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Jean Marc Jancovici, ingénieur, expert énergie climat et président du think tank The Shift Project, était l’invité d’Apolline de Malherbe sur RMC et BFMTV.
Face aux propos de Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement National à l’Assemblée nationale et ancienne candidate à l’élection présidentielle, il rappelle que les énergies fossiles sont épuisables et que la contrainte énergétique est une réalité physique.
Le débat aborde la dépendance au gaz, la transition énergétique, la neutralité carbone 2050, la voiture, la vitesse à 110 km/h et les choix politiques face au climat.
Un échange tendu entre discours politique et faits scientifiques sur l’avenir énergétique de la France et de l’Europe.

#climat #energie #politique #ecologie #jancovici

Catégorie

😹
Amusant
Transcription
00:00On peut aussi s'arrêter de vivre, de respirer, d'avoir des voitures.
00:04On peut retourner à la carriole à chevaux.
00:06Si on écoute d'ailleurs les écologistes, c'est à ça qu'on va revenir.
00:08Mieux vaut en rire qu'en pleurer parce que la réalité, c'est que leur vision est une vision de
00:12régression absolument totale de la civilisation.
00:15Alors que, évidemment, les solutions sont dans la science, le progrès.
00:18C'est-à-dire qu'on va trouver demain les solutions pour pouvoir améliorer l'efficacité énergétique.
00:32Quand je vous écoute et que vous nous dites, bon, ok, c'est jouable.
00:34Mais enfin, c'est jouable au prix de la suppression, de beaucoup de choses qui occupent notre quotidien.
00:40Ça ressemble moins à vivre mieux qu'à du sang et des larmes quand même, en tout cas à court
00:45terme.
00:45Alors ça ressemble à vivre différemment.
00:47Et c'est évident qu'à court terme, il va y avoir des efforts significatifs.
00:50Et même plus tard.
00:51En fait, il va y avoir des efforts significatifs à faire.
00:53Et la seule question, je le répète, c'est est-ce qu'on les subit totalement ou largement ?
00:58Et là, pour le moment, c'est plutôt la direction qu'on prend parce qu'on n'anticipe pas.
01:01Ou bien on s'organise de telle sorte qu'on puisse s'en passer plus facilement.
01:04Et à ce moment, il ne faut pas se faire d'illusions sur la façon dont on s'organise.
01:08Vous dites qu'on n'anticipe pas.
01:09Mais enfin, je reprends le discours d'Elisabeth Bornière.
01:13Ça donne le sentiment, en tout cas, qu'elle anticipe.
01:14Non, quand je dis qu'on n'anticipe pas, c'est qu'on n'a pas anticipé.
01:17Il y a une partie des choses aujourd'hui...
01:18On anticipe trop tard.
01:19Il y a une partie des...
01:19Anticiper trop tard, ce n'est pas anticipé.
01:21Oui, c'est ça.
01:21En général, il y a une partie des choses qu'on commence à faire aujourd'hui.
01:25Ça fait 20 ans qu'on aurait dû commencer à s'y mettre.
01:27Donc, en fait, on a fait un refus d'obstacle.
01:30Avec la question de la dépendance, la dernière fois que je vous ai reçue,
01:33j'avais été très frappée par le fait que vous retrouviez dans des archives
01:37le fait qu'il y a déjà 10 ans, vous alertiez sur notre manière
01:40de nous mettre dans les mains des Russes.
01:42On était bien loin de la guerre en Ukraine.
01:44Mais déjà, vous disiez, attention, nous sommes extrêmement dépendants.
01:46Le sommes-nous toujours.
01:47Quand on entend le gouvernement qui dit, ça y est, c'est bon,
01:51nos cuves de gaz sont pleines, nos réserves de gaz sont pleines,
01:55est-ce qu'on peut se dire, c'est bon, on est sauvés ?
01:57C'est probablement un peu plus compliqué que ça.
01:59Avant la guerre en Ukraine, les Russes fournissaient environ 40% du gaz européen.
02:04La question, c'est si on se passe du gaz russe, où est-ce qu'on trouve le gaz ailleurs
02:07?
02:08Trouver le gaz ailleurs, ça veut dire qu'on le fait venir par bateau
02:11de forme liquéfiée plutôt que par tuyau.
02:13Ce qu'on appelle le fameux GNL.
02:14Le fameux GNL, plutôt que par tuyau.
02:16Or, de passer de l'un à l'autre, c'est très long,
02:18parce que les volumes ne sont pas du tout les mêmes.
02:20Et par ailleurs, il faut trouver des États qui veulent bien exporter,
02:23des États producteurs qui veulent bien exporter du gaz en quantité suffisante,
02:28indépendamment du prix en quantité.
02:29Il se trouve qu'au chiffre Project, nous allons présenter dans pas longtemps
02:33un travail très détaillé que nous avons fait sur la base de la connaissance
02:38de l'ensemble des gisements gaziers dans le monde
02:39et qui montrent que la production de gaz dans le monde devrait passer par un pic en 2030
02:43pour des raisons géologiques.
02:44Pas pour des raisons climatiques, pour des raisons géologiques.
02:48Donc de toute façon, se retourner vers d'autres pays, ça va durer un temps.
02:51Ça ne sera qu'un pis allé.
02:54Ça ne pourra pas être éternel, indépendamment du fait que, de toute façon,
02:58si on veut être neutre en 2050, il n'y aura plus de gaz du tout à cet échec,
03:02plus de gaz fossile du tout à cet horizon de temps.
03:04C'est-à-dire que soit il n'y en aura plus parce qu'il n'y en aura plus,
03:06soit il n'y en aura plus parce qu'on s'interdira de l'utiliser.
03:09Alors le plus probable, c'est qu'il y en aura toujours un peu,
03:12mais moins qu'aujourd'hui, ça c'est clair.
03:13Avec cette question évidemment qui est notamment dans notre quotidien,
03:16la question de la voiture et de la mobilité qui reste un des grands enjeux.
03:21Je voudrais que vous écoutiez ce que Marine Le Pen disait hier.
03:23Je vais l'interroger sur la question du 110 km heure auquel elle est opposée.
03:26Voilà sa réponse.
03:29On peut aussi s'arrêter de vivre, de respirer, d'avoir des voitures.
03:33On peut retourner à la carrière à la chevaux.
03:35Si on écoute d'ailleurs les écologistes, c'est à ça qu'on va revenir.
03:37Mieux vaut en rire qu'en pleurer parce que la réalité,
03:39c'est que leur vision est une vision de régression absolument totale de la civilisation.
03:44Alors que, évidemment, les solutions sont dans la science, le progrès.
03:48C'est-à-dire qu'on va trouver demain les solutions
03:50pour pouvoir améliorer l'efficacité énergétique.
03:55Comment on trouve le juste équilibre ?
03:56Comment on trouve le juste équilibre entre cette moquerie, cette ironie
03:59sur le fait qu'en gros, si on écoute les écolos, on arrête tout
04:03et puis, en même temps, l'importance d'innover, de croire au progrès ?
04:06Je vais commencer par une remarque sur la confusion des rôles
04:09qui est très fréquente dans le discours des politiques
04:12entre l'écologie en tant que discipline,
04:15c'est-à-dire qu'il y a des gens qui font des constats sur l'état de l'environnement,
04:19et l'écologie en tant que mouvement politique.
04:22Vous, vous êtes dans la première catégorie ?
04:23Beaucoup de gens sont dans la première catégorie.
04:25C'est-à-dire qu'en fait, les deux ne sont pas les mêmes.
04:26Donc, il faut bien voir de quoi on parle.
04:28Quand on dit les écolos, en général, on parle plutôt soit des politiques, soit des militants.
04:32Oui, mais on parle souvent des militants qui invoquent les scientifiques.
04:35Et quand les militants invoquent les scientifiques,
04:37des fois, ils les invoquent bien, des fois, ils les invoquent mal.
04:38D'accord ? Donc, il faut essayer de revenir en fait.
04:41Alors, Mme Le Pen n'échappera pas plus que les autres
04:44au fait que les combustibles fossiles sont épuisables.
04:47Donc, même si on ne veut pas, je le redis,
04:51de toute façon, il va falloir faire avec moins de combustibles fossiles.
04:53En ce qui concerne le 110 sur autoroute,
04:56il y a plein de pays étrangers qui sont déjà à des limitations de vitesse de cet ordre.
04:59Je n'ai pas l'impression que les gens s'y suicident.
05:01Je n'ai pas l'impression qu'ils soient extrêmement malheureux.
05:03Donc, je ne pense pas que ce soit majeur.
05:06Vous comprenez que le gouvernement, Elisabeth Borne,
05:08était invité à répondre à cette question lundi soir sur BFM TV.
05:12Elle refuse de passer du 130 au 110 km heure.
05:16Sans doute aussi par crainte d'une forme de colère
05:20comme il y avait eu quand on est passé du 90 au 80 km heure.
05:23Et vous vous dites, cette colère n'aurait pas lieu pourtant.
05:25Alors, je pense que ça, tout dépend de la pédagogie du problème.
05:28Je pense que les gens ne sont pas complètement idiots.
05:30Et si on leur dit, de toute façon, il va falloir faire avec moins de pétrole,
05:32est-ce que vous préférez qu'il y en ait un peu pour tout le monde et on roule à
05:35110 ?
05:35Ou que ceux qui peuvent, qui ont les moyens, on roule à 130 ?
05:38Et les autres, ils ne roulent pas du tout ?
05:39Qu'est-ce que vous préférez ?
05:40Ça devient un problème social d'inégalité des ressources, d'inégalité des richesses ?
05:46Évidemment que ça devient un problème social.
05:47C'est-à-dire qu'à partir du moment où ceux qui peuvent consomment 20% de carburant de plus
05:50quand ils roulent, ça en laisse moins pour les autres
05:52si la quantité donnée, si la quantité totale est finie.
05:54Donc, l'intérêt, ce serait de passer, si je vous écoute bien,
05:56aux 110 km heure pour tous ?
05:58Oui, absolument.
05:58Et en plus, ce serait moins cher, évidemment, quand on fait le plein.
06:01Alors, on ferait des pleins, disons, de manière plus épisodique.
06:04Il y a quelque chose qui est avéré, c'est que plus vous freinez la voiture,
06:07plus vous favorisez le report sur les modes alternatifs.
06:10C'est-à-dire que ça devient d'autant plus intéressant,
06:11où les gens sont d'autant plus motivés à prendre le train
06:14que vous leur dites, sur autoroute, ça sera 110 au lieu de 100.
06:16Mais le train est très cher.
06:17C'est-à-dire que pour le coup, si ça devient une question d'économie,
06:20le train en France est cher.
06:21Alors, ça dépend comment vous comptez.
06:23C'est toujours pareil.
06:24Si vous comptez juste le coût marginal de la voiture,
06:26c'est-à-dire juste le plein d'essence et le péage,
06:27quand vous prenez l'autoroute, oui, le train est plus cher.
06:29Si vous comptez l'amortissement de la voiture,
06:31c'est-à-dire le fait que vous devez l'acheter,
06:32que vous devez l'assurer, etc.,
06:34et que vous faites une comparaison entre voiture et pas voiture,
06:37à ce moment, ce n'est pas si évident que ça.
06:38Vous avez peut-être vu que la région Occitanie
06:40va mettre en place tous les déplacements à 1 euro
06:43le premier week-end par mois.
06:44Une voiture, c'est quand même quelques milliers d'euros par an.
06:46Oui, vous vous rappelez, j'ai bien compris,
06:48que vous prenez toute la chaîne,
06:50c'est-à-dire non seulement l'achat du véhicule,
06:52le plein, l'assurance, les réparations,
06:55le fait d'aller régulièrement chez le garagiste,
06:56le contrôle technique.
06:57Et il y a beaucoup de gens qui achètent des voitures
07:00qui sont dimensionnées pour le départ en vacances
07:02et qui, toute l'année, servent
07:04entre la moitié de leur capacité
07:06et on est tout seul dedans.
07:07Mais est-ce que vous invitez les responsables
07:09qui disent qu'il faut privilégier le train
07:12à baisser le prix ?
07:13Je le rappelle, depuis hier,
07:15en Occitanie,
07:16le premier week-end par mois,
07:19tous les déplacements,
07:20c'est-à-dire vraiment les transports en commun,
07:22le train, tout est à 1 euro.
07:24C'est une question.
07:25Il y a deux manières
07:26si on veut avantager économiquement
07:27le train par rapport à la voiture.
07:29La première manière,
07:30c'est de monter le prix de la voiture.
07:31La deuxième manière,
07:32c'est de baisser le prix du train.
07:33Et comme il n'y a pas de repas gratuit,
07:34si on baisse le prix du train,
07:36il faudra bien que l'argent vienne de quelque part.
07:38Donc, est-ce que ça doit venir de nos impôts ?
07:40Mais ça, c'est un débat qu'il faut avoir.
07:41C'est-à-dire qu'à un moment,
07:42il faut faire les comptes,
07:42il faut voir ce que ça coûte
07:43et il faut regarder la solution qu'on préfère.
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