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  • il y a 7 semaines
Ce mercredi 17 décembre, Benoît Peloille, CIO chez Natixis Wealth Management, s'est penché sur la dépendance de l'économie américaine à ses marchés actions, et le surplus de croissance américaine selon Gabriel Zucman, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Benoît Pellois est avec nous, il nous rejoint à 15h46.
00:03Bonjour Benoît.
00:03Bonjour Guillaume.
00:04Pour l'ATX6 West Management, vous allez, Benoît, face aux marchés et face aux Etats-Unis,
00:08rendre votre verdict aujourd'hui, ce moment qu'on va vivre, ce verdict, est-ce que vous l'assumez ?
00:13Oui, parfaitement, on vous écoute.
00:14Écoutez, le verdict, c'est qu'à l'approche de 2026,
00:17l'économie américaine nous semble particulièrement dépendante de ces marchés actions.
00:23L'économie américaine, trop dépendante peut-être des marchés actions,
00:26vous déplorez qu'elle soit portée, cette économie américaine, par Wall Street.
00:29Et vous craignez que cette dépendance vis-à-vis des marchés actions perdure ?
00:32Oui, il est fort possible que ça puisse être une vulnérabilité, justement, courant 2026.
00:38C'est vrai que d'habitude, dans cet exercice de perspective annuelle,
00:41on a souvent tendance à décliner un scénario de marché à partir d'un scénario macroéconomique,
00:46de croissance, d'inflation.
00:48Et en fait, il me semble que le plus important en cette année 2026,
00:52qui va bientôt débuter, c'est que c'est probablement l'inverse.
00:55C'est probablement l'évolution des marchés actions qui va dicter la trajectoire de l'économie américaine.
01:00Et effectivement, ce qui est derrière cette idée, c'est ce concept d'économie,
01:03qu'on appelle l'économie en cas, c'est-à-dire cette économie où on peine à réconcilier,
01:09d'un côté, les données en dur, qui sont bonnes encore,
01:13et les données de sondage, d'enquête, qui sont quand même nettement moins optimistes,
01:18et qui sont justement le reflet d'une économie à deux vitesses,
01:22avec d'un côté, le consommateur américain moyen,
01:26l'américain moyen qui représente une grosse partie de la population,
01:29qui lui souffre des resserrements monétaires,
01:31le taux de défaut qui remonte,
01:32le taux d'accessibilité à la propriété immobilière,
01:36qui est un des plus bas.
01:37On a aussi le crédit consommation qui est quasiment à l'arrêt,
01:41et puis de l'autre, le 10% des plus aisés,
01:44qui eux justement profitent de la progression des marchés actions des dernières années,
01:48des effets richesses très positifs,
01:50au point où ils représentent aujourd'hui la moitié de la consommation américaine.
01:53C'est dingue, 10% des Américains représentent 50% de la consommation,
01:56et tout ça porté par en fait la hausse des marchés actions.
01:59Les 10% d'Américains qui consomment sont ceux sans doute
02:01qui sont aussi les plus exposés au marché actions.
02:04Alors tant que le marché actions monte, ça va.
02:06On verra ce qu'a dit Donald Trump,
02:07ce soir il doit prononcer un discours devant la nation,
02:09c'est comme ça qu'il s'exprime aux Etats-Unis,
02:10il parlera sans doute d'économie,
02:12et sans doute parlera-t-il aux classes moyennes qui souffrent effectivement,
02:15en état moins d'un an des élections de mi-terme.
02:17Est-ce que la Fed est fautive dans cette situation,
02:19cette dépendance de l'économie américaine vis-à-vis de Wall Street et du marché actions ?
02:22Est-ce que la Fed est coupable d'une certaine façon aussi ?
02:24En tout cas on pense que c'est un des effets justement de l'action de la Fed,
02:27c'est vrai qu'on peut assez rapidement falloir accourcir une économie
02:30qui serait subitement devenue plus inégalitaire au cours des dernières années,
02:35en réalité c'est à notre sens, c'est plus un effet de la politique monétaire,
02:39c'est tout simplement que l'action de la Fed a bien consisté à remonter les taux d'intérêt,
02:44donc les conditions monétaires pour Monsieur Tout-le-Monde se sont bien resserrées,
02:46on le voit de façon relativement tangible,
02:48c'est quand même beaucoup plus difficile d'obtenir des crédits,
02:50on paye des taux d'intérêt beaucoup plus élevés,
02:52mais en parallèle de ça, la Réserve fédérale a essayé de tout faire
02:55pour limiter les effets négatifs sur les marchés de sa politique monétaire,
02:59c'est-à-dire qu'à la moindre alerte, à la moindre crâne de récession,
03:03elle agit, elle ajuste rapidement ses taux d'intérêt,
03:06on est en plein dedans justement actuellement,
03:08à la moindre alerte de friction sur les marchés,
03:11elle tient un discours relativement accommodant,
03:13promettant justement, allant dans le sens d'inviter aux anticipations de baisse de taux,
03:17et ce qui fait qu'en fait, de façon bien concrète...
03:19On remet du bois à chaque fois.
03:20Ben c'est ça, et au fait, vous ajoutez à cela en plus une politique fiscale
03:23qui a plutôt été stimulante,
03:25et en fait, de ce point de vue-là,
03:27on a maintenu malgré tout des conditions de liquidité sur les marchés
03:29qui sont restées quasiment toujours accommodantes,
03:32ce qui a justement stimulé ces effets richesses
03:34en provenance des marchés financiers.
03:37Alors ça soulève quand même plusieurs problématiques,
03:39parce que d'un côté, ça soulève notamment la problématique
03:41de l'efficacité de cette politique monétaire,
03:43et on est en plein dedans aujourd'hui.
03:46Malgré le ressort monétaire,
03:47on a toujours une inflation qui est au-dessus de l'objectif depuis 5 ans,
03:50et dont la tendance n'est pas forcément très bonne,
03:52mais surtout, ça entretient ses effets richesses
03:54et ce sentiment d'une économie à deux vitesses
03:58et qui tourne en faveur des plus aisés.
03:59Alors, des plus aisés,
04:00et puis de certains secteurs d'activité industrielle,
04:04on pense notamment à LIA,
04:05mais est-ce que ce n'est pas le propre
04:07de toutes les révolutions industrielles
04:08d'être finalement entraînés par quelques secteurs
04:12et pas d'autres ?
04:14Si, alors c'est tout à fait juste.
04:18L'intelligence artificielle, la technologie,
04:20ça représente d'un point de vue sectoriel
04:21quasiment 30% des marchés à action américains.
04:23Et donc effectivement,
04:24cette bonne dynamique des marchés à action,
04:26est-elle portée par des conditions monétaires
04:29très satisfaisantes
04:30ou par des conditions de succès
04:32et d'engouement autour de la tech ?
04:34Évidemment, les deux sont à l'œuvre
04:37dans ce type de mouvement.
04:39Il ne faut pas oublier notamment que,
04:41bah oui, la dépendance à la tech
04:43de l'économie américaine,
04:43elle est aussi relativement concrète
04:45puisque si on rapporte les investissements
04:47de la tech dans les data centers, etc.,
04:49ça représentera sur l'ensemble de l'année
04:51quasiment la moitié,
04:51si on le rapporte ça au PIB,
04:52quasiment la moitié
04:53de la croissance américaine en 2025.
04:55Donc oui, il y a bien un impact concret de la tech
04:58et donc cette dépendance des marchés
04:59de l'économie américaine,
05:00c'est aussi indirectement une dépendance
05:02au secteur de la technologie.
05:03Et donc, pourvu que Wall Street continue de monter
05:06parce que tout ça repose sur une jambe,
05:08donc la hausse des marchés américains.
05:09Il faut l'espérer
05:10et ça repose même sur un nombre de valeurs
05:11toujours très très restreint.
05:13Donc effectivement,
05:14c'est en tout cas un point de vulnérabilité
05:15pour 2026.
05:17Tiens, on voudrait aussi vous faire réagir
05:18à ce poste de Gabriel Zuckman.
05:20On ne présente plus l'économiste Gabriel Zuckman.
05:22Parler de décrochage européen
05:23face aux Etats-Unis,
05:24pour lui, c'est un discours de conservateur.
05:26Il est faux, il est erroné
05:28de penser que l'Europe décroche économiquement
05:29face aux Etats-Unis.
05:30Alors, il argumente là-dessus
05:31que Gabriel Zuckman, il dit,
05:33je le cite,
05:34vous allez réagir Benoît,
05:35je vous vois chaud bouillant là déjà.
05:37Il dit,
05:37« Il n'y a pas d'eldorado américain.
05:39Leur surplus de croissance est dû au fait
05:41que leur population croît plus vite qu'en Europe.
05:43Mais surtout, la croissance américaine
05:45est annihilée par l'explosion du coût de la vie.
05:47Le PIB par habitant corrigé des coûts de la vie
05:49a progressé de 70% aux USA en 30 ans,
05:5270% en Europe, 63%,
05:54donc presque autant en Europe qu'aux Etats-Unis.
05:56Ça correspond à une croissance moyenne annuelle
05:58aux Etats-Unis sur 30 ans de 1,6%
06:00en Europe, 1,5%.
06:01Autrement dit, quasi-égalité de l'Europe
06:03face aux Etats-Unis
06:04quand on corrige de la hausse des prix
06:05cette croissance américaine.
06:06« Ah, ça fait du bien d'entendre ça.
06:08On n'est pas si à la bourre
06:09vis-à-vis des colonies américaines ou européens. »
06:11Alors écoutez, je ne connais pas la méthodologie
06:13derrière les chiffres évoqués par Gabriel Zuckman.
06:15Moi non plus.
06:16Je pense qu'il...
06:17Il faut toujours la vérifier avec lui, on est d'accord.
06:19Il a peut-être tendance à avoir
06:20beaucoup de conservateurs, effectivement,
06:21dans ses raisonnements.
06:23Moi, je m'en référerais à Mario Draghi.
06:27Je ne sais pas s'il est conservateur,
06:29mais en tout cas, on ne peut pas l'accuser
06:30d'avoir un billet hostile à l'Europe
06:31puisqu'il l'a même concrètement sauvé
06:33il y a quelques années.
06:34Mario Draghi, dans ce rapport,
06:35pointe justement un véritable décrochage
06:37de l'Europe par rapport aux États-Unis.
06:39Et il évoque, en termes de décrochage du PIB,
06:42un écart du PIB qui était de 15% en 2002
06:47et en 2023, il a quasiment doublé.
06:48On est à 30% de divergence.
06:51Et la raison, il évoque justement la raison
06:52là-dedans, dans ses travaux,
06:54ce n'est pas l'écart de coût de la vie.
06:56C'est quelque chose de beaucoup plus fondamental
06:57et justement plus inquiétant à long terme
06:59pour l'Europe, puisque ça réside essentiellement
07:01au décrochage en termes de productivité.
07:02D'après les travaux de Draghi,
07:04ce n'est pas le coût de la vie qui explique l'écart.
07:06À 70%, ça s'explique par un écart de productivité.
07:09Et si on regarde les derniers chiffres
07:11dont on dispose, ce sont les chiffres
07:13de l'OCDE, encore à aujourd'hui,
07:15enfin fin 2024, l'écart de productivité,
07:18il est de plus de 20% en faveur des États-Unis
07:20par rapport à l'Europe.
07:22Donc c'est surtout ça le vrai sujet de décrochage
07:24parce que c'est vraiment problématique
07:26dans la mesure où ça détermine
07:27notre croissance potentielle.
07:29Et quand on sait que nous sommes dans des pays
07:31avec une démographie assez peu dynamique,
07:34et là-dessus, les États-Unis n'y échappent pas non plus,
07:35même si c'est peut-être un peu plus dynamique,
07:37ils n'y échappent pas non plus,
07:38l'écart de productivité, il est essentiel
07:41dans la divergence de la trajectoire
07:42entre les deux économies.
07:44Là où il n'y a probablement pas de miracle
07:46de l'économie américaine,
07:47où il n'y a pas un génie particulier américain
07:49sur les raisons, notamment,
07:50c'est qu'on évoque souvent le génie
07:52de l'intelligence artificielle, de la technologie.
07:53Il ne faut pas oublier que c'est aussi
07:55un héritage de la Covid.
07:57On voit que l'écart de productivité
07:58s'accentue après la pandémie,
08:01parce que tout simplement,
08:01on a géré la pandémie très différemment en Europe.
08:03On a conservé les effectifs dans les entreprises,
08:05aux États-Unis, on a tout simplement
08:07viré tout le monde.
08:08Ça les oblige à innover.
08:08Donc il y a un choc de productivité
08:09extrêmement important.
08:11Donc tout ne repose pas sur le génie américain.
08:12Là, je suis assez d'accord.
08:14Il conclut Gabriel Zuckman,
08:16même si vous êtes en désaccord sur tout le reste,
08:18donc avec lui, il conclut,
08:19les États-Unis comme l'Europe
08:19ont vu leur part dans le PIB mondial diminuer.
08:22Avant, c'était 20% du PIB mondial.
08:24Maintenant, c'est 15%.
08:25Et voilà, vous dites,
08:27il y a quand même un décrochage européen fondamental
08:29et pour des raisons amenées malheureusement à durer,
08:31à savoir, on est dans le structurel,
08:33dans vraiment le cœur de l'édifice,
08:34la productivité.
08:36Merci beaucoup de nous avoir accompagnés aujourd'hui.
08:38Benoît Peuloisle pour Natixis régulièrement à nos côtés.
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