super masculin.
09:35On était cinq filles sur une promo de 110.
09:38Vous avez vécu beaucoup de discrimination au sein de cette école ou pas ?
09:41Une dont je me souviens, c'était un prof qui enseignait le décès architectural,
09:45qui considérait que les filles ne pouvaient pas comprendre le décès architectural.
09:48Vous comprenez, c'est compliqué pour nos petits cerveaux de femmes.
09:51Et donc, qu'ils notaient mal les filles.
09:54Moi, j'avais eu une bonne note, un peu par hasard.
09:56J'avais eu la note qu'ils considéraient que je méritais.
09:58Parce qu'il y avait une erreur sur mon prénom.
10:00Il n'y avait pas Yamina, c'était écrit Yamine.
10:02Donc, j'étais un garçon pour lui.
10:04Et puis, quand il a su ça, le deuxième semestre, il m'a saqué.
10:06J'ai demandé une commission d'enquête, une commission de correction.
10:10La commission de correction a eu lieu.
10:11Mais il y avait une prof, une femme, qui m'avait dit,
10:13de toute façon, on va confirmer sa note, parce que c'est comme ça.
10:16Sauf que lui, il avait demandé à ce que je sois exclue de l'école.
10:18Mais là, comme j'étais très bonne, ils m'en voulaient.
10:22Parce que là, j'ai contesté.
10:23Personne ne conteste.
10:24C'est une école militaire.
10:25On ne conteste pas.
10:26Et donc, moi, j'étais civile quand même.
10:27Je n'étais pas militaire.
10:29Et donc, du coup, mais seulement les autres profs,
10:32j'avais eu de très bons résultats la première année.
10:35Et donc, ils ont dit, on ne peut pas exclure la meilleure élève qu'on avait.
10:39J'avais une très bonne moyenne.
10:41Et après, il m'en voulait, même à la fin, il voulait encore me saquer.
10:47Et il a voulu faire partie de mon jury de soutenance.
10:50Parce que dans les écoles d'ingénieurs, on présente la mémoire, on fait une soutenance.
10:52Et là, j'ai joué sur...
10:54J'ai eu un peu de culot.
10:55Parce qu'à ce moment-là, il y avait un général algérien qui portait le même nom que moi.
10:58Mais qui n'a aucun lien de famille.
11:01Et donc, j'étais allée voir le directeur des études.
11:03Et je lui ai dit, de toutes les façons, s'il est dans mon jury, je préviens mon oncle.
11:09Et il n'a pas été dans le jury.
11:10Ça a marché.
11:10Il n'a pas pu vous savonner la planche.
11:11Après, j'ai fini ma jour de promotion.
11:13Ce qui ne lui a pas beaucoup plu.
11:16Mais oui, il y avait des discriminations.
11:17En fait, c'est une école d'ingénieurs.
11:20Même ici, en fait, les écoles d'ingénieurs, il n'y a pas beaucoup de filles.
11:23Mais alors, ingénieurs militaires, c'est encore moins.
11:25Et dans un contexte...
11:27Au début, je vous disais, mon enfance, c'était une Algérie progressiste.
11:30Là, c'était une Algérie qui retournait, qui était en retrait.
11:34Là, c'est un contexte politique très violent à l'époque.
11:37Très, très violent.
11:37On est quelle année, là, à peu près, quand vous êtes majeure de promotion ?
11:40On est entre 90 et 95.
11:41Oui, c'est ça.
11:41D'ailleurs, moi, j'ai vécu dans mon école.
11:43Une voiture piégée est venue à exploser à l'intérieur de mon école.
11:48J'ai vécu la période du terrorisme.
11:50J'ai été étudiante pendant la période du terrorisme en Algérie.
11:54Et comment on le vit ?
11:55Et quels souvenirs on en garde, alors ?
11:57Alors, quand on est là-bas, quand on le vit, on est dans la résistance.
12:02Donc, on se dit, ils ne vont pas gagner.
12:04On ne va pas les laisser gagner.
12:06Par exemple, en 95, il y a eu une élection présidentielle, parce qu'on est partis.
12:12Pendant longtemps, on n'avait pas de gouvernement.
12:14Quand il y avait eu l'élection présidentielle, c'est la seule élection où je suis allée voter.
12:19Ça faisait partie de la résistance.
12:21Comme j'habitais un quartier plutôt bien, j'ai même surveillé un bureau de vote à Alger.
12:25Mais c'était là que votait le Premier ministre.
12:27Donc, il n'y avait pas trop de risques pour moi.
12:31Et après, c'est quand je suis partie, c'est quand je suis arrivée en France,
12:35qu'on se rend compte du poids de ce qu'on a vécu
12:38et du décalage entre notre époque, au niveau international,
12:42dans les pays où il y a de la paix, et ce que nous, on a vécu.
12:45Et j'ai mis beaucoup de temps pour réapprendre.
12:47J'ai dû réapprendre à vivre.
12:49Et il y avait un médecin qui m'avait aidée
12:51et qui avait eu la présence d'esprit de m'expliquer
12:53qu'en fait, j'ai vécu un grand traumatisme
12:55et que ce traumatisme-là, il ne partira jamais.
12:57Seulement, le cerveau a la capacité de le mettre dans une boîte.
13:00C'est ce que mon cerveau, a priori, a fait.
13:03Seulement, si jamais je subissais un nouveau choc,
13:06ça pourrait ressortir.
13:07Et c'est ressorti.
13:08Les cauchemars que je faisais sont ressortis
13:10quand il y a eu le Bataclan.
13:11Ça, ça a été vraiment un événement pour vous
13:13qui a fait ressurgir ?
13:16J'avais à nouveau peur de sortir.
13:18Ce que je ne connaissais plus depuis 2002.
13:22Parce que, grâce à ce médecin-là,
13:24j'avais réussi à vivre avec, à le mettre dans une boîte.
13:27Yamin Assa, vous êtes notre invitée au Carré cet après-midi,
13:29avec un sweatshirt que vous portez
13:31et sur lequel est écrit « Politics is cool ».
13:36Vous auriez pu dire « Résistance is cool » aussi.
13:39Ce tee-shirt-là, je l'ai eu à l'Académie des Futurs Leaders
13:42qu'a lancé Alice Barbe.
13:45J'ai eu l'opportunité de suivre la formation
13:47là-bas en 2023.
13:49On avait eu ce tee-shirt-là, ce pull-là.
13:51Et en fait, je le porte parce qu'en français,
13:55on n'a pas le mot « politics ».
13:56On n'a que le mot « politique ».
13:58Et en anglais, on a deux mots.
14:00Il y a le mot « politics » et le mot « policy ».
14:02Et en fait, je pense que parce qu'il n'y a pas le mot
14:04dans la langue française, qu'il y a souvent de la confusion.
14:07Et en vérité, tout ce qui se passe sur la question écologique, etc.,
14:10c'est d'abord « politics » et ensuite, ça devient « policy ».
14:13« Policy », ce sont les instruments.
14:14Par exemple, « politics », on va discuter de…
14:17Est-ce qu'on va laisser l'espace, la chaussée, plus pour la voiture ?
14:21Ou alors, est-ce qu'on va mettre un petit peu de justice
14:23et laisser de la place pour… »
14:24C'est le débat dans la cité, finalement.
14:25C'est le débat dans la cité.
14:26C'est ça qui m'intéresse.
14:27Et donc, si je l'ai mis, en fait,
14:28bien sûr que ce n'est pas neutre.
14:29Bien sûr.
14:30Moi, je fais partie des scientifiques
14:31qui ne défendent pas l'idée de la neutralité de la science.
14:33Je vois bien le message que vous envoyez
14:35face aux caméras du studio de la Terre au Carré.
14:37Je l'ai mis exprès
14:38et je remercie l'Académie des Futurs Leaders
14:40de me l'avoir offert.
14:41Yamin Asseb, on se retrouve dans un instant.
14:43On va parler sobriété avec vous.
14:44Vous êtes notre invitée au Carré.
14:53Y'a de la piste dans ses yeux de pistache
14:55si je peux pas mieux faire
14:56Y'a des bottes qui font tout à notre place
14:58à part tirer un coup quand on n'a rien à faire
15:01Sourire avec les yeux comme tu sais si bien le faire, bâtard
15:04C'est le monde à l'envers
15:05C'est moi qui me demande si je fais pas tout de travers
15:07Mais j'arrive pas à lui plaire
15:09J'essaie de trouver la famille, y'a rien à faire
15:11J'raccroche mon tête, j'en parle à moi-même
15:13Et du fou, c'était ça que je voulais au début
15:15Moi aussi, ouais putain trop bien
15:16Y'a de pote, c'est ça ?
15:18Ça tombe à pic
15:20Mais c'est pic, pic, pic, un peu quand même
15:22Je cuisine pour une personne depuis au moins six semaines
15:25Ça fait tic, tic, un peu quand même
15:27Pic, pic, ça m'fou l'aime
15:29Mais c'est pic, pic, pic, un peu quand même
15:31Je cuisine pour ma pomme depuis au moins six semaines
15:34Ça fait tic, tic, un peu quand même
15:36Pic, pic, ça m'fou l'aime
15:47Je suis comme un célibataire de 30 balais
15:49Quand ça sonne dans ma porte, c'est pour voisins d'en bas
15:51Et même quand c'est la pause, bosser jamais pour moi
15:54Moi je suis là, j'ai des time et des lèvres dans le frigo
15:56Y'en a un peu trop, je pensais que tu viendrais
15:58Mais je suis solo
15:59Du coup, je reste dans ta fraise
16:04Mais c'est pic, pic, pic, un peu quand même
16:07Je cuisine pour une personne depuis au moins six semaines
16:09Ça fait tic, tic, un peu quand même
16:11Pic, pic, ça m'fou l'aime
16:14Mais c'est pic, pic, pic, un peu quand même
16:16Je cuisine pour ma pomme depuis au moins six semaines
16:18Ça fait tic, tic, un peu quand même
16:20Pic, pic, ça m'fou l'aime
16:31Ca fait pic, pic, pic, pic, pic, pic
16:34Ca fait...
16:36Ca fait...
16:59Peut-être une révélation aux victoires de la musique ce soir.
17:02Mickey, ça pique un peu quand même.
17:05France Inter.
17:08Mathieu Vidard.
17:11La terre au carré.
17:14La société de consommation, moi je l'appellerais plutôt la société de destruction.
17:19On tue les arbres, on tue les oiseaux, on tue les hommes aussi dans tous les coins du monde, on
17:25tue toutes les raisons de vie.
17:26Il y a des ressources qui sont épuisables et qui ne peuvent pas être renouvelées.
17:30C'est cet équilibre entre population, production, ressources, espaces disponibles qu'il faut trouver, et trouver assez rapidement.
17:40Sinon, si nous ne faisons pas ça, nos fils, les prochaines générations, devront payer notre prévoyance et notre égoïsme.
17:49Voilà, c'était René Barjavel qu'on entendait au début de cet archive de l'INA en 1969,
17:53avec ensuite l'italien Aurelio Peccei, industriel, et qui a été le fondateur du Club de Rome en 1973, Yamina
18:00Saeb.
18:01Vous aviez deux ans à ce moment-là.
18:04Les mots qu'on entend là, ils ont encore un écho terrible aujourd'hui finalement.
18:08Oui, ils ont un écho terrible, mais je pense qu'il faut aller plus loin que ça, parce que la
18:12consommation,
18:13c'est le résultat de l'organisation politico-économique du monde et de nos sociétés.
18:18Donc c'est une conséquence en vérité.
18:19Et lorsqu'on focalise uniquement sur la consommation, c'est l'un des reproches que je fais aux collègues qui
18:23travaillent en sociologie,
18:25principalement uniquement sur la consommation, c'est qu'on se retrouve à travailler sur un symptôme et pas du tout
18:31sur les causes.
18:32Et les causes, c'est comment le monde est organisé depuis, on va dire, la crise de 1929.
18:37Et en vérité, on est là parce que, de mon point de vue, la crise de 1929 n'a jamais
18:41été résolue.
18:42C'est pour ça que nous en sommes là où nous sommes aujourd'hui.
18:44Et puis la consommation, ça stigmatise aussi beaucoup le consommateur, précisément.
18:48Alors que quand on va en racine du problème, là, on est dans une dimension qui est tout autre.
18:52Il y a un très très bon livre de Niklas Olson sur le consommateur souverain.
18:59Comment est-ce que le consommateur, l'idée du consommateur souverain a été créée ?
19:02Justement, c'est au moment de la crise de 1929.
19:04Donc, il retourne, il donne une histoire différente du capitalisme et de la consommation.
19:10Et en fait, en 1929, quand il y a eu la crise, au lieu de s'attaquer à la racine
19:16du problème de la crise,
19:17ils ont inventé le crédit à la consommation, ils ont encouragé la consommation.
19:21Il y a d'abord, ça a bien fonctionné aux États-Unis temporairement.
19:24Mais après, à cette époque-là, le marché américain n'était pas très important.
19:29Donc, comme ils continuent à produire et à se faire pour se faire plus d'argent,
19:33ils ont fait l'extension vers l'Europe grâce au plan Marshall.
19:37Et puis après, on a fait cette extension-là au reste du monde grâce à l'aide au développement.
19:42L'aide au développement, elle a principalement servi à ça.
19:45Et aujourd'hui, nous en sommes là où...
19:47Donc, ça sert à entretenir cette machine, finalement.
19:49Ça a servi uniquement à entretenir la machine.
19:51C'est pour ça que moi, je fais partie des gens qui considèrent que la crise de 1929 n'a
19:54jamais...
19:54Les problèmes qu'elle a posés n'ont jamais été addressed, n'ont jamais été résolus, en fait.
19:59Et on n'a fait que l'extension.
20:01Et on se retrouve... Après, bien sûr, il y a eu l'OMC, la Chine, le réveil de la Chine,
20:05etc.
20:06Et on se retrouve dans ce monde.
20:07Ce qu'on a mondialisé, c'est la consommation.
20:10C'est le modèle occidental-américain, plutôt, de la consommation.
20:13C'est ça qu'on a mondialisé.
20:14Ça, ça ne va pas du tout avec les limites planétaires.
20:16C'est ça. Et c'est d'autant plus difficile de nous entendre parler, aujourd'hui, de sobriété, par exemple,
20:21lorsque, pendant des décennies, on a été gavés, biberonnés, précisément, à cette société de la consommation,
20:27avec les transglorieuses, évidemment, qui nous ont complètement occulté le problème.
20:31Voilà. C'est très difficile, mais il y a des endroits, par exemple, aux États-Unis, où on ne peut
20:37pas...
20:38C'est très paradoxal, en fait.
20:40La doctrine du sobriétisme, c'est un Américain qui a écrit ça.
20:44C'est Harry Frankfurt, en 1987.
20:45Même si, dans ce qu'il a écrit, ça reste quand même très libéral, très consommateur.
20:50C'est les années Reagan, là.
20:51Oui, c'est les années Reagan.
20:52Et l'autre, le livre référence, aujourd'hui, sur la sobriété, c'est Thomas Prinson,
20:57qui l'a publié en 2005, c'est The Logic of Sufficiency.
21:00Et donc, deux références américaines.
21:02Mais après, Thomas, par exemple, il me dit...
21:04Harry Frankfurt, je ne l'ai jamais rencontré, parce qu'il est mort.
21:06Mais Thomas Prinson, il me dit...
21:08Mais bien sûr que ça, ça ne peut même pas rentrer dans l'une des oreilles de nos politiques.
21:13Voilà, dans le logiciel.
21:14C'est une remise en question de ce logiciel-là.
21:17Et moi, ce que je pense, c'est que la crise écologique,
21:20et puis aujourd'hui, à laquelle se rajoute une crise sociale,
21:23et puis on a une crise géopolitique,
21:25et moi, je pense que le trampisme,
21:28j'essaye d'être positive,
21:29et je me dis que le trampisme,
21:31avec tout ce qu'il est en train de faire,
21:34ça nous impose, à nous, Européens,
21:36de nous repositionner dans le monde,
21:38dans ce monde-là, dans le XXIe siècle,
21:40d'autant plus que, d'un autre côté,
21:42il y a la montée de la Chine,
21:44et on ne peut pas se repositionner
21:46si on ne remet pas en question ce modèle-là,
21:49qui est un modèle qui fait de nous déjà des...
21:52C'est quoi le modèle ?
21:54Est-ce qu'on peut le nommer, quand même ?
21:55C'est quoi ? C'est le capitalisme industriel ?
21:57Ah, mais bien sûr, c'est le capitalisme.
21:58C'est le modèle capitaliste.
22:01Le modèle capitaliste,
22:02et tout ce qui va avec le capitalisme,
22:05par exemple, vous retrouvez,
22:06parce qu'on parle beaucoup du rapport du GIEC,
22:09vous allez...
22:09J'ai eu une étudiante, Anna Diaz-Vidal,
22:12qui a regardé...
22:14Elle a regardé quels sont les concepts
22:17qui reviennent le plus dans le rapport du GIEC,
22:19le groupe 3.
22:20Eh bien, elle trouve que le concept de marché,
22:24les concepts néolibéraux reviennent le plus dans le rapport.
22:27Après, dans le résumé, pour décideurs, un petit peu moins.
22:30C'est là qu'on voit les gouvernements
22:31qui essaient quand même de reprendre un petit peu le pouvoir.
22:35Et j'aime bien son rapport, son mémoire,
22:38parce que le titre de son mémoire,
22:39c'est « Summarizing is power ».
22:41Résumé, c'est un pouvoir.
22:43Et ça revient à la question politique.
22:45Et aujourd'hui, comme ça, c'est la pensée dominante,
22:48ces gens-là, du matin au soir,
22:50dans toutes les sphères,
22:51nous saoulent avec les idées capitalistes,
22:54le capitalisme qui est le problème
22:56qui va résoudre le problème,
22:58qui va résoudre la crise.
23:00Et dès que nous, on dit que le problème,
23:02c'est le capitalisme,
23:03eh bien, vous êtes idéologues,
23:04vous êtes ceci, cela.
23:05Mais en fait, c'est juste que ce qu'on dit,
23:07ce n'est pas mainstream.
23:08Et en fait, ces gens-là,
23:10à l'époque du post-kénésienisme,
23:11les années 20 avant la crise,
23:14ils étaient, pour une partie d'entre eux,
23:16traités pareils par les autres.
23:17Donc en fait, encore une fois,
23:18on se retrouve dans une dominance de groupe.
23:20Est-ce que votre ambition,
23:21c'est de rendre la sobriété mainstream ?
23:23Yabina Saeb ?
23:24Mais bien sûr.
23:25C'est pour ça que j'ai lancé,
23:26avec des collègues,
23:27le Laboratoire mondial des sobriétés.
23:29Parce que, une chose est sûre,
23:31lorsqu'on regarde les...
23:33Je vais me limiter la crise écologique
23:35à la question climat,
23:36parce que c'est cette partie-là sur laquelle je travaille,
23:38mais elle est beaucoup plus vaste,
23:39la crise écologique.
23:40Avec les politiques actuelles,
23:42on s'assumine vers minimum
23:45autour de 3 degrés de réchauffement planétaire.
23:473 degrés de réchauffement planétaire,
23:49c'est l'équivalent de 4 degrés pour la France.
23:51Ce qu'on ne dit pas,
23:52parce que les personnes ne parlent de ça,
23:53c'est que pour passer du 1,5 d'aujourd'hui
23:55à 3 degrés mondial,
23:58entre-temps, on aura tué tous les écosystèmes
24:00qui nous permettent de vivre sur Terre.
24:02Donc en fait, c'est l'habitabilité de la planète.
24:03Pour nous, c'est une question,
24:05est-ce qu'on va être des ancêtres ou pas ?
24:06C'est ça la vraie question, en fait,
24:08la question écologique.
24:09Et si on essayait de se mettre dans l'accord de Paris,
24:13qui est...
24:14Moi, je pense que ce n'est pas ambitieux
24:15et que ça ne fera pas grand-chose
24:16parce qu'il n'y a pas d'obligation
24:18de réduction des émissions dans cet accord-là.
24:19Ce n'est pas suffisamment contraignant.
24:20Ce n'est pas du tout contraignant.
24:22Ce n'est pas que ce n'est pas suffisamment.
24:23Ce n'est pas du tout contraignant.
24:24Parce que la contrainte,
24:25c'est l'obligation de réduire les émissions
24:27et d'avoir des trucs légaux
24:29si jamais vous ne réduisez pas les émissions.
24:31Si on se mettait dans cette logique-là
24:32pour être autour du...
24:34On ne va plus être autour du 1,5,
24:35mais autour de 2 degrés,
24:37ça, ça ne peut pas se faire sans sobriété.
24:38Donc, il faut arrêter de se mentir,
24:40de me dire que les instruments de marché
24:42vont pouvoir faire ça.
24:44Parce que ça fait 30 ans
24:45qu'on nous raconte cette salade.
24:46Et bien, ça fait 30 ans
24:47que les températures ne font qu'augmenter.
24:48Est-ce que vous pointez du doigt
24:50les limites également du GIEC lui-même,
24:53dans ce que vous nous dites ?
24:54Alors, moi, je pense que le GIEC,
24:56Est-ce qu'il doit se réformer, tout simplement ?
24:58De par lui-même, ça m'étonnerait.
25:00Moi, je ne crois pas à la réforme interne
25:01des institutions.
25:02Moi, je pense que le GIEC souffre
25:05des limites de comment la science est organisée.
25:09Parce qu'aujourd'hui,
25:10si vous travaillez plutôt
25:11sur les instruments de marché,
25:13il vous est beaucoup plus facile
25:14d'être financé,
25:16et donc de publier,
25:17et donc d'alimenter des rapports
25:19comme les rapports du GIEC.
25:20Pourquoi vous n'êtes plus au GIEC aujourd'hui,
25:21Amina Saeb ?
25:22Parce que c'est une histoire
25:24assez intéressante, mais assez triste.
25:26D'abord, parce que le point focal
25:28GIEC français aurait décidé,
25:31c'est ce que j'ai lu dans l'email
25:33que j'ai reçu,
25:34de ne plus informer,
25:36de ne plus partager aucune information
25:38avec les chercheurs français
25:41ou ceux basés en France,
25:43qui ne sont pas de nationalité française,
25:45a priori, ce qui n'est pas mon cas.
25:47Ils m'ont écrit qu'ils ont filtré
25:50la liste qu'ils avaient
25:51par nationalité.
25:53Ce à quoi j'ai répondu,
25:54parce que peut-être que j'apparais
25:55avec la nationalité algérienne
25:56dans leur liste,
25:57ce à quoi j'ai répondu,
25:58je vous serais reconnaissante
25:59d'intégrer une colonne
26:00pour les binationaux.
26:01Ce à quoi je n'ai jamais reçu
26:03de réponse.
26:03Donc moi, je considère
26:04que ce qui s'est passé là,
26:06ça serait bien qu'il y ait une enquête,
26:07que ceux qui ont le pouvoir
26:09de faire des enquêtes
26:10qu'ils en fassent,
26:10je considère que ça,
26:12c'est du racisme institutionnel
26:14en bonde organisé.
26:15Pourquoi ?
26:16Bien sûr,
26:17j'utilise ce terme-là.
26:18Vous y allez fort.
26:18J'y vais fort,
26:20parce que je suis victime de ça
26:21et je ne suis pas la seule victime.
26:23Pourquoi ?
26:24Parce qu'en fait,
26:25le point focal GIEC en France,
26:27il a trois ministères de tutelle,
26:29les affaires étrangères ou européennes,
26:31la transition et la recherche.
26:34Donc on a trois ministères,
26:35je ne sais pas s'ils le savaient
26:36ou pas avant cette émission,
26:37mais en tout cas maintenant,
26:37s'ils le savent,
26:38ils devraient ouvrir des enquêtes.
26:40Moi, j'aimerais bien savoir
26:40comment est-ce qu'ils en sont arrivés là
26:43et qui aurait soufflé cette idée-là
26:45de filtrer par nationalité
26:47et puis, pour moi,
26:50vous savez, ça me fait penser,
26:51je relis souvent Stéphane Zweig
26:53parce que j'adore cette époque-là
26:56qu'il décrit
26:57qui est avant la fascisation de l'Europe
26:59et j'ai l'impression
27:00qu'on est dans cette époque-là
27:02d'avant la fascisation de l'Europe,
27:05d'autant plus qu'aujourd'hui,
27:06on a un pouvoir trumpiste
27:07qui encourage d'aller dans ce sens-là.
27:09Il a quitté l'Europe, lui,
27:11Stéphane Zweig, justement.
27:12Je sais, ça s'est mal fini pour lui.
27:14Il s'est suicidé au Brésil.
27:15Il s'est suicidé au Brésil, oui.
27:16Mais par contre,
27:17ses écrits restent magnifiques.
27:19Vous parliez de la neutralité scientifique tout à l'heure.
27:21Vous disiez,
27:21alors moi, ce n'est pas mon genre,
27:22la neutralité scientifique.
27:23Certainement pas.
27:24C'est quelque chose
27:25que beaucoup de scientifiques
27:26n'assument pas
27:27de sortir de cette neutralité, justement.
27:29Moi, je pense qu'ils se cachent derrière.
27:31Ils n'ont pas le courage.
27:32C'est tout.
27:33Si la science avait été neutre,
27:35vous imaginez,
27:35on a eu des zoos humains,
27:37un zoo humain
27:39au jardin d'acclimatation.
27:40On a de la science.
27:41C'était la biologie.
27:42Si la science avait été neutre,
27:44moi, dès que le rapport du GIEC,
27:45dès qu'on avait fini,
27:46on n'aurait pas eu des scénarios
27:49dits du GIEC.
27:50Ce n'est pas le GIEC qui les faits,
27:51mais c'est la colonie.
27:51Des scénarios colonialistes.
27:52Vous savez ce qu'il y a
27:53dans les fameux scénarios
27:54qui nous amènent vers le 1.5 ?
27:56C'est des scénarios
27:56qui font l'extension
27:57des inégalités
27:58dont on a hérité,
27:59des inégalités coloniales.
28:01Et, par exemple,
28:03aujourd'hui,
28:04un Africain
28:04consomme moins d'énergie
28:06que nous
28:07pour plein de raisons.
28:09OK, aujourd'hui,
28:09c'est notre héritage.
28:10C'est un état des lieux.
28:14Ce qui me gêne, moi,
28:14c'est quand on fait
28:15l'extension de cette inégalité
28:17jusqu'à la fin du siècle.
28:18Ça, ce n'est pas neutre du tout.
28:20Derrière, il y a des mécanismes.
28:22Et on ne peut pas être neutre.
28:23Pourquoi ?
28:23Parce que la science...
28:24En fait, les gens confondent
28:25la neutralité et l'objectivité.
28:26La science, c'est objectif,
28:28c'est basé sur des méthodes
28:29et normalement, c'est réplicable.
28:30Ce n'est pas toujours le cas,
28:31mais on va dire que c'est réplicable.
28:32Ça, c'est la méthode scientifique.
28:33Ça, c'est la méthode scientifique.
28:34Donc, il y a la méthode.
28:34Ça, ce n'est pas à contester.
28:36Ensuite, la neutralité,
28:37la science serait neutre
28:38quand ce ne sera plus
28:39des êtres humains
28:39qui vont faire de la science.
28:40Mais même si c'était
28:41l'intelligence artificielle,
28:42au départ, c'est nous
28:43qui alimentons l'intelligence artificielle.
28:44Donc, ça ne peut pas être neutre.
28:45C'est des gens
28:46qui fuient leurs responsabilités.
28:48Politics is cool.
28:49Yamin Assa,
28:50notre invité au Carré.
35:15c'est ça l'économie circulaire
35:17et tous ces concepts-là
35:18mais en fait si vous faites ça, il y a toujours
35:20de la chaleur qui se dissipe, il y a toujours des pertes
35:22qui ne sont pas prises en compte, si vous ne prenez pas en compte
35:24le deuxième principe et l'entropie, vous allez
35:26arriver droit dans le mur, et c'est là
35:28où on arrive, là contre le mur
35:31en raison de la nature
35:33et la nature, on ne peut pas la discipliner
35:35Mais du point de vue énergétique, c'est quel mur
35:37en fait exactement ? C'est quoi
35:39finalement le problème réellement aujourd'hui ?
35:41Du point de vue énergétique
35:42Du point de vue énergétique, on a une
35:46consommation énergétique qui est
35:47très très élevée par rapport
35:48à ce qu'on
35:51devrait utiliser si
35:53on devait éviter, si on était sérieux
35:55du point de vue climat et crise écologique
35:57Mais est-ce que ça va devenir de plus en plus élevé
35:59ou est-ce qu'il y a un moment où de toute façon le système énergétique
36:01de lui-même va se casser la figure ?
36:04Parce que d'une part
36:05ça coûtera beaucoup trop cher
36:08Alors ça dépend pour qui ?
36:09Ça dépend pour ce qui ? Par exemple la question énergétique
36:11aujourd'hui, dans nos pays, on a des gens qui souffrent de précarité énergétique
36:14Donc il y a des gens
36:17les opérateurs énergétiques
36:18ceux qui vendent de l'énergie
36:19ils leur limitent leur consommation d'énergie
36:22parce que
36:23non pas pour des raisons climatiques
36:25mais parce qu'ils ne peuvent pas payer des factures énergétiques élevées
36:28Donc il y a déjà de la précarité énergétique
36:30ce qui va sûrement se produire
36:31ce qui est en train de se produire déjà dans nos pays
36:33c'est l'augmentation de la part de la population
36:36qui fait face à des difficultés financières
36:40et ça c'est quelque chose qu'on pourrait régler relativement facilement en Europe
36:46vous savez que le coût, le prix de l'unité d'énergie
36:51est beaucoup plus élevé pour ceux qui consomment le moins
36:54que pour les premières unités que vous consommez
36:57que pour les unités que vous consommez à la fin
36:58donc ça n'a aucun sens d'un point de vue social
37:00d'un point de vue cohésion sociale
37:02et non plus d'un point de vue environnemental
37:03en fait aujourd'hui la structure des prix vous encourage à consommer plus
37:06mais se consommer plus est possible pour ceux qui ont les moyens de consommer plus
37:10Si on regarde l'énergie avec les lunettes justement de la sobriété
37:12le scénario c'est quoi le meilleur des scénarios finalement
37:15pour l'avenir ce serait quoi alors ?
37:17Alors si je regarde par exemple la question de la mobilité
37:19par exemple
37:20dans la question de la mobilité
37:22les politiques qu'on a mis en place pour des raisons climatiques
37:24ou de réduction de notre dépendance énergétique
37:26parce qu'on est très dépendant les Européens
37:28ce sont des politiques d'efficacité
37:29on a d'abord amélioré l'efficacité de la voiture
37:32et puis après maintenant on passe à l'électrification de la voiture
37:34or si on devait remplacer la flotte que l'on a
37:38actuelle de voiture par une flotte électrique
37:40et bien notre réseau électrique ne pourrait pas fournir suffisamment d'électricité
37:43pour toute cette flotte là
37:45vu la consommation qu'on a
37:46par contre ce qu'on devrait faire
37:48parce qu'on part du symptôme encore une fois
37:50la question de la mobilité
37:51aujourd'hui je ne sais pas comment vous êtes venu vous ici
37:54moi j'ai pris le bus
37:55voilà j'ai pas pris le vélo parce qu'il pleuvait mais j'ai pris le bus par exemple
37:58donc en prenant le bus
38:00bien sûr que j'ai pollué j'ai consommé de l'énergie
38:02mais en fait ma consommation et certainement ma contribution
38:04est certainement moindre que si j'étais venue en voiture
38:07je n'ai pas de voiture donc j'aurais pas pu le faire
38:08et donc en fait c'est la question de rapprocher
38:11les services essentiels
38:12de là où des lieux de vie
38:14c'est ça qui conduit
38:15c'est la façon dont on s'est organisé
38:17c'est l'urbanisme en vérité
38:19qui a conduit à cette demande énergétique
38:22très forte dans le cas des transports
38:24Dans votre laboratoire mondial des sobriétés
38:26donc vous êtes la directrice d'Aminia Saïem
38:27qu'est-ce qu'on fait exactement ?
38:29On pense au monde de demain ?
38:30On fabrique des scénarios ?
38:31On fait des rapports qui ne seront pas lus ?
38:33Alors on va faire des scénarios
38:35justement on a un doctorant
38:37Valentin Stulfout qui va faire des scénarios
38:40mobilité et logement
38:41pour la France spécifiquement
38:42avec l'impact macroéconomique
38:44la première chose que l'on a fait au laboratoire
38:48c'était quand j'avais travaillé sur la sobriété
38:50pour le rapport du GIEC
38:51l'un des grands défis qu'on avait eu
38:52c'est que dans la littérature scientifique
38:54le mot sobriété n'apparaît pas nécessairement
38:56donc les gens ils parlent de ça
38:58mais il n'y a pas forcément le mot
38:59il y a très peu de littérature où ça apparaît
39:00et je m'étais rendu compte
39:01qu'en fait la sobriété était un peu partout
39:03mais dissipée
39:04donc nulle part
39:04un peu partout et nulle part
39:05première chose qu'on a fait
39:06c'est de ramener toute cette littérature-là à la surface
39:10on lance bientôt un outil
39:11le chat sufficiency
39:12qui nous permet de ramener toute cette littérature
39:15il faut vous rendre compte
39:16pour vous rendre compte de l'ampleur
39:18Donc vous allez compiler tout ce qui existe
39:19En fait on le ramène et on laisse les gens
39:21après étudier la chose
39:23donc on est parti de 250 millions de publications
39:27on est tombé en mettant notre requête
39:31sur la sobriété
39:32à 550 000 publications
39:35donc c'est pas très stable
39:36Citant la sobriété c'est ça ?
39:38Parlons de sobriété
39:39pas nécessairement citant le mot sobriété
39:41voilà
39:41ça c'est la première chose
39:42ensuite la deuxième chose
39:43nous quand on avait réfléchi à ça
39:45en fait parce que les gens posaient la question
39:47c'est quoi la sobriété ?
39:48Donc là maintenant ils vont pouvoir poser la question
39:49à cet outil qui va leur répondre
39:51et qui va leur ramener de la littérature scientifique là-dessus
39:53et après on s'était dit
39:54il y a des gens qui voudront aller un petit peu plus loin
39:56donc ils voudront se former à la sobriété
39:57donc là on va lancer au printemps un MOOC
40:01sur la sobriété
40:02les principes théoriques de la sobriété
40:03et puis la sobriété dans la vie
40:05parce que la sobriété elle est déjà dans beaucoup d'exemples
40:07et puis après la troisième chose que l'on fait
40:09c'est justement si les gens ont envie
40:11de se mobiliser
40:12de travailler sur le changement de notre monde
40:15c'est on a créé le consortium mondial de la sobriété
40:19et là-dedans on crée des laboratoires nationaux
40:21parce que la sobriété il faut la contextualiser
40:23et le premier laboratoire national qu'on lance
40:25c'est le laboratoire suisse dans deux semaines
40:26le 25
40:27Justement j'allais vous poser la question Yamina Saeb
40:29lorsque comme vous
40:31on est en train de prôner la sobriété du matin au soir
40:34dans sa vie personnelle
40:35alors vous êtes j'imagine un exemple extraordinaire de sobriété
40:38donc comment ça se traduit ?
40:39Alors la sobriété c'est pas individuel
40:41c'est du collectif
40:42moi quand j'étais étudiante à Paris
40:44il n'y avait pas de pistes cyclables sécurisées
40:47ça aurait été du suicide de prendre le vélo
40:49pour aller de chez moi à l'EHSS
40:51aujourd'hui je prends le vélo
40:52sauf quand il pleut
40:54je ne voulais pas arriver toute trempée au studio
40:56mais je prends le vélo tout le temps
40:58pourquoi est-ce que je prends le vélo ?
40:59parce qu'il y a des pistes de vélo
41:01des pistes cyclables
41:02alors c'est pas parfait
41:03c'est pas Copenhague ou Amsterdam
41:04mais c'est beaucoup mieux qu'il y a 25 ans
41:06et puis vous habitez en ville
41:08parce que les gens qui nous écoutent
41:09qui sont à la campagne
41:10bien sûr
41:11mais en fait j'arrive
41:12je peux faire ça
41:13parce que la solution est déjà là
41:15donc ce n'est pas moi individu
41:17qui fait ça toute seule
41:20donc c'est du collectif
41:21encore une fois on revient au collectif
41:22et la sobriété c'est une question de démocratie
41:24dans quelle société voulons-nous vivre
41:26et sur quelle planète voulons-nous vivre
41:28mais qu'est-ce qu'on fait de mieux
41:29quand on est un citoyen
41:30et vous personnellement
41:31pour justement appliquer la sobriété ?
41:33alors quand vous êtes un citoyen
41:35aujourd'hui ne peut pas vivre sobrement
41:36dans le monde tel qu'il est organisé
41:38ça c'est exclu en fait
41:39alors on fait comment ?
41:39voilà
41:40ben on s'organise
41:41on s'organise avec les autres
41:43c'est pour ça qu'on lance
41:44le consortium et le laboratoire
41:45des sobriétés
41:46pour justement
41:47faire des politiques de sobriété
41:49donc il faut passer par le politique
41:51mais au niveau individuel
41:52il y a des petites choses
41:53que l'on fait
41:54qu'on peut considérer
41:55qu'en faisant partie de la sobriété
41:57moi je n'ai pas grandi
41:59dans la société de consommation
42:00par rapport à ma génération en France
42:02moi je n'ai pas eu
42:05les supermarchés
42:06d'ailleurs ça me stresse
42:07les grandes surfaces
42:08moi ça me stresse
42:09j'y vais jamais
42:09vous achetez vos aliments ?
42:12j'achète mes légumes
42:13j'achète mes fruits et légumes
42:15chez le vendeur
42:16chez le maraîcher
42:17à côté de chez nous
42:18et ça me fait plaisir
42:19d'aller au marché
42:20parce que c'est la vie de société
42:21je ne suis pas
42:22je ne suis pas une machine
42:24qui reste chez elle
42:25et qui va taper
42:26et qui va chercher
42:26c'est pas plus cher que le supermarché ?
42:28je n'en ai aucune idée
42:30je n'en ai aucune idée
42:31parce que j'habite à Paris
42:33je n'ai pas de supermarché
42:33à côté de chez moi
42:34et donc
42:35et j'ai grandi
42:36moi j'ai toujours eu le marché
42:38et j'ai toujours aimé
42:39moi c'est des souvenirs d'enfance
42:40d'aller au marché
42:40et donc j'aime transmettre
42:42ce souvenir là
42:42et bien ça
42:43c'est pas avec le vélo
42:44ou en achetant
42:44chez les légumes
42:45chez le maraîcher
42:45qu'on va changer le monde
42:46donc c'est quoi le mot d'ordre ?
42:48c'est politics
42:49le mot d'ordre
42:50j'ai porté ce pull là exprès
42:52it's politics
42:53voilà c'est ce qu'il faut retenir
42:54voilà c'est ça qu'il faut retenir
42:55donc ça veut dire
42:56voter pour les bonnes personnes
42:57voilà
42:57mais avant de voter
42:58il faut
42:59parce que les bonnes personnes
43:00elles ne sortent pas de nulle part
43:01il faut faire la pression
43:02pour que les bonnes personnes existent
43:03pour que les bonnes personnes sortent
43:05et ensuite
43:06il faut aller voter
43:06pour les bonnes personnes
43:07et continuer à travailler
43:08parce que c'est pas juste le vote
43:10la démocratie
43:10c'est pas juste le vote
43:11c'est pas juste mettre un bulletin de vote
43:12c'est tous les jours
43:13qu'il faut
43:14il faut qu'on se réapproprie
43:15notre citoyenneté
43:16et ça ça passe par
43:17politics is cool
43:18merci beaucoup
43:19Yamina Saeb
43:20vous étiez notre invitée au Carré
43:22aujourd'hui
43:23merci à Nama Sardier
43:24qui a préparé ce dossier avec vous
43:26Julien Thévenot à la technique
43:27Jérôme Boulet
43:28qui réalisait cette émission
43:29et Lucie Sarfati
43:30qui coordonne la programmation
43:32de la Terre au Carré
43:33on se quitte avec le fil de l'histoire
43:34Stéphanie Duncan
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