00:05Musique
00:18On ouvre ce Lex Inside avec les investissements dans la fintech, quelles sont les tendances ?
00:24On en parle tout de suite avec Morgane Fournel, avocate chez Norton Rose Fulbright.
00:28Morgane, bonjour.
00:29Bonjour.
00:30Alors, avant d'examiner l'impact des réformes, commençons tout de suite avec un état des lieux chiffré du marché.
00:37Quels sont aujourd'hui les chiffres et les grandes tendances des investissements dans la fintech ?
00:42Après trois années de contraction, les investissements dans la fintech ont atteint en 2025 un montant de 116 milliards de
00:49dollars environ,
00:49contre 95,5 en 2024.
00:51On est donc sur un rebond, mais qui reste mesuré, puisque le nombre de transactions globales sur l'année écoulée
00:58est relativement mesuré.
00:59On est à peu près à 4700 transactions, ce qui est moindre de ce qu'on a pu connaître par
01:04rapport à ce qu'on a pu connaître en 2020-2022,
01:06qui était vraiment le boom de la fintech.
01:08Donc, on a moins de transactions, mais des montants qui restent relativement importants et surtout plus ciblés.
01:13Aujourd'hui, les investisseurs vont avoir tendance à privilégier des entreprises avec un modèle relativement mature
01:19et une capacité à démontrer une trajectoire de rentabilité et une capacité à absorber des coûts de conformité
01:25et à se conformer à une réglementation de plus en plus complexe.
01:29A l'inverse, des entreprises avec un modèle un peu moins abouti ou plus exploratoire vont avoir plus de difficultés
01:35à lever des capitaux.
01:37En termes sectoriels, ces investissements sur l'année écoulée se sont principalement concentrés sur les domaines de l'IA.
01:43Les paiements ou encore les cryptos avec dans ce domaine un intérêt accru pour ce qu'on appelle la tokenisation.
01:49C'est la capacité de migrer sur blockchain des infrastructures de marché, de paiement ou encore de règlement livraison traditionnel
01:56afin de leur permettre d'opérer 24h sur 24, 7 jours sur 7, de réduire les frais de transaction sur
02:01ces infrastructures
02:02ou encore de réduire les risques de contrepartie, entre autres bénéfices qu'apporterait ce type d'infrastructure.
02:08Donc on a un marché plutôt stable qui est maintenu notamment par tout ce qui concerne l'innovation, c'est
02:14ça ?
02:14Exactement, et ce qu'on note également c'est que plus généralement cette tendance qu'on a notée sur l
02:20'année précédente
02:21et qui va perdurer sur l'année à venir, elle marque une infection du cycle des investissements dans un marché
02:26qui est plus mature
02:27caractérisée aussi par une allocation du capital donc plus ciblée, plus sélective.
02:33Aujourd'hui les valorisations reposent évidemment encore sur la capacité de croissance des entreprises
02:38ou les promesses technologiques évidemment des fintechs, mais les investisseurs vont aussi de plus en plus se concentrer
02:44évidemment sur la capacité de ces entreprises à générer des flux, à anticiper les risques
02:50ou encore à opérer dans un marché réglementaire lisible.
02:53Et ça c'est extrêmement important puisque ces entreprises des fintechs fournissent des services sur des flux financiers
02:59donc elles opèrent dans un cadre réglementaire très exigeant et défini
03:04et donc on remarque aussi que la réglementation aujourd'hui est véritablement intégrée comme paramètre
03:09dans les modèles de valorisation et l'anticipation des risques par les investisseurs.
03:14Ces sociétés sont très attentives à l'ensemble des changements réglementaires.
03:20Justement on va s'intéresser à l'impact de la réglementation sur ce marché
03:26notamment avec le règlement MICA qui a changé peut-être l'approche des investisseurs
03:32dans le secteur des crypto-actifs. Qu'est-ce que vous en pensez ?
03:35Pour revenir peut-être sur le règlement MICA, le règlement MICA pose un cadre harmonisé
03:40à l'échelle de l'Union Européenne pour l'encadrement des crypto-actifs et de leurs prestataires de services.
03:45Avant MICA, l'un des principaux freins aux investissements c'était véritablement
03:50l'insécurité juridique puisqu'on avait des régimes réglementaires hétérogènes.
03:56Chaque État membre de l'Union Européenne avait sa propre réglementation qui divergeait les unes les autres.
04:00Sa propre qualification aussi des services qui étaient fournis sur ses actifs.
04:05Donc on avait des incertitudes quant à la qualification de ses produits, de ses actifs
04:09et des services qui étaient fournis dessus.
04:10et l'absence de passeport européen.
04:13Donc l'obligation pour chaque entreprise d'être agréée, autorisée, enregistrée dans chaque État membre
04:18dans laquelle elle prestait des services.
04:20Donc là avec MICA, il y a eu vraiment un cadre pour les crypto-actifs ?
04:23Exactement, un cadre harmonisé.
04:24Aujourd'hui on sait ce qui est attendu d'un prestataire qui fournit des services sur crypto-actifs
04:29en termes de gouvernance, de capitaux propres, de liquidités, d'exigences réglementaires généralement.
04:34Et donc ça en fait, ça permet au risque réglementaire de devenir objectivable, auditable, identifiable
04:40et il peut être intégré dans un modèle de valorisation.
04:45En contrepartie, MICA a élevé très sensiblement les exigences qui pèsent sur ses acteurs.
04:51Comment ?
04:52Les exigences en fait, avant si vous voulez, notamment en France par exemple avec la loi PAC,
04:56c'était une loi qui était relativement souple et adaptée à des start-up.
04:59Donc on avait des obligations en termes de lutte contre le blanchiment des capitaux
05:06et quelques obligations en termes de gouvernance, mais elles ont été vraiment significativement renforcées.
05:10Aujourd'hui, MICA, en fait, c'est une réglementation qui est très similaire à ce qu'on peut retrouver
05:14dans l'écosystème plus traditionnel des fintechs, on y reviendra.
05:18Et donc, corrélativement, en fait, on a aussi eu vraiment une modification,
05:23une transformation du marché des prestataires de services sur crypto-actifs
05:28puisque avant l'adoption de MICA, c'était un environnement qui était essentiellement composé de start-up,
05:33de petites entreprises composées de quelques salariés.
05:36Aujourd'hui, c'est un environnement qui est beaucoup plus mature
05:39avec des entreprises de taille moyenne à importante
05:42avec à côté de ça les acteurs financiers plus traditionnels
05:45qui eux ont étendu leur programme d'activité pour fournir des services sur crypto-actifs
05:49avec une date butoir qui est le 1er juillet 2026,
05:52date à laquelle en fait tous les acteurs vont devoir se conformer et être agréés à MICA.
05:56Donc, comme MICA a étendu, a augmenté le niveau d'exigence et donc élevé...
06:02Les sociétés se sont alignées par rapport à ces standards.
06:05Exactement. Et donc, en fait, on a eu aussi une anticipation de cette date du 1er juillet
06:09avec une consolidation du marché puisque les petites entreprises
06:12qui n'étaient pas en mesure de se conformer à ces exigences
06:15ont été... soit ont cessé leurs activités, soit les ont cédées avant l'échéance
06:20où on participait à des opérations de fusion, d'acquisition par des entreprises
06:24qui, elles, avaient les moyens financiers et humains de se conformer à ces exigences.
06:29Alors, on va aller plus loin parce qu'au-delà des crypto-actifs,
06:33c'est l'ensemble du cadre européen des services bancaires et de paiements
06:36qui est en train d'être redéfini.
06:39Est-ce que les nouvelles normes, notamment PSD3, vont-elles redéfinir l'équilibre
06:45entre banque et fintech ?
06:47Pour bien comprendre l'impact de cette réglementation que vous venez de nommer
06:51PSD3, directives sur les services de paiement, il faut revenir aux directives initiales
06:57que ce nouveau paquet réglementaire va modifier.
07:00Ce sont les directives sur les services de paiement et sur la monnaie électronique
07:03qui ont opéré un décloisonnement du monopole bancaire.
07:06C'est-à-dire qu'on a permis à des entreprises, à des sociétés,
07:09de fournir des services qui étaient initialement réservés aux banques.
07:13Et ces services-là, il y a donc eu un décloisonnement du monopole bancaire
07:18sur un périmètre vraiment précis d'activité qui sont les services de paiement.
07:21Quelque part, on a ouvert le marché.
07:23Exactement, exactement.
07:24Et donc ça, ce nouveau paquet qui est composé d'une directive et d'un règlement
07:28ne remet pas en question cette architecture.
07:30Elle va rester la même.
07:31On aura toujours d'un côté les banques qui vont recevoir les dépôts du public,
07:35octroyer des crédits sur ces dépôts et participer au financement de l'économie.
07:39Et à côté des fintechs qui vont plutôt agir sur la couche servicielle du système
07:44en proposant des services tels que par exemple l'agrégation des comptes
07:47qui permettent à un utilisateur d'agréger tous ses comptes au sein d'une même plateforme
07:51ou encore d'émettre de la monnaie électronique typiquement via des cartes cadeaux
07:54qui vous permettent d'acquérir des biens et services au sein d'entreprises
07:58délimitées type Decathlon.
07:59Donc ça, ça va rester, cette architecture ne va pas être bouleversée.
08:04Par contre, ce qui va substantiellement évoluer, c'est l'attente, les attentes,
08:08les exigences réglementaires de ces prestataires qui sont soumis à cette réglementation.
08:13De quelle manière ?
08:15Ce paquet, il va introduire de nouvelles exigences mais aussi augmenter les exigences initiales.
08:22Donc par exemple, on va avoir des attentes plus accrues en termes d'authentification
08:25des utilisateurs de services de paiement ou de lutte contre la fraude.
08:29C'est pour intégrer de la sécurité évidemment sur des opérations qui sont sensibles.
08:34Exactement, mais quelque part, on se rapproche aussi des standards bancaires.
08:37Donc finalement, cette nouvelle réglementation, elle va modifier le profil de risque du secteur.
08:42Et en élevant le niveau d'exigence opérationnelle et organisationnelle de ces acteurs,
08:48ce nouveau paquet réglementaire va corrélativement augmenter les barrières à l'entrée
08:52et donc organiser ou en tout cas mener aussi vers une concentration du capital
08:56vers des acteurs qui sont capables d'absorber ces coûts de conformité réglementaires.
09:01On va conclure là-dessus.
09:02Merci Morgane Fournette.
09:03Je rappelle que vous êtes avocate chez Norton Rose Fulbright.
09:06Merci à vous.
09:07Tout de suite, l'émission continue.
09:08On va parler de régulation numérique des plateformes.
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