00:00C'est le journaliste économique Philippe Mabille qui nous accompagne.
00:02Bonjour Philippe, on va parler de Christine Lagarde.
00:05Pour commencer avec ses rumeurs sur son départ qui vont bon train.
00:08Il y a eu un démenti, enfin je ne sais pas si on peut appeler ça un démenti,
00:11mais une réaction de la Banque Centrale Européenne disant qu'aucune décision...
00:15Elle dit qu'elle n'avait pas encore pris sa décision.
00:16Ça veut dire qu'il y a une décision à prendre.
00:18Probablement.
00:18Voilà, donc si elle part, où est-ce qu'on la met ?
00:21Certains la voient à Davos, il y aurait des informations qui remontent
00:24sur des discussions autour de Davos, d'autres à l'Elysée.
00:26Vous la voyez où, vous ?
00:27Écoutez, je pense que tout son avenir est encore devant elle.
00:31D'abord, ce n'est pas la première fois qu'elle démissionne pour prendre un poste.
00:33Elle avait démissionné en 2019 du FMI pour prendre la tête de la BCE.
00:37Dans le cas d'un deal, s'il faut s'en souvenir, entre la France et l'Allemagne,
00:41la présidence de la Commission à Ursula von der Leyen, l'Allemagne,
00:44la présidence de la BCE à la France avec Christine Lagarde.
00:47Si elle s'en va effectivement avant les huit ans de son mandat,
00:51ça veut dire que la porte reste ouverte à...
00:53Est-ce que ce deal est toujours valable ?
00:55Est-ce qu'on va mettre un Français ou une Française à la tête de la BCE pour garder cet
01:00équilibre ?
01:00Ou est-ce que les candidats dont vous avez parlé tout à l'heure, le néerlandais, l'espagnol,
01:05peut-être un Allemand, il y a le président de la Bundesbank également qui est sur les rangs.
01:08Donc est-ce qu'on va avoir une Europe allemande ?
01:10Ça, c'est un sujet avec, au passage, une inquiétude sur les marchés de savoir si cette nouvelle BCE post
01:15-Lagarde serait plus rigoureuse sur l'inflation.
01:19On sait que l'inflation n'est pas forcément complètement vaincue aujourd'hui
01:22et on pourrait avoir un certain nombre de pays qui réclament une politique plus rigoureuse.
01:27Avec une hausse des taux !
01:29Avec une hausse des taux, en tout cas, beaucoup de gens sur les marchés disent qu'un certain nombre de
01:34déclarations de ceux qui sont les potentiels candidats,
01:37on peut penser notamment à Isabelle Schnappel, à la Bundesbank, on sait bien sûr que c'est souvent sa vision
01:43du monde,
01:43mais même l'espagnol est modérément au quiche, comme on dit.
01:46Donc voilà, il y a un vrai sujet sur...
01:49Et le Néerlandais, lui, il est plus rigoureux encore que celui de la Bundesbank.
01:54Donc il y a un vrai sujet là-dessus sur quelle politique monétaire post-Christine Lagarde,
01:58quelle politique de croissance, pas forcément une bonne nouvelle pour les pays qui, comme nous, sont un peu à la
02:03marge.
02:03Ceci dit, ce qui peut nous sauver, c'est que l'Allemagne ne va pas très bien non plus,
02:06en tout cas, son industrie ne va pas très bien non plus.
02:08Donc ça, c'est le sujet de la BCE.
02:09Sur la question que vous me posez sur Christine Lagarde, c'est vrai qu'on pourrait la voir à Davos,
02:14elle est très très proche du Forum économique mondial, vous y étiez...
02:17Elle y a passé la semaine entière.
02:18En plus, cette année, on a vu, il y avait plutôt un déclin un peu de Davos les dernières années,
02:23là, Trump leur a fait une sacrée publicité, donc ça pourrait être la présidente de la grande plateforme mondiale.
02:28On est sorti de Davos en se disant, c'est pour les Américains, c'est fini,
02:30les Européens n'ont plus leur place, on leur laisse, quoi.
02:32Mais voilà, c'est exactement ça.
02:34Donc quel serait son pouvoir réel face au Larry Fink, face aux grands géants de la tech
02:38qui, aujourd'hui, sont les vrais patrons de Davos, en réalité, c'est eux qui financent.
02:41Et donc, si c'est pour la mettre là, pardonnez-moi l'expression, comme une potiche,
02:45je ne suis pas sûr que ça lui fasse plaisir.
02:47Il faut voir Christine Lagarde, elle a quand même été ministre de l'Économie,
02:49elle a été présidente du FMI, présidente de la BCE,
02:53elle pourrait très bien se poser la question de son avenir politique,
02:56à un moment où il y a beaucoup d'incertitudes.
02:58Beaucoup de gens disent, on ne connaît pas forcément le nom de tous les candidats
03:02qui pourraient mener cette prochaine campagne.
03:05Il y a la question de la succession d'Emmanuel Macron,
03:07c'est-à-dire du camp, j'allais dire, déraisonnable,
03:10le camp de la continuité d'une politique économique,
03:13de l'offre pro-business européenne.
03:17En face de ça, on a la montée des extrêmes,
03:19avec les tensions actuelles, avec les violences dans le pays,
03:22entre LFI, l'ERN.
03:25Bon, l'ERN, évidemment, sur l'Europe,
03:26on sait qu'ils ne sont pas forcément les plus européens,
03:29les plus fédéralistes.
03:30Donc, dans le coup du départ CEUP,
03:34du départ de Christine Lagarde,
03:36il y a aussi l'idée qu'Emmanuel Macron veut continuer à peser
03:39avant son départ,
03:41sur les mandats sur lesquels il peut avoir une influence.
03:44Il y a eu la Banque de France,
03:45avec le départ de François Villaurin.
03:46Il continue de dire que c'est son choix personnel.
03:48Ça sera...
03:49C'est la prérogative du président de la République.
03:51La Cour des comptes, avec la polémique sur Amélie de Montchalin,
03:54mais c'est également une prérogative du président.
03:56Donc, il n'est pas anormal qu'il y ait ce type de polémique,
03:59en disant que le président se réserve les meilleures nominations,
04:02mais en même temps, c'est son boulot.
04:03C'est juste qu'il verrouille, là.
04:05Tous les autres présidents ont procédé à des nominations de proches.
04:08Donc, c'est peut-être un peu excessif.
04:11Après, le contexte politique du moment,
04:13effectivement, avec la perspective d'une rupture politique en 2027,
04:16qui inquiète le monde économique.
04:18Vous avez vu l'enquête de l'AMCHAM,
04:20qui vient de sortir,
04:21qui dit que l'attractivité française est en chute libre,
04:24avec les hausses d'impôts,
04:25avec le débat sur quelle politique en France,
04:29budgétaire notamment,
04:31quelle politique fiscale,
04:33même le patronat français,
04:34qui vient de s'élever récemment sur les hausses de surtaxes d'impôts sur les sociétés,
04:39ils ont assez bien compris qu'on n'est pas prêts de les baisser à nouveau.
04:45Les surtaxes deviennent des taxes,
04:47et des taxes pérennes.
04:49Donc, il y a un vrai sujet sur l'attractivité française.
04:50Dans ce débat, Christine Lagarde,
04:52on aimerait bien peut-être entendre sa voix.
04:54C'est peut-être le mot que je voulais vous dire ce matin.
04:57En tant que présidente de la BCE,
04:58elle a un devoir de réserve.
04:59Elle ne peut pas parler,
05:00elle ne peut pas parler ni des taux d'intérêt,
05:01ni de la politique française.
05:02Si elle sort avant son mandat,
05:04est-ce qu'elle ne pourrait pas,
05:06du fait de son parcours,
05:07du fait de sa crédibilité,
05:09de sa notoriété,
05:10c'est une femme en plus,
05:12qui, ça changerait un petit peu dans ce monde d'hommes,
05:14on voit qu'il y a beaucoup,
05:15à part Marine Le Pen,
05:16mais on ne sait pas si elle sera candidate,
05:17il n'y a pas beaucoup d'hommes,
05:18de femmes, pardon,
05:19qui sont dans le débat de la campagne présidentielle.
05:21Donc moi je dis...
05:23Et s'il fallait miser sur Polymarket,
05:25Philippe, sur Christine Lagarde...
05:25Moi je ne fais pas des paris sur l'avenir.
05:27Non mais il y a une chance,
05:28c'est que j'ai regardé sur Polymarket.
05:30Vous connaissez comme moi Christine Lagarde,
05:30c'est quelqu'un qui est quand même très investi
05:32pour le pays,
05:33pour la France,
05:34son parcours plaide pour elle,
05:36on a envie en tout cas de l'entendre.
05:38Moi j'aimerais bien,
05:39comme vous,
05:39être avec vous,
05:40avec Christine Lagarde en face de la présidente.
05:41On débarque.
05:41Alors,
05:42au-delà de lui demander,
05:43si elle est candidate à la présidence de la République,
05:44lui demander ce qu'elle pense
05:45de l'état du pays,
05:46de la politique qu'il faudrait mener,
05:49de l'Europe,
05:50est-ce que la France a encore un rôle à jouer en Europe ?
05:53Comment est-ce qu'elle peut peser à nouveau ?
05:55Parce qu'avec l'affaiblissement aujourd'hui
05:57de nos comptes publics,
05:58la France a du mal à peser en Europe.
06:00On voit que ça a des conséquences à tout niveau,
06:02même sur la défense européenne.
06:04Regardez avec les Allemands,
06:05ça ne se passe pas très bien
06:05sur le projet d'avion de combat européen.
06:08On n'arrive pas à trouver d'accord.
06:09Donc,
06:10une grande européenne à la tête de la France.
06:12Vous dites pourquoi pas.
06:13Voilà.
06:13Et pourquoi pas,
06:14ça changerait un petit peu
06:15du débat un petit peu,
06:17je dirais,
06:19enfermé dans lequel on est aujourd'hui.
06:20Je vois ça.
06:20Je trouve ça intéressant de l'entendre.
06:22Merci beaucoup Philippe Mabille.
06:23C'est pas un pédoyer pro d'homo.
06:24Non, non,
06:24mais on est ouvert.
06:25Philippe Mabille,
06:26merci d'être venu ce matin
06:27dans la matinale de l'économie.
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