00:00Bonjour Delphine, pour Edmond Rothschild Asset Management, vous allez Delphine rendre votre verdict face au marché, le prononcer dans un instant.
00:07Ce moment qu'on va vivre, ce verdict que vous allez rendre, est-ce que vous l'assumez ?
00:11Tout à fait.
00:12On vous écoute.
00:14Le départ de Manuro n'est pas seulement une réussite militaire ou judiciaire pour les Etats-Unis, c'est aussi un nouveau coup dur pour la Chine.
00:23Un nouveau coup dur, dites-vous, pour Pékin ? Oui, c'est une tape sur les doigts pour Pékin ou c'est plus qu'une tape sur les doigts ?
00:32Ça dépend comment on regarde les choses, c'est-à-dire que la Chine pour le Venezuela, c'était très important, c'est son premier créancier, c'est son premier client pour le pétrole,
00:46alors que pour la Chine, le Venezuela était un partenaire parmi d'autres.
00:50C'est un coup dur, mais c'est un coup dur qui s'additionne à d'autres actions précédentes, on l'a vu en Argentine sur le soja,
00:59on l'a vu avec la reprise de contrôle sur le Panama, donc c'est un coup dur.
01:03Et c'est un coup dur pourquoi ? Parce que le pétrole du Venezuela était mis sous sanction,
01:11et donc du coup la Chine s'arrogeait la place de premier client des productions pétrolières de Venezuela,
01:20avec des importations qui représentaient plus de 50% de la production vénézuélienne à destination de la Chine.
01:28Et ces importations ont d'ailleurs été accélérées sur les dernières semaines, derniers mois,
01:33ce qui montre bien que la Chine avait quand même conscience de ce risque de perdre son fournisseur de pétrole.
01:41Ils avaient réalisé des achats préventifs de pétrole au cas où le régime Maduro tomberait.
01:45Exactement. Et deuxième coup dur également, c'est parce que non seulement c'était un fournisseur de pétrole à bas coût,
01:53avec des prix d'achat qui allaient autour de moins 12 à moins 15 dollars de décote,
01:59mais également en tant que créancier, la Chine prêtait au Venezuela, soutenait ce régime à bout de bras,
02:09et se faisait payer en pétrole.
02:11Et en fait, la dette vénézuélienne envers la Chine en baril de pétrole est assez importante,
02:18avec deux compagnies chinoises, mais également une compagnie russe, qui se faisait payer en pétrole.
02:24Et ces stocks de pétrole qui sont préemptés par la Chine représentent un peu plus de 1% des réserves mondiales de Venezuela.
02:34Alors le Venezuela est un petit producteur de pétrole, mais est le premier pays en termes de réserve mondiale.
02:41Donc quand on parle de plus de 1% de pétrole préempté par la Chine,
02:46on voit que c'est un coup dur pour la Chine.
02:52Oui, coup dur pour la Chine.
02:53La question qu'on a aussi envie de vous demander, c'est est-ce que si le Groenland échappe à l'Europe,
02:58ce sera un très gros coup dur pour l'Europe ?
02:59Non mais attendez, on essaie d'anticiper les étapes suivantes, parce qu'on se dit,
03:02il dit ce qu'il fait en fait Donald Trump.
03:03Autant sur son premier mandat, il disait beaucoup, et puis il reculait, c'était taco, franchement.
03:08Trump always chickens out.
03:10On a compris depuis quelques mois que là, c'est plus vrai du tout.
03:13Il fait ce qu'il dit.
03:14Alors est-ce que sur le Groenland, imaginons, les Etats-Unis prennent le contrôle du Groenland,
03:17est-ce que ça, ce serait un game changer beaucoup plus important pour les marchés mondiaux ?
03:21Parce qu'on a vu que les marchés mondiaux, ils n'ont pas trop réagi, pas négativement,
03:23en tout cas à ce qui s'est passé au Venezuela.
03:25Est-ce que le Groenland, ce serait différent ?
03:27Le Groenland est important stratégiquement pour deux raisons.
03:32La première, c'est pour les ressources stratégiques dont elles recèlent,
03:35mais qui sont assez peu exploitées aujourd'hui.
03:37Et la deuxième, c'est parce qu'avec la fonte des glaces, on a une ouverture de routes maritimes.
03:40Et donc quand Trump en appelle à la sécurité de l'État américain,
03:44c'est parce qu'il a peur des routes maritimes qui sont ouvertes pour la Russie et la Chine,
03:50et il veut reprendre le contrôle de ces routes maritimes.
03:53D'autres analystes nous disent également que Trump, dans un élan d'égo,
03:58voudrait aussi avoir une carte du monde avec l'hémisphère nord-sud américain.
04:05Relier les deux pôles.
04:06Voilà, et relier les deux pôles et faire un pays plus grand que le plus grand pays au monde.
04:12Voilà, puis après les deux pôles, ce sera les deux rives de l'Atlantique.
04:14On se demande toujours où sera la fin.
04:16Et imaginons donc, il a dit d'ailleurs hier Donald Trump qu'il s'en occuperait dans deux mois du Groenland.
04:23Il a dit officiellement dans son avion, laissez-nous deux mois encore pour nous occuper du Groenland.
04:27Imaginons les Etats-Unis prennent le Groenland.
04:29Est-ce que du point de vue des marchés, là, pour le coup, on se mettra en mode danger, risque ?
04:33Ou au contraire, business as usual ?
04:34Les alertes, elles ont été nombreuses.
04:37Si l'Europe n'a pas compris que les Etats-Unis n'étaient plus un allié,
04:42n'étaient plus un bouclier militaire pour l'Europe,
04:47là, finalement, elles le comprendraient de facto.
04:49Si l'Europe n'a pas compris que les instances internationales et les juridictions internationales
04:58ont perdu du poids face à la politique de Trump, là, elles le comprendraient de facto.
05:04Maintenant, au niveau des marchés, encore une fois, le Groenland est assez peu exploité.
05:09Donc, il y a peu d'entreprises, à mon sens, qui seraient affectées par une telle intervention.
05:17La question, c'est quelle image les marchés se feraient-ils de l'Europe
05:20si, effectivement, les Etats-Unis parvenaient à prendre le contrôle du Groenland ?
05:24C'est une phrase que j'ai vue passer ce matin.
05:26L'histoire réalise en ce moment un effort immense pour réveiller les Européens.
05:30Si l'histoire, cette fois, n'y parvient pas, ça signifierait que les Européens ne sont pas en train de dormir,
05:35mais qu'ils sont dans le coma.
05:37C'est un peu dur, mais c'est un peu cruel.
05:42Mais effectivement, l'Europe, qui est une construction assez récente,
05:46dans l'histoire globale,
05:50l'Europe est encore en train de se chercher, de se construire,
05:54et il faut qu'elle montre les muscles.
05:55C'est pour ça que, quand on a des plans européens de soutien de la défense,
06:00ça va dans ce sens-là.
06:01Quand on a un plan draghi qui met toutes les voies pour un réveil,
06:06un sursaut de l'Europe, ça va dans le bon sens.
06:08Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, l'Europe tarde à passer à l'action.
06:12Il y a eu quand même des velléités de stopper Trump sur ses attaques contre le Groenland
06:18et de mettre le haut là.
06:21Je ne pense pas qu'elle soit très écoutée par Donald Trump.
06:24Oui, effectivement.
06:25Pour 2026, du coup, on choisit quoi ?
06:27Wall Street ou l'Europe, quand on est investisseur ?
06:30C'est difficile de sortir de Wall Street,
06:33étant donné que ce sont des poids importants des indices,
06:37que les indices sont guidés par des flux vers les ETF,
06:40et que les indices américains présentent encore,
06:43les actions américaines présentent encore de fortes marges,
06:47des croissances importantes,
06:48avec le poids de la tech qui est toujours important.
06:49Donc, on ne délaisse pas les Etats-Unis.
06:52Nous, on y retourne même plus tôt,
06:54à chaque fois qu'il y a une petite correction sur les valorisations.
06:57On y retourne, on renforce un petit peu.
07:02Les Etats-Unis, on attend 16% de croissance des bénéfices l'année prochaine.
07:07Ça nous semble plutôt convenable,
07:09avec des marges, là encore, très élevées.
07:12En Europe, les analystes...
07:14C'est pas mal, 16% de hausse des bénéfices encore attendus cette année.
07:16C'est joli, quoi.
07:17Oui.
07:17En Europe, après trois années de croissance bénéficiaire médiocre à zéro ou autour,
07:27les analystes voient une hausse des bénéfices de 15%.
07:31Et alors là, moi, j'ai un peu plus de doutes sur cette croissance des bénéfices.
07:36L'Europe, elle est moins chère que les Etats-Unis.
07:39Elle est, avec des valorisations de PE autour de 17%.
07:44Historiquement, c'est élevé pour l'Europe.
07:45Surtout que pour un investisseur étranger, quand il achète les actions européennes,
07:50il les paye avec un euro qui est plutôt fort.
07:53Donc, la valorisation, ne me semble pas, c'est pas les soldes sur les actions européennes.
07:58Néanmoins, il y a quand même des poches, des segments dans les actions européennes
08:02qui nous laissent très optimistes.
08:06a cité les petites capitalisations, les small caps, qui elles sont en décote,
08:11alors que ce sont des entreprises qui sont souvent sur des niches de marché,
08:16avec des marges plus élevées, avec des croissances très honorables,
08:20et qui normalement se traitent avec une surcote par rapport aux entreprises de plus grande capitalisation.
08:25Ce n'est plus le cas depuis quelques années.
08:28Et puis, le secteur de la défense, qui est toujours très porteur,
08:32il a eu un petit coup de mou, ce secteur de la défense européenne, en novembre,
08:37et on en a profité pour renforcer ce secteur-là dans nos portefeuilles.
08:41Et également, un autre secteur qu'on trouve intéressant,
08:46c'est le secteur des matériaux de base,
08:50avec des minières au-delà des minières orifères,
08:53des minières sur des matériaux industriels.
08:57D'accord, ça c'est les trois secteurs que vous prévisez.
08:59Vous n'avez pas cité le secteur bancaire, non ?
09:01Il a déjà suffisamment monté ?
09:02Le secteur bancaire, il sera toujours bien orienté,
09:07on est toujours positif sur ce secteur-là.
09:09Néanmoins, il a quand même bien monté.
09:12Pas tant en valorisation, autant l'Europe,
09:15ça a été beaucoup une croissance de la valorisation en 2025,
09:19sur le secteur européen, sur le secteur bancaire en Europe,
09:23par contre, ça a été largement tiré par les résultats.
09:26Donc, c'est une croissance plutôt saine sur les bancaires.
09:29Oui, l'Europe qui verra peut-être la BCE BCCTO, ou pas cette année,
09:32elle est toujours en mode statu quo pour l'instant, la BCE.
09:34Il se trouve qu'on a eu les chiffres d'inflation en France et en Allemagne,
09:37tout à l'heure pour le mois de décembre,
09:38elle continue de ralentir l'inflation,
09:39elle tombe sous les 2% en Allemagne,
09:41à plus 1,8% sur un an en décembre,
09:43et en France, à peine plus 0,8%.
09:44À plus 0,8%, on est très loin de l'objectif de la BCE,
09:46et pourtant, la BCE ne compte pas baisser ses taux rapidement.
09:49Est-ce que là, il y a une divergence qui commence à vous gêner ?
09:52Alors, moi aussi, je verrais bien la BCE baisser ses taux l'année prochaine.
09:57Je trouve qu'elle devrait le faire.
09:58Je ne suis pas sûre qu'elle le fera baisser ses taux parce qu'effectivement,
10:02ça fait déjà plusieurs semestres qu'on voit un reflux de l'inflation un peu partout en Europe
10:10et qu'on se dirige globalement vers les 2% d'inflation qui est la cible de la BCE.
10:15Néanmoins, je me mets à la place de la BCE et des petits pays de la zone euro.
10:21On vient d'intégrer la Bulgarie dans la zone euro au 1er janvier.
10:25La Bulgarie, c'est un pays qui a encore 5% d'inflation.
10:28En fait, on n'est pas tout seul.
10:30Et on pense à la France en bon français, avec moins de 1% d'inflation.
10:34On est plutôt l'exception que la règle.
10:36C'est-à-dire qu'il y a plus de pays qui sont au-delà de 2% d'inflation
10:40que de pays qui sont en dessous de 1.
10:43Oui, mais c'est à nous que ça fait le plus mal du coup de voir ses taux rester stables.
10:46C'est terrible pour nous, Français.
10:48L'Allemagne aussi voit son inflation un petit peu reculé.
10:50On y reparlera, on en reparlera tout à l'heure dans la suite de BFM Bourse.
10:53Bien sûr, merci beaucoup de nous avoir accompagnés, de nous avoir rejoints aujourd'hui.
10:56Delphine Arnaud, vous êtes gérante Edmond Rothschild d'Asset Management Board.
11:00Retour, Delphine.
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