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  • il y a 2 jours
Ce jeudi 5 mars, Damien Charlet, directeur de la Gestion sous Mandat chez Mandarine Gestion, s'est penché sur les raisons de l'accumulation des difficultés économiques de la Chine, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.


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Transcription
00:00Damien Charlet, il vient de nous rejoindre. Bonjour Damien.
00:02Bonjour Guillaume.
00:03Directeur de la gestion sous mandat de Mandarine Gestion.
00:05Vous allez face au marché, Damien, rendre votre verdict.
00:07Ce moment qu'on va vivre, ce verdict que vous allez rendre.
00:10Est-ce que vous l'assumez ?
00:11Oui, je l'assume absolument Guillaume.
00:13On vous écoute.
00:15Je pense qu'on ne parle pas beaucoup de la Chine
00:18et on n'entend pas beaucoup parler de la Chine
00:20dans toutes les crises qu'on a subies ces dernières semaines.
00:24Et pour nous, c'est le signe que la Chine a vraiment des difficultés
00:28et que ça va durer.
00:29Oh !
00:30Les difficultés chinoises sont de plus en plus visibles
00:32et elles vont perdurer.
00:33C'est votre message.
00:34Il se trouve que ce matin, la Chine a annoncé
00:36son nouvel objectif de croissance.
00:38Le plus faible objectif de croissance de la Chine
00:40depuis 1991.
00:42Oui, alors ça, que la croissance chinoise ralentisse
00:45année après année, on va dire qu'il y a un effet de masse
00:48et un effet de maturité.
00:49Donc, ce n'est pas choquant que les prévisions
00:52soient de plus en plus basses.
00:54En revanche, on avait quelques doutes déjà ces dernières années
00:58sur les 5% de croissance de la Chine.
01:00Et aujourd'hui, effectivement,
01:02lors de son assemblée annuelle,
01:04le Parti communiste annonce 4,5 à 5%.
01:07Donc, c'est plutôt juste une confirmation
01:08que ce qu'on voyait publié par les entreprises,
01:12c'est-à-dire des chiffres d'affaires qui étaient en baisse
01:14ou en difficulté en Chine,
01:15on va le retrouver au niveau plus global.
01:19Mais nous, ce qui nous a intéressés en particulier
01:21sur le sujet chinois, c'est qu'on en avait déjà parlé ensemble
01:23au moment de la crise vénézuélienne
01:26et de tous les efforts de Donald Trump
01:27pour sortir la Chine du Venezuela et du Brésil
01:31et de l'Amérique latine d'une manière générale.
01:33Et on s'étonnait du peu de réaction du gouvernement chinois.
01:36Et aujourd'hui, dans ce qui se passe au Moyen-Orient,
01:38on a un peu le même constat.
01:40C'est-à-dire qu'on ne voit pas vraiment la Chine
01:42protester face à ce qui se passe au Moyen-Orient.
01:46Et pour nous, c'est vraiment le signe que le moteur intérieur
01:49est à l'arrêt dans l'économie chinoise
01:52et que l'économie chinoise est devenue tellement dépendante
01:54de ses exportations qu'elle ne peut plus vraiment
01:58faire le bras de fer avec le reste du monde.
02:00Et pour justement illustrer ce que vous nous dites,
02:01la position chinoise plus faible, la Chine en position de faiblesse,
02:04elle a annoncé tout à l'heure limiter ses exportations d'hydrocarbures
02:07justement parce qu'elle risque de commencer à en manquer.
02:10Elle dépend énormément du pétrole iranien.
02:12Il y avait aussi le pétrole vénézuélien avant.
02:13Et donc, elle décide de limiter ses exportations d'hydrocarbures
02:16pour prioriser ce qu'elle a en fonction de ses propres besoins.
02:19Voilà.
02:20Oui, alors effectivement, la Chine importe plus de 50% de son pétrole
02:26du Moyen-Orient dans son ensemble.
02:27Après, tout ne passe pas forcément par le détroit d'Hormuz.
02:30Mais une grosse, grosse partie de ses importations
02:33viennent du détroit d'Hormuz.
02:34Donc effectivement, de ce point de vue-là,
02:36on comprend que la Chine ne proteste pas trop
02:39parce qu'ils ont quand même besoin que le détroit d'Hormuz reste ouvert
02:42pour pouvoir continuer à s'approvisionner en pétrole.
02:46En revanche, d'un point de vue politique,
02:48on aura pu s'attendre quand même à des protestations,
02:51à des déclarations.
02:52Et aujourd'hui, il n'y a rien.
02:54Alors, on savait que la consommation chinoise était à l'arrêt.
02:59On a eu quand même quelques chiffres et quelques tendances
03:02ces derniers mois qui montraient qu'il n'y avait plus de consommation intérieure
03:04et que les ventes au détail étaient à zéro.
03:06Et on le retrouvait aussi au niveau de l'inflation.
03:10Mais pour nous, une fois de plus,
03:14la faiblesse relative de la réaction chinoise est tout à fait symptomatique.
03:18Et voilà, c'est ça.
03:19Pour vous, c'est un signal de plus.
03:20Dans quelques semaines, à la fin du mois de mars,
03:22Donald Trump se rendra à Pékin.
03:23Il doit rencontrer Xi Jinping.
03:24Et cette fois, peut-être, Xi Jinping sera peut-être,
03:27on verra en position plutôt de faiblesse face au président américain.
03:29On verra.
03:30Et donc, tout à l'heure, les autorités chinoises ont annoncé
03:32ce nouvel objectif de croissance.
03:33Vous le disiez, 4,5-5%, c'est le plus faible
03:36en plus de trois décennies, quand même, cet objectif de croissance.
03:38Avec plein de ventes contraires qui persistent.
03:40L'immobilier, ça reste un boulet pour l'économie chinoise.
03:44On a le surendettement de beaucoup d'administrations locales.
03:48Une consommation qui reste extrêmement possible.
03:50Li Qiang, le Premier ministre chinois, s'est exprimé.
03:53Voilà ce qu'il a dit.
03:54Je le cite.
03:55Il ne se cache pas derrière le petit doigt, les Chinois.
03:57Rarement, depuis de nombreuses années,
03:58avions-nous été confrontés à une conjoncture aussi grave et complexe
04:02où les chocs et les défis extérieurs et intérieurs
04:05se conjuguent et se superposent
04:06au dilemme interne à des choix politiques corneliens.
04:10On a un problème de mentalité en Chine,
04:12comme dans beaucoup de pays.
04:13On a un problème de chômage qui devient de plus en plus visible
04:16et sur lequel, pour le coup, la Chine, là,
04:18essaie de ne pas trop communiquer
04:19parce qu'on n'a plus beaucoup de chiffres
04:21en ce qui concerne le chômage.
04:23Dans les plans d'investissement
04:25et le plan quinquennal du gouvernement chinois,
04:29on avait ces dernières années plutôt des déclarations
04:32en ce qui concerne notamment la consommation
04:35avec des efforts du gouvernement pour relancer la consommation.
04:37Aujourd'hui, on les a même plus ou beaucoup moins.
04:40Dans les déclarations de cette nuit,
04:42la consommation ne semble plus être une priorité.
04:44Alors, on n'est pas en train de remettre en cause
04:46ou en question le sujet de la potentielle domination
04:50ou la situation concurrentielle de la Chine
04:54en ce qui concerne les technologies
04:55parce que là-dessus, on sent bien quand même que...
04:58Alors, d'abord, un, ça va rester un point de focalisation
05:00très important et qu'ils vont continuer à investir
05:03dans leur technologie pour pouvoir concurrencer
05:05les Américains de ce point de vue-là.
05:08Mais en revanche, niveau consommation,
05:10ils vont peut-être mettre la pédale douce
05:12pour essayer d'éviter que les déficits budgétaires augmentent
05:15parce que les déficits budgétaires sont importants
05:17et c'est un élément supplémentaire
05:19qui fait qu'à notre avis, la consommation,
05:21elle va rester compliquée.
05:22– Des pressions déflationnistes là-bas en Chine,
05:23des surcapacités de production
05:25et une croissance qui ralentit.
05:26Mais est-ce qu'il vaut mieux une croissance plus faible
05:28comme ce que prévoit la Chine cette année
05:30mais à plus haute valeur ajoutée ?
05:31Il y a de la tech maintenant dans la croissance chinoise
05:33ou plutôt la croissance d'avant à 6%
05:35pour fabriquer des chaussures
05:36et inonder le monde de chaussures ?
05:38Enfin, voilà, qu'est-ce qui est le mieux en fait ?
05:40– Ce qui est mieux, c'est une croissance
05:42qui est mieux équilibrée.
05:44Et alors, aujourd'hui,
05:45et ça risque d'être le cas encore l'année prochaine,
05:47on a une croissance qui est quand même globalement
05:48très tirée par les investissements publics,
05:52alors que ce soit des investissements publics
05:54dans la techno ou autre,
05:56mais on a une croissance qui est très déséquilibrée.
05:58Ce qui est le cas aussi aux États-Unis.
05:59Aujourd'hui, la croissance américaine
06:01est extrêmement déséquilibrée.
06:02C'est un des points d'ailleurs
06:02qui nous plaît pas trop trop
06:05dans la forme de la croissance américaine aujourd'hui
06:08qui est à 90% tirée par les investissements dans l'IA.
06:10Mais en Chine, on a les mêmes caractéristiques.
06:14Et l'effort du gouvernement depuis un an
06:16se porte d'ailleurs sur ce déséquilibre de croissance,
06:20notamment par ce qu'on a vu l'année dernière,
06:22c'est-à-dire les lois anti-involution,
06:25c'est-à-dire en gros améliorer
06:29la compétitivité interne sur tous les sujets
06:34et essayer de limiter la croissance
06:36ou la compétitivité chinoise
06:40par le prix.
06:41Ce qui est un vrai problème.
06:44Alors ce qui est un problème pour les Européens,
06:45mais ce qui est aussi un problème
06:46pour la croissance économique chinoise.
06:49C'est-à-dire qu'il y a eu une concurrence effrénée
06:52un peu dans tous les domaines,
06:53notamment dans l'automobile,
06:54qui fait que beaucoup de secteurs d'activité
06:57perdent de la profitabilité
07:00et voient leur marge se dégrader,
07:02ce qui provoque aussi des licenciements.
07:04Ce qui fait que la croissance,
07:06ou en tout cas le manque de croissance chinoise
07:08est aussi la conséquence
07:11de l'évolution.
07:12De la compétitivité extérieure,
07:14ce qui a fait leur compétitivité
07:15et leur gain de part de marché à l'extérieur.
07:17Aujourd'hui, ça les détruit de l'intérieur
07:18parce qu'effectivement,
07:19ça enlève de la valeur.
07:20La compétitivité interne, elle est morte.
07:22Et d'ailleurs, ce qui est aussi très intéressant
07:24et qu'on n'évoque pas
07:25dans le contexte de crise actuelle,
07:26c'est ce qui se passe aussi en Europe
07:27au niveau des décisions toutes récentes
07:32des lois d'accélération industrielle,
07:34qui sont des lois qui ont comme objectif
07:36d'améliorer la compétitivité
07:39et de défendre un certain nombre
07:40d'industries européennes
07:42et qui ont été votées très récemment
07:45avec comme objectif, par exemple,
07:47d'augmenter ou de garantir
07:49des seuils de production locale
07:52pour certaines industries,
07:54notamment pour le secteur automobile.
07:56C'est une question peut-être
07:58sur ce que la Chine ne communique pas
08:00parce que la Chine communique
08:01comme lors de ces deux sessions.
08:04Mais est-ce que le budget, par exemple,
08:05il est sincère ?
08:05Parce que moi, je regardais
08:06les dépenses militaires,
08:071,7% du PIB,
08:08c'est quand même pas beaucoup
08:09alors qu'on sait que la Chine
08:11se prépare quand même
08:12à certaines choses.
08:13Et en fait, il y aurait plein de choses
08:14qui ne seraient pas comprises
08:15dans le budget,
08:16comme la R&D,
08:16comme certains achats d'armes
08:17à l'étranger.
08:18Donc finalement,
08:19il faut quand même prendre ça
08:22avec précaution.
08:22De ce point de vue-là,
08:25la communication chinoise
08:26est comme la communication
08:27de beaucoup de pays,
08:27notamment de la communication européenne.
08:29C'est-à-dire,
08:29quand on parle de 4%
08:31de déficit budgétaire chinois,
08:33c'est un déficit budgétaire
08:34sans compter les émissions
08:36qui vont sur tel domaine,
08:37les émissions de dettes
08:39qui sont des dettes
08:41soi-disant spéciales
08:43qui vont aller financer
08:44notamment l'armement.
08:45En Europe,
08:46on fait un peu la même chose.
08:47Donc le budget chinois,
08:49effectivement,
08:50il y a les généralités
08:52et puis il y a aussi
08:53toutes les spécificités
08:54et les émissions.
08:56Si on regarde
08:57le déficit budgétaire chinois
08:58avec tout ce qui peut avoir
08:59de spécifique
08:59dans ces émissions de dettes,
09:00on est plutôt sur 8% de déficit
09:02et non pas sur 4%.
09:03Donc effectivement,
09:05bon après,
09:05on peut aussi se référer
09:07à l'histoire
09:09où comme par hasard,
09:10chaque année,
09:11les croissances économiques
09:12atteignaient les objectifs
09:13qui étaient fixés.
09:15Bon, maintenant,
09:16quand on regarde
09:16les publications
09:18d'entreprises européennes
09:19sur leurs activités en Chine,
09:20on n'en a quand même pas beaucoup
09:21qui vous expliquent
09:22que la situation s'améliore.
09:24Au mieux,
09:24elle se stabilise,
09:26sachant que ces deux dernières années,
09:27la croissance avait plutôt été négative.
09:29Enfin,
09:29on avait eu des pertes
09:30de chiffre d'affaires
09:31pour beaucoup de secteurs d'activité
09:33de la part des entreprises européennes
09:35en Chine.
09:35Donc oui,
09:36évidemment,
09:36on peut toujours prendre
09:37avec des pincettes
09:38tout ce qui est annoncé
09:38par les Chinois.
09:39Mais vous disiez
09:40parmi les vents contraires
09:42qu'ils doivent affronter
09:43les Chinois,
09:43le fait que l'Europe
09:44souhaite se réindustrialiser
09:45et ce plan annoncé
09:46de réindustrialisation
09:47hier par la Commission européenne,
09:49le but,
09:50c'est de ramener l'industrie
09:51à 20% du PIB européen
09:53d'ici 2035.
09:5420% contre 14% aujourd'hui.
09:56C'est un gros risque aussi
09:58pour la Chine, ça.
09:59Si l'Europe y arrive,
10:00encore faut-il croire
10:00que l'Europe va y arriver.
10:01Je ne suis pas certain
10:02que l'ampleur de ce plan
10:02permettra d'y arriver.
10:03L'objectif de 20% d'industrie
10:05dans le PIB européen,
10:06il y a du chemin à faire.
10:07Oui, oui, oui,
10:07mais ça fait partie
10:08des petits éléments sous-jacents
10:11qui font bouger les lignes
10:13en Europe.
10:13Alors, on a vu les lignes
10:14qui ont bougé au niveau défense
10:15grâce à Trump.
10:16Maintenant, on voit les lignes
10:17qui commencent à bouger enfin
10:18en ce qui concerne le concurrentiel.
10:21Alors, évidemment,
10:21c'est essentiellement la Chine
10:22qui est visée,
10:23même si ce n'est pas mentionné
10:25de manière stricto sensue
10:27par l'Union européenne.
10:29Mais l'idée quand même,
10:30et on l'attendait quand même
10:31de pied ferme,
10:32notamment sur des secteurs
10:33comme l'automobile,
10:34l'idée, c'est quand même
10:35de pousser les acteurs étrangers
10:37à investir en Europe
10:38ou des partenaires européens
10:40parce que là,
10:41on parle de l'Europe,
10:41mais ces règles ne vont pas
10:43s'appliquer a priori
10:44sur certains partenaires
10:45de l'Union européenne
10:46comme le Canada,
10:47le Japon,
10:48de telle manière
10:49à ce qu'on ne se retrouve pas
10:50à provoquer des partenaires
10:52avec lesquels on n'a pas
10:54de droit de douane
10:54et qui nous infligent
10:55de droit de douane
10:56par la suite.
10:57Mais ce qui est clair,
10:58c'est qu'il peut y avoir
11:00un impact supplémentaire
11:02sur la Chine.
11:03Et du coup,
11:03elle devient moins investissable
11:04ou ce qu'on est en train
11:05de décrire sur les grandes
11:06perspectives de la Chine,
11:07sa grande trajectoire
11:08macroéconomique et politique,
11:09finalement,
11:10on n'empêchera pas
11:11les actions chinoises
11:11qui sont quand même en retard
11:12de continuer de monter ?
11:13Les actions chinoises,
11:15comme ça a été le cas,
11:15comme ça a été beaucoup
11:16le cas aux Etats-Unis,
11:17le marché chinois,
11:18il a quand même
11:19beaucoup grimpé
11:19par la techno.
11:21Il y a beaucoup
11:21de secteurs d'activité
11:22qui n'ont pas suivi
11:23le mouvement.
11:24Et aujourd'hui,
11:26la probabilité est élevée
11:28que ce genre de mouvement
11:29se poursuive.
11:30Maintenant, nous,
11:31effectivement,
11:32après le rebond récent
11:33des marchés chinois
11:33l'année dernière,
11:35on est beaucoup moins chaud
11:37avec tout ce qui se passe
11:38et avec des mesures
11:40qui commencent à se mettre
11:40en place pour essayer
11:41de contrer un peu
11:43les exportations chinoises
11:44et la compétitivité chinoise.
11:46Et on va voir
11:47les entreprises chinoises
11:48investir en Europe
11:49comme l'automobile
11:50et elles vont être
11:50sans doute moins compétitives.
11:52Damien Charlet
11:53pour Mandarine Gestion
11:53avec nous.
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