- il y a 3 mois
Aujourd'hui, c'est au tour de François-Xavier Ménage, grand reporter de TF1, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00RMC, face aux grandes gueules.
00:04Il a été journaliste reporter à RMC et à BFM TV, il est aujourd'hui l'un des visages de TF1,
00:11c'est François-Xavier Ménage qui est avec nous. Bonjour François-Xavier.
00:13Bonjour, je suis très content d'être là parce qu'il y a quand même 20 ans vous démarriez les GG,
00:16et je me dis que vous vieillissez bien, et intelligemment, et vous n'êtes pas trop tapé en plus.
00:21Tu seras réinvité.
00:23Les oubliés, enquête aux racines de la colère française, c'est le livre aux éditions Robert Laffont.
00:27Ces oubliés ce sont les gilets jaunes ?
00:29Alors vraiment pas que. C'est là où je pense qu'il faut beaucoup de nuances et de subtilités.
00:33En vrai, je vais vous dire les choses, c'est tous ceux qui ne peuvent pas venir ici,
00:37mettre leurs fesses sur un fauteuil et s'exprimer avec beaucoup de clarté,
00:40avec une visibilité et un écho dingue, parce que tout le monde n'a pas ce talent-là,
00:45tout le monde n'a pas cette force-là, tout le monde n'a pas ce moteur-là,
00:47et tout le monde n'a pas le réseau et l'opportunité de le faire.
00:49Alors ce n'est pas à vous que je vais faire des leçons sur ce que c'est que la France qui avance en silence,
00:52vous en parlez tous les jours.
00:55Mais ce qui est certain aussi, c'est que justement, il y a beaucoup de gens aujourd'hui,
00:59et vous n'allez pas me dire le contraire, qui sont paumés,
01:02qui ne savent pas où ils habitent et qui savent encore moins ce qui se passe chez le voisin
01:05ou dans la ville d'à côté, ou encore plus dans la ville de l'autre côté de la France.
01:08Et je pense que le boulot du reportage, c'est d'essayer de mettre un petit peu de couleurs là-dedans
01:13et un petit peu de nuances.
01:14On est tous tellement paumés dans ce brouillard que ce livre, il est là pour mettre du reportage,
01:20c'est quand même la première religion dans ce métier, le reportage.
01:22Et je dis aux auditeurs et à ceux qui nous regardent, franchement, vous y verrez un tout petit peu plus clair.
01:27Ce n'est pas un politologue qui parle, c'est un reporter.
01:29Alors si ce n'est pas seulement les gilets jaunes, est-ce qu'on peut dire que ce sont ceux qui font tourner la France au quotidien ?
01:36Alors on les appelait les essentiels pendant le Covid.
01:39C'est ces gens qu'on était obligés de faire travailler parce que sinon,
01:42la France ne pouvait plus continuer à vivre.
01:45Ces essentiels, ce sont les infirmières,
01:48c'est la personne qui travaille au supermarché,
01:51c'est aussi les aidants.
01:53Bref, et c'est là où il faut réfléchir contre soi-même,
01:55c'est aussi en haut de la pyramide, on y reviendra peut-être.
01:57Tous, ils ont deux facteurs communs.
02:00Le premier, ils sont tous dans l'action.
02:01Moi, j'ai la chance d'être sur le terrain toutes les semaines.
02:03Et tous ceux à qui j'ai donné la parole dans le livre
02:05et que j'ai suivi pendant des mois et des mois,
02:07ces quatre ans de boulot, ils sont tous dans l'action.
02:09Donc ils ne sont pas sur le canapé en train de se dire
02:11que c'est foutu, que le pays se pète la gueule.
02:13Le problème, c'est qu'ils sont dans l'action
02:14et qu'ils ont le sentiment qu'aujourd'hui, on ne reconnaît pas leur boulot.
02:17Et la plupart, sans populisme aucun, ne sont pas en train de dire
02:20« j'ai besoin qu'on me donne plus d'argent ».
02:22Ils disent d'abord « j'ai besoin du regard des autres »
02:25et « j'ai besoin d'un truc qu'on appelle aussi ».
02:27Voilà, bien sûr, reconnaissance, même tout court.
02:29Et par ailleurs, derrière tout ça,
02:31et on en revient quand même à la crise des gilets jaunes,
02:33si on devait résumer avec trois ingrédients qui sont dans ce livre,
02:36d'abord, la crise de l'inflation n'est pas digérée,
02:38pour énormément de Français.
02:40Et donc ça, ça va parfois à l'encontre de ce que peuvent dire
02:42les politologues et les sociologues.
02:44Deuxième point, il y a quand même un énorme problème
02:47avec l'ascenseur social et cette crainte manifeste
02:50de se dire que le gâteau qui est dans l'assiette
02:52se réduira probablement pour les générations d'après.
02:55Et donc ça crée un sentiment de peur et de colère,
02:57colère assez silencieuse, bien souvent.
02:59Et troisième point, il y a un tel dégueulis de vomi
03:02sur les réseaux sociaux, parfois même aussi à l'Assemblée,
03:04que tout ça ruisselle et a des conséquences
03:08chez ceux qui, en général, n'expriment pas leur colère,
03:10mais qui en ont une coincée à l'intérieur.
03:12Et je pense que c'est un tableau qu'on voit assez peu,
03:16qui est saisissant, mais qui ne dit pas que la France est foutue.
03:18Qui dit que la France, elle avance,
03:20elle avance même plus vite qu'on ne croirait,
03:21mais avec des soldats du quotidien,
03:23qu'on avait appelés les essentiels,
03:24puis après qu'on n'a plus appelés du tout,
03:26qui ont besoin, qu'on rappelle justement leur quotidien.
03:30Alors, Jean-Loup, Barbara, Abel ?
03:33Alors moi, j'ai vraiment adoré votre bouquin
03:35en tant que travailleur social.
03:37Au début, quand j'ai vu le titre, je m'étais dit
03:39est-ce que ça va ressembler aux livres que les politiques écrivent
03:41lorsqu'on entre en période d'élection présidentielle
03:45et pas du tout, il y a une authenticité.
03:47Ce que j'ai aimé aussi, c'est votre capacité dans votre rédaction
03:49à synthétiser en deux, trois pages le cas d'une personne,
03:53mais en même temps en rentrant dans une très grande profondeur,
03:56ce qui fait que vous pouvez aborder un grand nombre de cas.
03:59Il y a trois cas rapidement qui m'ont touché.
04:00Vous voyez, Samy, qui est balayeur de rue,
04:03et vous écrivez, il n'a pas d'argent pour fournir une caution
04:06et il n'a pas d'ordinateur pour lancer une demande d'aide.
04:10Et on voit à travers cette phrase que le tout numérique
04:12qui déshumanise et qui met sur le pas
04:15un certain nombre de nos concitoyens.
04:17Il y a cet agriculteur aussi, sans spoiler,
04:19mais qui découvre un danger dans son troupeau
04:21et vous expliquez comment il doit rester digne devant ses enfants
04:24pour ne pas que ses enfants pleurent.
04:25Sans demander quoi que ce soit.
04:26Exactement.
04:27Et ce qui m'a le plus bouleversé,
04:28mais ça, c'est moi, parce que c'est aussi mon public,
04:30quand vous avez parlé des enfants qui dorment dans la rue,
04:33c'est un chapitre que j'ai applaudi, qui m'a...
04:36Je peux te donner juste un détail,
04:37parce que moi, ça a été un des moments les plus durs,
04:39d'ailleurs, en termes de reportage,
04:41et j'ai éteint la caméra,
04:42parce que tous ces reportages, pour la plupart,
04:43ils ont été filmés aussi pour le 20h de TF1.
04:45Là, il y a une petite fille qui a 12 ans,
04:46on est au pied du BHG.
04:47Vous voyez, on ne parle pas que du BHG
04:48quand il y a la Chine qui arrive.
04:50C'était en plein hiver,
04:51elle avait un livre d'Harry Potter dans les mains.
04:53Elle était en train de lire ce bouquin,
04:5421h, dans le froid, sous une couette,
04:56avec des parents qui dorment déjà sur un carton.
04:59Et je lui ai demandé quel était son quotidien.
05:01Elle était à l'école depuis maintenant plus d'un an et demi.
05:03Elle venait d'Afrique.
05:05Et elle expliquait qu'il était hors de question
05:07d'allumer la caméra,
05:08parce qu'il y avait un TikToker
05:09qui l'avait filmé pendant les vacances de la Toussaint,
05:11et que toute sa classe avait compris
05:12quel était son quotidien.
05:14Et donc, elle ne le voulait pas d'une caméra.
05:16Elle me l'a dit avec une telle force
05:17que j'avais l'impression que c'était un ministre
05:18qui me disait arrêtez là.
05:19Et elle avait cette capacité à dire,
05:21je ne vais pas me plaindre,
05:22je vais juste vous dire qu'aujourd'hui,
05:23j'ai besoin de finir Harry Potter
05:24parce que demain, je dois en parler en cours.
05:25Et il y avait plein d'autres familles
05:27qui dormaient au pied du BHV.
05:29Et ce qui est fascinant,
05:30c'est que là, je vais vraiment vous parler
05:31en tant que citoyen.
05:33Il y avait donc d'autres cas qu'on a filmés.
05:34On a diffusé ça un dimanche soir
05:35devant 6 millions et demi de Français.
05:37Et connement, je ne peux pas le dire autrement,
05:38je me suis dit, attendez,
05:39le maire d'arrondissement et d'autres
05:41vont faire que cette situation
05:42va s'arranger dans les 24 heures qui suivent.
05:44Quel idiot j'ai été.
05:46Parce que ça ne s'est pas du tout arrangé.
05:47Il a fallu qu'il y ait beaucoup d'alertes
05:49lancées auprès de la mairie
05:50pour que certains aient ensuite une solution.
05:53C'est ce pays qui laisse aussi
05:54des enfants dormir dehors en 2025.
05:56Et les enfants, qu'ils soient ou non français,
05:58quand ils sont sur le sol français,
06:00ils ont le droit à l'école.
06:01Et pour le coup, ils y vont.
06:02Ils vont à l'école,
06:03ils n'ont pas forcément le droit
06:04de dormir au chaud.
06:06Ce qui est quand même aussi paradoxal.
06:09Oui, il y a un point que vous évoquez
06:11en pointillé,
06:12mais le rôle de la crise Covid
06:14dans cette situation
06:16qui fait qu'aujourd'hui,
06:17les Français se sentent, entre guillemets,
06:18oubliés.
06:19Est-ce que vous ne pensez pas quand même
06:20que cette période,
06:20on a un petit peu tendance,
06:22moi je trouve, parfois,
06:23à avoir un petit peu fermé
06:24la parenthèse de ce moment-là,
06:26alors que je pense que ça a été
06:28un moment de très grande fracture démocratique.
06:30Au sens où ça a été un moment
06:33d'un laboratoire d'ingénierie sociale
06:35où l'État,
06:37et pas que l'État,
06:37l'Union Européenne,
06:38la Commission de Bruxelles aussi,
06:39mais l'État en a été le parfait relais,
06:41s'est senti le droit
06:42d'agir avec un certain arbitraire
06:45sur les populations.
06:46Et il y a une grande partie des Français
06:47qui font partie aussi de ces oubliés
06:48parce qu'ils étaient déjà
06:49dans une situation économique difficile.
06:53Ils ont eu le sentiment,
06:54à ce moment-là,
06:54qu'il y avait une vraie marginalisation
06:56qui s'opérait à leur encontre,
06:59et qu'en plus,
07:00on leur parlait très très mal.
07:01Je pense en particulier,
07:02par exemple,
07:03à ceux qui ne voulaient pas
07:04se faire vacciner
07:05parce que le pass vaccinal,
07:07le pass sanitaire,
07:08ça ne les intéressait pas,
07:08et qu'ils ont eu
07:10un président de la République
07:11qui a dit
07:11« moi, je veux emmerder
07:12les non-vaccinés ».
07:13Est-ce que vous ne pensez pas
07:14que cette crise Covid,
07:16on a eu tendance
07:17un petit peu trop
07:17à refermer la parenthèse
07:19du fait historique,
07:20mais à ne pas comprendre
07:21profondément
07:23ce que ça a gâché
07:24d'un point de vue démocratique
07:26chez beaucoup de Français ?
07:26Alors,
07:28je vous rejoins
07:28et je ne vous rejoins pas.
07:29Je pense que pour certains,
07:30ça a cristallisé énormément de choses
07:31et on est tous d'accord
07:32pour dire que,
07:33de toute façon,
07:33c'était un bouillonnement intérieur
07:35et pour d'autres,
07:37c'était aussi l'occasion
07:38de rappeler justement
07:38qu'ils étaient essentiels.
07:40Et ensuite,
07:40quand on oublie,
07:41c'est là où la colère monte
07:42et on ne sait pas
07:43la traduction qu'elle aura
07:44politiquement demain,
07:45soyons honnêtes.
07:46Mais il y a aussi,
07:48c'est là où je ne suis pas
07:48complètement d'accord avec vous,
07:50il y a aussi eu,
07:51pendant ce Covid,
07:52et depuis ça reste
07:53sur les territoires,
07:54une débrouillardise,
07:55parfois subie,
07:56mais une débrouillardise
07:58qui a fait que ceux
07:59qui avant disaient
08:00« bon, c'est à l'état de gérer »,
08:01se sont aussi retroussés les manches
08:03et on dit
08:03« mais on peut inventer
08:05c'était dans la ville
08:05la plus pauvre de France, Grigny,
08:07on a vu des distributions alimentaires
08:08qu'on n'avait jamais vues.
08:09C'était des infirmières à domicile
08:10qui se sont dit
08:11« mais en fait,
08:11je peux aussi faire
08:12du portage de nourriture
08:13et oui, je vais aller voir
08:14la personne qui n'avait pas
08:15levé le doigt pour être soignée,
08:16je vais quand même y aller
08:16parce que ».
08:17Et donc, ce tissu
08:18qui est quand même
08:19rempli d'espoir,
08:21il persiste,
08:22il continue depuis le Covid,
08:23sauf que,
08:25on ne peut pas bosser gratos,
08:26je donne juste un exemple,
08:28une infirmière
08:28qui travaille à domicile
08:31dans un désert médical,
08:32c'est quoi ?
08:3360-70% du territoire aujourd'hui.
08:34Donc, spontanément,
08:35quand on dit désert médical,
08:37on dit « on va aller voir les médecins
08:37pour voir comment ça se passe ».
08:38Mais non, les médecins,
08:39pour le coup,
08:39quand il n'y en a pas,
08:40ce n'est pas eux
08:40qu'il faut aller voir.
08:41C'est des infirmières à domicile
08:42qui, pour ne pas abandonner
08:44des patients
08:44qui n'ont donc pas d'ordonnance
08:45puisque pas de médecins,
08:47eh bien, il y a des infirmières
08:48en France,
08:48tous les jours,
08:49qui font des actes gratos.
08:51C'est-à-dire qu'elles vont
08:52voir des patients,
08:52en faisant,
08:53je prends l'exemple de Lauriane
08:54dans le Tarn,
09:03une question sociétale
09:03qui se pose,
09:04et c'est ce que je raconte
09:05dans le livre,
09:06qu'est-ce qui se passe
09:06le jour où l'infirmière arrête ?
09:08Où elle dit « stop ».
09:09Parce qu'en fait,
09:10faire société, c'est super,
09:11mais je ne peux pas être
09:12la seule à porter
09:13ce fait précis.
09:14Et donc,
09:15il y a quand même
09:15beaucoup de Français
09:16qui, aujourd'hui,
09:16portent ce pays,
09:17c'est évident,
09:18mais il y en a beaucoup
09:19qui disent « j'ai pas envie
09:20de continuer comme ça ».
09:22Jean-Louis Bonami ?
09:23Moi, j'ai beaucoup apprécié
09:24votre livre
09:25parce que, justement,
09:26c'est le pays réel
09:27et, alors moi,
09:29il y a plusieurs choses
09:29qui m'ont intéressé.
09:31J'ai relié ça
09:32à des débats
09:33qu'on avait eus
09:33sur le plateau.
09:35Mais, justement,
09:36la première chose,
09:37en fait,
09:37et d'où également le titre,
09:39c'est chez beaucoup de gens,
09:41on voit qu'ils sont
09:43dans des circonstances
09:44extrêmement difficiles
09:46matériellement
09:46et pourtant,
09:47ils restent dignes.
09:48Et ce qu'ils disent,
09:48en fait, c'est
09:49« ça serait moins dur
09:50si on était reconnu ».
09:51C'est une demande
09:52de reconnaissance
09:53et de visibilité.
09:55Voilà.
09:55Peut-être qu'on ne pourra
09:56pas régler nos problèmes,
09:58mais, en tout cas,
09:59savoir qu'on existe,
10:00savoir ce qu'on fait
10:01pour faire tourner le pays,
10:02pour le faire avancer,
10:03savoir que sans nous,
10:04ça ne marcherait pas
10:05et quand même
10:06avoir une idée
10:06que peut-être
10:07les politiques
10:08ou les journalistes
10:08sont un peu moins déconnectés
10:10et qu'ils aient
10:10une idée concrète
10:12des difficultés
10:13qu'on rencontre,
10:13même s'ils ne peuvent pas
10:14les résoudre entièrement.
10:15Et, en fait,
10:15c'est ça que vous faites,
10:16c'est que vous redonnez
10:17la parole
10:19aux gens,
10:20aux gens du pays réel
10:22et avec, en fait,
10:23une très grande diversité
10:24parce qu'on est
10:25dans des zones
10:26frappées par la désindustrialisation,
10:28on est à la campagne,
10:29on est en France périphérique,
10:30on est dans la banlieue,
10:31on est dans les rues de Paris
10:32au pied du BHV.
10:33Donc, en fait,
10:33il y a une très grande diversité
10:34de profils.
10:36Vous n'avez pas fait
10:36l'indignation sélective,
10:38il y en a qui ne nous font
10:39que du tout banlieue,
10:40d'autres, au contraire,
10:41qui ne nous font
10:41que du tout gilet jaune.
10:42Vous faites du gilet jaune,
10:44mais pas que.
10:44Voilà, donc,
10:44c'est ça que j'ai trouvé
10:45vraiment pertinent
10:47dans le livre.
10:48Puis, on apprend beaucoup de choses.
10:49C'est un livre
10:49que les politiques devraient lire
10:50pour nourrir leurs réflexions
10:52et leurs connaissances du terrain.
10:53Et moi, j'ai quand même le sentiment,
10:55si on relie à des débats
10:56qu'on a fait ici,
10:57qu'il y a beaucoup de problèmes
10:58qui pourraient être réglés
10:59et réglés assez vite.
11:00Par exemple,
11:01la crise de l'inflation
11:02qui, en effet,
11:02n'est pas digérée.
11:04Et on a appris récemment
11:05qu'il y avait un tiers des Français
11:07qui n'arrivaient pas
11:08à payer leurs factures d'énergie
11:11et qui devaient renier
11:12sur le chauffage,
11:13moins chauffer.
11:14Mais c'est un problème
11:15qu'on pourrait régler
11:16très simplement
11:17si, comme l'Espagne,
11:18par exemple,
11:19on sortait du marché européen
11:21de l'énergie
11:22qui pénalise
11:23le coût de l'électricité
11:25en France,
11:26à la fois pour nos industries
11:27et pour le consommateur.
11:29Il y a plein de choses
11:29qu'on pourrait faire
11:30d'intérêt de plume
11:31et qu'on ne fait pas.
11:32Ce que Macron avait promis
11:33il y a déjà plus d'un an et demi.
11:34Exactement.
11:34Et qu'il n'a évidemment pas fait.
11:37Donc, il y a, en fait,
11:38moi, la raison pour laquelle
11:39j'enrage quand je lis votre livre,
11:40c'est qu'en effet,
11:41il y a des problèmes
11:42qui paraissent difficiles à régler,
11:44mais il y a d'autres problèmes
11:45qu'on pourrait régler
11:45d'intérêt de plume.
11:46C'est quoi ?
11:46C'est l'impuissance politique
11:47ou la non-volonté politique ?
11:49Mais il y a un mot-clé
11:49qui vient d'être prononcé.
11:51Promesse.
11:52Et là encore,
11:53c'est sûrement pas moi
11:53qui vais jouer aux populistes.
11:55Mais c'est-à-dire
11:55qu'il y a une telle accumulation
11:56de promesses,
11:57de toutes parts d'ailleurs,
11:58qu'aujourd'hui,
11:59la parole politique,
12:00elle est, on va le dire
12:01très gentiment,
12:02abîmée.
12:03Mais elle n'est pas abîmée
12:03seulement chez ceux
12:04qui considèrent que, justement,
12:05c'est dans la pièce d'à côté
12:06que la porte est fermée
12:07et puis que ça ne les concerne pas,
12:08que ça ne les intéresse pas,
12:09voire qu'ils ne comprennent pas
12:10et on ne peut pas leur en vouloir
12:11quand on voit les épisodes
12:12de ces derniers jours.
12:13Mais ça ruisselle
12:15sur des élus locaux.
12:17Moi, j'ai suivi le quotidien
12:18de certains élus
12:19de villes moyennes,
12:20de petites villes,
12:20de grandes villes même.
12:22On va prendre l'exemple
12:22de Marseille.
12:23Il y a plein de gens
12:24qui nous écoutent à Marseille.
12:25Il y a le grand plan Marseille
12:27qui a été lancé
12:27avec des milliards promis.
12:29Au départ,
12:30on peut considérer
12:30en tant que citoyen
12:31que c'est choquant
12:31d'une certaine manière.
12:32Je ne dis pas ça
12:33contre Marseille, bien sûr,
12:34mais ça veut dire
12:34qu'on va donner à Marseille
12:35ce que d'autres villes
12:36pourraient vouloir.
12:36Ça, c'était le constat de base.
12:38Après, on peut aussi se dire
12:38le chef de l'État
12:39qui s'est déplacé sur place,
12:41qui a promis
12:41que si ça ne marchait pas,
12:42alors là,
12:43on pourrait lui en tenir rigueur.
12:44On s'est dit,
12:45bon ben voilà,
12:45il y a une urgence,
12:46on y va.
12:46Et on sait à quel point
12:47Marseille a besoin de cet argent.
12:49Puis après,
12:50c'est ce que je raconte dans le livre,
12:51on a vu l'argent dépenser
12:52au bout d'un an,
12:54au bout de deux ans.
12:55Rien.
12:57Infinitésimal.
12:58Pourquoi ?
12:58Parce que,
12:59et là encore,
13:00c'est quand même un problème
13:01impressionnant.
13:03Vous avez entre la mairie,
13:05l'agglomération,
13:06le département,
13:07et moi,
13:07ils me l'ont dit en interne,
13:08micro éteint,
13:09ils n'arrivaient pas
13:09à se mettre d'accord.
13:10Et donc,
13:11on arrive à un moment
13:12où une ancienne ministre
13:13du gouvernement,
13:15d'Emmanuel Macron,
13:15est obligée de poser,
13:16c'est ce que je raconte
13:17dans le livre,
13:18une lettre d'urgence
13:19sur le bureau du président
13:20en disant
13:20si vous ne tranchez pas vite
13:22pour déployer cet argent,
13:23il sera perdu.
13:24L'argent sera perdu.
13:25Donc,
13:26la parole politique,
13:27elle est abîmée
13:27et au niveau local,
13:28tous ces élus
13:29qui n'ont pas d'étiquette
13:30et qui vous disent
13:30pour ne parler que de ça,
13:32il y a tellement de normes
13:33qu'on est étouffés.
13:34Mais ça veut dire quoi,
13:35il y a tellement de normes
13:35qu'on est étouffés ?
13:36Ça veut dire ensuite
13:37que quand vous avez des décrets
13:38qui sont publiés
13:39matin, midi et soir,
13:40vous avez besoin
13:41de personnel juridique.
13:42Vous avez besoin
13:43d'embaucher
13:44des personnes
13:45qui vont ensuite lire
13:45les textes,
13:46parfois contradictoires,
13:47pour se dire
13:47qu'est-ce que je fais
13:48pour ne pas être poursuivi
13:49ensuite en justice.
13:50Et donc,
13:51ça empêche
13:51l'action publique.
13:52Justement,
13:53est-ce que ces oubliés
13:58vont se mobiliser
13:59aux municipales
14:00et aux prochaines présidentielles
14:01qui vont être
14:01des grands enjeux
14:03puisqu'on se rappelle
14:04justement que la municipale
14:05précédente a été
14:06complètement biaisée
14:06par le Covid
14:07et puis que le deuxième
14:09quinquennat,
14:12l'élection s'est faite
14:13n'importe comment.
14:14Donc,
14:14est-ce que vous pensez ici
14:15que ces oubliés
14:16vont se mobiliser
14:17ou est-ce qu'au contraire
14:19ça va être
14:20les grands abstentionnistes
14:21et que là,
14:22on va encore avoir
14:22des élus
14:23avec des minorités ?
14:25Alors,
14:25si je joue aux politologues
14:26et on les connaît,
14:27je vais vous faire
14:27des grandes phrases
14:28avec des jolies données
14:28et à la fin,
14:29on va rien comprendre
14:29ou alors on va dire
14:30tout et son contraire.
14:31Moi,
14:31je vais parler
14:32et Dieu sait que j'aime
14:33les politologues,
14:33ils nous éclairent quand même.
14:34Il y a un moment,
14:34parfois,
14:35on est aussi perdus.
14:36Je vais vous répondre
14:37comme un reporter.
14:38Je vais vous donner
14:38deux réponses.
14:39D'abord,
14:40une élue locale
14:40que j'avais suivie
14:41quand il y avait
14:42les européennes,
14:43elle avait fait
14:43un travail incroyable
14:44que justement
14:45devraient faire les politologues,
14:46c'est aller dans
14:47les bureaux de vote
14:47et regarder les visages
14:49des électeurs.
14:50Et cet élu
14:50d'une petite commune
14:51de quelques centaines
14:51d'habitants
14:52à 90 kilomètres de Paris
14:53dans un milieu très rural
14:54me disait
14:55je ne vois des électeurs
14:56que à gare
14:57qui sont complètement paumés
14:58et qui se demandent
14:59à quoi ils servent
14:59et qui ne savent pas
15:00pour qui voter.
15:01Deuxième réponse,
15:02quant à l'Assemblée nationale,
15:04on a voté
15:06pour la possible chute
15:07du gouvernement.
15:08C'était juste après 9h.
15:09Moi,
15:09au même moment,
15:10j'étais à Brissure-Marne
15:11en banlieue parisienne,
15:13problème de RER,
15:143000 personnes
15:14qui essayent d'aller au boulot
15:15et ces personnes
15:17sont bloquées pendant 2h.
15:18Je suivais des militants LR
15:20dont notamment
15:21le jeune patron des LR
15:23qui s'appelle Théo
15:24et il était en train
15:25de distribuer des tracts.
15:26Théo a 62 ans,
15:27c'est le plus jeune adhérent de LR.
15:29Alors lui,
15:29pour le coup,
15:29il a la vingtaine
15:30et il n'a pas la langue
15:31dans sa poche.
15:31Il distribue des tracts
15:32avec Rotaillot
15:34en photo sur le tract
15:35et il y a 3 jeunes
15:36qui arrivent
15:36et qui lui disent
15:37c'est qui ?
15:38Alors Théo répond,
15:39des LR,
15:40c'est l'ancien ministre
15:41de l'Intérieur.
15:42Ah bon,
15:42il a été en poste
15:42combien de temps ?
15:433 jours encore lui aussi ?
15:44Non, non,
15:44il a été en poste
15:45un an,
15:45avant je ne connais pas
15:46et l'un des jeunes
15:47d'ajouter
15:47je ne sais plus aujourd'hui
15:49en politique
15:50qui sont les gentils
15:50et les méchants.
15:51Voilà ma réponse.
15:52Je pense qu'il y a
15:53beaucoup de Français
15:53qui sont paumés,
15:54ça ne veut pas dire
15:54qu'ils s'en foutent,
15:55ça ne veut pas dire
15:55qu'ils n'essayent pas
15:56de comprendre,
15:57ça veut dire qu'aujourd'hui
15:57effectivement dans ce grand brouillard
15:59et sans populisme aucun,
16:01il y a un problème de récit,
16:02on parle toujours
16:02du roman national,
16:03moi je ne sais pas
16:04ce que ça veut dire.
16:04En revanche,
16:05dans mon bouquin,
16:06effectivement je raconte
16:06ceux qui ont envie
16:14aux éditions Robert Laffont.
16:16Merci d'être passé
16:17par les GG,
16:18François-Xavier,
16:19merci bien,
16:20à bientôt.
Commentaires