00:00Damien Charlet, il vient de nous rejoindre. Bonjour Damien.
00:02Bonjour Guillaume.
00:03Directeur de la gestion sous mandat de Mandarine Gestion.
00:05Vous allez face au marché, Damien, rendre votre verdict.
00:07Ce moment qu'on va vivre, ce verdict que vous allez rendre.
00:10Est-ce que vous l'assumez ?
00:11Oui, je l'assume absolument Guillaume.
00:13On vous écoute.
00:15Je pense qu'on ne parle pas beaucoup de la Chine
00:18et on n'entend pas beaucoup parler de la Chine
00:20dans toutes les crises qu'on a subies ces dernières semaines.
00:24Et pour nous, c'est le signe que la Chine a vraiment des difficultés
00:28et que ça va durer.
00:29Oh !
00:30Les difficultés chinoises sont de plus en plus visibles
00:32et elles vont perdurer.
00:33C'est votre message.
00:34Il se trouve que ce matin, la Chine a annoncé
00:36son nouvel objectif de croissance.
00:38Le plus faible objectif de croissance de la Chine
00:40depuis 1991.
00:42Oui, alors ça, que la croissance chinoise ralentisse
00:45année après année, on va dire qu'il y a un effet de masse
00:48et un effet de maturité.
00:49Donc, ce n'est pas choquant que les prévisions
00:52soient de plus en plus basses.
00:54En revanche, on avait quelques doutes déjà ces dernières années
00:58sur les 5% de croissance de la Chine.
01:00Et aujourd'hui, effectivement,
01:02lors de son assemblée annuelle,
01:04le Parti communiste annonce 4,5 à 5%.
01:07Donc, c'est plutôt juste une confirmation
01:08que ce qu'on voyait publié par les entreprises,
01:12c'est-à-dire des chiffres d'affaires qui étaient en baisse
01:14ou en difficulté en Chine,
01:15on va le retrouver au niveau plus global.
01:19Mais nous, ce qui nous a intéressés en particulier
01:21sur le sujet chinois, c'est qu'on en avait déjà parlé ensemble
01:23au moment de la crise vénézuélienne
01:26et de tous les efforts de Donald Trump
01:27pour sortir la Chine du Venezuela et du Brésil
01:31et de l'Amérique latine d'une manière générale.
01:33Et on s'étonnait du peu de réaction du gouvernement chinois.
01:36Et aujourd'hui, dans ce qui se passe au Moyen-Orient,
01:38on a un peu le même constat.
01:40C'est-à-dire qu'on ne voit pas vraiment la Chine
01:42protester face à ce qui se passe au Moyen-Orient.
01:46Et pour nous, c'est vraiment le signe que le moteur intérieur
01:49est à l'arrêt dans l'économie chinoise
01:52et que l'économie chinoise est devenue tellement dépendante
01:54de ses exportations qu'elle ne peut plus vraiment
01:58faire le bras de fer avec le reste du monde.
02:00Et pour justement illustrer ce que vous nous dites,
02:01la position chinoise plus faible, la Chine en position de faiblesse,
02:04elle a annoncé tout à l'heure limiter ses exportations d'hydrocarbures
02:07justement parce qu'elle risque de commencer à en manquer.
02:10Elle dépend énormément du pétrole iranien.
02:12Il y avait aussi le pétrole vénézuélien avant.
02:13Et donc, elle décide de limiter ses exportations d'hydrocarbures
02:16pour prioriser ce qu'elle a en fonction de ses propres besoins.
02:19Voilà.
02:20Oui, alors effectivement, la Chine importe plus de 50% de son pétrole
02:26du Moyen-Orient dans son ensemble.
02:27Après, tout ne passe pas forcément par le détroit d'Hormuz.
02:30Mais une grosse, grosse partie de ses importations
02:33viennent du détroit d'Hormuz.
02:34Donc effectivement, de ce point de vue-là,
02:36on comprend que la Chine ne proteste pas trop
02:39parce qu'ils ont quand même besoin que le détroit d'Hormuz reste ouvert
02:42pour pouvoir continuer à s'approvisionner en pétrole.
02:46En revanche, d'un point de vue politique,
02:48on aura pu s'attendre quand même à des protestations,
02:51à des déclarations.
02:52Et aujourd'hui, il n'y a rien.
02:54Alors, on savait que la consommation chinoise était à l'arrêt.
02:59On a eu quand même quelques chiffres et quelques tendances
03:02ces derniers mois qui montraient qu'il n'y avait plus de consommation intérieure
03:04et que les ventes au détail étaient à zéro.
03:06Et on le retrouvait aussi au niveau de l'inflation.
03:10Mais pour nous, une fois de plus,
03:14la faiblesse relative de la réaction chinoise est tout à fait symptomatique.
03:18Et voilà, c'est ça.
03:19Pour vous, c'est un signal de plus.
03:20Dans quelques semaines, à la fin du mois de mars,
03:22Donald Trump se rendra à Pékin.
03:23Il doit rencontrer Xi Jinping.
03:24Et cette fois, peut-être, Xi Jinping sera peut-être,
03:27on verra en position plutôt de faiblesse face au président américain.
03:29On verra.
03:30Et donc, tout à l'heure, les autorités chinoises ont annoncé
03:32ce nouvel objectif de croissance.
03:33Vous le disiez, 4,5-5%, c'est le plus faible
03:36en plus de trois décennies, quand même, cet objectif de croissance.
03:38Avec plein de ventes contraires qui persistent.
03:40L'immobilier, ça reste un boulet pour l'économie chinoise.
03:44On a le surendettement de beaucoup d'administrations locales.
03:48Une consommation qui reste extrêmement possible.
03:50Li Qiang, le Premier ministre chinois, s'est exprimé.
03:53Voilà ce qu'il a dit.
03:54Je le cite.
03:55Il ne se cache pas derrière le petit doigt, les Chinois.
03:57Rarement, depuis de nombreuses années,
03:58avions-nous été confrontés à une conjoncture aussi grave et complexe
04:02où les chocs et les défis extérieurs et intérieurs
04:05se conjuguent et se superposent
04:06au dilemme interne à des choix politiques corneliens.
04:10On a un problème de mentalité en Chine,
04:12comme dans beaucoup de pays.
04:13On a un problème de chômage qui devient de plus en plus visible
04:16et sur lequel, pour le coup, la Chine, là,
04:18essaie de ne pas trop communiquer
04:19parce qu'on n'a plus beaucoup de chiffres
04:21en ce qui concerne le chômage.
04:23Dans les plans d'investissement
04:25et le plan quinquennal du gouvernement chinois,
04:29on avait ces dernières années plutôt des déclarations
04:32en ce qui concerne notamment la consommation
04:35avec des efforts du gouvernement pour relancer la consommation.
04:37Aujourd'hui, on les a même plus ou beaucoup moins.
04:40Dans les déclarations de cette nuit,
04:42la consommation ne semble plus être une priorité.
04:44Alors, on n'est pas en train de remettre en cause
04:46ou en question le sujet de la potentielle domination
04:50ou la situation concurrentielle de la Chine
04:54en ce qui concerne les technologies
04:55parce que là-dessus, on sent bien quand même que...
04:58Alors, d'abord, un, ça va rester un point de focalisation
05:00très important et qu'ils vont continuer à investir
05:03dans leur technologie pour pouvoir concurrencer
05:05les Américains de ce point de vue-là.
05:08Mais en revanche, niveau consommation,
05:10ils vont peut-être mettre la pédale douce
05:12pour essayer d'éviter que les déficits budgétaires augmentent
05:15parce que les déficits budgétaires sont importants
05:17et c'est un élément supplémentaire
05:19qui fait qu'à notre avis, la consommation,
05:21elle va rester compliquée.
05:22– Des pressions déflationnistes là-bas en Chine,
05:23des surcapacités de production
05:25et une croissance qui ralentit.
05:26Mais est-ce qu'il vaut mieux une croissance plus faible
05:28comme ce que prévoit la Chine cette année
05:30mais à plus haute valeur ajoutée ?
05:31Il y a de la tech maintenant dans la croissance chinoise
05:33ou plutôt la croissance d'avant à 6%
05:35pour fabriquer des chaussures
05:36et inonder le monde de chaussures ?
05:38Enfin, voilà, qu'est-ce qui est le mieux en fait ?
05:40– Ce qui est mieux, c'est une croissance
05:42qui est mieux équilibrée.
05:44Et alors, aujourd'hui,
05:45et ça risque d'être le cas encore l'année prochaine,
05:47on a une croissance qui est quand même globalement
05:48très tirée par les investissements publics,
05:52alors que ce soit des investissements publics
05:54dans la techno ou autre,
05:56mais on a une croissance qui est très déséquilibrée.
05:58Ce qui est le cas aussi aux États-Unis.
05:59Aujourd'hui, la croissance américaine
06:01est extrêmement déséquilibrée.
06:02C'est un des points d'ailleurs
06:02qui nous plaît pas trop trop
06:05dans la forme de la croissance américaine aujourd'hui
06:08qui est à 90% tirée par les investissements dans l'IA.
06:10Mais en Chine, on a les mêmes caractéristiques.
06:14Et l'effort du gouvernement depuis un an
06:16se porte d'ailleurs sur ce déséquilibre de croissance,
06:20notamment par ce qu'on a vu l'année dernière,
06:22c'est-à-dire les lois anti-involution,
06:25c'est-à-dire en gros améliorer
06:29la compétitivité interne sur tous les sujets
06:34et essayer de limiter la croissance
06:36ou la compétitivité chinoise
06:40par le prix.
06:41Ce qui est un vrai problème.
06:44Alors ce qui est un problème pour les Européens,
06:45mais ce qui est aussi un problème
06:46pour la croissance économique chinoise.
06:49C'est-à-dire qu'il y a eu une concurrence effrénée
06:52un peu dans tous les domaines,
06:53notamment dans l'automobile,
06:54qui fait que beaucoup de secteurs d'activité
06:57perdent de la profitabilité
07:00et voient leur marge se dégrader,
07:02ce qui provoque aussi des licenciements.
07:04Ce qui fait que la croissance,
07:06ou en tout cas le manque de croissance chinoise
07:08est aussi la conséquence
07:11de l'évolution.
07:12De la compétitivité extérieure,
07:14ce qui a fait leur compétitivité
07:15et leur gain de part de marché à l'extérieur.
07:17Aujourd'hui, ça les détruit de l'intérieur
07:18parce qu'effectivement,
07:19ça enlève de la valeur.
07:20La compétitivité interne, elle est morte.
07:22Et d'ailleurs, ce qui est aussi très intéressant
07:24et qu'on n'évoque pas
07:25dans le contexte de crise actuelle,
07:26c'est ce qui se passe aussi en Europe
07:27au niveau des décisions toutes récentes
07:32des lois d'accélération industrielle,
07:34qui sont des lois qui ont comme objectif
07:36d'améliorer la compétitivité
07:39et de défendre un certain nombre
07:40d'industries européennes
07:42et qui ont été votées très récemment
07:45avec comme objectif, par exemple,
07:47d'augmenter ou de garantir
07:49des seuils de production locale
07:52pour certaines industries,
07:54notamment pour le secteur automobile.
07:56C'est une question peut-être
07:58sur ce que la Chine ne communique pas
08:00parce que la Chine communique
08:01comme lors de ces deux sessions.
08:04Mais est-ce que le budget, par exemple,
08:05il est sincère ?
08:05Parce que moi, je regardais
08:06les dépenses militaires,
08:071,7% du PIB,
08:08c'est quand même pas beaucoup
08:09alors qu'on sait que la Chine
08:11se prépare quand même
08:12à certaines choses.
08:13Et en fait, il y aurait plein de choses
08:14qui ne seraient pas comprises
08:15dans le budget,
08:16comme la R&D,
08:16comme certains achats d'armes
08:17à l'étranger.
08:18Donc finalement,
08:19il faut quand même prendre ça
08:22avec précaution.
08:22De ce point de vue-là,
08:25la communication chinoise
08:26est comme la communication
08:27de beaucoup de pays,
08:27notamment de la communication européenne.
08:29C'est-à-dire,
08:29quand on parle de 4%
08:31de déficit budgétaire chinois,
08:33c'est un déficit budgétaire
08:34sans compter les émissions
08:36qui vont sur tel domaine,
08:37les émissions de dettes
08:39qui sont des dettes
08:41soi-disant spéciales
08:43qui vont aller financer
08:44notamment l'armement.
08:45En Europe,
08:46on fait un peu la même chose.
08:47Donc le budget chinois,
08:49effectivement,
08:50il y a les généralités
08:52et puis il y a aussi
08:53toutes les spécificités
08:54et les émissions.
08:56Si on regarde
08:57le déficit budgétaire chinois
08:58avec tout ce qui peut avoir
08:59de spécifique
08:59dans ces émissions de dettes,
09:00on est plutôt sur 8% de déficit
09:02et non pas sur 4%.
09:03Donc effectivement,
09:05bon après,
09:05on peut aussi se référer
09:07à l'histoire
09:09où comme par hasard,
09:10chaque année,
09:11les croissances économiques
09:12atteignaient les objectifs
09:13qui étaient fixés.
09:15Bon, maintenant,
09:16quand on regarde
09:16les publications
09:18d'entreprises européennes
09:19sur leurs activités en Chine,
09:20on n'en a quand même pas beaucoup
09:21qui vous expliquent
09:22que la situation s'améliore.
09:24Au mieux,
09:24elle se stabilise,
09:26sachant que ces deux dernières années,
09:27la croissance avait plutôt été négative.
09:29Enfin,
09:29on avait eu des pertes
09:30de chiffre d'affaires
09:31pour beaucoup de secteurs d'activité
09:33de la part des entreprises européennes
09:35en Chine.
09:35Donc oui,
09:36évidemment,
09:36on peut toujours prendre
09:37avec des pincettes
09:38tout ce qui est annoncé
09:38par les Chinois.
09:39Mais vous disiez
09:40parmi les vents contraires
09:42qu'ils doivent affronter
09:43les Chinois,
09:43le fait que l'Europe
09:44souhaite se réindustrialiser
09:45et ce plan annoncé
09:46de réindustrialisation
09:47hier par la Commission européenne,
09:49le but,
09:50c'est de ramener l'industrie
09:51à 20% du PIB européen
09:53d'ici 2035.
09:5420% contre 14% aujourd'hui.
09:56C'est un gros risque aussi
09:58pour la Chine, ça.
09:59Si l'Europe y arrive,
10:00encore faut-il croire
10:00que l'Europe va y arriver.
10:01Je ne suis pas certain
10:02que l'ampleur de ce plan
10:02permettra d'y arriver.
10:03L'objectif de 20% d'industrie
10:05dans le PIB européen,
10:06il y a du chemin à faire.
10:07Oui, oui, oui,
10:07mais ça fait partie
10:08des petits éléments sous-jacents
10:11qui font bouger les lignes
10:13en Europe.
10:13Alors, on a vu les lignes
10:14qui ont bougé au niveau défense
10:15grâce à Trump.
10:16Maintenant, on voit les lignes
10:17qui commencent à bouger enfin
10:18en ce qui concerne le concurrentiel.
10:21Alors, évidemment,
10:21c'est essentiellement la Chine
10:22qui est visée,
10:23même si ce n'est pas mentionné
10:25de manière stricto sensue
10:27par l'Union européenne.
10:29Mais l'idée quand même,
10:30et on l'attendait quand même
10:31de pied ferme,
10:32notamment sur des secteurs
10:33comme l'automobile,
10:34l'idée, c'est quand même
10:35de pousser les acteurs étrangers
10:37à investir en Europe
10:38ou des partenaires européens
10:40parce que là,
10:41on parle de l'Europe,
10:41mais ces règles ne vont pas
10:43s'appliquer a priori
10:44sur certains partenaires
10:45de l'Union européenne
10:46comme le Canada,
10:47le Japon,
10:48de telle manière
10:49à ce qu'on ne se retrouve pas
10:50à provoquer des partenaires
10:52avec lesquels on n'a pas
10:54de droit de douane
10:54et qui nous infligent
10:55de droit de douane
10:56par la suite.
10:57Mais ce qui est clair,
10:58c'est qu'il peut y avoir
11:00un impact supplémentaire
11:02sur la Chine.
11:03Et du coup,
11:03elle devient moins investissable
11:04ou ce qu'on est en train
11:05de décrire sur les grandes
11:06perspectives de la Chine,
11:07sa grande trajectoire
11:08macroéconomique et politique,
11:09finalement,
11:10on n'empêchera pas
11:11les actions chinoises
11:11qui sont quand même en retard
11:12de continuer de monter ?
11:13Les actions chinoises,
11:15comme ça a été le cas,
11:15comme ça a été beaucoup
11:16le cas aux Etats-Unis,
11:17le marché chinois,
11:18il a quand même
11:19beaucoup grimpé
11:19par la techno.
11:21Il y a beaucoup
11:21de secteurs d'activité
11:22qui n'ont pas suivi
11:23le mouvement.
11:24Et aujourd'hui,
11:26la probabilité est élevée
11:28que ce genre de mouvement
11:29se poursuive.
11:30Maintenant, nous,
11:31effectivement,
11:32après le rebond récent
11:33des marchés chinois
11:33l'année dernière,
11:35on est beaucoup moins chaud
11:37avec tout ce qui se passe
11:38et avec des mesures
11:40qui commencent à se mettre
11:40en place pour essayer
11:41de contrer un peu
11:43les exportations chinoises
11:44et la compétitivité chinoise.
11:46Et on va voir
11:47les entreprises chinoises
11:48investir en Europe
11:49comme l'automobile
11:50et elles vont être
11:50sans doute moins compétitives.
11:52Damien Charlet
11:53pour Mandarine Gestion
11:53avec nous.
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