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  • il y a 8 heures
Aujourd'hui, c'est au tour de Sébastien Piteau, ancien surveillant pénitentiaire, et Frédéric Ploquin, journaliste spécialiste du grand banditisme, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.

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Transcription
00:01RMC, face aux grandes gueules.
00:05C'est Frédéric Ploquin qui est avec nous, journaliste d'investigation.
00:08Vous le connaissez, vous le voyez souvent, vous l'entendez sur les plateaux télé
00:11pour parler grand banditisme et narcotrafic.
00:14Bonjour Frédéric.
00:15Bonjour.
00:15Mais aujourd'hui on ne vous reçoit pas seul puisque vous êtes avec Sébastien Pitot,
00:20surveillant de prison pendant 20 ans.
00:22Vous avez côtoyé les détenus les plus dangereux, les terroristes, les grands bandits,
00:28les profils de radicaliser.
00:29Bonjour Sébastien Pitot.
00:30Bonjour.
00:31Ces 20 années de surveillance de prison avec Frédéric Ploquin,
00:34vous en avez fait tous les deux un livre.
00:36Un livre dans lequel il est question de corruption,
00:38de ce qui se passe à l'intérieur des prisons.
00:41Pourquoi avoir accepté, vous, c'est la question qui revient,
00:44de témoigner au grand jour sur ce qui se passe dans les prisons ?
00:48Écoutez, ça me semblait important.
00:50Moi j'ai vécu des moments extraordinaires en prison,
00:52mais j'en ai vécu aussi des très compliqués,
00:54qui m'ont beaucoup marqué, qui m'ont tellement marqué
00:56qu'un jour j'ai décidé de démissionner.
00:59Mais j'ai voulu raconter ce que j'avais vécu
01:02et aussi pourquoi j'étais parti.
01:04Pourquoi vous êtes parti ?
01:06Je suis parti parce que ce qui s'est passé,
01:09le départ en fait, je parle d'une affaire de corruption dans le livre,
01:13on a enquêté, on a travaillé dessus,
01:15et puis à un moment on n'a pas été au fond des choses.
01:18Alors ça a été un choix de l'administration,
01:19de ne pas aller au fond des choses,
01:20mais moi je m'étais exposé,
01:22on a remis un couvercle sur la poubelle et on m'a laissé au milieu.
01:24C'est quoi la corruption en prison ?
01:26Elle a des formes diverses et variées,
01:28qu'est-ce que c'est que la corruption ?
01:29Et celle que vous avez voulu dénoncer ?
01:31La corruption ça va être faire rentrer des choses illicites,
01:36interdites par la prison,
01:37qui ne sont pas forcément illicites comme des téléphones dans la vie de tous les jours,
01:41un téléphone ce n'est pas interdit,
01:42mais en prison ça l'est,
01:43ça va être rentrer un téléphone,
01:44ça va être rentrer de la drogue,
01:45ça va être rentrer de l'alcool,
01:47ça va être des choses comme ça.
01:48On a envie de dire, parfois des gens disent,
01:50mais ce n'est pas grave,
01:51ce n'est pas si grave que ça.
01:52Le problème c'est qu'un jour,
01:54ce n'est plus un téléphone qu'on va faire rentrer,
01:56c'est un flingue.
01:57Et le flingue il va servir à quoi ?
01:58Le flingue il va peut-être se retrouver sur ma tête,
02:00parce que moi j'étais dedans tous les jours,
02:01avec mes autres collègues bien évidemment.
02:03Et à un moment,
02:04ne pas aller au fond des choses,
02:06et un peu remettre un couvercle sur la poubelle,
02:09moi je n'ai pas supporté ça.
02:11Quand je dis pas aller au fond des choses,
02:12c'est-à-dire qu'il y a un mec qui est tombé,
02:14mais sincèrement moi je suis convaincu qu'il n'y en avait pas qu'un,
02:16mais on n'avait pas les moyens d'investigation suffisants,
02:18et au lieu de diligenter des enquêtes,
02:20etc. pour au moins faire la lumière,
02:22au moins faire la lumière,
02:24et être sûr, bon voilà.
02:25Pourquoi on n'a pas diligenté les enquêtes alors ?
02:27Écoutez, je ne sais pas,
02:28moi je n'avais pas le pouvoir de décision,
02:29par contre je l'ai subi.
02:32Frédéric Ploquin,
02:33juste une dernière,
02:34encore une question pour vous,
02:34ça s'est dégradé à quel moment ?
02:37Ça a changé à quel moment ?
02:38À quel moment la corruption en prison
02:40est devenue quelque chose de prégnant,
02:42de récurrent, d'implanté ?
02:45Mais elle a toujours existé, je pense.
02:46Elle a toujours existé, mais...
02:48Elle s'est amplifiée ?
02:49Amplifiée, je ne sais pas.
02:50Alors oui, je pense qu'elle s'est amplifiée,
02:52parce qu'il y a des gens parfois qui sont incarcérés,
02:55qui sont de plus en plus riches,
02:57et puis...
02:58Ça c'est les narco-trafiquants ?
03:00Pas que, pas que.
03:01Vous savez, des gros braqueurs, des mafieux,
03:04ils ont aussi beaucoup d'argent,
03:05il n'y a pas que les narcos,
03:06ils en font partie, mais il n'y a pas qu'eux.
03:08Et puis, après,
03:11je pense qu'il y a peut-être 25-30 ans,
03:15un gardien de prison,
03:16il avait un salaire qui était quand même
03:17au-dessus de la norme, on va dire.
03:20Aujourd'hui, les problèmes financiers du pays
03:23font que les grilles indiciaires sont gelées
03:26pendant des années.
03:26Moi, j'ai vu une grille indiciaire gelée
03:28pendant 8 ans.
03:29Il n'y a aucune augmentation de salaire, etc.
03:30Vous êtes parti, vous gagnez combien ?
03:32Moi, quand je suis parti,
03:33j'étais premier surveillant au taquet des échelons,
03:35je gagnais 2400 euros par mois.
03:37Net ou brut ?
03:38Net.
03:39Frédéric, pourquoi on avait voulu mettre en avant
03:42justement ce témoignage de Sébastien ?
03:44Je remercie Sébastien Pitot d'être venu à ma rencontre.
03:47Moi, si vous voulez, je suis journaliste d'investigation
03:48depuis 40 ans, j'ai raconté la prison
03:50à travers le regard d'un certain nombre de grands mondis,
03:52j'ai confessé une fois un directeur de prison.
03:57Mais là, si vous voulez,
04:00la prison, c'est quand même l'un des trous noirs de la République,
04:04j'ai l'habitude de dire.
04:05C'est-à-dire qu'il y a une espèce d'omerta,
04:06on ne sait pas ce qui s'y passe.
04:07Et nous, journalistes, quand on y est admis,
04:09c'est dans le cadre de communication, de plan com.
04:13Donc là, lorsque Sébastien Pitot vient me voir,
04:16il me dit, oui, on va tout dire, je peux tout dire
04:19parce que j'ai claqué la porte.
04:20Donc ça le libère de cette espèce de fil à la patte
04:24qui fait que normalement, un surveillant n'a pas le droit de parler.
04:26Donc là, il nous dit tout.
04:27Et moi, je suis devenu cette petite souris
04:30que le lecteur peut être
04:31et qui va se retrouver au cœur de la maison centrale de France
04:36la plus sécurisée.
04:38Et là, effectivement, cette histoire de corruption,
04:41elle est beaucoup plus importante qu'on le croit
04:43parce que quand Sébastien Pitot en parle,
04:45il dit à un moment donné,
04:47c'est vrai qu'au départ, c'est petit,
04:48on rentre un parfum, on rentre un...
04:50On rentre un aftershave, on se dit, c'est pas grave.
04:53Le surveillant qui fait ça, il se dit, c'est pas grave.
04:55Bon, il touche un petit billet.
04:57Mais il ne mesure pas l'impact, la conséquence
04:59du fait que ces grands voyous qui sont en face de vous,
05:02à partir du moment où vous leur rentrez un aftershave,
05:04ils vous tiennent.
05:05Ils vous tiennent littéralement pour la vie.
05:09Ils ont votre carrière entre les mains.
05:12Et la fois suivante, ils vont effectivement vous demander plus.
05:14Et ça monte, ça monte.
05:16Et là, la phrase qui m'a frappé,
05:20que dit Sébastien Pitot et qu'on écrit dans le livre,
05:22c'est en gros, moi, je ne veux pas travailler dans une prison.
05:25C'est déjà très dangereux, c'est déjà très difficile.
05:27On peut s'en prendre plein la gueule tous les jours.
05:28Il y a des prises d'otages, il y a des suicides.
05:30C'est déjà un cauchemar permanent.
05:31Si en plus, tout le monde ne travaille pas dans le même camp
05:34et je peux avoir un surveillant qui se retourne,
05:37qui finalement travaille pour le camp adverse,
05:39là, c'est plus possible parce que je me sens trop en danger.
05:42C'est ça qui m'a le plus frappé.
05:44Et pour finir sur la corruption,
05:46je voudrais quand même rappeler à ceux qui nous écoutent
05:49que ne serait-ce que cette DZ mafia
05:52qui actuellement est en train de prendre de l'ampleur
05:55et domine un peu le terrain et le territoire
05:57sur le trafic de stupéfiants,
05:59ils sont tous devenus, ce qu'ils sont, en prison.
06:01Ce qui signifie que le téléphone portable,
06:03ce n'est pas juste un truc pour appeler sa compagne,
06:05ce ne serait que ça.
06:06C'est pour continuer le business.
06:07Pour ses enfants.
06:08Mais ce n'est pas ça.
06:09C'est pour commandité des meurtres.
06:10C'est pour donc un téléphone en prison, ça tue.
06:13Mais ça, ils ne le savent pas.
06:14C'est ça.
06:15Oui, souvent, ils n'en ont pas conscience.
06:17Et vous demandiez tout à l'heure le type de corruption.
06:21Alors, il va y avoir en prison,
06:23le plus gros travail d'un surveillant, c'est d'observer.
06:26Mais en face, les gens, ils font quoi ?
06:27Ils observent aussi.
06:29Ils n'ont que ça à faire.
06:30Ils apprennent à vous connaître aussi, c'est ça.
06:32Et qui vous êtes.
06:33Exactement.
06:33Et parfois, ils sont bien plus affûtés dans le domaine
06:37que des surveillants qui débutent
06:39ou qui sont peu expérimentés.
06:40Ils vont vite aller identifier le mec qui est un peu faible.
06:43On va tout de suite aller chercher plutôt le faible.
06:46Et puis en prison...
06:47Et ça se passe comment ?
06:47C'est-à-dire, ils discutent avec vous ?
06:49Comment tu vas dans ta vie ?
06:50Qu'est-ce que tu fais ?
06:51C'est ça.
06:51Et puis, ils savent instaurer ce climat de confiance.
06:54Un peu comme d'autres surveillants,
06:57et comme moi, je l'ai fait,
06:58amener ce climat de confiance
06:59pour essayer de faire parler les détenus.
07:01Ben, eux, ils font la même chose.
07:02Et puis à un moment,
07:03on voit le même mec tous les jours
07:04pendant des années, des mois, des années.
07:07Et puis au bout d'un moment,
07:08c'est devenu un copain.
07:09Donc on lui parle des problèmes financiers.
07:12Pourquoi pas ?
07:12Et puis à un moment, hop, il entend.
07:14Ou alors, il a entendu
07:15parce que les murs ont des oreilles.
07:17Et puis là, on va venir chercher le mec
07:19et puis on va l'attraper comme ça.
07:22Souvent, c'est des gens qui sont faibles
07:23qui tombent là-dedans.
07:24Alors après, moi,
07:25je n'ai pas trop connu cette période-là,
07:27mais je pense que Frédéric parlait
07:29de la DZ Mafia aujourd'hui.
07:30Je pense qu'il y a des gens
07:31qui peuvent tomber aussi dans la corruption
07:32par rapport à des menaces.
07:34Bien sûr.
07:35C'est-à-dire, on sait qui tu es,
07:37on sait où vit ta famille,
07:39on sait où va ta fille,
07:40où travaille ta femme.
07:41Et dans ces cas-là,
07:42on s'achète le gardien par la menace.
07:45Encaisse par la manche.
07:45Oui, ça peut arriver.
07:46Mais encore une fois,
07:47ils vont aller...
07:48Moi, je peux vous dire,
07:49j'ai des gros voyous un jour,
07:50ils m'ont dit,
07:50on va venir chez toi.
07:51Ben, je dis, venez bien équipé
07:52parce que moi, je suis bien équipé,
07:53je vais vous recevoir.
07:55Mais c'est...
07:56Et ça s'est calmé tout de suite ?
08:00D'ailleurs, voilà.
08:01Mais après, on ne peut pas être sûr
08:02qu'il n'y ait pas de suite.
08:02Et puis bon, les gens deviennent
08:03quand même de plus en plus sans limite.
08:05Et après, il y a un autre problème aussi.
08:06C'est-à-dire, le profil des détenus
08:07a changé aujourd'hui ?
08:08Oui, on le voit bien.
08:09De toute façon,
08:09c'est de plus en plus violent.
08:11Regardez, quand on voit un type
08:13se faire sniper dans le cimetière
08:16à l'enterrement de sa mère,
08:17il n'y a plus de règles.
08:17Ça, c'était encore...
08:18C'est-à-dire qu'on voit
08:18l'évasion sanglante de Mohamed Amras,
08:20c'était une première, ça, en France.
08:21Oui, bien sûr.
08:22Au piège d'Ankerville, effectivement.
08:24Je pense que, voilà,
08:24Amamed Amras,
08:25avec vos collègues qui ont été tués.
08:26S'il n'a pas de téléphone,
08:28ce n'est pas orchestré au pied à la coulisse
08:30comme ça l'a été.
08:31Et peut-être qu'il y a deux surveillants
08:32qui sont encore en vie aujourd'hui.
08:33Mais vous allez encore plus loin dans le livre.
08:35Parce que vous dites,
08:36à propos de la corruption,
08:38à un moment, vous écrivez
08:39que quand on en balance un,
08:41ça va, on est félicité.
08:42Quand on en balance dix,
08:43la direction vous fait comprendre
08:44que, attention,
08:46il ne faut pas aller trop loin.
08:47Et par rapport à cette corruption,
08:48on parle beaucoup
08:50du gardien, du surveillant
08:51qui se laisse corrompre
08:52pour avoir la paix sociale.
08:54Sachant que vous décrivez bien
08:55que le gardien,
08:56c'est à la fois un flic,
08:57un pompier et un psychiatre.
08:59Mais il y a la corruption aussi
09:01qui vient de l'extérieur.
09:02Il y a des gens aussi,
09:03même si c'est marginal de ces réseaux,
09:04qui ont réussi à infiltrer
09:06le personnel de la pénitentiaire.
09:08Parce que moi,
09:09je traite un cas.
09:10Et je finis ma question.
09:11Moi, je traite un cas.
09:12J'accompagne une jeune fille
09:13qui a été séquestrée
09:14dans un réseau de prostitution des mineurs.
09:16Je ne vais pas citer le nom de la ville,
09:18mais le gars, il était à VLM.
09:19Donc vous savez c'est quelle prison ?
09:21Il gérait tout depuis la prison.
09:23Il expliquait comment ça se passait.
09:25Et il expliquait qu'il avait des gars,
09:27lui, qui faisaient partie du personnel
09:28dans d'autres prisons ailleurs en France.
09:31Mais j'allais y venir pour voir
09:32le dernier cas de corruption,
09:33c'est ça.
09:34Aujourd'hui, il y a des surveillants
09:35qui sont des voyous.
09:37Voilà.
09:37Et alors, je pense que c'est
09:39le cadre de corruption
09:41qu'il y a le moins.
09:41Oui, bien sûr.
09:42Mais ça a commencé.
09:43Mais c'est les plus difficiles à attraper.
09:46Parce qu'ils sont organisés.
09:47Un type qui l'a fait par faiblesse,
09:50par bêtise, etc.
09:52Un jour, il va s'effondrer,
09:54il va se mettre à pleurer.
09:55Et puis, il va raconter
09:56toutes les bêtises qu'il a faites.
09:57Mais le voyou, il ne va pas le faire.
09:58Et là, c'est beaucoup plus difficile
10:00à attraper.
10:00Et il y en a quelques-uns.
10:02Question, Emmanuel et Laurent.
10:04Bravo pour votre livre
10:05qui est très intéressant,
10:06facile à lire,
10:07surprenant,
10:08et il faut le dire,
10:09courageux.
10:10Et qui va faire date,
10:11ce livre,
10:11avec ce titre,
10:12Journal d'un mâton,
10:13il va faire date.
10:14Alors, par exemple,
10:15vous écrivez
10:16beaucoup de choses
10:18vraiment majeures.
10:19Vous dites à la page 115,
10:20la grande majorité
10:21des surveillants
10:22commencent leur carrière
10:23avec de l'envie,
10:24de l'ambition et la foi
10:26dans un système
10:26qui finit par les écœurer
10:28tant ils penchent
10:29en leur défaveur.
10:30Vous poursuivez plus loin.
10:31L'administration se montre
10:32souvent plus attentive
10:33et plus humaine
10:34avec les détenus
10:36qu'avec les employés.
10:37Alors, la question,
10:38elle est simple.
10:38Quand on a refermé
10:39votre bouquin,
10:40qu'est-ce qu'il faudrait faire
10:42pour reprendre
10:43la situation en main ?
10:45Alors, moi,
10:45je pense que pour reprendre
10:47la situation en main,
10:48il faudrait que l'administration
10:49comprenne
10:50qu'en prison,
10:50c'est des hommes
10:51qui gardent des hommes,
10:52que les détenus
10:53ne sont pas des numéros
10:54et que les surveillants
10:54ne sont pas des numéros.
10:55Quoi qu'un mec
10:56ait fait en prison,
10:57ça reste un homme
10:57et il faut le traiter
10:58comme tel.
10:59Mais par contre,
11:00non, il faut mettre
11:00les gens dans des cases
11:01et quand on ne rentre
11:02pas dans les cases,
11:03vous voyez,
11:03moi, je pense que
11:03si à un moment,
11:04je me suis fâché
11:04avec l'administration,
11:05c'est parce que
11:06je ne rentrais pas
11:06dans les cases.
11:07Moi, j'ai toujours fait
11:08mon travail avec conviction
11:09et honnêteté,
11:10mais je ne fermais pas
11:11ma gueule.
11:12Donc, je ne rentrais pas
11:13dans les cases.
11:14À un moment,
11:14on est venu me taper
11:15sur les doigts.
11:16Et pourquoi ?
11:17Parce que vous disiez
11:17vos vérités à tout le monde,
11:18c'est ça ?
11:20C'est l'administration,
11:21c'est le pas de vague ?
11:22Voilà, pas de vague.
11:23Vous savez,
11:24c'est ceinture et bretelles.
11:25On ne veut vraiment
11:26pas perdre le pantalon.
11:27Il ne faut rien
11:28qu'il arrive.
11:29Donc, quand il y a quelqu'un
11:30qui ramène toujours sa fraise,
11:31comme je le faisais,
11:33je l'assume
11:33et je le revendique,
11:35il y a des gens
11:36qui s'appelaient.
11:37Moi, j'ai eu la chance
11:38de travailler
11:38avec des chefs
11:39d'établissement formidables.
11:41Il y en a d'autres, non.
11:42Moi, je suis le chef,
11:44reste dans ton coin,
11:44tu dois te taire
11:45et c'est comme ça,
11:46c'est moi qui décide,
11:47on va faire comme ça.
11:48Parfois, des gens
11:48qui connaissent
11:49alors qu'ont des années
11:50de carrière
11:51mais qui vont très peu
11:53sur le terrain
11:53et qui ne veulent pas
11:54écouter les gens du terrain.
11:56Après, ça, c'est valable,
11:56je pense,
11:57dans de nombreux domaines,
11:58malheureusement.
11:59C'est quand même
12:00un témoignage saisissant
12:01que vous avez recueilli
12:01sur la corruption en prison.
12:03C'est un témoignage
12:04extrêmement rare
12:04qui va, à mon avis,
12:06secouer l'administration pénitentiaire
12:07mais dans le bon sens du terme.
12:11Vous êtes sûr de ça
12:12que ça va la secouer ?
12:13Oui, absolument.
12:14Derrière, il faut que ça agisse.
12:15Ce sont les premiers retours
12:16que j'ai.
12:17C'est-à-dire que, finalement,
12:18ceux qui luttent
12:19contre la corruption
12:19au sein de l'administration pénitentiaire
12:21ne sont pas forcément fâchés
12:23de voir que quelqu'un,
12:25aujourd'hui,
12:26brise l'omerta de cette façon
12:27et raconte tout
12:27parce que ça met tout sur le tapis
12:28et ça va éviter...
12:29Sans avoir de conséquences
12:30sur leur propre carrière.
12:31Donc, c'est normal
12:32qu'ils soient heureux.
12:34C'est pas ce que je vois...
12:34C'est un pavé dans la marre
12:37qu'on jette
12:37et je pense...
12:38L'un des soucis majeurs
12:40de l'administration pénitentiaire
12:41aujourd'hui, c'est ça.
12:42Ils font des colloques,
12:43ils créent des commissions, etc.
12:45Et là, tout d'un coup,
12:46ils ont quelqu'un
12:46qui dit la vérité,
12:48qui dit,
12:48mais attention,
12:49les surveillants sont fragiles,
12:52les surveillants basculent facilement
12:55et en face, surtout,
12:56on a une population carcérale
12:57qui, aujourd'hui,
12:58a vraiment les moyens
12:59et pense...
13:01Cette jeune génération de voyeurs,
13:02ils pensent que tout s'achète.
13:03Donc, un douanier s'achète,
13:06un docker s'achète
13:07et un surveillant de prison
13:08comme un flic à son prix.
13:10Pour eux,
13:10ils sont dans cette logique-là.
13:12Il faut le dire...
13:12Et ils ont les moyens.
13:13Oui, ils ont les moyens
13:14de le faire.
13:14Donc, il faut le dire
13:16pour pouvoir, on va dire,
13:18remettre les pendules à zéro.
13:19Alors, on va continuer
13:20notre discussion
13:20avec question de Laurent Varton-Martinez,
13:22d'Emmanuel Devilliers,
13:23d'Abel Boyis
13:25et Sébastien Piteau,
13:26surveillant de prison,
13:27avec Frédéric Ploquin,
13:28journal d'un maton,
13:30la vérité sur la corruption
13:31au cœur des prisons.
13:33C'est aux éditions Fayard
13:34et en continuant à discuter
13:35dans un instant.
13:52RMC
13:53Alain Marshall,
13:54Olivier Truchot,
13:56Les Grandes Gueules.
13:571, 2, 3, 4 !
14:05C'est un homme
14:05qui n'est plus tenu
14:07par le devoir de réserve
14:08qu'on reçoit aujourd'hui.
14:09C'est Sébastien Piteau.
14:10Il a été gardien de prison,
14:12dans le langage,
14:13on dit toujours maton,
14:14pendant une vingtaine d'années.
14:16Et c'est un livre
14:17avec Frédéric Ploquin,
14:18journal d'un maton,
14:19la vérité sur la corruption
14:20au cœur des prisons.
14:21C'est aux éditions Fayard,
14:22un livre qu'on vous conseille
14:24vivement,
14:24puisque les questions
14:26de corruption en prison,
14:28des conditions d'incarité,
14:29sont des sujets
14:30qui reviennent régulièrement
14:31aujourd'hui dans les Gigi,
14:33dans les Grandes Gueules,
14:34dans tous les médias,
14:34dans la société française.
14:36Sébastien Piteau,
14:37c'est un livre
14:37qui a été mis en forme
14:39par notre ami Frédéric Ploquin.
14:41C'est parti d'une histoire
14:42personnelle,
14:43bien évidemment,
14:43pour ensuite élargir
14:45et que l'on voit
14:46l'ampleur de ce qu'est
14:47le monde carcéral
14:48et la corruption.
14:49Les Gigi l'ont lu,
14:50l'ont apprécié,
14:51on continue d'en discuter,
14:52Laura Varton-Martinez.
14:53Oui,
14:55alors je vais vous dire
14:56quelque chose
14:56qui peut-être va vous surprendre,
14:57mais moi je n'ai rien appris
14:58dans votre livre
14:59comme c'est un milieu
15:00que j'ai eu la malchance
15:02de côtoyer
15:03et de particulièrement connaître.
15:05Hormis le petit épisode
15:06cannibalisme
15:07dont je parlais à la pub,
15:10ça vous remue
15:11quand même le ventre.
15:13Maintenant...
15:13Avant que tu continues,
15:15c'est quoi l'épisode cannibalisme ?
15:16Il mange la cervelle,
15:17il voit le sang à la coupe.
15:19C'était en 2004,
15:20le 4 juillet 2004,
15:21vous voyez,
15:21je n'ai pas besoin
15:22de répertoire
15:24pour retrouver la date,
15:24je ne l'ai pas oublié.
15:26Il y a un détenu
15:27qui a tué un autre détenu,
15:29il lui a éclaté la tête
15:30et quand les premiers surveillants
15:32sont arrivés sur place,
15:33il avait un trou dans la tête,
15:34il fouillait dans le crâne
15:35et il portait à sa bouche.
15:37Moi je l'ai servi, quoi.
15:39Et quand on a réussi,
15:40il a été renfermé
15:42dans une pièce isolée
15:43et quand on a été chercher
15:44dans cette pièce,
15:45moi j'étais présent
15:46à ce moment-là,
15:47c'était un truc un peu lunaire,
15:48il avait bouché
15:49l'œilleton de la pièce,
15:50on voyait de l'eau
15:51mêlée à du sang
15:52qui passait sous la porte
15:53et quand on a ouvert,
15:54il était paisiblement
15:55assis sur une table
15:56avec un morceau de verre
15:57et il fouillait dans son ventre.
15:58Il s'est ouvert le ventre.
16:00Voilà, ce monsieur,
16:00typiquement,
16:01il n'a rien à faire en prison,
16:01il doit être en hôpital psychiatrique.
16:03On est bien d'accord.
16:04D'ailleurs,
16:05il y a été par la suite,
16:06mais je pense que
16:06il a refouillé là avant.
16:07J'ai toujours trouvé
16:08que les prisons,
16:10c'était le reflet
16:12de la société
16:13dans le sens où
16:16on appuie
16:17sur les traits
16:17les plus graves
16:18et les plus sombres
16:19de notre société.
16:21Et là,
16:21on y a tout.
16:22C'est-à-dire qu'on a
16:23la psychiatrie
16:24qui est complètement délaissée,
16:25on a la violence
16:26qui continue,
16:26la corruption.
16:27Alors,
16:28les gens peuvent se dire
16:28que la corruption,
16:29ça peut être seulement
16:30je te donne un billet.
16:31Mais,
16:31vous l'aviez très bien évoqué avant,
16:33ça peut être
16:34si tu ne fais pas
16:34ce que je te dis,
16:35je te tue,
16:36toi,
16:36ta famille,
16:37je viole ta fille.
16:38Et ça,
16:38c'est de la corruption aussi.
16:39Donc,
16:39cette personne-là en face,
16:41parfois par peur,
16:42va dire d'accord,
16:42n'aura peut-être pas
16:43le charisme de monsieur Pitot
16:45à dire
16:45je t'attends à la maison.
16:47Je ne sais pas moi,
16:47malgré mon fort caractère,
16:48je ne sais pas comment
16:49je pourrais réagir
16:49à quelque chose comme ça.
16:51Et ce qu'il y a pour moi,
16:52malgré toute cette violence
16:53que vous décrivez,
16:54ce mal-être,
16:55vous avez pour moi
16:56appuyé sur le point
16:57le plus important,
16:59c'est l'omerta administrative,
17:01le délaissement
17:02des institutions
17:03auprès de nos représentants
17:05de l'ordre
17:05et de l'État.
17:06Je pense aux policiers,
17:06je pense à tous ces gens-là.
17:07C'est-à-dire que vous êtes
17:10complètement seul,
17:11démuni
17:11et désemparé
17:12par des situations
17:13qui ne font que s'empirer,
17:15et qui sont de plus en plus violentes.
17:16Vous n'avez ni les moyens financiers,
17:17ni les moyens humains
17:18et ce que je trouve encore pire,
17:20à aucun moment
17:21vous avez le soutien
17:22des gens
17:22qui sont au-dessus de vous.
17:23Ils sont vraiment
17:23laissés seuls
17:25et livrés à eux-mêmes,
17:26Frédéric Plogneur ?
17:27Ce que raconte
17:27Sébastien Pitot,
17:28c'est une évolution
17:29sur ces 20-30 dernières années
17:31qui fait que,
17:32évidemment,
17:32les détenus aujourd'hui
17:34ont beaucoup plus de droits
17:34qu'ils n'en avaient avant.
17:36Mais il y a un moment donné
17:37où le rapport de force
17:38finit par se renverser.
17:39C'est ça qu'il raconte,
17:40c'est comme ça
17:40qu'il a ressenti.
17:41C'est-à-dire qu'à force,
17:42en fait,
17:43les détenus
17:43peuvent en permanence
17:44aller porter plainte,
17:45aller chercher l'administration,
17:46aller dire
17:47que quelque chose
17:47ne va pas, etc.
17:49Et dans ces cas-là,
17:52le surveillant qu'il est
17:53se retrouve,
17:54il utilise le mot
17:54paillasson de la République.
17:56C'est un peu ça.
17:56C'est complètement ça.
17:57C'est-à-dire que
17:57tout le monde
17:58s'essuie les pieds sur lui,
18:00le détenu,
18:01comme finalement
18:01ses chefs
18:02qui ne le protègent pas,
18:03ne le courent pas.
18:04C'est un peu ça
18:04qui ressort
18:05de ce que tu m'as raconté.
18:07C'est le pas de vague.
18:08C'est-à-dire que
18:09le pas de vague
18:09qu'on voit là,
18:10typiquement,
18:10je pense à l'histoire
18:11de Jack Lang
18:12avec le cas d'Orsay.
18:13C'est le pas de vague.
18:14C'est-à-dire qu'on sait
18:14ce qui se passe.
18:15On sait que ce n'est pas normal,
18:16mais il ne faut pas en parler.
18:17On met le couvercle sur la poubelle.
18:18Et en prison,
18:19c'est exactement la même chose.
18:20On sait que la drogue
18:21est un fléau,
18:21mais comme sinon,
18:22ça va être un peu chiant
18:23à gérer le fait
18:23que les détenus
18:24y sont en manque,
18:25on leur file.
18:26Sauf qu'au final,
18:27qui sait qu'ils souffrent
18:27des conséquences
18:28parce que le chiite,
18:28au-delà d'être une drogue,
18:29c'est quelque chose
18:30qui vous ravage le cerveau.
18:31Ça crée des schizophrénie.
18:32C'est quelque chose
18:32qui vous ravage.
18:34Et au final,
18:35c'est le surveillant
18:35qui se retrouve en première ligne
18:36face à des gens
18:37qui sont complètement détraqués.
18:38Vous voyez, par exemple,
18:39quand je dis
18:40qu'on ne se sent pas soutenus,
18:42je vais vous donner un exemple.
18:43Un surveillant fait...
18:45Moi, ça m'est arrivé,
18:46je fais une fouille de cellules
18:47et puis je trouve du chiite
18:49ou un téléphone portable.
18:52Il y a un compte-rendu d'incident,
18:54il y a une procédure disciplinaire.
18:55Le détenu est auditionné
18:56par le gradé enquêteur
18:59à l'intérieur de la prison.
19:01Mais parfois,
19:02le surveillant,
19:03il est convoqué au commissariat,
19:04il est auditionné par la police.
19:07Comment vous avez trouvé le téléphone ?
19:09Pourquoi vous avez fouillé
19:10cet endroit-là ?
19:11Mais ça veut dire quoi,
19:12ces questions-là ?
19:13Ça veut dire quoi ?
19:15On est vraiment bien partis
19:15Mais alors justement,
19:16comment ça se fait
19:17qu'ils se retrouvent devant la police ?
19:18À devoir répondre à ces questions ?
19:20Procédure ?
19:21Non, non, il n'y a pas
19:22de détenu.
19:22Il n'y a pas de plainte de détenu.
19:23Il y a une audition qui est faite.
19:24Mais si vous voulez,
19:25la façon dont on va vous poser les questions,
19:26moi ça m'est arrivé plusieurs fois,
19:28on vous pose des questions
19:29genre
19:31« Mais c'est pas toi
19:33qui as été le cachet, le truc ? »
19:35Peut-être pour faire avoir
19:37une affaire aux détenus
19:38ou peut-être pour...
19:40Je ne sais même pas pourquoi.
19:42Ça me paraît lunaire en fait.
19:44Mais ça existe.
19:44C'est ça qu'on voit dans le livre.
19:46Il y a beaucoup de choses
19:46que vous découvrez
19:48et que vous êtes étonnés
19:49qu'on a le droit
19:50de faire ça en prison.
19:51Je prends l'exemple,
19:52il y a un homme
19:53qui est accusé de viol,
19:54en tout cas il est condamné pour viol,
19:56il a le droit de commander
19:58un carton de livres
20:00et de DVD de films porno.
20:02Il y a un Corse
20:04qui est pareil,
20:05incarcéré.
20:06Pendant tout un après-midi,
20:08il y a des travaux
20:09dans sa cellule
20:09pour installer un bras métallique
20:11qui va soutenir sa télé.
20:12Ça dure pendant des heures
20:14et tout va bien.
20:14il y a cet échange
20:17avec ce directeur
20:18de prison algérien
20:19qui lui est effaré
20:20de voir la qualité
20:22de la nourriture
20:22en prison
20:23et qui dit
20:23mais nous en Algérie
20:24c'est du pain raci
20:25et de l'eau
20:26et c'est dissuasif quoi.
20:27Et aussi il y a la question
20:28de la récidive
20:30parce que vous prenez
20:30l'exemple
20:31d'une personne
20:32assez âgée.
20:33Attends, avant que tu continues
20:33sur la récidive,
20:34on peut s'arrêter
20:35sur ces cas précis
20:36parce que ça on se dit
20:37quand même,
20:37vous savez quand on parle
20:39des fois dans les conversations
20:40on dit
20:40c'est la prison Club Med.
20:41Alors bien évidemment
20:42c'est pas le Club Med
20:43mais les exemples
20:44que donne Abel
20:45ça peut quand même étonner
20:48Sébastien
20:48justement qu'on laisse faire
20:50les travaux
20:50toute la journée
20:51dans la cellule
20:51du Cahit de Corse
20:52pour qu'il ait son bras
20:53télescopique pour la télé.
20:55On peut se dire quand même quoi.
20:57Ben oui mais ça existe.
20:58Ça existe, c'est la réalité quoi.
21:00C'est la réalité.
21:00C'est pas ce qu'on s'achète.
21:01Après, je tiens quand même
21:03aussi à dire
21:04oui comme vous le dites si bien
21:05c'est pas le Club Med.
21:06C'est pas le Club Med.
21:08Moi je n'aurais pas passé
21:0820 ans en prison.
21:10Tu les as passés.
21:10Oui je les ai passés.
21:12Je chantais le soir quand même.
21:13Je chantais le soir.
21:14J'avais quand même
21:15quelques activités annexes.
21:17Mais si vous voulez
21:17je pense que
21:18moi c'est important
21:19de donner une deuxième chance
21:20aussi aux gens
21:21qui sont en prison.
21:22Parce que je tiens à parler de ça
21:23parce que des fois
21:23je trouve que ça tape
21:24un peu trop quand même
21:24sur le voyou quoi.
21:26Le voyou il a droit aussi
21:27à sa deuxième chance.
21:29Mais il faut apporter
21:30des activités.
21:31Il faut proposer des choses.
21:33Alors quand je vois
21:33des kartings
21:35qui rentrent
21:35dans la prison de Fresnes
21:36je me dis
21:36non c'est pas possible quoi.
21:38J'ai vu aussi
21:39dans des prisons
21:40des ateliers massage
21:42etc.
21:43À un moment
21:43il ne faut pas déconner quoi.
21:44Il y a des gens
21:45qui ne peuvent pas se payer.
21:45Est-ce qu'on appelle
21:46les ateliers ludiques
21:48ou les activités ludiques ?
21:48C'est ça.
21:50Moi ce que je veux dire par contre
21:51à mener
21:53dans la prison
21:54des activités sportives
21:55des choses
21:55qui ne vont pas coûter
21:56de budget
21:57mais qui vont permettre
21:58aux gens
21:58d'avoir des activités
21:59d'avoir un lien
22:00avec l'extérieur.
22:01On en parle aussi
22:02dans le livre.
22:03Moi je suis très impliqué
22:04dans le monde de la boxe
22:05et à de nombreuses reprises
22:07j'ai organisé
22:08des événements boxe
22:10avec les détenus
22:12soit en tant que spectateur
22:13soit en tant que participant
22:14et on a fait des super trucs.
22:16Ça réhumanise
22:17ça recrée du lien social
22:18ça leur apprend.
22:19Il y a un mec
22:19que j'ai eu à la boxe
22:20à la maison centrale
22:21de Saint-Mort
22:21qui aujourd'hui
22:22est encore en activité
22:23et il est boxeur professionnel.
22:25C'est génial.
22:25Et je ne pense pas
22:26qu'il soit retourné en prison.
22:28Il y a un truc
22:28qui m'a aussi choqué
22:29parce que moi
22:30j'ai eu l'occasion aussi
22:31d'intervenir en prison
22:32et d'animer des ateliers manga
22:33parce que je suis dessinateur.
22:35À un moment
22:35vous dites que
22:36il y a beaucoup d'argent
22:37qui ont été mis
22:38pour la lutte
22:39contre la déradicalisation
22:40et vous avez découvré
22:42avec effarement
22:43qu'au final
22:44cet argent
22:44il a été détourné
22:45et il a été utilisé
22:46pour réhabiliter les douches
22:47par exemple
22:48mais pas du tout
22:49pour l'objectif initial.
22:50Une partie de cet argent
22:51oui a été utilisé
22:52alors même si les douches
22:53en avaient fortement besoin
22:54à un moment
22:55moi en tant qu'acteur de terrain
22:58je me dis
22:59bon finalement
23:00il y a les deux
23:01il y a le citoyen
23:02qui paye des impôts
23:03et ça me gêne un peu
23:04on a mis beaucoup d'argent
23:05et que c'est pas allé
23:06là où il fallait.
23:07Ça a coûté beaucoup d'argent
23:08mais il y a de l'argent
23:08qui a été dépensé comme ça
23:09c'est une réalité
23:11et en fait il y a eu des budgets
23:12et rien n'a été fait.
23:14Rien n'a été fait
23:16on en parle dans le livre
23:17il me semble
23:19un terroriste des attentats
23:21de 95
23:21qui était en détention
23:22classique
23:25moi j'ai découvert
23:26qu'il avait
23:27un compte Facebook
23:29actif
23:30et juste ça
23:31ça justifie pas
23:32un placement
23:33au quartier d'isolement.
23:34Et alors justement
23:34vous comment
23:35parce que moi je ne vois pas
23:36en tant que citoyenne lambda
23:38comme
23:39est-ce que vous avez une idée
23:40ou un début d'idée
23:41de comment on pourrait
23:42justement
23:43faire en sorte que
23:44que les gens soient radicalisés
23:46dès qu'ils arrivent
23:47pourquoi pas
23:48en général
23:49ils tombent pour ça
23:50mais comment éviter
23:51justement cette radicalisation
23:52en prison ?
23:54Alors moi je pense
23:55qu'aujourd'hui
23:55ça sera difficile
23:58mais l'erreur
23:59qui a été faite
24:00je parle de
24:01terroristes patentés
24:03qui sont
24:03qui sont des gens
24:04qui sont foncièrement mauvais
24:06et qui vont avoir
24:08toute l'habilité
24:08parce que c'est des gens
24:09qui sont très intelligents
24:10par contre
24:10et ils vont avoir
24:11toute l'habilité
24:12d'aller chercher
24:13des gamins désœuvrés
24:15et qui sont
24:16donc on fait des conneries
24:17mais qui ne sont pas
24:18des mauvais gamins
24:19et qui se font laver le cerveau
24:20par ces types-là
24:21Je ne sais pas parce que c'est un cas
24:21qui est arrivé dans ma famille
24:23et justement
24:23je cherche encore
24:25comment on aurait pu éviter ça
24:28Je pense qu'il aurait fallu
24:30ceux que j'appelle moi
24:31les vrais terroristes
24:32les gens qui ont été condamnés
24:33pour des attentats
24:34il aurait fallu les isoler
24:36peut-être faire ce qu'aujourd'hui
24:38monsieur Darmanin
24:39fait avec les narcos
24:42La société se débarrasse
24:43un peu de tous ces cas
24:46sur la prison
24:47on les enferme
24:47on les oublie
24:48on oublie
24:49ils vont se démerder avec eux
24:50mais en réalité
24:51le trafiquant de stupéfiants
24:52qui est incarcéré
24:52il continue à être
24:53trafiquant de stupéfiants
24:54le voyou qui est incarcéré
24:55il continue à faire le voyou
24:57il prépare sa vie de voyou d'après
24:58et l'islamiste forcené
25:00qui est incarcéré
25:01il va continuer à essayer
25:03de convaincre
25:04de convertir
25:05ceux qui sont à proximité
25:06et ça on l'oublie trop
25:07souvent
25:08et je pense que
25:09de ce qu'il ressort
25:10de cette enquête
25:11de ce livre
25:12c'est qu'ils n'ont pas
25:13les moyens
25:13les surveillants
25:14ils partent au plus pressé
25:15ils partent au plus urgent
25:16ils ne sont pas très nombreux
25:17c'est dur
25:18tous les jours
25:19ils n'ont pas les moyens
25:21d'enrayer ce genre de choses
25:22et donc
25:23ces types
25:24continuent finalement
25:25à sévir
25:26après on sort
25:27on sort du cadre
25:29même de l'administration
25:30là c'est même pas la hiérarchie
25:31il y a des décisions politiques
25:33oui non mais complètement
25:33vous savez
25:34je citerai un exemple
25:35on parle de gamins désœuvrés
25:37de terroristes
25:38je vais parler de quelque chose
25:39qui a marqué la France entière
25:40les frères Kouaché
25:42me dit
25:42Koulibaly c'est quoi la base
25:43bien sûr
25:44c'est des gamins désœuvrés
25:45de cité
25:46qui se sont fait laver le cerveau
25:47complètement
25:48ils ont rencontré qui
25:50avant de commettre les attentats
25:51ils ont été rencontrés
25:53Jamel Bégal
25:53dans sa résidence
25:54surveillée dans le Cantal
25:55moi je l'ai gardé
25:56Jamel Bégal
25:56et Jamel Bégal
25:57c'est une pourriture
25:58mais ces mecs là
25:59avant de se faire laver le cerveau
26:01et bien c'était pas
26:02des gamins un peu désœuvrés
26:04aujourd'hui il y a eu un drame quoi
26:05il y a une petite anecdote
26:08que vous racontez à un moment
26:09c'est
26:09vous êtes avec un détenu
26:10vous vous trouvez un peu plus énervé
26:13que d'habitude
26:13il s'appelle Mamad
26:14je vais citer le dialogue
26:16vous le voyez
26:17vous dites
26:17oh Mamad
26:18alors pour ceux qui sont à la radio
26:19Sébastien Pitot
26:20c'est 1m90
26:2195
26:22oui 95
26:23vous n'avez pas envie de l'embêter
26:24et combien 130
26:25130 kilos
26:26ouais hors taxe
26:27hors taxe
26:29donc vous voyez
26:29vous n'avez pas envie de l'embêter
26:30il y a du bébé
26:31alors vous arrivez
26:32vous dites
26:32oh Mamad
26:32tranquille
26:33qu'est-ce qui t'arrive
26:34il vous répond
26:34qu'est-ce que tu me parles
26:35fils de pute
26:36vous lui dites
26:36ne me parle pas comme ça
26:37et tu le sais
26:38tu crois qu'on la connait pas
26:39ta grosse pute de fille
26:40quand je vais sortir
26:41je vais la violer
26:42je vais lui couper la tête
26:43et je te l'enverrai par la poste
26:44là-dessus vous partez
26:45sur la coursive avec lui
26:46vous le sentez toujours très énervé
26:48il se retourne vers vous
26:49il est un peu menaçant
26:51et là
26:51boum
26:52vous lui en mettez une
26:53et vous le mettez au sol
26:55vous avez le droit de le faire ?
26:57ah ben non
26:57j'ai pas le droit
26:58j'ai pas le droit
26:59on m'a parfois
27:01on m'a parfois
27:01accusé de violence
27:03j'ai une directrice
27:04qui m'a dit
27:05oui de toute façon
27:05vous êtes un mec violent
27:08non
27:09moi pour moi
27:10la violence
27:10la violence c'est quoi ?
27:11c'est le matin
27:12on rentre dans la cellule
27:13d'un détenu
27:14pour vérifier sa présence
27:15le type il dort paisiblement
27:17et on lui met un coup de savate
27:18ça c'est de la violence
27:20un type qui a un comportement
27:21comme ça
27:22qui se retourne
27:22qui lève la main sur moi
27:23pour m'agresser
27:24je lui en pose une
27:24ben je suis désolé
27:25c'est pas de la violence
27:26j'ai juste fait mon travail
27:27et j'ai préservé
27:28mon intégrité physique
27:30et c'est ce qui tue la France
27:30aujourd'hui
27:31le politiquement correct
27:33aujourd'hui
27:34le ministre de la justice
27:37qui est potentiellement
27:38candidat à l'élection présidentielle
27:39il a pris la mesure
27:41ça bouge les choses
27:42Frédéric ?
27:43ça bouge
27:43d'ailleurs j'espère vivement
27:46que Gérard Darmanin
27:47lira ce livre
27:48parce que ça peut le faire
27:48encore avancer
27:49dans sa réflexion
27:51ça bouge
27:52et des décisions ont été prises
27:53sur le conseil
27:54de gens qui ont connu
27:56la prison de près
27:58des conseils lui ont été donnés
28:00il a été décidé
28:02la création de deux établissements
28:05pénitentiaires
28:06ultra sécurisés
28:07où en gros
28:08on a mis sous cloche
28:09les principaux
28:10grands délinquants
28:12du moment
28:13provisoirement
28:14avant d'un levier
28:15il y a condé sur Sarthe
28:15c'est une expérience
28:17en cours
28:17qui pour l'instant
28:18à première vue
28:21est relativement
28:22un succès
28:23sauf que
28:24Sébastien
28:25je lui posais la question
28:26hier
28:26il me disait
28:27mais il n'a pas tort
28:27et moi je connais aussi
28:29les voyous pour travailler
28:30sur eux
28:30tôt ou tard
28:31ils vont trouver la faille
28:32et donc sur le moyen terme
28:34et long terme
28:35je ne suis pas sûr
28:35que ce soit suffisant
28:37pour l'instant
28:38ils s'en plaignent
28:39c'est déjà pas
28:40ça veut dire que ça ne leur plaît pas
28:41parce qu'il n'y a pas de contact physique
28:43c'est ça ?
28:43Oui alors moi
28:44je n'ai pas travaillé dedans
28:46c'est ce que j'ai pu en lire
28:48dans la presse
28:49en entendre un petit peu
28:49parler à droite à gauche
28:50moi je pense que
28:52voilà
28:53qu'on fasse quelque chose
28:54d'hyper sécurisé
28:55etc
28:56c'est bien
28:56parce que
28:57ça évitera peut-être
28:58des morts à l'extérieur
29:00des morts à l'intérieur
29:02après je pense qu'aujourd'hui
29:03vous voyez
29:03d'après ce que j'ai compris
29:05aujourd'hui
29:05ces endroits là
29:06sont équipés
29:07de parloirs igiaphones
29:08c'est à dire qu'ils n'ont même pas
29:09de contact physique
29:10avec leurs femmes
29:10ou leurs enfants
29:11et je pense qu'aujourd'hui
29:13il existe des moyens techniques
29:14comme des portiques
29:15à ondes millimétriques
29:16alors ça prendra peut-être du temps
29:17peut-être que le parloir
29:18sera plus court
29:19mais à mon avis
29:20il faut passer
29:21et les familles
29:21et les détenus
29:23et au moins leur laisser ça
29:24parce que
29:25la question que je me pose
29:27moi aujourd'hui
29:28c'est
29:29quand ils vont sortir
29:30parce qu'ils vont sortir
29:31ces gens là
29:32est-ce que
29:33ces conditions de détention là
29:35les ont vaccinés
29:37moi je change de vie
29:38je ne veux plus rien avoir
29:39à faire avec ça
29:40ou est-ce qu'ils vont être
29:41encore plus violents
29:42par expérience
29:43j'ai bien peur
29:44qu'ils soient encore plus violents
29:46et surtout là
29:47quand on est pris de la famille
29:48c'est à lire
29:49on vous le conseille
29:50c'est un livre qui secoue
29:51il faut le dire
29:52Sébastien Pitot
29:54surveillant de prison
29:55avec Frédéric Ploquin
29:56journal d'un mainton
29:57la vérité sur la corruption
29:58au coeur des prisons
29:59aux éditions Fayard
30:00ça fourmille d'anecdotes
30:01il y a matière à réflexion aussi
30:03merci d'être venu
30:05Sébastien Pitot
30:06merci Frédéric Ploquin
30:07merci à vous
30:07merci à vous
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