- il y a 2 jours
Dans le sillage des marches pour le climat en 2019, Europe Écologie les Verts réalise les scores les plus hauts de son histoire aux élections européennes puis municipales. Avec la crise sanitaire du COVID-19, qui interrogeait notre rapport à la nature, et la loi climat et résilience votée en août 2021, la question écologique paraissait centrale dans le champ politique et médiatique. Cependant, quelques années plus tard, la situation internationale ou les questions sécuritaires et économiques prennent une place prépondérante dans le débat public. Pour les municipales de 2026, selon l'observatoire des médias sur l'écologie, la part moyenne du temps d'antenne consacrée à l'écologie est de 2.5%, signe d'un retour en arrière sur ces questions ? Le manque de communication, les tensions entre les partis de gauche et « l'écolo-bashing » sont-ils les seuls responsables du reflux de l'écologie politique, comme l'affirme Marine Tondelier au lendemain de ces élections ? Pour en discuter, Jean-Pierre Gratien reçoit François Gemenne, co-auteur du sixième rapport du GIEC et enseignant à HEC ; Lucile Schmid, présidente de La Fabrique Écologique et Erwan Lecoeur, enseignant à Sciences Po Grenoble et spécialiste de l'écologie politique. LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales...autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
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00:00:02Générique
00:00:16Bienvenue à tous au menu de ce débat doc, aujourd'hui, climat, mon cerveau fait l'autruche, un documentaire réalisé
00:00:21par le journaliste Raphaël Hitchie.
00:00:24Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau en compagnie de l'enseignant-chercheur
00:00:30François Gemmène, de la présidente de la fabrique écologique Lucille Schmitt et du sociologue Erwan Lecoeur avec cette question, au
00:00:38regard des enjeux, pourquoi l'écologie peine-t-elle autant à s'imposer dans le champ politique ? Bon doc.
00:00:55Nous connaissons tous le message des climatologues. Sans réduction de nos émissions de CO2, c'est une planète invivable qui
00:01:03nous attend.
00:01:07Les incendies géants, les canicules et les inondations récentes ont commencé à éveiller les consciences.
00:01:14Pourtant, face aux dérèglements climatiques, dans nos modes de vie, presque rien ne change.
00:01:23Car une part intime de nous-mêmes ne prend pas la mesure de la situation et nous empêche d'agir.
00:01:30Notre propre cerveau refuse de voir la réalité en face.
00:01:36Devant le danger, nous avons tendance à mettre la tête dans le sable.
00:01:41Dénis, déformations de la réalité, des recherches dans le monde entier dévoilent les mécanismes psychiques qui nous aveuglent et nous
00:01:50paralysent.
00:01:52Notre cerveau s'intéresse aux informations qui confirment sa vision du monde, pas aux informations qui la contredisent.
00:02:00La menace serait trop vaste, trop floue, trop saisissante pour bousculer notre insouciance.
00:02:07Il y a l'idée que le progrès technologique nous tirera toujours de tous les mauvais pas dans lesquels nous
00:02:14risquons de nous trouver.
00:02:17Comment sortir de cette inertie collective et changer les comportements ?
00:02:23Les psychologues du monde entier reconnaissent que leur discipline joue un rôle fondamental dans la lutte contre le réchauffement climatique.
00:02:32Nous allons explorer les mécanismes cérébraux qui nous poussent à faire l'autruche devant la menace climatique
00:02:37et nous mettre en quête des ressources psychiques qui permettront d'y faire face.
00:03:09Situé à 30 kilomètres de Rodez,
00:03:11Arvieux est une commune de l'Aveyron réputée pour son engagement dans la transition écologique.
00:03:17Ici, les enjeux du dérèglement climatique sont abordés dès le plus jeune âge.
00:03:27Aujourd'hui, les élèves expérimentent une activité encore rare dans les écoles.
00:03:33La fresque du climat est un atelier créé par une association qui décrypte les rouages de la machine climatique.
00:03:42La séance est animée par Benoît, qui a fait de la transition un engagement personnel.
00:03:50Qui a déjà entendu parler de réchauffement climatique ?
00:03:54Tout le monde en a entendu parler.
00:03:56L'atelier, tous ensemble ce matin, consiste à utiliser des cartes qu'on va placer les unes par rapport aux
00:04:02autres
00:04:02et qui vont permettre de comprendre les mécanismes du réchauffement climatique global.
00:04:08On a dit que le CO2 avait une influence sur l'effet de serre et que l'effet de serre
00:04:13avait pour conséquence d'augmenter la température.
00:04:16Est-ce que quelqu'un a une idée de ce fonctionnement de l'effet de serre ?
00:04:21S'il y a trop d'effet de serre, la chaleur reste dans l'enveloppe de la terre.
00:04:27Du coup, elle atterrit sur nos bâtiments et sur nous.
00:04:32Et c'est pour ça qu'il fait si chaud l'été et tout ça.
00:04:35Et tout ça, ça a un certain nombre de conséquences, à la fois sur la biodiversité,
00:04:39à la fois sur les événements climatiques qui vont être beaucoup plus intenses que ce qu'on a l'habitude
00:04:43de voir
00:04:43et qui vont pousser finalement des populations, en particulier les plus défavorisées dans le monde,
00:04:48à devoir migrer.
00:04:50Elles vont devoir partir de l'endroit où elles vivent parce que la zone dans laquelle elles se trouvent ne
00:04:54sera plus vivable.
00:04:55Est-ce que ça vous inquiète ?
00:04:56Oui.
00:04:57Oui ?
00:04:58Oui.
00:04:59Alors, je propose de lire la dernière carte.
00:05:01Je m'achète des choses.
00:05:03Où est-ce qu'on place cette carte ?
00:05:04Avec les premières là.
00:05:07Exactement.
00:05:08J'allume la clim ou le chauffage, je prends la voiture ou l'avion.
00:05:13Super.
00:05:15Donc en fait, là, vous avez compris, ce sont les cartes qui caractérisent les activités humaines.
00:05:20Ces activités humaines, ça a un impact sur la concentration de CO2 qui accroît l'effet de serre naturel.
00:05:27Et tout ça, ce qu'il faut bien comprendre, qui est très très important,
00:05:30c'est que ça se passe un peu partout sur la planète parce que nous avons tous ce type d
00:05:34'action-là.
00:05:35Et l'objectif, c'est de pouvoir maîtriser au maximum nos actes
00:05:38pour éviter d'avoir une élévation de la température à l'échelle de la planète qui soit trop importante
00:05:42et que ça reste vivable pour nous.
00:05:46Les enfants comprennent très bien le rôle de nos comportements au quotidien,
00:05:49dans le dérèglement climatique, tout comme les adultes d'ailleurs.
00:05:54Pourtant, depuis le temps que les scientifiques tirent la sonnette d'alarme,
00:05:58rien ne change vraiment dans nos modes de vie, comme si la menace était irréelle.
00:06:06La plupart d'entre nous connaissent la fable de la grenouille plongée dans l'eau froide.
00:06:11Lorsqu'on chauffe l'eau tout doucement, elle n'en sort pas et finit par mourir ébouillantée.
00:06:19Les êtres humains sont sur une planète qui se réchauffe tout doucement.
00:06:23Et la question qui se pose à présent, c'est est-ce que nos cerveaux sont capables de déceler le
00:06:28problème et de le gérer ?
00:06:29Car contrairement à la grenouille, nous n'avons nulle part où sauter pour nous échapper.
00:06:37Alors qu'est-ce qui coince dans notre cerveau ?
00:06:39Qu'est-ce qui fait que nous laissons la température monter sans réagir ?
00:06:47Le réchauffement climatique suscite différents biais qui empêchent les gens d'agir.
00:06:52Car entre autres, c'est une menace dont l'essentiel des conséquences interviendra plus tard.
00:06:59Si par exemple je recycle, il n'y a pas un arbre qui apparaît chez moi.
00:07:03Et il n'y a pas non plus de punition directe.
00:07:05Si je ne recycle pas, il n'y a pas une banquise qui me tombe sur la tête.
00:07:08Donc on a un décalage temporel entre les causes et les effets.
00:07:14Notre difficulté à évaluer correctement les menaces lointaines fait partie de ce que les scientifiques appellent les biais cognitifs.
00:07:23Des phénomènes de distorsion de la réalité, inconscients, qui trompent notre cerveau dans les situations incertaines et angoissantes.
00:07:34En ce qui concerne le changement climatique, dans notre cerveau, il y a une barrière que nous devons franchir.
00:07:40Cette barrière est le sentiment généré par le cerveau que nous sommes dans un sens invincible,
00:07:45que les mauvaises choses que nous réserve l'avenir ne nous atteindront pas.
00:07:52Professeur de neurosciences à l'Université City de Londres,
00:07:56Andreas Capes est un spécialiste des biais cognitifs.
00:08:01Ses recherches prolongent les expériences menées sur des étudiants par le professeur Neil Weinstein dans les années 80.
00:08:08Elles avaient révélé à quel point notre cerveau s'arrange avec la réalité.
00:08:13Dans le cours aujourd'hui, nous allons faire une petite expérience.
00:08:17Je vais vous poser quelques questions et tout ce que vous devez faire, c'est de lever la main si
00:08:20vous êtes d'accord.
00:08:24Qui pense avoir plus de chances que les autres de se marier avec quelqu'un de riche ?
00:08:33Des chances plus élevées d'avoir un enfant surdoué ?
00:08:37De garder la ligne dans les dix prochaines années ?
00:08:42Pour les événements heureux, la majorité pense qu'elle en bénéficiera plus que les autres.
00:08:47Mais concernant les accidents de la vie, c'est exactement le contraire qui se produit.
00:08:53Qui a le sentiment d'avoir des chances moins élevées que la moyenne d'avoir le cancer ?
00:09:00D'être un jour attaqué en justice ?
00:09:05Ah, félicitations !
00:09:06On dirait que vous êtes tous meilleurs que la moyenne.
00:09:10Statistiquement, c'est impossible, mais tant mieux pour vous !
00:09:17C'est statistiquement impossible pour chaque individu de faire mieux que tous les autres.
00:09:23Donc, par définition, c'est un bien, n'est-ce pas ?
00:09:26C'est une illusion, ce n'est pas quelque chose qui est en réalité possible.
00:09:31Les scientifiques appellent ce phénomène le biais d'optimisme.
00:09:36Et ils ont démontré que celui-ci sévit chez à peu près tout le monde et dans tous les secteurs
00:09:41de l'existence.
00:09:45Que l'on comprenne les statistiques ou pas, que l'on soit doué intellectuellement ou pas,
00:09:52cela concerne 80 à 90% de la population, peu importe qu'il s'agisse de professeurs, d'étudiants, d
00:09:59'ouvriers du bâtiment ou d'employés.
00:10:03Quand on parle d'optimisme au sujet du changement climatique,
00:10:07c'est que nous croyons qu'en tant qu'individus, nous serons moins impactés par le réchauffement que les gens
00:10:13autour de nous.
00:10:15En fait, nous sous-estimons la menace à l'échelle individuelle.
00:10:20Il n'y a pas si longtemps, quand la vague du coronavirus a déferlé sur la planète,
00:10:25cet optimisme irréaliste a probablement joué dans la perception de la menace, y compris chez les décideurs.
00:10:32Le risque d'introduction en France de cas liés à cet épisode est faible.
00:10:50Au départ, l'incertitude était extrêmement élevée.
00:10:56Et quand elle est élevée, elle favorise le biais d'optimisme.
00:11:01Il y a des indicateurs négatifs, mais on peut décider de se concentrer sur ceux qui sont positifs.
00:11:07Et il est très probable que le risque de la COVID ait été sous-estimé
00:11:12et qu'en conséquence, les mesures aient été trop tardives et peut-être insuffisantes.
00:11:21Avec un cerveau si peu enclin à croire au désastre,
00:11:24pas étonnant que l'alerte lancée par les climatologues depuis 30 ans ait rencontré si peu d'échos.
00:11:30D'autant que cette difficulté à regarder la réalité en face est renforcée par un autre biais,
00:11:35culturel celui-là, nos cadres cognitifs.
00:11:40C'est quoi nos cadres cognitifs ?
00:11:42C'est toutes les représentations, les visions du monde avec lesquelles on vit depuis très longtemps.
00:11:48Par exemple, l'idée que l'humain est supérieur à la nature
00:11:51et que la nature, elle doit être transformée à notre avantage.
00:11:56Et tout ça n'a aucune importance parce que c'est bon pour nous.
00:12:00Dans son cours sur les enjeux climatiques du XXIe siècle à l'université Paris-Dauphine,
00:12:05Dominique Méda fait remonter notre rapport à la nature
00:12:08au début de la civilisation judéo-chrétienne.
00:12:13Dans la Genèse, notamment Genèse 1, il est dit que Dieu a demandé aux humains, à Adam et à Ève,
00:12:22de dominer la nature et de l'assujettir, d'assujettir les autres espèces
00:12:26et finalement transformer la terre sur laquelle il se trouve en jardin d'Éden.
00:12:35Les progrès scientifiques et techniques fulgurants des deux siècles derniers
00:12:39ont depuis procuré à l'homme le vrai pouvoir de transformer la planète
00:12:44et conforter cette toute-puissance qui le pousse aujourd'hui
00:12:48à faire l'autruche devant la menace climatique.
00:12:54Jusqu'à maintenant, le progrès technologique nous a toujours permis de nous tirer de mauvais pas.
00:13:00Il nous a permis de traiter les grandes maladies, les grandes pandémies,
00:13:04y compris celles-ci, en trouvant des vaccins.
00:13:08Donc je crois que derrière tout ça, il y a la croyance à la puissance du génie humain.
00:13:17Pourtant, ce sentiment d'impunité commence quand même à vaciller aujourd'hui.
00:13:22Et plus que les graphiques ou les démonstrations scientifiques,
00:13:26c'est la réalité dévastatrice qui ravive la menace.
00:13:33Depuis 2018, les événements météo extrêmes se sont succédés.
00:13:40Méga-feux, pics de chaleur et inondations monstres.
00:13:44Aucun continent n'a été épargné.
00:13:48Les effets du réchauffement ont fait irruption dans notre quotidien.
00:13:56Lorraine Whitmarsh fait partie des chercheurs en psychologie sociale
00:14:00qui travaillent avec le GIEC, le groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat.
00:14:06Son laboratoire étudie la perception du réchauffement dans le monde entier.
00:14:13L'inquiétude concernant le changement climatique a beaucoup augmenté ces dernières années.
00:14:18Nous avons observé qu'en 2019, il y a eu un pic d'inquiétude élevé dans de nombreux pays autour
00:14:23de cette question.
00:14:25Cette période correspondait d'ailleurs au cortège, aux manifestations
00:14:28et à l'attention médiatique importante portée à Greta Thunberg.
00:14:32Et ce qui est intéressant, c'est que nos recherches de ces dernières années ont démontré qu'en fait,
00:14:37cela a continué à être une réelle source d'inquiétude pour les gens, même durant la pandémie.
00:14:43Il y a dix ans, moins d'une personne sur deux déclarait avoir entendu parler du réchauffement climatique.
00:14:49Aujourd'hui, les deux tiers de la population mondiale le considèrent comme une menace.
00:14:56Au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, cette inquiétude concerne les trois quarts des gens.
00:15:01Le climat est devenu une préoccupation majeure.
00:15:05Mais les dernières évaluations révèlent aussi que sur cette planète,
00:15:10un habitant sur trois reste sceptique quant à l'origine humaine du changement climatique.
00:15:15Parmi eux, certains sont très influents politiquement.
00:15:21Le réchauffement mondial, c'est beaucoup de ça un hoax.
00:15:24Je ne le crois pas. Non, non, je ne le crois pas.
00:15:34Des intérêts financiers et économiques dictent évidemment ces déclarations officielles.
00:15:40Mais malgré les preuves scientifiques, 100 millions d'Américains et 70 millions d'Européens
00:15:45doutent aujourd'hui sincèrement de la responsabilité humaine dans le réchauffement.
00:15:49Comment expliquer cette réticence à reconnaître les évidences ?
00:15:59Pour Thalie Charot, chercheuse en neurosciences,
00:16:02cela tient à la manière dont notre cerveau traite les informations.
00:16:06En effet, sans le savoir, nous avons l'habitude d'ignorer les messages qui contrarient nos convictions.
00:16:13Les psychologues appellent cela le biais de confirmation.
00:16:18Si je pense que les vaccins sont très efficaces
00:16:21et que je lis un article qui suggère qu'ils le sont,
00:16:24cela conforte mon opinion.
00:16:26Mais si je lis un article qui dit qu'ils ne sont pas très efficaces,
00:16:29je l'écarte en considérant que ce n'est pas de la vraie science.
00:16:33Il y a 40 à 50 années de recherche qui montrent que ce biais de confirmation
00:16:39joue un rôle dans presque tous les domaines importants de notre vie.
00:16:45Grâce à une étude en ligne menée sur des centaines de participants,
00:16:49Thalie Charot a montré que sur le cerveau d'un sujet qui n'y croit pas,
00:16:52un message d'alerte climatique n'a pas le même effet que sur celui d'une personne convaincue.
00:16:59Tout d'abord, nous avons demandé aux gens leur opinion sur le changement climatique
00:17:02en leur posant plusieurs questions comme soutenez-vous les accords de Paris.
00:17:08Sur la base de leurs réponses, nous avons fait deux groupes,
00:17:11ceux qui pensent que le changement climatique est causé par l'homme
00:17:14et ceux qui sont plus sceptiques.
00:17:18Les participants ont ensuite été invités à donner leur estimation personnelle
00:17:22du réchauffement climatique.
00:17:25Sans surprise, ceux qui croient au réchauffement
00:17:28annoncent une élévation de température supérieure à celle des climato-sceptiques.
00:17:33Mais ensuite, Thalie Charot fait une annonce aux participants.
00:17:38Les scientifiques ont réévalué leurs données.
00:17:41Ils ont conclu que la situation est bien pire que prévu
00:17:44et que la température pourrait augmenter de 11 degrés dans le siècle à venir.
00:17:51Le but de l'expérience est d'évaluer comment les deux groupes vont utiliser cette nouvelle information.
00:17:59Nous avons observé que ceux qui croyaient déjà au changement climatique
00:18:02ont bien pris cette information en considération
00:18:05et ont augmenté leur estimation de température.
00:18:08Donc à présent, ils sont persuadés que les choses sont pires que ce qu'ils pensaient.
00:18:13L'autre groupe, celui qui était sceptique au départ, a ignoré cette information
00:18:18et n'a pas changé son estimation.
00:18:21Sans le savoir, nous pratiquons tous ce tri sélectif.
00:18:29Les informations qui renforcent nos convictions sont traitées avec la plus grande attention.
00:18:35Celles qui bousculent nos croyances passent à la poubelle.
00:18:41Mais que se passe-t-il vraiment dans notre cerveau
00:18:43pour que nous soyons si peu enclins à changer d'avis ?
00:18:47Pour mieux comprendre cette mauvaise volonté inconsciente,
00:18:50Andreas, à l'Université de Londres,
00:18:52a entrepris de prendre nos neurones en flagrant délit de biais de confirmation.
00:19:00Pour cela, Andreas a réalisé une expérience sur des couples de volontaires.
00:19:07Vous allez voir des photos de maison.
00:19:11A vous d'évaluer si dans la réalité,
00:19:13elles valent plus ou moins que le prix affiché.
00:19:17Pour chaque estimation, vous devez miser une somme d'argent.
00:19:20Le maximum si vous êtes sûr de vous.
00:19:23Si vous ne l'êtes pas, vous réduisez la mise.
00:19:26La somme misée permet de mesurer la conviction du sujet,
00:19:30la confiance qu'il accorde à son choix.
00:19:33Ça vaut plus, c'est sûr.
00:19:35Je mise tout.
00:19:37Hum, là, moins.
00:19:39Mais j'en suis pas certain.
00:19:41Je vais réduire la somme.
00:19:45La suite de l'expérience se déroule dans la salle d'imagerie cérébrale
00:19:49équipée de deux scanners.
00:19:52Madame, monsieur,
00:19:54vous allez revoir vos estimations,
00:19:57mais cette fois en même temps que celle de votre partenaire.
00:19:59« Et vous pourrez modifier votre mise si vous le souhaitez. »
00:20:05Résultat, quand les estimations concordent,
00:20:09les participants prennent confiance et en général augmentent leur mise.
00:20:14En revanche, quand les avis divergent,
00:20:16chacun ignore le choix de l'autre et maintient sa mise.
00:20:20Le biais de confirmation fonctionne à plein régime.
00:20:27Ici, nous voyons le biais de confirmation en action.
00:20:30Nous voyons ce qu'il se passe dans le cerveau
00:20:32après que la personne teste a appris que son partenaire a un avis similaire.
00:20:37Le cerveau traite précisément les informations que le partenaire propose.
00:20:43Cette zone du cortex est connue pour intervenir dans la prise de décisions complexes.
00:20:49De ce côté, c'est une toute autre image.
00:20:51On voit ce qu'il se passe avec le cerveau
00:20:54quand le partenaire me contredit qu'il a un avis différent du mien.
00:20:57Et ce que l'on remarque, c'est qu'on ne voit presque rien.
00:21:00Dans le cerveau, il ne se passe pas grand-chose.
00:21:03Il ne traite pas les informations que le partenaire propose.
00:21:05Et de ce fait, l'opinion ne change pas.
00:21:10Métaphoriquement parlant, le cerveau semblait s'éteindre
00:21:13et ne pas encoder les informations provenant du partenaire en désaccord.
00:21:18Cela montre que les gens ont plus tendance à intégrer des informations
00:21:22ou des preuves, qu'elles soient vraies ou fausses,
00:21:24quand elles confirment ce qu'ils pensent déjà.
00:21:27Et ils se radicalisent.
00:21:29Ils deviennent de plus en plus extrêmes, de plus en plus sûrs d'eux.
00:21:33Les opinions se polarisent.
00:21:37Ce fonctionnement profondément ancré dans notre cerveau
00:21:40explique les difficultés que nous avons tous à changer d'opinion
00:21:43et interroge évidemment sur la meilleure façon de communiquer sur le climat.
00:21:51Quand on essaye de convaincre quelqu'un
00:21:53que le changement climatique est quelque chose qu'il faut prendre au sérieux,
00:21:57dans ce cas, il est important de se souvenir,
00:22:00avant d'entrer dans la confrontation,
00:22:02que si on lui dit « Tu es dans le faux, j'ai raison, maintenant écoute-moi »,
00:22:07alors là, on a déjà perdu la personne.
00:22:10Ce qu'il faut faire, c'est trouver un facteur commun,
00:22:14quelque chose sur lequel nous sommes d'accord tous les deux,
00:22:17pour que le cerveau reste engagé et m'écoute.
00:22:30La polarisation des opinions sur le réchauffement climatique
00:22:33est au cœur des études menées par Stéphane Lewandowski.
00:22:40A Bruxelles, ce professeur de psychologie
00:22:43travaille avec le Centre de recherche de la Commission européenne
00:22:46à comprendre comment les technologies numériques
00:22:49entretiennent et amplifient le doute vis-à-vis du réchauffement.
00:22:57Il y a 100 ans, si vous viviez quelque part dans un village en France
00:22:59et que vous pensiez que la Terre était plate,
00:23:01tout le monde vous aurait observé, jeté des regards et aurait dit
00:23:04« Eh bien, qu'est-ce qui ne va pas chez ce type ? »
00:23:07De nos jours, si vous allez sur Facebook
00:23:09et que vous dites que la Terre est plate,
00:23:11eh bien, devinez quoi ?
00:23:13Quelque part dans le monde,
00:23:14il y aura tout un tas de gens qui pensent la même chose.
00:23:18Aucun d'entre eux ne trouverait dans son entourage
00:23:20quelqu'un du même avis.
00:23:21Mais sur Internet, c'est possible.
00:23:25Alors, quel est le rôle joué par Internet
00:23:27dans le déni climatique ?
00:23:30Comment influencent-ils les opinions ?
00:23:35Nous savons, d'après de nombreuses recherches en psychologie,
00:23:38que les gens s'accrochent à une croyance
00:23:40s'ils pensent qu'elle est partagée par d'autres.
00:23:44Si je pense que tout le monde pense
00:23:47que la Terre est plate,
00:23:48alors vous ne pouvez pas me convaincre du contraire,
00:23:50car je peux répondre « De quoi parlez-vous ?
00:23:52Tous mes amis sont d'accord avec moi. »
00:23:55C'est ce que rend possible Internet.
00:23:59Stéphane a conduit une étude sur les commentaires
00:24:02postés sur des sites scientifiques officiels et rigoureux
00:24:05traitant du réchauffement climatique.
00:24:07Des commentaires souvent critiques et fantaisistes.
00:24:15La planète ne s'est pas réchauffée depuis 15 ans.
00:24:20Désolé, mon ami.
00:24:22La plupart des records de chaleur ont eu lieu
00:24:24au cours de la dernière décennie.
00:24:27Le climat a déjà changé dans le passé,
00:24:29pourtant nous sommes toujours là.
00:24:31Tout ira très bien avec le temps.
00:24:33Oui, sauf que Miami sera sous l'eau.
00:24:38Nous appelons ça des arguments zombies,
00:24:40parce qu'ils sont comme les zombies des films d'horreur.
00:24:42Vous n'arrêtez pas de les tuer,
00:24:44mais ils reviennent sans cesse.
00:24:47Ces commentaires faciles à démonter
00:24:49posent néanmoins un problème de fond.
00:24:52Ils ont un impact psychologique.
00:24:55Un questionnaire soumis à 400 participants
00:24:58a révélé qu'ils décrédibilisent les informations publiées.
00:25:04Lorsque les gens sont exposés à ce genre de commentaires,
00:25:08ils ont la fausse impression que tout le monde
00:25:10nie le changement climatique.
00:25:12Cela modifie alors leur opinion.
00:25:15Le fait que ces commentaires existent
00:25:17a un effet tangible.
00:25:20Par son mode de fonctionnement,
00:25:22Internet influence les opinions.
00:25:25La toile fait donc désormais l'objet
00:25:27d'une attention particulière,
00:25:28notamment après les annonces importantes
00:25:30sur le réchauffement climatique,
00:25:32comme celle de Donald Trump en 2017.
00:25:55Son annonce avait généré 6 millions de tweets.
00:25:58Un quart se sont révélés avoir été produits
00:26:00par des comptes automatisés
00:26:01et majoritairement favorables à Donald Trump.
00:26:04Dans le monde numérique,
00:26:07votre opinion n'est pas seulement influençable,
00:26:09elle est aussi manipulable.
00:26:13Les êtres humains sont sensibles
00:26:15à la prévalence des opinions des autres.
00:26:18Et pour cette raison,
00:26:20c'est très inquiétant qu'il y ait en ligne
00:26:22autant de désinformations
00:26:23sur le changement climatique.
00:26:27Dans son rapport à la Commission européenne
00:26:30pour lutter contre les manipulations organisées,
00:26:33Stéphane Lewandowski préconise
00:26:35d'obliger les plateformes numériques
00:26:36à identifier et bloquer les faux comptes personnels
00:26:39qui biaisent le débat sur le climat.
00:26:45Pour ceux qui ont pris conscience
00:26:47de l'urgence climatique,
00:26:48ce débat qui s'éternise
00:26:50sans que les choses ne changent vraiment
00:26:51est difficile à accepter.
00:26:53Mais c'est également une source d'anxiété.
00:26:57À Harvieux,
00:26:58où les associations sont très actives
00:27:00sur la transition écologique,
00:27:02l'inertie générale,
00:27:04mais aussi la difficulté
00:27:05à tenir ses propres engagements,
00:27:07sont souvent au cœur des discussions.
00:27:10Il y a deux ans,
00:27:11j'ai deux potes qui se marient.
00:27:12Donc, enterrement de vie de garçon,
00:27:14le groupe de potes dit,
00:27:16collectivement,
00:27:17OK, on va faire un à Lisbonne,
00:27:19un à Glasgow.
00:27:20Bon, réalité, tu pars 3-4 jours,
00:27:22tu dois prendre l'avion.
00:27:23Forcément, c'est complètement
00:27:25en désaccord avec ce que je sais,
00:27:27ce que je fais,
00:27:28le job, mon engagement et tout.
00:27:30Au final, j'ai arbitré
00:27:32quand même assez vite
00:27:33en me disant,
00:27:34ben non, je pars avec eux.
00:27:35J'ai mis en place mon lombricot poster,
00:27:37machin,
00:27:37donc je me trouve des trucs
00:27:38positifs, sympathiques,
00:27:39et je sais que je fais des merdes à côté.
00:27:40Et quand j'ai mon gamin de 5 ans
00:27:42qui revient d'école
00:27:42et qui me dit,
00:27:43papa, ça c'est bien pour la planète
00:27:45si on fait ça comme ça.
00:27:46Je dis, t'as 5 ans,
00:27:47tu dis ça, toi ?
00:27:49Il y a des enfants qui, par exemple,
00:27:50commencent à pleurer à la maison
00:27:54parce qu'ils voient leur mère
00:27:55revenir avec, je ne sais pas,
00:27:57les courses et les sacs en plastique
00:27:58et les bouteilles en plastique.
00:27:59Il y a cette dissonance
00:28:01entre ce que je viens d'apprendre
00:28:03et le mode de vie
00:28:03dans lequel je suis inscrit.
00:28:06Chez les plus jeunes,
00:28:07ces contradictions suscitent
00:28:08un mélange de détresse
00:28:09et de colère.
00:28:12Un jeune adolescent de 14 ans
00:28:13avec qui je discutais,
00:28:14qui est de manière assez violente,
00:28:17m'a dit, toi,
00:28:17de toute façon,
00:28:18t'as abîmé la planète.
00:28:19Je vois bien que les gamins
00:28:20sont complètement paumés
00:28:21face à qu'est-ce qu'ils peuvent avoir
00:28:23pour faire les choses
00:28:24et à quoi ils doivent renoncer.
00:28:27Nous, moi, j'ai 4 enfants.
00:28:30Je me demande vraiment
00:28:31comment on va pouvoir travailler
00:28:33à les éduquer
00:28:35de manière à ce qu'ils fassent
00:28:38face collectivement
00:28:39aux difficultés de dégradation
00:28:40des conditions de vie collective,
00:28:43des conditions d'accès hors source.
00:28:46Les psychologues parlent désormais
00:28:49d'éco-anxiété.
00:28:51Je suis là pour dire
00:28:52que notre maison est en feu.
00:28:55Greta Thunberg,
00:28:57la jeune écologiste suédoise
00:28:58engagée dans la lutte
00:28:59contre le réchauffement,
00:29:01incarne le désarroi
00:29:02de cette génération.
00:29:04Les adultes continuent
00:29:05à dire
00:29:05que nous devons les jeunes
00:29:07pour leur donner la hope.
00:29:10Mais je ne veux pas
00:29:11votre hope.
00:29:13Je ne veux pas que vous
00:29:14être hopeful.
00:29:15Je veux que vous paniquez.
00:29:18Je veux que vous sentez
00:29:19la peur que je ressent
00:29:20tous les jours.
00:29:25Une peur qui confine
00:29:27parfois à l'angoisse maladive.
00:29:33Les praticiens
00:29:34comme Albert Mokeber
00:29:36rapportent une augmentation
00:29:37des consultations
00:29:38en lien avec l'environnement.
00:29:42D'un point de vue clinique,
00:29:43on traite ça
00:29:43comme si quelqu'un
00:29:44a vécu un deuil.
00:29:45On ne lui dit pas
00:29:45« vas-y, va mieux ».
00:29:46On leur explique
00:29:47que c'est quelque chose
00:29:48qu'il faut prendre en charge
00:29:49mais qu'il ne faut pas
00:29:50que ça soit paralysant
00:29:51parce qu'il ne faut pas
00:29:52être dans une urgence permanente.
00:29:53Ça ne sert à rien.
00:29:54On va juste être fatigué.
00:29:55Donc se réveiller tous les matins
00:29:56et penser que à ça,
00:29:57ça ne va pas aider
00:29:58ce truc à se résoudre.
00:30:00Et il faut les...
00:30:03Surtout pas les rassurer.
00:30:05On leur explique
00:30:05qu'ils ont raison.
00:30:10Mais quelque part,
00:30:11cette dissonance est bien
00:30:12parce qu'elle va nous permettre
00:30:13de revenir en consonance
00:30:14pas en se disant
00:30:15« du coup, non,
00:30:17le réglement climatique
00:30:17n'existe pas »,
00:30:18ce que certaines personnes
00:30:19pourraient faire
00:30:19dans les biais d'optimisme.
00:30:21Mais là,
00:30:21en retrouvant notre consonance
00:30:22en se disant
00:30:23« ok, je vais adapter
00:30:23mon comportement ».
00:30:27Conséquence de l'inaction
00:30:28des pouvoirs publics,
00:30:30les manifestations pour le climat
00:30:32ont pris une dimension planétaire.
00:30:34La prise de conscience
00:30:36a bien lieu,
00:30:37mais les comportements
00:30:38au quotidien
00:30:39de l'immense majorité,
00:30:40eux,
00:30:41ne changent pas.
00:30:43Pourquoi tant de gens
00:30:44convaincus de la menace
00:30:46persistent-ils
00:30:47dans leurs habitudes de vie ?
00:30:50Nous sommes piégés
00:30:52par la manière
00:30:52dont nous interagissons
00:30:53les uns avec les autres.
00:31:04Nos décisions
00:31:05face au problème du climat
00:31:06sont influencées
00:31:07par les réactions
00:31:08des autres
00:31:09et les attentes
00:31:09qu'on a vis-à-vis
00:31:10des autres autour de nous.
00:31:17Peggy Shekroon,
00:31:18professeure
00:31:19à l'université
00:31:20Paris-Nanterre,
00:31:21étudie la manière
00:31:22dont nos décisions,
00:31:23nos comportements
00:31:24sont influencés
00:31:26par les autres.
00:31:27Elle prolonge
00:31:28des recherches
00:31:28menées à la suite
00:31:29d'un fait divers
00:31:30tragique
00:31:30qui avait fait
00:31:31la une des journaux
00:31:32dans les années 60.
00:31:36Deux chercheurs
00:31:37en psychologie,
00:31:38Latané et Darley,
00:31:39s'étaient emparés
00:31:41de l'affaire
00:31:41Kitty Genovese.
00:32:01À l'époque,
00:32:07les journaux ont rapporté
00:32:08que des dizaines de personnes
00:32:10avaient assisté
00:32:11à l'agression.
00:32:12Mais aucune n'était intervenue
00:32:14ni n'avait appelé
00:32:15la police.
00:32:18Ce qu'ils vont chercher
00:32:19à comprendre,
00:32:19c'est quels mécanismes
00:32:20psychologiques vont expliquer
00:32:22que les gens,
00:32:23dans cette situation
00:32:24où, normalement,
00:32:25on est tenté de penser
00:32:26que tout le monde
00:32:27va réagir,
00:32:28eux, non,
00:32:28ils décident de ne pas réagir
00:32:29et de ne pas intervenir.
00:32:31Donc, ils décident
00:32:32de mettre en place
00:32:32une expérience
00:32:33qui va reprendre
00:32:35de manière très réduite
00:32:37et très contrôlée,
00:32:38finalement,
00:32:38la situation
00:32:39du fait divers.
00:32:42Évidemment,
00:32:43pas question
00:32:43de perpétrer un crime.
00:32:44Les scientifiques
00:32:46ont imaginé
00:32:46un scénario
00:32:47où les personnes testées
00:32:48sont mises en situation
00:32:50de porter assistance
00:32:51à une autre.
00:32:53Le participant
00:32:54est installé
00:32:55dans un box individuel.
00:32:57Dans ce box,
00:32:57il s'équipe
00:32:58avec un casque
00:32:59comme celui-là
00:33:00et on lui explique
00:33:01qu'il est en communication
00:33:03avec un autre participant
00:33:04qui est dans
00:33:05un autre box à côté
00:33:06qui est en fait
00:33:07un acteur,
00:33:08un compère de l'expérience
00:33:09qui va au bout d'un moment
00:33:11simuler un malaise
00:33:12que le participant
00:33:13va entendre
00:33:14dans son écouteur.
00:33:31Résultat,
00:33:32dans 80% des cas,
00:33:34se croyant seul témoin
00:33:35de la scène,
00:33:36le sujet testé
00:33:37sort de la cabine
00:33:38pour appeler à l'aide.
00:33:44Les chercheurs
00:33:45ont ensuite
00:33:45augmenté
00:33:46le nombre
00:33:46de participants
00:33:47à l'expérience
00:33:48ce qui a profondément
00:33:49changé
00:33:50les réactions observées.
00:33:52Quand les participants
00:33:53sont trois
00:33:54à assister au malaise,
00:33:56ils vont intervenir
00:33:57moins fréquemment
00:33:58que les participants
00:33:59qui sont seuls
00:34:00et également intervenir
00:34:02pour ceux
00:34:02qui interviennent
00:34:03moins vite
00:34:04que les participants
00:34:04qui sont seuls.
00:34:06Plus les gens
00:34:07susceptibles
00:34:08d'intervenir
00:34:08sont nombreux,
00:34:09plus on se sent
00:34:10autorisés
00:34:11à ne rien faire.
00:34:13Car les autres
00:34:14peuvent agir
00:34:14à notre place.
00:34:15Le phénomène
00:34:17a été baptisé
00:34:17diffusion
00:34:18de la responsabilité
00:34:20ou effet spectateur.
00:34:23Peggy Shekroon
00:34:24a montré
00:34:25qu'il s'applique aussi
00:34:26aux enjeux
00:34:27environnementaux.
00:34:29On a transposé
00:34:30l'expérience
00:34:31de la Tanné et d'Arlé
00:34:32dans un espace vert
00:34:33où on a demandé
00:34:34à quelqu'un
00:34:35de jeter
00:34:35un détritu,
00:34:37donc une bouteille d'eau
00:34:38ou un papier
00:34:39en contrôlant
00:34:40le nombre de personnes
00:34:41qui assistaient
00:34:42à la scène.
00:34:45L'expérience
00:34:46a donné lieu
00:34:46au même résultat
00:34:47que pour le faux malaise.
00:34:49Plus les témoins
00:34:50autour de la scène
00:34:51sont nombreux
00:34:51et plus l'auteur
00:34:52du geste
00:34:53a de chances
00:34:54de s'en sortir
00:34:54sans remontrance
00:34:55et plus la bouteille
00:34:57a de chances
00:34:57de rester là
00:34:58où elle a été jetée.
00:35:01Quand on est dans
00:35:02une situation
00:35:03où les indices
00:35:04ne sont pas très clairs
00:35:05où on n'est pas
00:35:06vraiment sûr
00:35:07que ce soit
00:35:07de notre ressort
00:35:08d'intervenir,
00:35:09la première chose
00:35:10qu'on va faire
00:35:10c'est regarder
00:35:11les réactions
00:35:12des autres.
00:35:12Chacun interprétant
00:35:13la situation
00:35:14de la même manière
00:35:15en regardant les autres,
00:35:16personne ne fait rien.
00:35:17C'est ce qui explique
00:35:18le délai plus long
00:35:18d'intervention
00:35:19quand les gens
00:35:20sont plus nombreux
00:35:20par exemple.
00:35:23Plombé par l'effet
00:35:24spectateur,
00:35:25notre cerveau
00:35:25peine à prendre
00:35:26l'initiative
00:35:27de comportements
00:35:28plus vertueux
00:35:28pour l'environnement.
00:35:30L'inertie des autres
00:35:31vient inhiber
00:35:32notre propre envie
00:35:33de changer.
00:35:36Mais si certaines
00:35:37de nos mauvaises
00:35:38habitudes persistent,
00:35:39c'est aussi
00:35:40pour une raison
00:35:41plus triviale.
00:35:43Savez-vous seulement
00:35:44ce qui dans votre mode
00:35:45de vie impacte
00:35:46vraiment le climat ?
00:35:52Les travaux menés
00:35:53par Bernadette Suterlin
00:35:54à l'Institut
00:35:55pour les décisions
00:35:56environnementales
00:35:57de Zurich
00:35:57ont révélé
00:35:58que concernant
00:35:59l'alimentation,
00:36:01la plupart des gens
00:36:01ignorent les règles
00:36:02de base.
00:36:04Pour son expérience,
00:36:06elle a utilisé
00:36:07un buffet artificiel.
00:36:09Sur cette table,
00:36:10tout est factice
00:36:11mais ressemble
00:36:12à s'y méprendre
00:36:13à de la vraie nourriture
00:36:14avec laquelle
00:36:15les participants
00:36:16vont se composer
00:36:17un repas.
00:36:20« Prenez juste
00:36:21une assiette.
00:36:24Maintenant,
00:36:25regardez le buffet
00:36:26devant vous
00:36:26avec des aliments
00:36:27différents.
00:36:28Et je vais vous demander
00:36:29de vous servir
00:36:30un repas
00:36:31comme vous le mangeriez
00:36:31normalement
00:36:32dans la vie quotidienne. »
00:36:36Libre de son choix,
00:36:38que va prendre
00:36:38ce premier participant ?
00:36:41Du riz,
00:36:43des carottes
00:36:46et évidemment
00:36:47de la viande.
00:36:48Un steak
00:36:49et une fricadelle
00:36:50de bœuf,
00:36:51ce qu'il y a
00:36:51de plus impactant
00:36:52pour l'environnement.
00:36:55« Il faut consommer
00:36:56le moins possible
00:36:57de produits
00:36:57d'origine animale
00:36:59et surtout,
00:37:00il faut consommer
00:37:00le moins de viande
00:37:01possible,
00:37:01car de tous ces produits,
00:37:03c'est la viande
00:37:03qui a le plus d'impact
00:37:04sur l'environnement. »
00:37:08On estime
00:37:09que les produits
00:37:10d'origine animale
00:37:11représentent à eux seuls
00:37:12la moitié
00:37:13des émissions de gaz
00:37:14à effet de serre
00:37:15liées à l'alimentation humaine.
00:37:17« Si vous voulez
00:37:19quand même manger
00:37:20de la viande,
00:37:21vous devez faire attention
00:37:23à celle que vous choisissez,
00:37:25ce qui veut dire
00:37:26qu'il faut privilégier
00:37:27le poulet
00:37:28plutôt que la viande
00:37:29de bœuf
00:37:30ou de veau. »
00:37:34Mais pense-t-on
00:37:34vraiment à cette règle
00:37:35quand on veut manger
00:37:36plus écologique ?
00:37:39Bernadette a demandé
00:37:40à la moitié
00:37:40des participants
00:37:41de composer une assiette
00:37:43en faisant attention
00:37:44à l'environnement.
00:37:47Cette fois-ci,
00:37:49des patates,
00:37:50un peu plus de légumes
00:37:53et encore une pièce
00:37:55de bœuf,
00:37:56ail.
00:37:58Et le constat
00:37:59est le même
00:38:00dans les assiettes
00:38:00de tous les participants
00:38:01du groupe.
00:38:05« Ils n'ont réduit
00:38:07ni la quantité
00:38:08de produits
00:38:08d'origine animale
00:38:09ni celle de viande.
00:38:12Et ils n'ont pas
00:38:13distingué
00:38:13les types de viande.
00:38:15C'est-à-dire
00:38:16qu'ils n'ont pas
00:38:17privilégié
00:38:18le poulet
00:38:18par rapport au bœuf.
00:38:21Il est évident
00:38:22que beaucoup
00:38:23de consommateurs
00:38:24ne sont pas conscients
00:38:25de l'impact
00:38:25des produits
00:38:26d'origine animale,
00:38:27en particulier
00:38:28celui de la viande.
00:38:33Autre élément
00:38:34clé de l'expérience,
00:38:36la provenance
00:38:36des aliments
00:38:37précisés
00:38:38sur les étiquettes.
00:38:39Sans consigne,
00:38:40les participants
00:38:41se sentent libres
00:38:42de prendre
00:38:42du riz
00:38:43d'origine américaine.
00:38:44Dans le groupe écolo,
00:38:46ce sera de préférence
00:38:47les patates suisses.
00:38:49Et en dessert,
00:38:51les pommes locales
00:38:52plutôt que les bananes
00:38:53d'Équateur.
00:38:56« La seule différence
00:38:58qu'on a pu observer
00:38:59c'est que les gens
00:39:01ont choisi
00:39:01de ne pas prendre
00:39:02de nourriture importée.
00:39:05Ils se sont contentés
00:39:06d'évaluer le respect
00:39:07de l'environnement
00:39:08sur la base
00:39:09de cette règle empirique
00:39:11selon laquelle
00:39:12les produits
00:39:12qui proviennent
00:39:13de l'étranger
00:39:14sont associés
00:39:15à une consommation
00:39:16d'énergie
00:39:16plus élevée.
00:39:21La provenance
00:39:22des aliments
00:39:23joue évidemment
00:39:24aussi sur l'empreinte
00:39:24carbone d'un repas.
00:39:26Mais il s'avère
00:39:27que l'impact
00:39:27du transport
00:39:28de la nourriture
00:39:29est bien inférieure
00:39:30à celui
00:39:30de la production
00:39:31de viande.
00:39:35En fait,
00:39:36les consommateurs
00:39:37ne savent pas
00:39:38ce qui impacte
00:39:39le plus
00:39:39l'environnement.
00:39:41Ça veut dire
00:39:42qu'il est vraiment
00:39:42nécessaire
00:39:43de leur donner
00:39:44les bonnes informations
00:39:45et aussi
00:39:47quelques règles simples.
00:39:48pour réduire
00:39:53efficacement
00:39:54son empreinte carbone
00:39:55individuelle
00:39:56au quotidien,
00:39:57il faut en priorité
00:39:58limiter ses achats
00:39:59de produits manufacturés,
00:40:01consommer moins de viande,
00:40:02privilégier
00:40:03les transports en commun,
00:40:04éviter les vacances
00:40:05au bout du monde
00:40:06et vivre autant
00:40:08que possible
00:40:08dans une habitation
00:40:09bien isolée.
00:40:17Le réchauffement climatique
00:40:18est un phénomène complexe
00:40:20dont les causes
00:40:21se cachent
00:40:21dans les détails
00:40:22de notre vie quotidienne.
00:40:25Informer les consommateurs
00:40:27que nous sommes
00:40:27est donc indispensable.
00:40:30Mais cela ne suffira pas
00:40:31à venir à bout
00:40:32de nos habitudes.
00:40:35car nos réflexes
00:40:36de consommation
00:40:37sont ancrés
00:40:38dans les couches
00:40:38profondes
00:40:39de notre cerveau.
00:40:45Beaucoup de choses
00:40:46que l'on fait,
00:40:46la manière dont on voyage,
00:40:48dont on mange,
00:40:49ce que l'on achète
00:40:49au supermarché,
00:40:50sont motivés
00:40:51par des habitudes inconscientes
00:40:52plutôt que par un questionnement
00:40:54qui pèse le pour et le contre
00:40:55concernant l'impact
00:40:56de ces produits
00:40:57sur l'environnement.
00:41:02Nadège Beau,
00:41:03chercheuse en neurosciences
00:41:04à l'université de Plymouth,
00:41:06a découvert
00:41:07ces mécanismes inconscients
00:41:08qui guident discrètement
00:41:09nos achats
00:41:10et nous poussent
00:41:11à consommer toujours plus.
00:41:14L'achat d'un produit
00:41:16n'est pas seulement motivé
00:41:17par le besoin
00:41:18qu'on peut en avoir,
00:41:19mais c'est aussi
00:41:20une marqueur
00:41:20de notre statut social.
00:41:21Donc avoir des vêtements
00:41:23de marque,
00:41:23une très belle voiture
00:41:25peut signaler
00:41:26notre pèse
00:41:27dans la société,
00:41:27notre importance
00:41:28dans notre groupe.
00:41:29Donc avoir autant
00:41:31et même plus
00:41:32que les autres
00:41:32est très important pour nous.
00:41:36Pour évaluer
00:41:37l'importance
00:41:37de la comparaison sociale
00:41:39dans nos habitudes
00:41:39de consommation,
00:41:41Nadège a mené
00:41:42une expérience
00:41:43d'imagerie cérébrale
00:41:44sur des sujets
00:41:45en situation
00:41:45de confronter
00:41:46ce qu'il possède.
00:41:49Les participants
00:41:50vont jouer en parallèle
00:41:51à une sorte de roue
00:41:53de la fortune
00:41:53et pouvoir comparer
00:41:55leurs gains respectifs.
00:41:59L'un des deux
00:42:00joue la tête
00:42:01dans un IRM.
00:42:02A chaque partie,
00:42:04le sujet doit choisir
00:42:05et lancer
00:42:06une des deux loteries
00:42:07qui s'affichent
00:42:08sur son écran.
00:42:10Alors dans la première roue,
00:42:12vous avez une chance
00:42:13sur quatre
00:42:13de gagner 10 euros
00:42:15et l'autre,
00:42:16une chance sur deux
00:42:17de gagner 5.
00:42:18C'est clair pour vous ?
00:42:20C'est parti.
00:42:26Dans un premier temps,
00:42:28ce qui intéresse Nadège,
00:42:30c'est ce qui se passe
00:42:31dans le cerveau
00:42:32au moment où la flèche
00:42:33s'arrête
00:42:33et pointe la somme gagnée.
00:42:37Sans surprise,
00:42:38recevoir de l'argent
00:42:39active le circuit
00:42:40de la récompense.
00:42:42Il s'agit d'une région
00:42:43du cerveau
00:42:43qui procure
00:42:44la sensation de plaisir
00:42:45et motive
00:42:46les comportements favorables
00:42:47à la survie
00:42:48de l'individu
00:42:49et de l'espèce,
00:42:50comme manger
00:42:51ou faire l'amour.
00:42:53Maintenant,
00:42:54l'objectif
00:42:55est d'observer
00:42:56ce qui se passe
00:42:57quand le sujet
00:42:57voit aussi
00:42:58ce que l'autre joueur
00:42:59a gagné.
00:43:01Maintenant,
00:43:01vous jouez en même temps
00:43:02que votre partenaire
00:43:03et vous verrez
00:43:04sur votre écran
00:43:05vos gains respectifs.
00:43:11Résultat de l'expérience.
00:43:13Pour une même somme gagnée,
00:43:15l'activation du circuit
00:43:16de la récompense
00:43:17est systématiquement
00:43:18plus intense
00:43:19quand le gain obtenu
00:43:20est supérieur
00:43:21à celui de l'autre.
00:43:24C'est plus satisfaisant
00:43:25de gagner plus que l'autre
00:43:27que de gagner
00:43:28la même chose
00:43:28tout seul.
00:43:29Le fait de savoir
00:43:30qu'on a plus que les autres,
00:43:32c'est une source de plaisir.
00:43:33D'avoir les beaux vêtements,
00:43:35une jolie maison,
00:43:36une grosse télévision,
00:43:37c'est aussi quelque chose
00:43:38qui va directement
00:43:40activer
00:43:40ces aires cérébrales
00:43:42du système de récompense.
00:43:44L'homme est avant tout
00:43:45un animal social.
00:43:46Ce plaisir niché
00:43:48au plus profond
00:43:48de notre cerveau
00:43:49est l'héritage
00:43:50de notre histoire évolutive.
00:43:52Et dans le monde moderne,
00:43:54ces réflexes de comparaison
00:43:55sont exacerbés.
00:43:57Des étudiants
00:43:58en psychologie sociale
00:43:58récente ont montré
00:43:59que les réseaux sociaux
00:44:00vont amplifier
00:44:01ces effets
00:44:02de comparaison sociale.
00:44:03Parce qu'au lieu
00:44:04de se comparer seulement
00:44:05avec notre voisin
00:44:05et notre collègue,
00:44:07on va pouvoir se comparer
00:44:08à un réseau
00:44:08très étendu de personnes.
00:44:09donc ça va créer
00:44:11de l'envie.
00:44:14La comparaison sociale,
00:44:16le biais d'optimisme,
00:44:18l'effet spectateur,
00:44:20les mécanismes psychologiques
00:44:21qui s'opposent
00:44:22au changement
00:44:22de nos comportements
00:44:23sont nombreux.
00:44:25Mais ces obstacles
00:44:27ne sont pas infranchissables.
00:44:33Pour Lauren Whitmarsh,
00:44:34qui connaît parfaitement
00:44:35les rouages
00:44:36du cerveau humain,
00:44:37il faut avant tout
00:44:38profiter des opportunités
00:44:40et s'attaquer aux habitudes
00:44:41quand elles sont fragilisées.
00:44:44L'épisode de la COVID-19
00:44:46en est un exemple révélateur.
00:44:49Nous sommes ici
00:44:51dans la partie
00:44:51du port historique
00:44:52de Bristol
00:44:53où il y avait
00:44:53une circulation intense avant.
00:44:55Mais beaucoup de ces routes
00:44:57ont été fermées
00:44:57pour que seules
00:44:58les cyclistes
00:44:59et les piétons
00:44:59puissent y circuler.
00:45:01Ces changements
00:45:02ont été faits
00:45:02en premier lieu
00:45:03en raison de la COVID
00:45:04pour permettre aux gens
00:45:05de marcher
00:45:06tout en gardant
00:45:06une distance de sécurité.
00:45:08Mais on envisage
00:45:09à présent
00:45:09de conserver
00:45:10la plupart de ces changements
00:45:11pour le rapport bénéfique
00:45:12sur la qualité de l'air
00:45:13et les émissions
00:45:14de gaz à effet de serre.
00:45:17Un an après le début
00:45:18de la crise de la COVID,
00:45:20la plupart des restrictions
00:45:21de circulation
00:45:22dans le centre-ville
00:45:23étaient toujours en vigueur.
00:45:25Les habitants de Bristol
00:45:26ont adopté
00:45:27de nouvelles habitudes
00:45:28plus favorables
00:45:29à l'environnement.
00:45:32Ailleurs,
00:45:33comme en France,
00:45:34c'est notamment
00:45:34le télétravail
00:45:35qui a bénéficié
00:45:36des circonstances.
00:45:42Selon Lorraine,
00:45:43la bonne stratégie
00:45:44pour les politiques publiques,
00:45:46c'est de cibler les gens
00:45:47au moment charnière
00:45:48de leur vie.
00:45:50« Par exemple,
00:45:52si vous déménagez,
00:45:53si vous avez un enfant,
00:45:54si vous changez de travail,
00:45:55ça crée une opportunité
00:45:56pour que les habitudes
00:45:57s'affaiblissent.
00:45:58Vous pouvez alors
00:45:59réorganiser la routine
00:46:00des gens
00:46:01et leurs comportements
00:46:02pour faire quelque chose
00:46:03de différent.
00:46:04Ils sont ouverts
00:46:05à faire autrement
00:46:06parce que leurs habitudes
00:46:07ont été brisées. »
00:46:09Par exemple,
00:46:10Lorraine préconise
00:46:11un accès avantageux
00:46:12aux transports en commun
00:46:13pour les familles
00:46:14qui viennent d'aménager
00:46:15ou de communiquer
00:46:16sur la consommation d'énergie
00:46:18au moment de leur installation.
00:46:21Pour orienter les habitudes
00:46:23dans la bonne direction,
00:46:24les chercheurs
00:46:25en psychologie sociale
00:46:26multiplient
00:46:27les nouvelles approches
00:46:28et elles commencent
00:46:29à produire leurs effets.
00:46:40La plupart des habitants
00:46:42de ce quartier résidentiel
00:46:43sont au cœur
00:46:44d'une expérience organisée
00:46:45par l'Université
00:46:46des sciences appliquées
00:46:47de Zurich,
00:46:48la ZHAW.
00:46:51Le suivi de 70 foyers
00:46:53doit permettre
00:46:53d'optimiser
00:46:54les techniques d'incitation
00:46:55à la sobriété énergétique.
00:46:59La famille Piaf,
00:47:00Pierre Loh,
00:47:00est entrée dans le protocole
00:47:02en 2019.
00:47:09La ZHAW
00:47:10nous a fait signer
00:47:11un document
00:47:12pour participer
00:47:13à l'enregistrement
00:47:13de nos habitudes
00:47:14de consommation
00:47:15avec différents types
00:47:16de suivis.
00:47:19Moi, dès le début,
00:47:20j'ai trouvé
00:47:20que c'était
00:47:21une très bonne idée.
00:47:23Dans cette expérience,
00:47:25les participants
00:47:25ne reçoivent pas
00:47:26de consignes explicites
00:47:27pour économiser l'énergie,
00:47:28mais un dispositif discret
00:47:30les incite
00:47:31à réduire
00:47:31leur consommation.
00:47:33Les scientifiques
00:47:34appellent cela
00:47:35le nudging,
00:47:36le coup de pouce
00:47:37en anglais.
00:47:39Le nudging est une méthode
00:47:41pour aider,
00:47:42voire pousser
00:47:43le consommateur
00:47:44à faire des choix
00:47:44positifs
00:47:45et pour l'influencer
00:47:47afin de l'amener
00:47:48dans la direction
00:47:49souhaitée.
00:47:51comme par exemple
00:47:52l'installation
00:47:53de l'amphiro
00:47:53dans la douche
00:47:54qui permet
00:47:55d'obtenir
00:47:55un retour
00:47:56en temps réel
00:47:56sur la consommation
00:47:57d'eau chaude.
00:48:01La banquise
00:48:02sur laquelle
00:48:03l'ours polaire
00:48:03se trouve
00:48:04fond au fil du temps.
00:48:05À un moment,
00:48:06il peut ne plus y avoir
00:48:07de banquise du tout.
00:48:08Je ne l'ai pas su
00:48:09au début.
00:48:10C'est ma voisine
00:48:11qui me l'a dit.
00:48:12Chaque fois
00:48:12qu'elle se douchait,
00:48:13l'ours polaire
00:48:13n'avait plus de banquise.
00:48:15Chez nous,
00:48:15l'ours polaire,
00:48:16il a toujours
00:48:16de la banquise.
00:48:18C'est parce que
00:48:18nous ne consommons pas
00:48:19autant d'eau qu'elle
00:48:20quand nous prenons
00:48:20une douche.
00:48:22Je regarde
00:48:23si le bout de banquise
00:48:24est déjà fondu
00:48:25et combien de litres
00:48:27j'ai consommé.
00:48:30Cela fait appel
00:48:31à nos émotions.
00:48:32Les gens se soucient
00:48:33de l'ours polaire
00:48:34et veulent le sauver.
00:48:35Cela a un effet
00:48:37incitatif.
00:48:40Quand ça a été installé,
00:48:41les enfants s'amusaient
00:48:42à qui consomme le moins.
00:48:43Moi, j'en ai pris
00:48:44que 8 litres,
00:48:44moi que 7.
00:48:45Au point que nous,
00:48:46parents,
00:48:46nous avons dû intervenir
00:48:48pour leur dire
00:48:48« Arrêtez ça,
00:48:49il faut être propre
00:48:50à la fin. »
00:48:52Pour réduire encore
00:48:52la consommation d'énergie,
00:48:54les scientifiques
00:48:55ont aussi fait jouer
00:48:56la comparaison sociale.
00:48:58Ce même réflexe
00:48:59qui nous pousse
00:49:00vers la surconsommation
00:49:01sert ici à favoriser
00:49:02des comportements
00:49:03plus vertueux.
00:49:07Ici,
00:49:08vous voyez
00:49:08la consommation
00:49:09d'eau chaude
00:49:10de la semaine dernière.
00:49:12Voici ce que nous consommons
00:49:13et voilà ce que
00:49:14l'ensemble du quartier
00:49:15consomme en moyenne.
00:49:19nous avons bien travaillé
00:49:20car nous sommes
00:49:20même parmi
00:49:21les plus économes.
00:49:23Ce n'est pas la même chose
00:49:25chaque semaine,
00:49:25mais cette semaine,
00:49:26nous avons bien fait.
00:49:29En haut,
00:49:30vous pouvez même voir
00:49:31le smiley
00:49:31qui est en train
00:49:32de sourire,
00:49:32ce qui signifie
00:49:33que nous avons bien
00:49:34géré notre consommation.
00:49:37On était fiers
00:49:37de recevoir
00:49:38un bulletin
00:49:38d'information comme ça
00:49:39qui disait
00:49:40qu'on avait assuré.
00:49:44C'est bien,
00:49:45ça flatte l'égo.
00:49:49Régulièrement,
00:49:50Bernadette Suterlin,
00:49:51qui coordonne l'étude
00:49:52pour l'université
00:49:53de Zurich,
00:49:54informe les participants
00:49:55sur les avancées
00:49:56de l'expérience.
00:49:59Grâce aux installations
00:50:00d'enphiro,
00:50:01la consommation totale
00:50:02d'eau chaude
00:50:03a été réduite
00:50:04de 10%.
00:50:04Et grâce au bulletin
00:50:06d'information,
00:50:07la consommation
00:50:07d'eau chaude
00:50:08a été réduite
00:50:08de 5% supplémentaire.
00:50:11En d'autres termes,
00:50:12nous avons obtenu
00:50:12en tout une réduction
00:50:13de la consommation
00:50:14d'eau chaude
00:50:14de 15%.
00:50:18L'expérience
00:50:19est toujours en cours.
00:50:21Si les résultats
00:50:22se confirment,
00:50:23le dispositif
00:50:24pourrait être déployé
00:50:25à plus grande échelle.
00:50:29En Grande-Bretagne,
00:50:30il y a une équipe
00:50:31d'analyse comportementale
00:50:33appelée BIT
00:50:34qui est aussi connue
00:50:35sous le nom
00:50:35de Nudge Team.
00:50:37Et ils s'en développent
00:50:38partout dans le monde.
00:50:39Ça pousse
00:50:39comme des champignons.
00:50:41Et la plupart
00:50:42rencontrent
00:50:42beaucoup de succès.
00:50:45Le nudging
00:50:46donne des résultats
00:50:47à peu de frais
00:50:48et sans mécontenter
00:50:49l'opinion.
00:50:50Mais la technique
00:50:51ne modifie
00:50:52les comportements
00:50:52qu'à la marge.
00:50:54C'est un ensemble
00:50:56d'outils très importants
00:50:57que nous pouvons utiliser
00:50:58pour facilement
00:50:59changer le comportement
00:51:00des gens.
00:51:01Mais vous ne pouvez pas
00:51:02les pousser
00:51:02à utiliser
00:51:03un service de bus
00:51:04qui n'existe pas.
00:51:06Donc,
00:51:07il faut des changements
00:51:07structurels plus vastes,
00:51:09des changements
00:51:09d'infrastructures,
00:51:10des avantages économiques,
00:51:12etc.
00:51:13Il faut changer encore
00:51:14beaucoup de choses.
00:51:18C'est toute la complexité
00:51:20de la situation.
00:51:23Difficile de changer
00:51:24les comportements
00:51:25individuels
00:51:25dans une société
00:51:26qui persiste
00:51:27à promouvoir
00:51:27la consommation
00:51:28et une croissance
00:51:29économique
00:51:30incompatible
00:51:31avec la réduction
00:51:32des émissions carbone.
00:51:35On doit réinscrire
00:51:37l'économie dans la société
00:51:39humaine
00:51:40et la société humaine
00:51:41dans la biosphère.
00:51:43Et que tout ça,
00:51:43évidemment,
00:51:44la biosphère,
00:51:45elle a ses propres lois
00:51:46et que ce qui est au centre,
00:51:47le petit bout,
00:51:48il doit absolument
00:51:49tenir compte aussi
00:51:50de ces lois naturelles.
00:51:52La réponse à la menace climatique
00:51:54relève d'un changement profond
00:51:56des politiques publiques
00:51:57et du fonctionnement
00:51:59de notre société.
00:52:00Et elle se joue aussi
00:52:02à l'échelle individuelle.
00:52:04Piégés par nos habitudes
00:52:06de pensée,
00:52:07il nous faut apprendre
00:52:08à mieux connaître
00:52:08notre cerveau,
00:52:10refuser ses mauvais réflexes
00:52:12et dissiper les illusions
00:52:13qu'il fabrique
00:52:14pour enfin regarder
00:52:15la réalité en face
00:52:16et faire les choix personnels
00:52:18qui s'imposent.
00:52:24Sur le plan comportemental,
00:52:26comment expliquer
00:52:27un sentiment d'inertie collective
00:52:29devant l'urgence climatique ?
00:52:31C'était la question posée
00:52:32à travers ce documentaire
00:52:34réalisé par le journaliste
00:52:36scientifique Raphaël Hittier.
00:52:38Et pourquoi l'écologie
00:52:39peine-t-elle autant
00:52:41à s'imposer
00:52:42dans le champ politique ?
00:52:43C'est cette fois la question
00:52:44que nous allons maintenant
00:52:45nous poser
00:52:46avec nos invités présents
00:52:48aujourd'hui
00:52:48sur ce plateau de débat d'oc.
00:52:50François Gemmène.
00:52:51Bienvenue à vous,
00:52:52François Gemmène.
00:52:52Vous enseignez
00:52:53les politiques du climat
00:52:54dans différentes universités,
00:52:56notamment à Sciences Po Paris
00:52:57et à la Sorbonne.
00:52:58Vous enseignez aussi à HEC.
00:52:59Vous avez été l'auteur principal
00:53:01du sixième rapport du GIEC,
00:53:03le groupe d'experts
00:53:05intergouvernemental
00:53:05sur l'évolution du climat
00:53:06qui fait référence
00:53:08dans le domaine scientifique.
00:53:10Et vous êtes l'auteur
00:53:11de
00:53:12« L'écologie n'est pas un consensus. »
00:53:15Dépasser l'indignation,
00:53:16c'est un ouvrage disponible
00:53:18aujourd'hui
00:53:18chez Fayard.
00:53:20Lucille Schmitt
00:53:20est également avec nous.
00:53:21Bienvenue à vous,
00:53:22Lucille Schmitt.
00:53:23Vous êtes ancienne
00:53:24administratrice de l'État
00:53:25au ministère de l'Économie.
00:53:27Vous avez été
00:53:28une élue locale
00:53:28socialiste
00:53:29puis écologiste
00:53:30en Ile-de-France
00:53:31avec donc une expérience
00:53:32de terrain.
00:53:33Vous présidez aujourd'hui
00:53:34le Fink Funk,
00:53:35la fabrique écologique
00:53:37et vous venez de publier
00:53:39aux presses universitaires
00:53:40de France ce livre
00:53:40« Urgence politique,
00:53:42nécessité écologique ».
00:53:44C'est un livre
00:53:45que je recommande
00:53:45dans le cadre
00:53:46de cette émission
00:53:48aujourd'hui.
00:53:49Erwan Lecoeur
00:53:49enfin est avec nous.
00:53:51Bienvenue à vous.
00:53:51Vous êtes enseignant,
00:53:53chercheur, sociologue
00:53:54et politologue
00:53:55et spécialiste
00:53:56de l'écologie politique.
00:53:57Vous venez de publier
00:53:58une tribune
00:53:58intitulée
00:53:59« Écologie ou barbarie ? »
00:54:01Elle est disponible
00:54:02et lisible
00:54:02dans la revue
00:54:04« Propos »
00:54:05aujourd'hui.
00:54:06Après ce documentaire,
00:54:07François Gemmène,
00:54:08la première question
00:54:10est de savoir
00:54:10si nous faisons
00:54:11bel et bien l'autruche
00:54:12vis-à-vis de ce problème
00:54:15qu'est le réchauffement climatique,
00:54:16la défense de la planète
00:54:18d'une manière
00:54:18plus générale.
00:54:20Voilà pourquoi je dis ça
00:54:21parce que dans ce documentaire
00:54:22il est cité
00:54:23ces deux chiffres.
00:54:24Les deux tiers
00:54:24de la population mondiale
00:54:25considèrent le réchauffement climatique
00:54:27aujourd'hui
00:54:27comme une menace
00:54:29et dans des pays
00:54:30comme la France,
00:54:31le Royaume-Uni,
00:54:32l'Allemagne.
00:54:33Ce sont même trois quarts
00:54:34des personnes
00:54:34qui sont inquiètes
00:54:36de cette évolution
00:54:37aujourd'hui.
00:54:38Donc,
00:54:38est-ce qu'on fait
00:54:39vraiment l'autruche ?
00:54:40Est-ce que les populations
00:54:41aujourd'hui sur la planète
00:54:42font-elles vraiment l'autruche ?
00:54:43Non, je ne dirais pas du tout
00:54:44qu'on fait l'autruche.
00:54:46On est au contraire
00:54:46parfaitement conscient du problème.
00:54:48D'abord parce que nous avons
00:54:49beaucoup d'études scientifiques
00:54:50et puis aussi parce que
00:54:51le changement climatique
00:54:53se manifeste désormais
00:54:54directement dans la vie
00:54:56quotidienne des gens.
00:54:57Nous faisons l'expérience
00:54:58de canicules,
00:54:59de sécheresses,
00:55:00d'inondations
00:55:00et donc,
00:55:01vous l'avez rappelé,
00:55:01une très grande majorité
00:55:03de la population mondiale
00:55:04se dit inquiète,
00:55:05voire très inquiète
00:55:06des conséquences
00:55:07du changement climatique.
00:55:08Pour autant,
00:55:09nos émissions
00:55:10n'ont toujours pas
00:55:11atteint leur pic.
00:55:12Alors,
00:55:12elles baissent
00:55:12dans la plupart
00:55:13des pays industrialisés.
00:55:14Elles commencent
00:55:15à baisser en Chine.
00:55:16Elles baissent également
00:55:17aux États-Unis.
00:55:18mais elles continuent
00:55:19à augmenter
00:55:20dans les pays émergents
00:55:21et dans les pays du Sud
00:55:23et notre baisse
00:55:24d'émissions
00:55:24dans les pays du Nord
00:55:25n'est pas suffisamment forte,
00:55:26pas suffisamment marquée
00:55:27que pour compenser
00:55:28la hausse des émissions
00:55:29dans les pays du Sud.
00:55:31Et donc,
00:55:31en réalité,
00:55:32le problème,
00:55:33c'est que nous savons,
00:55:34mais nous sommes incapables
00:55:36pour le moment
00:55:36d'agir à la hauteur
00:55:38de ce qui serait nécessaire
00:55:39parce qu'il y a plein de stag.
00:55:39Est-ce qu'on peut parler
00:55:40d'une éco-anxiété
00:55:43dans la majorité
00:55:44des personnes
00:55:47qui constituent
00:55:48notre planète aujourd'hui ?
00:55:49Je pense qu'à moins
00:55:49de vivre dans une caverne,
00:55:51on est forcément inquiet
00:55:52et anxieux
00:55:53de voir les indirecteurs
00:55:54climatiques
00:55:55qui passent au rouge,
00:55:57de voir l'état
00:55:57de l'environnement global
00:55:58qui se dérègle.
00:55:59Et cette éco-anxiété,
00:56:00elle prend évidemment
00:56:02diverses tournures
00:56:03chez les gens.
00:56:04Chez certains,
00:56:04ça peut devenir paralysant.
00:56:04Ils sont directement conservés.
00:56:07Chez certains jeunes,
00:56:08on ne peut plus avoir d'enfants,
00:56:09etc.
00:56:10Montez des eaux.
00:56:11Mais bien entendu,
00:56:12c'est anxiogène
00:56:13et bien entendu,
00:56:14c'est inquiétant.
00:56:15Chaque fois qu'on regarde
00:56:16les chiffres
00:56:16ou les manifestations
00:56:17du changement climatique,
00:56:18c'est inquiétant.
00:56:19D'une certaine manière,
00:56:20c'est mécanique
00:56:21parce que tant que les émissions
00:56:23continuent à augmenter,
00:56:25eh bien forcément,
00:56:26les températures
00:56:27commencent à monter,
00:56:28continuent à monter
00:56:28et donc les impacts
00:56:29du changement climatique
00:56:30continuent à s'aggraver.
00:56:32C'est pour ça qu'il est
00:56:33aujourd'hui,
00:56:33à mon avis important,
00:56:34et je suis sûr
00:56:35qu'on en parlera,
00:56:35de mettre l'accent
00:56:36sur ce qu'on peut faire
00:56:37sur les solutions.
00:56:38Si on continue
00:56:39à répéter l'alerte
00:56:40sans cesse,
00:56:41je pense que ça va créer
00:56:42un mouvement de lassitude
00:56:43chez les gens.
00:56:43Tout le monde voit bien
00:56:44que la maison est en feu.
00:56:45Aujourd'hui,
00:56:45on n'a plus besoin
00:56:46de gens qui vont crier
00:56:47au feu, au feu,
00:56:47dans la rue.
00:56:48On a besoin de gens
00:56:49qui vont éteindre l'incendie
00:56:50et montrer où se trouve
00:56:51l'extincteur.
00:56:52Alors, on se dit tout de même,
00:56:54en regardant les récentes années,
00:56:55il ne s'agit pas d'aller très loin,
00:56:56entre 2015 et 2022,
00:56:58j'ai fait ce petit exercice
00:56:59qu'il y a eu une prise de conscience
00:57:00et que cette prise de conscience
00:57:03a eu des effets politiques.
00:57:04Alors, j'ai quelques dates,
00:57:05quelques référents en tête,
00:57:06comme cela,
00:57:07qu'à la COP21,
00:57:08bien entendu,
00:57:09à Paris,
00:57:09ça, c'est 2015,
00:57:11accord,
00:57:11un consensus
00:57:12à l'échelle planétaire
00:57:13qu'on peut qualifier d'historique.
00:57:15Il a été, en tout cas,
00:57:16qualifié comme tel
00:57:17à l'époque.
00:57:18Le Green Deal européen,
00:57:202017.
00:57:20Grenelle de l'environnement,
00:57:21ça, c'est pour la France,
00:57:222017 aussi.
00:57:23Marche pour le climat,
00:57:25nombreuses marches le climat.
00:57:26Et beaucoup de jeunes
00:57:27dans la rue,
00:57:28mobilisés autour
00:57:29de cette question
00:57:29entre 2018 et 2019,
00:57:32par exemple.
00:57:332020,
00:57:33une convention citoyenne
00:57:35organisée chez nous,
00:57:36en France,
00:57:37sur ce sujet.
00:57:38Les élections municipales
00:57:39de 2020,
00:57:41on parle vraiment là
00:57:42d'une victoire des écologistes
00:57:44à travers la victoire
00:57:45dans de nombreuses villes
00:57:47de plus de 100 000 habitants.
00:57:48Et puis, 2021,
00:57:50une loi climat
00:57:51qui voit le jour ici
00:57:53à l'Assemblée nationale
00:57:54qui se voulait assez ambitieux
00:57:55sur le sujet.
00:57:56Là, on s'est dit
00:57:57ça y est,
00:57:58cette prise de conscience,
00:57:59elle a une traduction politique
00:58:00à travers plusieurs événements,
00:58:02elle a une traduction
00:58:02dans la population
00:58:03à travers plusieurs mouvements citoyens.
00:58:06Qu'est-ce qui s'est passé
00:58:07depuis 2022
00:58:08pour qu'aujourd'hui,
00:58:09l'écologie sorte,
00:58:10j'ai presque envie de dire,
00:58:11à nouveau des radars ?
00:58:12Non, ce qui est intéressant,
00:58:14c'est, comme vous le dites,
00:58:14qu'il y a des moments
00:58:16où, en fait,
00:58:16l'écologie imprime
00:58:17dans le calendrier politique.
00:58:19Et ce qui est intéressant
00:58:20dans ce que vous disiez aussi,
00:58:21c'est qu'on part
00:58:22d'un accord historique,
00:58:23l'accord de Paris,
00:58:25la COP21 en France,
00:58:272015.
00:58:27Alors,
00:58:28un accord universel,
00:58:29s'il a été universel,
00:58:30il faut quand même rappeler
00:58:30que c'est aussi
00:58:31parce qu'il n'était pas très précis
00:58:32par rapport, par exemple,
00:58:33à la sortie des énergies fossiles.
00:58:35Tout le monde pouvait le signer,
00:58:36l'Arabie saoudite
00:58:37pouvait le signer,
00:58:38les petits États hiliens
00:58:39qui sont en train
00:58:40de disparaître
00:58:41à cause du réchauffement climatique
00:58:42pouvaient le signer.
00:58:43Et donc, chacun pouvait
00:58:44y trouver son compte
00:58:45dans cet espèce de sentiment
00:58:46qu'on partageait
00:58:47une ambition commune
00:58:49mais sans préciser
00:58:49comment est-ce qu'on allait
00:58:50la mettre en œuvre.
00:58:51Ce qui rejoint
00:58:52ce que vient de dire
00:58:52François Gemmène
00:58:53sur le sujet de mise en œuvre.
00:58:54Ensuite, ce qui est intéressant,
00:58:55c'est qu'Emmanuel Macron,
00:58:56lorsqu'il est élu
00:58:57par surprise en 2017,
00:58:59il a parlé d'écologie
00:59:00pendant la campagne
00:59:01et assez vite, rappelons aussi
00:59:03qu'il renonce à l'aéroport
00:59:04Notre-Dame-des-Landes
00:59:05qui était un grand sujet
00:59:06de mobilisation des écologistes
00:59:07et là, c'est un acte symbolique
00:59:09très fort.
00:59:09Moi, je me rappelle comment
00:59:10le Premier ministre de l'époque,
00:59:11Edouard Philippe, dit une chose,
00:59:12les conditions démocratiques
00:59:14pour réaliser cet aéroport
00:59:15ne sont pas réunies.
00:59:16Et donc, il fait le lien
00:59:17entre démocratie et écologie,
00:59:19ce qui rejoint ce qu'on vient de dire
00:59:20sur inscrire l'écologie
00:59:21dans le champ politique.
00:59:23Ensuite, plusieurs lois sont adoptées
00:59:25et il y a cette convention citoyenne.
00:59:27Mais ça ne signifie pas pour autant
00:59:29que les enjeux de l'écologie...
00:59:31dans le champ politique.
00:59:31Non, non, mais il y a une chose
00:59:32dont vous n'avez pas parlé,
00:59:33c'est quand même le mouvement
00:59:34des Gilets jaunes à l'automne 2018
00:59:36qui est un mouvement
00:59:37où une grande partie
00:59:38de la population habitant
00:59:40des territoires de grande ruralité
00:59:42ou des personnes prisonnières
00:59:44dans leur voiture nous disent
00:59:45c'est gentil d'augmenter
00:59:46la taxe carbone,
00:59:47mais il faut prendre en considération
00:59:48le principe d'égalité
00:59:49qui est inscrit dans la Constitution française
00:59:50et on ne peut pas faire d'écologie
00:59:52sans aborder la question
00:59:54de l'égalité sociale.
00:59:55Et au fond, une des difficultés
00:59:57pour rejoindre votre question,
00:59:59c'est qu'on n'a jamais adossé
01:00:01sociale et écologie
01:00:02de manière concomitante
01:00:04et qu'on a considéré
01:00:05que des lois qui étaient faites
01:00:07souvent tombant d'en haut
01:00:08sans regarder les conditions
01:00:10de vie quotidienne
01:00:12pouvaient au fond
01:00:12ne pas créer d'injustice sociale.
01:00:14Donc l'enjeu de l'injustice sociale
01:00:15n'a pas été traité
01:00:15et la manière de faire
01:00:17de l'écologie par le haut
01:00:18avec des accords
01:00:19souvent de grands accords juridiques,
01:00:20de grands accords
01:00:22philosophiques, symboliques,
01:00:23n'a pas permis
01:00:25de prendre en considération
01:00:26ce qu'on pourrait appeler
01:00:27une écologie du mieux vivre
01:00:28au quotidien.
01:00:29J'ai parlé d'un reflux
01:00:30depuis 2022,
01:00:31il y a eu ces fameuses
01:00:32élections municipales
01:00:32il n'y a pas si longtemps
01:00:33en France,
01:00:34la perte d'un certain
01:00:34nombre de villes conquises
01:00:35par les écologistes
01:00:36en 2020,
01:00:38un nombre non négligeable
01:00:39d'ailleurs,
01:00:40six villes de perdues
01:00:41je crois au total.
01:00:43Notamment,
01:00:44ça symbolise un petit peu
01:00:45ce reflux,
01:00:46puis j'ai d'autres chiffres,
01:00:47je ne veux pas en citer de trop,
01:00:482,5%.
01:00:50C'est le temps
01:00:51qu'a occupé
01:00:51les thèmes environnementaux
01:00:53à la télévision,
01:00:54dans les médias
01:00:54d'une manière générale
01:00:55sur ces sujets
01:00:56de l'environnement.
01:00:57Oui,
01:00:57vous faites bien de le rappeler,
01:00:58il y a quand même
01:00:58un phénomène
01:00:59dans nos sociétés
01:01:00ultra médiatiques
01:01:01qui est non négligeable,
01:01:03qui est,
01:01:03vous l'avez rappelé
01:01:04avec les grandes dates,
01:01:052015,
01:01:062017,
01:01:072018,
01:01:07les mouvements climat
01:01:08et les gilets jaunes
01:01:09avec une espèce de concurrence
01:01:11dans les termes.
01:01:12Il se trouve que mon laboratoire,
01:01:13on a fait une étude
01:01:13sur l'un et sur l'autre,
01:01:14on voit bien que les deux
01:01:15parlent de démocratie
01:01:16mais pas de la même,
01:01:17exactement.
01:01:18Et puis on a,
01:01:18à partir de 2022,
01:01:19un phénomène médiatique nouveau
01:01:21qu'on a appelé
01:01:22l'effet X
01:01:24ou l'effet W
01:01:27et Z,
01:01:28en l'occurrence,
01:01:29Zemmour,
01:01:30avec le retour
01:01:31d'une certaine forme
01:01:32d'anti-écologisme
01:01:34sur le devant de la scène
01:01:35par le biais
01:01:35d'un certain nombre de médias,
01:01:37à la fois réseaux sociaux numériques
01:01:38et télévision privée.
01:01:40Et là,
01:01:40il y a eu un phénomène,
01:01:41et là,
01:01:41je parle en tant que spécialiste
01:01:43de la communication notamment,
01:01:44on a bien vu
01:01:45qu'il y a eu un phénomène
01:01:46orchestré,
01:01:47d'ailleurs,
01:01:47il en est question
01:01:47dans le documentaire à un moment,
01:01:49il faut arrêter
01:01:50de faire penser aux gens
01:01:51que leur seul psyché,
01:01:52leur cerveau,
01:01:53peut permettre,
01:01:54comme ça a été dit,
01:01:55le cerveau individuel
01:01:56ne peut pas permettre
01:01:57de régler ce problème
01:01:58qui est énorme.
01:01:59Donc,
01:01:59première chose,
01:02:00c'est en effet
01:02:01une inertie collective,
01:02:02ce sont bien des normes,
01:02:03des règles,
01:02:04et ça a été rappelé,
01:02:05la COP21
01:02:05et d'autres choses
01:02:06qui permettent
01:02:07de mettre en œuvre
01:02:08des choses qui vont donner
01:02:09de l'espoir,
01:02:09parce qu'à un moment donné,
01:02:10il faut arrêter de dire aux gens
01:02:11« Ah, c'est la catastrophe,
01:02:12on sait bien que ça met les gens
01:02:15dans une situation
01:02:15d'éco-anxiété grave,
01:02:18je dirais même
01:02:18de dissonance cognitive,
01:02:19je sais qu'il faut faire,
01:02:21mais je n'y arrive pas. »
01:02:22Et la dissonance cognitive,
01:02:23pour aller dans la suite
01:02:24de ce documentaire,
01:02:25elle nous mène
01:02:26à deux choses principales,
01:02:27soit le déni,
01:02:28et on le voit bien
01:02:29que le déni depuis 2020
01:02:30est en progression
01:02:31dans une partie
01:02:32de la société,
01:02:33le déni,
01:02:33le refus,
01:02:34voire la colère
01:02:34contre les écologistes,
01:02:36l'anti-écologisme primaire,
01:02:38on le voit bien
01:02:38dans un certain champ politique,
01:02:40ou bien la prise en compte réelle
01:02:43collective
01:02:43et pas seulement individuelle,
01:02:45c'est d'ailleurs
01:02:45la seule façon de sortir
01:02:46de l'éco-anxiété,
01:02:47c'est l'action collective.
01:02:48Et on voit bien,
01:02:49et ce que disait François Gemmène
01:02:50est tout à fait juste,
01:02:51il y a de moins en moins
01:02:53de gens qui semblent
01:02:55capables de mener
01:02:56des actions collectives
01:02:56fortes dans le champ politique,
01:02:58dans le champ économique,
01:02:59sur la question de l'écologie,
01:03:01mais c'est aussi le cas
01:03:02dans le champ médiatique,
01:03:03vous l'avez dit,
01:03:04l'écologie a perdu
01:03:06en partie la bataille médiatique
01:03:08depuis les années 2020,
01:03:0922, 23,
01:03:10alors qu'elle avait semblé
01:03:11les gagner jusqu'en 2019,
01:03:12qui est le climax.
01:03:13En gros,
01:03:14toutes les enquêtes montrent
01:03:15qu'on n'a jamais été
01:03:16aussi écologiste,
01:03:17en France en tout cas,
01:03:18qu'en 2019.
01:03:19Mais j'irai plus loin,
01:03:20toutes les années en neuf.
01:03:21En 2009,
01:03:21c'était déjà pareil,
01:03:22en 99,
01:03:23c'était pareil,
01:03:24en 89,
01:03:25c'était pareil.
01:03:26Toutes les années en neuf,
01:03:27étrangement,
01:03:28l'écologie semblait avoir
01:03:29un climax,
01:03:30et puis retombe derrière,
01:03:31et donc on a un cycle comme ça,
01:03:32et nous sommes dans un cycle
01:03:33descendant,
01:03:33qui risque de durer
01:03:34parce que médiatiquement,
01:03:36il y a quand même
01:03:36une ambiance qui est
01:03:37anti-écologiste,
01:03:38très très forte,
01:03:39politiquement,
01:03:40médiatiquement,
01:03:41et socialement également.
01:03:42Ce n'est pas un hasard
01:03:42les années en neuf,
01:03:43c'est parce qu'on arrive
01:03:44au moment d'un changement
01:03:45de décennie,
01:03:45et que donc on est forcé
01:03:46de se projeter
01:03:47sur la nouvelle décennie,
01:03:49et qu'on se dit chaque fois
01:03:50que la nouvelle décennie
01:03:51sera écologique,
01:03:52parce qu'effectivement
01:03:53les indicateurs
01:03:54se sont aggravés depuis.
01:03:55On vous a posé
01:03:56la question récemment
01:03:57dans une interview
01:03:58que vous avez accordé,
01:03:59comment aborder
01:03:59le discours écologique
01:04:01pour qu'il redevienne audible ?
01:04:03Bon,
01:04:03c'est notre sujet du jour
01:04:05d'une certaine manière.
01:04:05Comment l'imposer
01:04:06dans le champ politique ?
01:04:07Et vous aviez cette réponse,
01:04:08il faut mettre en avant
01:04:09les bénéfices associés
01:04:10à la transition,
01:04:11assumer un discours égoïste
01:04:12sur ce que chacun
01:04:14peut gagner concrètement,
01:04:15moins de dépenses
01:04:16en carburant,
01:04:16en chauffage,
01:04:17meilleur confort
01:04:18dans les habitats,
01:04:19une meilleure santé
01:04:20pour les individus,
01:04:21une plus grande compétitivité,
01:04:23de nouveaux marchés
01:04:24pour les entreprises.
01:04:25Autrement dit,
01:04:26il faut essayer
01:04:26de positiver les choses,
01:04:28démontrer sans doute
01:04:29aux concitoyens
01:04:30tout ce que peut apporter
01:04:31une politique écologique
01:04:33dans leur vie
01:04:34de tous les jours.
01:04:35et au nom du bienfait
01:04:37de notre planète.
01:04:38Voilà,
01:04:38c'est ça la solution
01:04:39que vous avancez.
01:04:40Je crois tout simplement
01:04:41au risque d'être un peu provocateur
01:04:42qu'il ne faut plus parler
01:04:43de climat.
01:04:45Et que,
01:04:46ce qu'a dit Erwan
01:04:46est très juste,
01:04:47on a vu effectivement
01:04:48un anti-écologisme
01:04:49porté par certains médias,
01:04:51on appelait ça un peu
01:04:51un backlash
01:04:52contre l'écologie.
01:04:53Qu'est-ce qui motivait
01:04:54un peu ce backlash ?
01:04:56On a dit,
01:04:57ça va effectivement
01:04:58augmenter la facture des gens
01:04:59et donc les gens
01:05:01vont vouloir
01:05:01s'en débarrasser
01:05:02aux élections.
01:05:03On a dit,
01:05:04c'est un boulet
01:05:05pour la compétitivité
01:05:06de nos entreprises.
01:05:07Donald Trump
01:05:08va nous débarrasser
01:05:09de tout ça
01:05:09aux Etats-Unis
01:05:10et ça va doper
01:05:11les chiffres de l'économie.
01:05:12On a dit,
01:05:13on a des tensions géopolitiques
01:05:14partout,
01:05:15il faut maintenant
01:05:15qu'on se concentre
01:05:16sur des sujets
01:05:17de défense
01:05:17et de géopolitique
01:05:19et la transition passera
01:05:20après quand on sera revenu
01:05:21en temps de paix.
01:05:22Or,
01:05:22qu'est-ce que nous constatons
01:05:23aujourd'hui,
01:05:24notamment avec les tensions
01:05:26géopolitiques
01:05:26depuis le début de l'année
01:05:28qui sont quand même liées
01:05:29à des questions d'énergie
01:05:30et avec le blocage
01:05:31du détroit d'Hormuz,
01:05:32c'est qu'en réalité,
01:05:33on voit bien
01:05:34que ces questions
01:05:34de transition
01:05:35sont intimement liées
01:05:36aux questions
01:05:37de souveraineté.
01:05:38On voit bien
01:05:39que le fait
01:05:40de se débarrasser
01:05:41de la transition
01:05:41comme aux Etats-Unis
01:05:42n'a pas du tout
01:05:43dopé l'économie.
01:05:44Les chiffres économiques
01:05:45aux Etats-Unis
01:05:45sont catastrophiques
01:05:46pour l'inflation,
01:05:47pour l'emploi,
01:05:48pour la confiance
01:05:48des investisseurs.
01:05:49On voit bien
01:05:50que ça n'a pas non plus
01:05:51été balayé
01:05:52par les électeurs.
01:05:54Alors,
01:05:54je veux bien
01:05:54que les Verts
01:05:55ont perdu quelques villes,
01:05:56mais enfin,
01:05:57on ne peut pas dire
01:05:58que la question écologique
01:05:59a été balayée.
01:06:00On le voit bien
01:06:00à Paris
01:06:01où l'image de la victoire,
01:06:02c'était le nouveau maire
01:06:03qui déambulait à vélo
01:06:04dans les rues de la capitale.
01:06:05D'ailleurs,
01:06:05si je peux me permettre,
01:06:06les écologistes
01:06:07n'ont été parfois
01:06:08pas suivis dans les urnes,
01:06:10mais l'écologie
01:06:10a été quand même
01:06:12un sujet
01:06:12sur lequel même la droite
01:06:14et même les autres
01:06:14se sont positionnés
01:06:16en disant
01:06:17nous ne reviendrons pas
01:06:17en arrière
01:06:18sur toute un tel chose
01:06:19qui a été faite.
01:06:19La transition fait son chemin
01:06:20au niveau commun.
01:06:20Et donc,
01:06:21ces trois arguments
01:06:22pouvoir d'achat,
01:06:23compétitivité,
01:06:24souveraineté,
01:06:25qui faisaient dire à certains
01:06:26maintenant c'est fini
01:06:27avec la transition,
01:06:28c'est fini avec le climat,
01:06:29on passe à autre chose,
01:06:30sont au contraire
01:06:31les trois arguments
01:06:32qui, à mon sens,
01:06:34doivent nous conduire
01:06:34aujourd'hui
01:06:35à accélérer la transition.
01:06:37Et je crois que
01:06:37dans le discours,
01:06:38on a commis une double erreur.
01:06:40On a commis l'erreur
01:06:41d'avoir un discours
01:06:41qui était parfois
01:06:42un discours moral.
01:06:43Il faut le faire
01:06:44parce que c'est la chose à faire,
01:06:45parce que c'est
01:06:47le camp du bien,
01:06:48le bon côté de l'histoire.
01:06:50Tout le monde veut être écolo,
01:06:51personne ne pollue
01:06:51par plaisir.
01:06:52Et donc,
01:06:53si vous avez un discours moral
01:06:53mais que vous êtes empêché
01:06:55de changer de style de vie
01:06:57pour des raisons
01:06:57matérielles,
01:06:58professionnelles,
01:06:59vous avez l'impression
01:07:00d'être du mauvais côté
01:07:00de l'histoire
01:07:01et donc c'est très culpabilisant.
01:07:02C'est vécu comme une contrainte.
01:07:03C'est vécu comme une contrainte.
01:07:04Tout le monde veut dire
01:07:05que les gilets jaunes
01:07:05c'était ça.
01:07:06Les gilets jaunes c'était ça.
01:07:07Et l'autre erreur
01:07:07c'était d'insister sans cesse
01:07:09sur les risques
01:07:10associés à l'inaction.
01:07:11On dit
01:07:12si on ne fait rien,
01:07:13si on fait l'autruche,
01:07:14voilà les catastrophes
01:07:15qui vont arriver,
01:07:15voilà les milliards d'euros
01:07:16que ça va coûter.
01:07:17J'entends bien,
01:07:18je ne vais pas les minimiser
01:07:19mais ce qui compte aujourd'hui
01:07:20c'est de montrer
01:07:21pourquoi on a intérêt à agir.
01:07:22Qu'est-ce qu'on a à y gagner ?
01:07:24A mon avis,
01:07:24il est là la clé.
01:07:25Est-ce qu'on a de bon cheval
01:07:26d'ailleurs et politique
01:07:27pour valoriser l'écologie en France ?
01:07:30On a un parti
01:07:31qui s'appelle
01:07:31Les Écologistes aujourd'hui
01:07:33mais on se rend compte aussi
01:07:34que les sujets environnementaux
01:07:36traversent toutes les familles politiques
01:07:38aujourd'hui.
01:07:38Pas de la même manière,
01:07:39pas avec les mêmes propositions.
01:07:41Est-ce qu'un grand parti écologiste
01:07:43serait la solution pour demain ?
01:07:45Peut-être avec un
01:07:46un slogan qui voudrait dire
01:07:48rupture écologique.
01:07:50On a eu rupture
01:07:50avec le capitalisme en 1981.
01:07:53Pourquoi pas demain
01:07:53rupture écologique
01:07:56proposée aux Français ?
01:07:57Qu'est-ce qui ne fonctionne pas
01:07:59dans les formations politiques
01:08:00françaises aujourd'hui
01:08:02pour qu'on en arrive
01:08:03à avoir un débat
01:08:05et une montée en puissance
01:08:07de l'écologie
01:08:08dans le champ politique ?
01:08:09Je crois qu'il faut d'abord
01:08:09dire une chose,
01:08:10c'est que l'écologie politique
01:08:12n'a jamais été celle
01:08:13d'un parti politique
01:08:15historiquement.
01:08:16Dans les années 70,
01:08:17il n'y avait pas de parti vert,
01:08:18mais il y avait des combats écologistes.
01:08:20Et c'était des combats culturels
01:08:21et des combats de société.
01:08:23On a créé le parti vert en 1984
01:08:26et dans toute la décennie 70,
01:08:28il y a eu des combats
01:08:28contre le nucléaire,
01:08:30il y a eu l'ARZAC,
01:08:31il y a eu des combats municipaux,
01:08:33il y a eu un candidat
01:08:34à l'élection présidentielle.
01:08:35Et quand on regarde,
01:08:36par exemple,
01:08:37la participation de Brice Lalonde,
01:08:39de René Dumont,
01:08:39aux élections législatives
01:08:41dans les années 70,
01:08:43c'est incroyable
01:08:44parce qu'en fait,
01:08:44il y a un paysage,
01:08:45il y a des dessins,
01:08:46il y a un paysage
01:08:46de ce qu'aurait été
01:08:47un pari écologiste.
01:08:49D'une certaine manière,
01:08:50on n'a rien à retirer.
01:08:51Il y a des petites éoliennes,
01:08:53on peut se baigner dans la Seine.
01:08:55Donc ce qui est intéressant
01:08:56dans l'écologie,
01:08:56c'est que c'est un mouvement
01:08:57politique et culturel.
01:08:58Donc par rapport
01:08:59à votre question...
01:09:00C'est un mouvement
01:09:00qui s'est placé
01:09:02à la gauche
01:09:03de la scène politique française.
01:09:04Pas toujours,
01:09:04pas toujours.
01:09:05Pas toujours,
01:09:05mais depuis ces quelques années,
01:09:07c'est le cas.
01:09:08Dans les années 90,
01:09:09il y a eu des alliances
01:09:10entre les socialistes
01:09:11et les écologistes
01:09:13et ça a permis d'ailleurs
01:09:14aux Verts
01:09:14de participer
01:09:15à des exécutifs régionaux
01:09:16et des exécutifs locaux.
01:09:18Donc ça a été plutôt payant
01:09:19en termes de participation
01:09:20aux institutions.
01:09:21Quand vous parliez de 2020,
01:09:22la différence,
01:09:23c'est qu'on a eu
01:09:24des têtes de liste,
01:09:24on a eu des maires
01:09:25qui étaient des écologistes.
01:09:27Alors qu'avant,
01:09:27on avait des maires socialistes,
01:09:29comme c'est le cas à Paris,
01:09:30qui sont associés
01:09:30à des écologistes.
01:09:31Donc le sujet,
01:09:32c'est quand est-ce qu'un écologiste
01:09:33au fond devient le chef ?
01:09:35Et c'est là que la question
01:09:35se pose par rapport
01:09:36à ce que vous disiez
01:09:37des partis politiques.
01:09:38Moi, je ne crois pas
01:09:39qu'un grand parti politique
01:09:41un jour va incarner
01:09:41l'écologie politique.
01:09:42Je crois que c'est
01:09:43un mouvement culturel.
01:09:44Je crois que l'ensemble
01:09:45des partis politiques
01:09:47dits démocrates
01:09:48doivent tenir,
01:09:49avoir un programme écologiste.
01:09:51Mais je crois
01:09:52qu'il y aura toujours besoin
01:09:52d'une interaction
01:09:53entre la société
01:09:54et les partis
01:09:55et d'autant plus,
01:09:56pour terminer,
01:09:57que les partis politiques
01:09:58aujourd'hui
01:09:58ne jouent pas leur rôle
01:09:59programmatique,
01:10:00sont très éloignés
01:10:01au fond à la fois
01:10:02du terrain
01:10:02et de la vision
01:10:03plus intellectuelle
01:10:04et que ce sont aujourd'hui
01:10:05des machines
01:10:06à gagner les élections
01:10:07ou souvent à les perdre.
01:10:08D'ailleurs,
01:10:08on le voit bien aujourd'hui
01:10:09avec l'instabilité
01:10:10et que du coup,
01:10:11le lien avec la société
01:10:12est plus normal,
01:10:13plus évident qu'avant.
01:10:14Donc,
01:10:14il n'y aura jamais
01:10:15de grands partis verts
01:10:16mais il faut trouver
01:10:17les moyens
01:10:17que les innovations sociales
01:10:19prennent leur place
01:10:20en politique.
01:10:21Oui, sur ce sujet,
01:10:22c'est toujours une grande question.
01:10:23Moi, j'avais écrit un livre
01:10:24sur le sujet
01:10:25il y a maintenant
01:10:25plus de dix ans.
01:10:27Oui, ce n'est pas nouveau.
01:10:28Quelle stratégie
01:10:29les écologistes
01:10:29posaient-elles ?
01:10:30C'est que ça n'a peut-être
01:10:30pas beaucoup avancé non plus.
01:10:32Et d'ailleurs,
01:10:33la dirigeante même
01:10:34des écologistes
01:10:35aujourd'hui reconnaît,
01:10:36elle dit
01:10:36on a un problème
01:10:37de communication,
01:10:38on ne sait pas bien communiquer,
01:10:39on n'y arrive pas,
01:10:39on a un certain nombre
01:10:40de choses
01:10:40qu'on n'arrive pas à faire
01:10:41et c'est un constat
01:10:42qu'on peut faire
01:10:43depuis une vingtaine d'années
01:10:43pour ce qui est des écologistes.
01:10:45Je suis assez d'accord
01:10:46sur l'idée
01:10:46qu'il s'agit
01:10:47d'un mouvement culturel.
01:10:48J'irai même plus loin,
01:10:49il s'agit d'une idéologie.
01:10:51L'écologisme,
01:10:52puisque c'est son véritable nom
01:10:53comme le socialisme,
01:11:00en réalité,
01:11:01la vision du monde écologiste
01:11:02devrait permettre
01:11:04de créer
01:11:04un imaginaire global
01:11:05dans lequel
01:11:06quand vous faites
01:11:07quelque chose
01:11:07qui est écologiste,
01:11:08alors vous gagnez.
01:11:09Alors vous êtes
01:11:10non seulement meilleur
01:11:11en termes de personnes,
01:11:12mais en plus,
01:11:12vous êtes mieux vu,
01:11:13mieux perçu,
01:11:14les gens vous considèrent
01:11:16comme quelqu'un de bien.
01:11:17Or,
01:11:18quel est le moteur
01:11:19de l'activité humaine ?
01:11:21C'est la reconnaissance sociale.
01:11:23Et quand on oublie ça,
01:11:24et c'est ça que je trouve
01:11:26le documentaire
01:11:26ne dit peut-être pas assez,
01:11:27il fait trop le focus
01:11:29sur le cerveau humain
01:11:30passer sur
01:11:31les interactions humaines.
01:11:32Et moi,
01:11:33je suis sociologue,
01:11:33donc ce qui m'intéresse,
01:11:34ce sont les interactions.
01:11:35Le moteur de tout ça,
01:11:37c'est,
01:11:37ils le disent à un moment,
01:11:38la reconnaissance sociale.
01:11:39Et pour l'instant,
01:11:40elle passe par la consommation.
01:11:41Eh bien,
01:11:41c'est de ça
01:11:42dont il faut sortir.
01:11:43En cela,
01:11:43c'est un mouvement
01:11:44culturel,
01:11:45idéologique
01:11:45au sens large du terme,
01:11:47au sens où
01:11:47il faut réinventer
01:11:48une façon de vivre
01:11:50dans ce monde.
01:11:51Serge Moscovici disait
01:11:52une nouvelle manière
01:11:52de vivre.
01:11:53Et je pense que c'est ça
01:11:54l'écologie,
01:11:55c'est une nouvelle manière
01:11:55de vivre.
01:11:56C'est ça la proposition
01:11:57des années 60-70
01:11:58des provos à Amsterdam
01:11:59et des scientifiques
01:12:01de l'autre côté.
01:12:02La rencontre
01:12:02qui fait l'écologie
01:12:03devenue politique,
01:12:04que moi,
01:12:05j'appelle l'écologisme,
01:12:06qui n'a jamais réussi
01:12:07à devenir la force
01:12:09culturelle, sociale,
01:12:10politique, médiatique
01:12:11qu'elle devrait avoir,
01:12:13eh bien,
01:12:13c'est cette rencontre-là.
01:12:14Et aujourd'hui,
01:12:14j'ai même coutume de dire,
01:12:16puisque ce sont mes deux
01:12:17sujets de travail,
01:12:18que l'extrême droite
01:12:19d'un côté
01:12:19et l'écologisme de l'autre,
01:12:21que j'ai appelé
01:12:22la barbarie ou l'écologie,
01:12:23sont les deux visions
01:12:26exactement contraires
01:12:26et opposées
01:12:27du monde de demain.
01:12:28C'est-à-dire,
01:12:28ils ont l'un et l'autre,
01:12:30l'une et l'autre,
01:12:30une vision exactement
01:12:31opposée et contraire.
01:12:32Et c'est là-dessus
01:12:33qu'il faut s'appuyer.
01:12:34Il y a une vision
01:12:35de l'écologie
01:12:35qui est une vision
01:12:37humaniste d'abord,
01:12:38parce que l'écologie,
01:12:38elle veut sauver l'être humain,
01:12:39elle ne veut pas sauver
01:12:40la planète,
01:12:40il ne faut pas se tromper,
01:12:42elle veut sauver
01:12:42l'être humain,
01:12:43humaniste,
01:12:43et pour cela,
01:12:44elle prend tout un tas
01:12:45de dispositions
01:12:46et elle propose
01:12:46une autre forme de vie
01:12:48carrément.
01:12:49C'est vraiment
01:12:50quelque chose
01:12:50de fondamentale
01:12:51et cette forme de vie,
01:12:52elle n'est pas très loin de nous,
01:12:54elle est juste
01:12:54moins de carbone,
01:12:55moins de dépenses,
01:12:57moins de consommation,
01:12:58moins d'un certain nombre
01:12:58de choses,
01:12:59mais plus de liens
01:13:00et moins de biens
01:13:01et plus de liens,
01:13:02disaient les gens
01:13:02dans les années 70.
01:13:03C'est un petit tac au tac
01:13:04par rapport à ce que
01:13:04vient de dire Erwan,
01:13:05c'est humain,
01:13:06mais c'est donner une place
01:13:07aux êtres non humains
01:13:08et donc en ce sens,
01:13:09je voudrais quand même rappeler
01:13:10que la question
01:13:11de la relation à la nature,
01:13:13ce n'est pas sauver la planète
01:13:14pour sauver la planète,
01:13:14mais la question
01:13:15de la place de la nature,
01:13:16de l'arbre,
01:13:17de l'animal,
01:13:17il y a des nouveaux objets
01:13:18politiques dans l'écologie,
01:13:19il y a l'eau,
01:13:20il y a l'arbre,
01:13:21il y a la forêt,
01:13:22aujourd'hui il y a quelque chose
01:13:23qui se passe en termes
01:13:23d'élargissement des objets politiques.
01:13:25Vous observez la vie politique française,
01:13:27les écologistes,
01:13:28en France,
01:13:28ils n'ont pas le monopole
01:13:29de l'écologie,
01:13:29aujourd'hui l'écologie
01:13:30elle est transversale,
01:13:31le Rassemblement National
01:13:32a des propositions en la matière,
01:13:35les Républicains
01:13:35ont des propositions en la matière,
01:13:37ça brûle peut-être
01:13:37un peu les cartes ?
01:13:38Le Rassemblement National
01:13:38n'a pas de propositions écologistes,
01:13:40parce qu'il a des propositions
01:13:41en termes très structurels,
01:13:43localistes sur un plan,
01:13:46économiques sur un autre,
01:13:47etc.
01:13:47Il n'a pas de propositions
01:13:48qu'on pourrait appeler écologistes
01:13:49au sens large du terme.
01:13:51A chaque fois que Marine Le Pen
01:13:51a essayé,
01:13:52son conseiller en écologie
01:13:53a été une catastrophe,
01:13:54elle a essayé plusieurs fois
01:13:55et ça s'est toujours mal terminé,
01:13:57soit parce qu'il disait n'importe quoi,
01:13:58soit qu'ils étaient pris par les affaires
01:14:00comme un certain nombre d'entre eux.
01:14:02Je pense aussi
01:14:03qu'une vision nationaliste du monde
01:14:04est fondamentalement incompatible
01:14:06avec l'écologie.
01:14:08Mais cela étant,
01:14:08pour revenir à votre question,
01:14:12indéniablement,
01:14:13je pense que les Verts en politique
01:14:16ont gagné une bataille culturelle importante
01:14:18qui était d'imposer ce sujet
01:14:21dans le débat public,
01:14:22dans la démocratie.
01:14:23Ils ne sont pas les seuls
01:14:24à créditer pour cela,
01:14:25les mouvements des jeunes,
01:14:26les mobilisations citoyennes
01:14:27sont tous accrédités,
01:14:29mais c'est aussi une sorte
01:14:29de victoire à la pyrus
01:14:30parce qu'une fois que les autres partis
01:14:32s'emparent de ce sujet,
01:14:34et je crois que c'est très important
01:14:35que les partis de droite
01:14:36développent notamment
01:14:37un programme écologiste.
01:14:39Mais le problème,
01:14:39c'est que la valeur ajoutée
01:14:41des Verts en politique
01:14:42effectivement peut être questionnée
01:14:44et c'est d'ailleurs peut-être
01:14:45un peu le sens de la crise
01:14:46de questionnement
01:14:47que traverse le parti.
01:14:48Parce que politiquement,
01:14:49c'est compliqué.
01:14:50Parce que quand vous votez,
01:14:52vous votez quand même
01:14:53avec l'espoir que votre vie
01:14:54va s'améliorer
01:14:54au cours du mandat
01:14:55qui va venir.
01:14:56Or, le problème
01:14:57qu'on a avec l'écologie,
01:14:59avec le climat,
01:14:59avec la transition,
01:15:00c'est qu'on a que
01:15:01de mauvaises nouvelles
01:15:02et qu'on a l'impression
01:15:02que la situation
01:15:04empire année après année.
01:15:06Et que donc,
01:15:06au moment où vous votez,
01:15:07si vous votez pour les Verts,
01:15:09vous avez l'impression
01:15:09que votre situation
01:15:10va en réalité empirer
01:15:12parce que tout ce qu'on promet,
01:15:13c'est du sang et des larmes.
01:15:14Et la transition,
01:15:15elle était largement décrite
01:15:16en termes de contraintes,
01:15:17d'efforts,
01:15:18de sacrifices,
01:15:19de renoncements.
01:15:20Écologie punitive
01:15:20dénoncée par les moins convaincus
01:15:24par les politiques.
01:15:25Ce n'est pas les moins convaincus,
01:15:26c'est les plus agressifs
01:15:27de l'extrême droite.
01:15:28L'écologie punitive,
01:15:29c'est vraiment un terme
01:15:30inventé par le Front National
01:15:31devenu Rassemblement National
01:15:32pour décrédibiliser
01:15:34complètement l'écologie.
01:15:35C'est le problème royal
01:15:35qu'il a inventé.
01:15:36Globalement,
01:15:36en dehors de ce terme,
01:15:37on a largement l'impression
01:15:39d'une transition
01:15:40qui est vécue
01:15:41comme une contrainte
01:15:42qu'il faudrait s'imposer
01:15:43au vu de la réalité
01:15:44et des chiffres
01:15:45de l'environnement.
01:15:45Et donc,
01:15:46quand on cherche
01:15:46à se projeter sur le futur
01:15:48à un horizon 2050,
01:15:49on a l'impression
01:15:50qu'on va vivre moins bien
01:15:51dans un monde ravagé
01:15:52par les impacts
01:15:53du changement climatique,
01:15:54etc.
01:15:55Or,
01:15:56si on veut effectivement
01:15:56que ça fonctionne,
01:15:57il faut montrer
01:15:58comment ça peut être
01:15:58un projet positif
01:16:00qui nous amène
01:16:00à vivre mieux
01:16:01et qui permet
01:16:01de se projeter positivement
01:16:03vers l'avenir.
01:16:04Et à mon avis,
01:16:05c'est ça le grand enjeu
01:16:06médiatique et politique
01:16:07de la transition aujourd'hui.
01:16:08Et donc,
01:16:09je rejoins tout à fait
01:16:09ce que dit Erwan
01:16:10sur notre manière
01:16:11de nous projeter positivement
01:16:13dans le futur.
01:16:14Alors,
01:16:14vous avez effleuré le sujet
01:16:16tout à l'heure.
01:16:18L'échelle nationale,
01:16:19ce n'est pas la bonne échelle,
01:16:20dites-vous,
01:16:21et vous le dites aussi
01:16:22dans votre livre,
01:16:22vous dites que l'écologie
01:16:23ne relève pas
01:16:24du cadre habituel
01:16:24des rituels politiques.
01:16:26L'État-nation
01:16:27n'est pas le bon espace
01:16:28pour comprendre
01:16:29les phénomènes climatiques.
01:16:30Les dérèglements
01:16:30ne connaissent pas
01:16:31les frontières.
01:16:32Ça paraît une évidence.
01:16:34Néanmoins,
01:16:35ça serait aussi
01:16:36l'un des blocages possibles
01:16:38parce que
01:16:39c'est un défi planétaire
01:16:41et qu'à l'échelle nationale,
01:16:43on a le sentiment
01:16:43d'une forme
01:16:44d'incapacité
01:16:46à résoudre le problème
01:16:47à la seule échelle nationale.
01:16:48Oui,
01:16:48puis ça rejoint
01:16:49ce que disaient
01:16:50François Gemmène
01:16:51et Erwan Lecoeur.
01:16:51C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
01:16:52face au Rassemblement national
01:16:54et à un discours
01:16:54qui est extraordinairement
01:16:55nationaliste
01:16:56et localiste,
01:16:57on a activé
01:16:59les ressorts
01:17:00d'une vie politique
01:17:02racornie
01:17:02qui, en tout cas,
01:17:02ne s'intéresse pas
01:17:03au monde tel qu'il est.
01:17:04Bon, le monde
01:17:04vient se rappeler à elle
01:17:05avec tout ce qui se passe
01:17:06en termes de crise.
01:17:08Mais donc,
01:17:09en tout cas,
01:17:09la structuration
01:17:10de notre vie politique
01:17:11autour des élections
01:17:12est une structuration
01:17:13qui ne bénéficie pas
01:17:14à l'écologie
01:17:14parce que comme l'écologie
01:17:15n'est pas un mouvement
01:17:16politicien,
01:17:17ça veut dire que
01:17:18la vie culturelle
01:17:19et la vie sociale
01:17:20ne sont pas intégrées
01:17:21dans le calendrier politique.
01:17:23Et donc, au fond,
01:17:23ce qui est intéressant
01:17:24lorsqu'on parle d'écologie,
01:17:25c'est d'imaginer
01:17:26une vie démocratique
01:17:27plus riche.
01:17:27Tout à l'heure,
01:17:28vous parliez
01:17:28des conventions citoyennes,
01:17:29mais on peut évidemment...
01:17:30Moi, j'écoutais François
01:17:31et je me disais
01:17:32on peut aussi dénoncer
01:17:34la façon dont le modèle actuel
01:17:35rend la vie plus moche quand même.
01:17:37C'est-à-dire que
01:17:37les lanceurs d'alerte
01:17:38qui sont extrêmement nombreux
01:17:39lorsqu'il s'agit d'écologie
01:17:40qui dénoncent les pollutions,
01:17:42on a vu le scandale
01:17:43des eaux minérales,
01:17:44lorsqu'il s'agit d'alimentation,
01:17:46lorsqu'il s'agit au fond
01:17:47d'inégalités environnementales,
01:17:49on voit bien
01:17:49que l'écologie politique
01:17:51d'une certaine manière
01:17:52intègre au débat public
01:17:53de nouveaux sujets
01:17:54qui sont des sujets
01:17:55qui ne sont pas traités
01:17:56lors des élections.
01:17:57Vous disiez que
01:17:57pendant la campagne électorale
01:17:58des municipales,
01:17:59on a très peu parlé
01:18:00d'écologie.
01:18:01Ça ne signifie pas pour autant
01:18:02qu'elle ne pèse pas
01:18:04dans l'intimité des personnes,
01:18:05dans le débat
01:18:06qui n'a pas lieu.
01:18:07Mais toute la question,
01:18:08c'est au fond
01:18:08d'imaginer un espace-temps
01:18:10démocratique
01:18:11dans lequel l'écologie
01:18:12prendrait vraiment sa place.
01:18:13Et ça ne peut pas être
01:18:14stricto sensu
01:18:15un débat électoral.
01:18:15C'est pour ça aussi
01:18:16que très souvent,
01:18:17on est déçu
01:18:18lors des élections
01:18:19par le score des verts
01:18:20parce que
01:18:21que plus de verts soient élus,
01:18:23c'est une chose
01:18:24pour qu'il y ait plus d'écologie,
01:18:25mais ce n'est pas du tout
01:18:25le seul ressort.
01:18:26On va rappeler
01:18:27que le dernier candidat,
01:18:28c'était Yannick Jadot.
01:18:29En 2022,
01:18:30il n'a même pas été remboursé,
01:18:32ils n'ont pas été remboursés
01:18:33des frais électoraux.
01:18:34Il a fait moins de 5%
01:18:35des suffrages exprimés.
01:18:37Vous souhaitiez rajouter
01:18:37quelque chose
01:18:38et ça sera le mot de la fin.
01:18:39Alors, l'écologie
01:18:40a quand même péché
01:18:41en oubliant
01:18:42que la communication
01:18:43était un élément essentiel
01:18:45de la politique en général.
01:18:46Elle a peu fait de communication.
01:18:48Moi, je connais bien
01:18:49Thierry Libart
01:18:49qui travaille avec vous.
01:18:52Thierry Libart
01:18:52est un spécialiste
01:18:53de la communication.
01:18:54Ça fait des années
01:18:54qu'il essaie d'expliquer
01:18:55qu'il faut changer
01:18:56de façon de communiquer
01:18:57quand on fait de l'écologie.
01:18:58Serge Moscovici,
01:18:59dont il est un peu question
01:19:00dans ce film
01:19:00avec la théorie
01:19:01des minorités actives,
01:19:02était un écologiste.
01:19:03Les écologistes ne l'ont pas lu.
01:19:05Il a été récupéré
01:19:05par d'autres courants.
01:19:07Et sur la psychologie sociale
01:19:08et sur la communication,
01:19:10l'écologie politique
01:19:11a péché
01:19:11en pensant que
01:19:12comme elle avait
01:19:13une révélation à faire au monde,
01:19:15les gens allaient comprendre
01:19:16et c'est une erreur
01:19:17de communication.
01:19:18Ce n'est pas parce que
01:19:18les gens savent quelque chose
01:19:19qu'ils vont agir
01:19:20en fonction de ce qu'ils savent.
01:19:21C'est ça la dissonance cognitive
01:19:22et c'est la première chose
01:19:23que les écologistes
01:19:24devraient comprendre.
01:19:25Ce n'est pas parce qu'on sait
01:19:26qu'on agit en fonction.
01:19:27Il va falloir aller plus loin.
01:19:28Il va falloir aller plus loin,
01:19:30accompagner les gens,
01:19:31faire de la vraie communication,
01:19:32c'est-à-dire être dans l'affectif,
01:19:34dans le conatif,
01:19:35c'est-à-dire le changement
01:19:35de comportement
01:19:36et pas seulement dans l'informatif.
01:19:38Et ça, ça veut dire
01:19:38faire de la communication,
01:19:39de la vraie communication.
01:19:40Ça sera le mot de la fin.
01:19:42Vraiment un grand merci
01:19:43à tous les trois
01:19:43d'avoir participé
01:19:44à ce débat, Doc,
01:19:45aujourd'hui,
01:19:46avec cette question
01:19:46pourquoi l'écologie
01:19:48ne s'impose-t-elle pas
01:19:50pleinement
01:19:51dans ce champ politique
01:19:53aujourd'hui ?
01:19:54Vos réactions,
01:19:55ça sera sur
01:19:56hashtag debadoc.
01:19:57À mon avis,
01:19:58elles risquent d'être nombreuses.
01:19:59Vous serez là, j'espère,
01:20:00pour réagir
01:20:01à ce que seront
01:20:01ces réactions
01:20:03à cette adresse.
01:20:03Merci à Félicité Gavalda,
01:20:05Emeric Olanier
01:20:06qui m'ont aidé
01:20:07à préparer cette émission.
01:20:09Prochain rendez-vous
01:20:09avec debadoc.
01:20:10Ça sera, bien sûr,
01:20:12avec son documentaire
01:20:13et son débat.
01:20:14À très bientôt.
01:20:15Sous-titrage Société Radio-Canada
01:20:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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