- il y a 10 heures
Ce mardi 17 février, les raisons et les enjeux du voyage d'Emmanuel Macron en Inde, ainsi que le 4e Sommet mondial sur l'IA dans ce pays, ont été abordés par Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de "Trump et nous - Comment sauver la France et l'Europe", Mathieu Jolivet, journaliste BFM Business, et Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Et pour parler de tous ces sujets, j'ai le plaisir d'accueillir sur le plateau Gézabelle Coupé-Souberan.
00:04Bonjour Gézabelle.
00:05Bonjour.
00:06Maître de conférence à l'université Paris 1, Panthéon-Sorbonne avec vous, Mathieu Jolivet.
00:11Bonjour Mathieu.
00:12Bonjour Raphaël.
00:13Journaliste à BFM Business et Christian de Boissieu.
00:16Bonjour Christian.
00:17Non, Saint-Etienne.
00:18Christian, ah oui, pardon, Christian Saint-Etienne d'ailleurs, l'autre grand Christian de l'économie.
00:26Oui, on en profite pour saluer Christian de Boissieu, effectivement, économiste, membre du cercle des économistes.
00:33Bienvenue, cher Christian.
00:34Je commence avec vous.
00:36Tiens, on va donc parler de ce déplacement d'Emmanuel Macron en Inde.
00:41Il retrouve aujourd'hui le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, à Mumbai, si cher, à Jean-Marc Daniel qu
00:50'on salue aussi.
00:51Avec lui, une centaine de chefs d'entreprise, une grande délégation, évidemment, pour la quatrième puissance économique mondiale.
01:01Quels sont les enjeux pour vous de ce voyage officiel qu'il y aura jusqu'à vendredi ?
01:07Oui, les enjeux sont multiples.
01:10L'Inde est évidemment la première puissance démographique mondiale.
01:14Elle croît depuis plusieurs années à 6% par an.
01:18La croissance mondiale est autour de 3%.
01:20La France et la zone euro sont à peine à 1% ou un peu plus de 1% peut
01:26-être cette année.
01:28Donc, au fond, il y a quelque chose de très puissant.
01:33La zone euro, c'est trois fois moins que la croissance mondiale.
01:37Et l'Inde, c'est deux fois la croissance mondiale.
01:39Alors, l'Inde, souvent, on fait beaucoup de conférences sur le conflit Chine-États-Unis, on dit « et l
01:46'Inde ».
01:46Oui.
01:46Alors, en fait, l'Inde, même si elle croît beaucoup plus vite que la croissance mondiale et depuis 4-5
01:55ans plus vite que la Chine,
01:57l'Inde, c'est quand même encore un PIB cinq fois inférieur à celui de la Chine.
02:01Oui.
02:02Et par ailleurs, l'Inde…
02:034200 milliards de dollars de PIB l'Inde, mais qui n'est pas très loin derrière l'Allemagne troisième.
02:09Oui, absolument.
02:10C'est à 500 milliards.
02:11Mais avec une Allemagne à 1% de croissance et une Inde à 6, l'Inde devrait être la troisième
02:17puissance mondiale d'ici 2-3 ans.
02:19Mais l'Inde a encore un certain nombre de problèmes à résoudre.
02:25Ces infrastructures qui s'améliorent sont très inférieures à celles de la Chine.
02:30Alors, il faut savoir que la Chine, depuis une vingtaine d'années, la Chine qui est dirigée par des ingénieurs,
02:35ou qui a été dirigée par des ingénieurs jusqu'au dernier congrès du Parti communiste en 2022,
02:41puisque depuis ce dernier congrès, Xi Jinping a mis plein de copains à lui dans le bureau politique.
02:48Ça a toujours été le cas, non ?
02:49Non, mais sous Deng Xiaoping, il y avait toujours un équilibre au sein du bureau politique.
02:56Et sur les 7, il y avait toujours 5-6 ingénieurs qui venaient de différents clans politiques.
03:01Là, il a mis des potes à lui, mais néanmoins, lui, il reste un ingénieur.
03:06Il est ingénieur, d'ailleurs.
03:07Et donc, on a une Chine qui a déroulé 60 000 kilomètres de ligne de TGV en quelques années.
03:13L'Inde a beaucoup de retard dans ce domaine.
03:16Mais elle est en train de s'équiper, et surtout, elle fait un effort de développement militaire absolument massif,
03:22parce qu'elle est à la fois, dans le Grand Sud, théoriquement alliée de la Chine.
03:29L'Inde est théoriquement alliée de la Chine, mais dans les faits,
03:33ils sont toujours en train de se regarder soldats contre soldats dans l'Himalaya.
03:38Et puis surtout, il y a le Pakistan qui est dangereux.
03:41Donc l'Inde, c'est l'objet de la discussion, va s'équiper de Rafale et d'autres équipements,
03:48parce qu'ils achètent aussi des missiles militaires, forcément,
03:55des missiles franco-britanniques.
03:58Et ils vont faire d'autres investissements.
04:01Et je termine, il y a un point qui est très intéressant pour l'Inde,
04:05c'est que Safran, le constructeur de moteurs d'avions de combat,
04:11va ouvrir une usine d'assemblage de moteurs en Inde.
04:16Et ça, c'est très très important pour le développement technologique et industriel de l'Inde.
04:20Oui, ce qu'on voit, c'est qu'effectivement, l'Inde a un marché absolument colossal,
04:251,4 milliard d'habitants, contrairement à la Chine,
04:29qui, elle, va décliner d'ailleurs dans les années à venir,
04:32et qui, à la fois, est une promesse de marché pour les investisseurs internationaux,
04:38dont nos entreprises, nous, Français,
04:40mais qui, du coup, demande à ce qu'on produise sur le sol indien.
04:44Ça va être notamment le cas des Rafales, d'ailleurs.
04:45Un ministre indien a dit qu'une partie des Rafales serait fabriquée sur le sol indien,
04:50ce qui serait une première.
04:52On peut un peu y voir un miroir de ce que pourrait faire l'Europe aussi,
04:55en termes de protectionnisme, non, Mathieu Jolivet ?
04:58Ça, ça va être au cœur des discussions,
04:59de ce qui va ressortir de ce voyage qu'on va scruter,
05:01c'est quel niveau de transfert de technologie la France et le Rafale
05:08est prêts à accorder à nos amis indiens.
05:11Ce thème-là est au cœur des discussions,
05:14et ce n'est pas un petit sujet.
05:17Même nous, entre Européens,
05:20on voit que c'est très compliqué
05:25de déplacer le curseur de la souveraineté
05:28sur ces outils industriels qui sont ultra sensibles.
05:32On le voit avec le SCAF,
05:33on a déjà du mal à faire du transfert de technologie de France vers l'Allemagne.
05:37Regardez avec le SCAF,
05:38c'est hyper intéressant,
05:40qui se terminera vraisemblablement avec deux avions.
05:43Oui, mais où on se rend compte que finalement,
05:46on a les motoristes emmenés par Safran,
05:50qui finalement se sont entendus avec les Allemands
05:54sur ce concept de best athlete,
05:56qui est meilleur à quel niveau,
05:58dans le projet du SCAF, on se met d'accord.
05:59Mais au niveau des avionneurs,
06:02on voit bien que nos amis espagnols et allemands
06:05n'ont pas envie d'être relégués au rang de sous-traitants,
06:08du Rafale, etc.
06:09sachant qu'au niveau de l'avionneur,
06:12sur ce type d'avion,
06:13le best athlete, c'est le Rafale partout.
06:17Donc voilà, tout ça pour dire que nous,
06:19et en plus, je crois qu'il y a un logiciel
06:22qui permet de piloter les avions,
06:24qui est essentiel,
06:26qui est détenu par Dassault Systèmes.
06:28– Il n'y en a que deux autour du monde.
06:30– Il y en a un qui est détenu par les Américains,
06:32un par les Français.
06:34– Et l'autre, c'est Dassault.
06:35– Ce logiciel, c'est un bouton nucléaire,
06:37non, mais c'est un élément de souveraineté essentiel.
06:40Donc j'imagine que nos amis indiens
06:41doivent aussi discuter pour savoir
06:43quid de la coopération avec un tel logiciel, etc.
06:46Et puis, pour le Rafale,
06:48il faut aussi quand même recontextualiser,
06:50avoir en tête que ce contrat,
06:52il ne vient pas de nulle part.
06:54Et ça nous montre aussi la difficulté
06:59de finaliser ce type de méga-contrat
07:01en général et en particulier avec les Indiens.
07:05En fait, c'est un contrat qui est négocié
07:07depuis plus de 20 ans.
07:09En 2015, en Inde,
07:12ils l'appelaient la mère de tous les contrats.
07:15Sur 126 Rafales,
07:17ils étaient sur le point de le signer.
07:19Et finalement, on parle de la plus grande démocratie du monde,
07:23qui était empêtrée à l'époque
07:24dans un débat budgétaire sans fin
07:26avec des parlementaires indiens
07:29qui trouvaient que les dépenses liées à la défense
07:32étaient beaucoup trop excessives
07:33eu égard aux besoins,
07:36notamment sociaux,
07:37de ce pays qui est grand comme l'Europe.
07:41Et donc, finalement,
07:42le ministre de la Défense est venu en 2015
07:44et a écrit noir sur blanc en disant
07:45« on annule et il n'y a plus de contrat ».
07:47Donc en fait, il y a eu un enterrement
07:48de première classe de ce contrat.
07:50Et ce qu'on vit depuis 2015,
07:51en fait, c'est finalement
07:54une récupération bloc par bloc
07:56de ce qui avait été enterré
07:57en première classe en 2015.
07:59Ça en a été suivi,
08:00un premier contrat signé en grande pompe
08:03de 36 Rafales.
08:05Ensuite, il y en avait eu 20 supplémentaires
08:06qui étaient des Rafales marines.
08:08Et aujourd'hui,
08:09on est sur un bloc encore plus grand.
08:11Et peut-être même 130 ou 40,
08:14140, peut-être 35 supplémentaires.
08:16C'est ça, c'est ça.
08:16Et puis, un dernier élément
08:18sur ce sujet que j'avais en tête,
08:20mais bon, je ne sais pas
08:21à quel point c'est quelque chose
08:22qui peut jouer ou pas,
08:24mais vous avez quand même
08:25le fils du chef d'état-major
08:27des armées indiennes
08:28qui est pilote de Rafale.
08:30Ah !
08:31Voilà, qui peut nous aider.
08:33Voilà.
08:33Ce que je veux dire,
08:34c'est que si jamais
08:34dans ce type de contrat,
08:36vous savez, les industriels
08:36cherchent toujours des ambassadeurs,
08:38je pense que là,
08:38ils ont un ambassadeur
08:39qui est aux premières loges.
08:40On est un peu en retard.
08:41On parlait du franco-allemand
08:42tout à l'heure.
08:43On est un peu en retard
08:44par rapport à nos amis allemands.
08:45C'est 15 milliards d'échanges,
08:46la France, avec l'Inde,
08:48contre 42 milliards pour l'Allemagne.
08:51C'est normal,
08:52puisque l'industrie allemande,
08:54aujourd'hui, en chiffre d'affaires,
08:56c'est deux fois et demi
08:58le chiffre d'affaires
08:59de l'industrie française.
09:03Déjà, en 2004-2006,
09:08c'était Raffarin
09:09qui était Premier ministre
09:11de 2004-2005.
09:13Il allait en Inde
09:14et il disait
09:16« Moi, j'ai 20 produits à vendre
09:17et les Allemands, 200. »
09:19Donc, il y a 20 ans.
09:20Donc, la réindustrialisation
09:21de la France,
09:22c'est un élément clé
09:24du rebond de la France,
09:25mais également
09:26de sa capacité
09:27de peser davantage
09:29dans les grandes
09:31négociations internationales.
09:32Vous dites, en fait,
09:33qui entre la France
09:34et l'Allemagne
09:35est plus en retard
09:35vis-à-vis de l'Inde,
09:36mais moi, je pense
09:36qu'il faut élargir le truc
09:37à toute l'Europe
09:38et en fait, le problème,
09:39c'est que c'est l'Europe
09:40qui est totalement
09:41à la rue par rapport à l'Inde.
09:43Alors, on vient de signer
09:43quand même un accord
09:45commercial absolument majeur.
09:47On a signé un accord commercial,
09:49mais on parlait tout à l'heure
09:50de cette bascule géo-économique,
09:52géostratégique
09:52qu'il y a eu en Inde.
09:53J'ai écouté en octobre dernier
09:54l'ancien ministre
09:56des Affaires étrangères
09:58singapourien
09:58qui aujourd'hui est un diplomate
10:00qu'on ne connaît pas
10:00forcément bien ici,
10:01mais qui est très influent
10:02dans toute la zone indo-pacifique,
10:03qui est très écouté
10:04par tous les investisseurs là-bas.
10:06Il s'appelle Kishore Mahoubani
10:08et il faisait une conférence
10:09auprès des principaux
10:11investisseurs indiens.
10:12C'était en octobre dernier
10:13et il leur rappelait
10:14ce chiffre assez spectaculaire
10:16que moi-même,
10:17je n'avais plus en tête
10:17et qui vous rappelle
10:18cette bascule géo-économique
10:19là-bas qui est dingue.
10:20En 1995,
10:22l'Inde et la Chine,
10:23ensemble,
10:24en cumulé,
10:25pesaient 10%
10:26du PIB mondial.
10:28OK ?
10:29À la même époque,
10:29en 1995,
10:30à la même époque,
10:32vous aviez l'Europe
10:33qui pesait un tiers
10:34du PIB mondial.
10:35Aujourd'hui,
10:3630 ans plus tard,
10:37le poids de l'Europe
10:39a fondu de moitié,
10:40le poids de la Chine
10:42et de l'Inde
10:43a triplé.
10:44Donc,
10:44on a cette bascule
10:45qui s'est opérée
10:46en 30 ans
10:47et vous avez
10:48Kishore Mahoubani
10:49qui rappelle
10:50ce croisement des courbes
10:51devant les investisseurs indiens
10:52et il leur dit
10:53à ce moment-là
10:53à cette conférence,
10:55en se frottant les mains,
10:56allez-y,
10:57les Européens
10:57sont en vacances.
10:58Ils sont en vacances,
10:59ils ne voient pas
10:59ce qui est en train
11:00de se passer
11:00en Indo-Pacifique.
11:02Mais il avait bien raison.
11:03Ça va être le thème
11:04de Gisabelle,
11:05mais on a créé
11:06une zone euro
11:07sans gouvernement stratégique
11:08et donc,
11:08on est à 1% de croissance,
11:10on est la zone
11:11de non-croissance
11:11de la planète.
11:12Oui,
11:13on va y revenir ça
11:13en fin d'émission,
11:14effectivement,
11:14et sur la place
11:16de l'euro.
11:17Gisabelle,
11:18commentaire ?
11:19On y reviendra,
11:20mais juste quelques mots,
11:21beaucoup de choses
11:23ont été dites,
11:24mais c'est vrai
11:24qu'il y a un véritable étau
11:26à desserrer,
11:26en fait,
11:27pour l'Europe
11:28qui est prise en tenaille
11:29entre les États-Unis
11:31et la Chine,
11:32à la fois sur le plan
11:33commercial et financier.
11:34Donc,
11:35on voit bien un peu
11:36cet appel d'air
11:38du côté de l'Inde.
11:40Après,
11:40moi,
11:41je ne veux pas jouer
11:41les cassandres,
11:42mais ce qu'on nous présente
11:44comme la plus grande démocratie
11:45du monde
11:47a quelques soucis
11:48à ce niveau-là
11:49avec un traitement
11:53des minorités
11:55en Inde
11:56qui est absolument
11:59détestable.
12:00Et puis,
12:01il y a également
12:02un autre gros souci
12:03quand même
12:04sur le plan géopolitique.
12:06Ce sont les liens
12:07que l'Inde
12:09entretient
12:10avec la Russie.
12:11C'est-à-dire qu'il n'y a pas
12:12encore eu
12:13en Inde
12:14de dénonciation
12:16de l'invasion
12:17de l'Ukraine
12:19par la Russie.
12:19C'est même devenu
12:21une béquille de la Russie
12:22pendant...
12:23Est-ce que c'est encore
12:25le cas ?
12:25Parce qu'il y a eu
12:26une visite,
12:26effectivement,
12:27des Russes
12:27en décembre,
12:28je crois,
12:29en Inde.
12:29Finalement,
12:30aucun contrat
12:30n'a été signé,
12:31aucun renforcement.
12:32Est-ce qu'on n'est pas
12:33en train d'assister
12:34à une bascule
12:36de l'Inde
12:36qui a su jouer
12:37souvent sur les deux tableaux
12:38entre l'Occident,
12:41la Russie
12:41et l'Orient ?
12:43Sur ce point,
12:46c'est très compliqué
12:47parce que
12:49la Chine
12:50depuis 20 ans
12:52est en train
12:52d'enserrer l'Inde
12:54tout autour
12:55de l'océan Indien
12:56de comptoirs
12:57et de ports,
12:58soi-disant civils
12:59mais qui accueillent
13:00des bateaux militaires.
13:01l'Inde est très inquiète.
13:02C'est pour ça,
13:03d'ailleurs,
13:03qu'elle avait acheté
13:03des rafales.
13:05Donc,
13:05les besoins de défense
13:06sont considérables.
13:07Mais je pense
13:08que ce qui impressionne
13:09tout le monde,
13:10c'est que
13:11même,
13:12ça ne pèse pas encore
13:13paradoxalement.
13:15Jézabel a rappelé
13:16qu'il y a
13:16beaucoup de problèmes
13:18ethniques
13:18et autres
13:19en Inde,
13:20notamment
13:21les 200 millions
13:22de musulmans
13:22sur les 400 millions
13:23d'Indiens
13:25et les 250 millions
13:27de musulmans
13:28pakistanais
13:29avec lesquels
13:30les Indiens
13:31se battent régulièrement.
13:32Donc,
13:34l'Inde,
13:35en fait,
13:35c'est...
13:37Je dirais,
13:38juste pour finir,
13:39on pourrait presque
13:41appliquer
13:41le mot du général
13:42de Gaulle
13:43à propos du Brésil
13:44dans les années 60.
13:45Il disait
13:47le Brésil
13:48a un avenir
13:49incroyable devant lui.
13:50Il l'aura
13:50pendant longtemps.
13:52Et pour que l'Inde
13:54ne soit pas seulement
13:55un grand pays
13:56en devenir éternellement,
13:57il faut vraiment
13:58qu'ils investissent,
13:59mais c'est ce qu'ils sont
14:00en train de faire,
14:00ils sont en train
14:01de construire une industrie
14:02et donc,
14:03je pense que l'Inde
14:04pourrait être le grand pays
14:05des années 2030.
14:06Il faut rappeler aussi
14:07que l'Inde est quand même
14:08engagée ces dernières années
14:09dans un mouvement
14:11où émerge un ordre
14:13mondial alternatif
14:14à l'Occident.
14:15Oui,
14:15il y a le global
14:16qui est en train
14:17de balancer
14:17la domination occidentale.
14:19Parce que le grand ami
14:20stratégique de l'Inde,
14:22c'est la Chine,
14:23les Chinois rêvent
14:24de reprendre
14:25le million et demi
14:26de kilomètres carrés
14:27qu'ils ont perdu en Russie.
14:28Ce que je veux dire,
14:29c'est qu'à l'air,
14:30on le voit bien,
14:31on est dans une période
14:32où la géopolitique
14:33se brutalise,
14:34s'accélère à vitesse grand V,
14:36où Donald Trump
14:37impose une doctrine
14:38hémisphérique,
14:39sa doctrine Donnero.
14:41Dans cette séquence-là,
14:43l'Inde,
14:44dans ses priorités,
14:46s'affiche sur la fameuse photo
14:47de Tianjin,
14:48prise au sommet
14:49de la coopération
14:50de Shanghai fin août,
14:51où vous avez
14:5320 pays émergents
14:54et du sud global,
14:55tous autour
14:56de Xi Jinping.
14:58Et autour de Xi Jinping,
14:59les premiers qu'on voit,
15:00c'est Poutine
15:01et Modi.
15:03Ça reste quand même
15:04la colonne vertébrale
15:05de ce qui se joue
15:06en ce moment
15:07sur le plan géopolitique.
15:08Ensuite,
15:08les intérêts économiques
15:09et commerciaux
15:10des uns et des autres,
15:11l'Inde et la Chine
15:12restent assez pragmatiques
15:13là-dessus,
15:13et nous,
15:14des alliances
15:14en fonction des opportunités.
15:16Mais il y a quand même
15:16ce mouvement-là
15:18qui entraîne.
15:19Et nous aussi,
15:20effectivement.
15:21Allez,
15:21il nous reste 10 minutes
15:22pour parler
15:22du sommet de l'IA
15:23quand même
15:24qui s'est ouvert
15:24lundi,
15:25hier,
15:26en Inde.
15:27Le sommet mondial
15:28de l'intelligence artificielle
15:29l'année dernière,
15:30c'était à Paris.
15:31Vous vous souvenez
15:32du discours de J.D. Vance
15:33qui avait,
15:34après la conférence de Munich,
15:36là aussi,
15:36secoué un peu tout le monde.
15:37Il appelait
15:38un maximum
15:39de dérégulation
15:39à tous les niveaux.
15:41Ça n'est pas
15:42la position de la France
15:43qui, elle,
15:44appelait à une IA éthique.
15:46Et c'est un autre discours
15:47qui est porté là aussi
15:49par les Indiens
15:50pour ce nouveau sommet
15:52international
15:53où les plus grands
15:54seront réunis quand même.
15:55Tous les Américains,
15:57je l'ai dit tout à l'heure,
15:58Sam Altman,
15:58le patron d'OpenAI,
16:00Sundar Pichai
16:01de Google
16:01ou Yen Sen Wang
16:03de Nvidia.
16:07Jézabelle,
16:07l'Inde cherche
16:08une troisième voie
16:10pour ce sommet.
16:12Ça serait quoi
16:12cette troisième voie
16:13entre la Chine
16:14et les États-Unis ?
16:15Alors effectivement,
16:15il y a en fait
16:16deux modèles
16:17complètement opposés
16:20concernant les deux leaders
16:21de l'IA.
16:23Il y a les États-Unis
16:24qui,
16:24dans ce domaine
16:25comme dans beaucoup d'autres,
16:27misent sur la dérégulation
16:28à tout craint.
16:30Et puis,
16:31il y a le modèle chinois
16:32beaucoup plus étatiste,
16:36centralisé,
16:37avec un encadrement
16:40très fort
16:41et un soutien
16:44très fort
16:45aux investissements
16:47dans ce domaine.
16:49Et parfois,
16:50low cost.
16:51On a vu DeepSic
16:51qui avait complètement
16:52disrupté le système
16:54et notamment OpenAI
16:55en annonçant
16:57une IA bien moins chère
16:58et tout aussi efficace
16:59que les montants
17:00sont investis
17:01aux États-Unis.
17:02Mais bon,
17:02effectivement,
17:03il y a peut-être
17:04une troisième voie
17:06à trouver.
17:07En tout cas,
17:07il y a la voie
17:08d'une régulation
17:09et vraiment
17:11d'un dialogue mondial,
17:14d'un dialogue des humains
17:15autour de l'IA
17:17parce qu'une IA
17:21qui se développe
17:22de manière
17:22totalement débridée,
17:24qui nous amène
17:25vers l'IA générale,
17:29peut se révéler
17:30absolument catastrophique
17:32pour l'humanité
17:33tout entière.
17:34Donc,
17:34il y a vraiment
17:35un enjeu
17:36de prise en main,
17:39de régulation.
17:40Ce n'est pas
17:40les États-Unis
17:41qui vont nous y amener.
17:43Le modèle chinois,
17:45on n'y adhère pas.
17:47Donc,
17:47il y a une troisième voie
17:48à trouver.
17:50L'Inde
17:51essaie de miser
17:52sur ça,
17:53sur l'idée
17:53d'une gouvernance
17:55partagée,
17:56d'un dialogue
17:57et d'une forme
17:57de multilatéralisme.
18:00J'ai l'impression
18:01que le mot
18:01est complètement galvaudé,
18:03mais en tout cas,
18:04une coordination
18:05entre puissances
18:06pour développer ça
18:08de manière
18:10suffisamment intelligente
18:11en gardant
18:11de l'intelligence humaine
18:12dans cette
18:13intelligence artificielle.
18:14Une soixantaine
18:15de pays
18:15l'année dernière
18:16dont la Chine
18:17avait signé
18:17une déclaration
18:18pour une IA
18:20ouverte,
18:21inclusive
18:22et éthique.
18:24Qu'est-ce que ça veut dire
18:25exactement,
18:26Mathieu Jolivet ?
18:27En fait,
18:27quand je vois
18:27cette séquence IA
18:28en Inde,
18:29je trouve que ça fait
18:30quelque part écho
18:31au discours
18:32de Marc Carnet
18:33à Davos,
18:34son appel
18:35à l'alliance
18:35des puissances moyennes.
18:36Parce que sur l'IA,
18:37aujourd'hui,
18:38on assiste à quoi ?
18:39On assiste à
18:40la Chine
18:41et les États-Unis
18:43qui sont tous les deux
18:44engagés
18:45dans une course
18:46où ils ont chacun compris
18:47qu'en gros,
18:48celui qui contrôlera l'IA
18:49sera le maître du monde.
18:51Et ce sont les seuls,
18:52l'un et l'autre,
18:53au monde
18:53à avoir les capacités
18:55de contrôler
18:56toute la chaîne
18:57de l'IA,
18:58des puces
18:58jusqu'au logiciel,
19:00jusqu'au serveur,
19:00etc.,
19:01qui ont des investissements
19:02colossaux.
19:02Ce sont les seuls.
19:04Donc en fait,
19:04la troisième voie,
19:05quelque part,
19:06ça pourrait ressembler
19:07à une alliance
19:08des puissances moyennes
19:09mais de l'IA
19:11basée sur
19:13quelque chose,
19:14on revient un peu
19:15à la coopération
19:15industrielle de défense
19:16et nos sujets en Europe,
19:17mais cette idée
19:18du best athlete
19:19entre Inde,
19:21France,
19:22je ne sais pas
19:22quel pays,
19:23mais qui est le meilleur
19:24dans quel endroit
19:25pour faire les puces,
19:26pour développer le logiciel,
19:27pour avoir l'école
19:28de mathématiques fondamentale,
19:30etc.,
19:31dans un univers
19:32plus open source.
19:33Donc l'idée,
19:34c'est en fait
19:34de faire quelque part
19:35un peu la même démarche
19:37qu'il y avait
19:37au temps de la guerre froide
19:39avec les non-alignés.
19:40Donc c'est un peu
19:40les non-alignés
19:41de l'IA
19:41qui se coordonneraient
19:44sur une IA open source.
19:46Oui,
19:46ils sont un peu,
19:48Christian,
19:48en dehors de la carte mondiale
19:51économique,
19:51j'ai envie de dire,
19:52parce qu'on est vraiment
19:53écrasés par les modèles
19:54américains et chinois.
19:55Ce que mes deux camarades
19:56évoquent,
19:57c'est le souhaitable.
19:59La réalité,
20:00actuellement,
20:01c'est que
20:0290% des licornes
20:04d'IA dans le monde
20:05sont américaines
20:06et chinoises.
20:07Donc on a,
20:09alors,
20:10il faut bien décrypter
20:12quand la Chine
20:13signe
20:14un papier
20:15selon lequel
20:16elle adhère
20:18à un IA ouvert,
20:20c'est en réalité
20:21un IA
20:22construit
20:23sur
20:24un Internet ouvert,
20:26sur Linux,
20:28c'est-à-dire
20:29des modèles
20:30ouverts
20:31plutôt que
20:31des modèles propriétaires
20:33qui était
20:34la voie choisie
20:35par les Américains.
20:36C'est ce qu'ils font
20:36avec les logiciels
20:37de leurs voitures,
20:37les Chinois,
20:38ce qui est assez étonnant
20:39parce qu'on peut les imaginer
20:39hyper professionnistes.
20:41Alors ça,
20:41c'est quelque chose
20:45d'essentiel
20:46et je pense
20:47que l'Europe
20:47est dirigée
20:48par des imbéciles
20:49parce que
20:50nous sommes en retard
20:51mais Linux
20:52est une base
20:53de rattrapage.
20:55Il se trouve
20:56que
20:57Windows
20:58et Microsoft
20:59viennent de faire
20:59une erreur stratégique
21:01qu'ils sont en train
21:02de reconsidérer,
21:03c'est-à-dire
21:04d'obliger
21:05tout le monde
21:06à passer
21:06à Windows 11
21:08ce qui met
21:0915 à 20%
21:10des micro-ordinateurs
21:11mondiaux hors course
21:12et c'est en train
21:14de provoquer
21:15un développement
21:15massif
21:16de Linux
21:17et des logiciels
21:19alternatifs
21:20aux modèles
21:21de Microsoft.
21:22Ça fonctionne vraiment
21:22parce qu'il faut
21:23s'accrocher
21:23pour Linux
21:24ça a fait des progrès
21:26considérables
21:26et c'est là
21:28ma remarque
21:29de tout à l'heure
21:29sur les dirigeants
21:30européens
21:30c'est là
21:31où il faudrait
21:31mettre
21:3210, 20, 30 milliards
21:33d'euros
21:34sur la table
21:35sur 5 ans
21:36les principaux
21:38pays européens
21:39parce que
21:40Linux
21:40est totalement ouvert
21:42et ça serait
21:43un moyen
21:43de rattrapage
21:44ça serait un moyen
21:45de favoriser
21:46une IA
21:47qui serait
21:49au moins
21:49alternative
21:50au modèle
21:51fermé américain
21:52sachant que
21:54l'intelligence
21:55artificielle
21:56pour les Chinois
21:57c'est aussi
21:57un élément
21:58de leur développement
22:00militaire
22:00puisqu'ils veulent
22:01avoir une capacité
22:03militaire
22:03au moins aussi bonne
22:05que celle des Américains
22:06l'IA c'est un élément
22:07clé du développement
22:08des armes
22:09du futur
22:09donc
22:10il faut qu'on se réveille
22:12sur l'IA
22:13et une base
22:14Linux
22:14non propriétaire
22:16et système ouvert
22:17c'est
22:19un élément
22:20du futur
22:20je suis stupéfait
22:22qu'au niveau
22:22européen
22:23et pour l'instant
22:23il n'y ait pas
22:24de réaction
22:24alors cette réaction
22:26elle se fait
22:27sur le terrain
22:30il y a un vrai mouvement
22:31c'est un vrai sujet
22:32pour vous
22:33et pour BFM
22:35ce qui se passe
22:35sur Linux
22:36c'est une vraie
22:37alternative
22:38qui se développe
22:38rapidement
22:39je ne suis pas sûr
22:39Christian
22:40de voir très clairement
22:41le lien direct
22:41entre le développement
22:42de l'IA
22:43et le passé
22:44par un logiciel
22:46libre
22:46pour le développement
22:47l'IA
22:48on a besoin
22:48de CapEx
22:49c'est comme un temple
22:53vous avez le sous-bassement
22:55qui est libre
22:56et ensuite
22:57vous construisez
22:58des applications
22:58qui sont propriétaires
23:00mais sur une base libre
23:01et ça permet
23:02une coopération mondiale
23:04beaucoup plus efficace
23:05et ça
23:06c'est vraiment
23:06un élément clé
23:07de l'avenir
23:08sur l'IA
23:09aussi
23:09ce qui est terrifiant
23:10c'est qu'on a quand même
23:11des forces en Europe
23:12on a des centres
23:13de recherche
23:14importants
23:15il y a très peu
23:16de coopération
23:16entre ces chantres
23:17donc l'INRIA
23:19c'est du très haut niveau
23:20il y a un centre
23:21de recherche
23:21de très haut niveau
23:23en Belgique
23:24il y a des choses
23:25très puissantes
23:26en Allemagne
23:27il y a
23:27même si les anglais
23:29sont sortis
23:30à Cambridge
23:31Oxford
23:31il y a des choses
23:33exceptionnelles
23:33donc il faudrait
23:35là aussi
23:36une alliance
23:37des centres de recherche
23:37européens
23:38mais on est
23:39avec des dirigeants
23:40européens
23:41qui sont médiocres
23:42en fait
23:42qui restent
23:43dans le chacun pour soi
23:44qui restent
23:45dans le chacun pour soi
23:46et qui ne sont pas encore
23:47sur la voie
23:48de la mutualisation
23:49de la mise en commun
23:51aussi bien des investissements
23:52que des financements
23:53on va en rediscuter
23:54bon oui
23:55et peut-être de la dette
23:56quand même
23:57puisque les eurobonds
23:58font leur grand retour
23:59on va en parler
23:59dans la seconde partie
24:00de l'émission
24:01on va se retrouver
24:02dans une toute petite minute
24:04grande question
24:05c'est les eurobonds
24:05pour quoi faire
24:06et les eurobonds
24:07pour quoi faire
24:07voilà
24:08on va en parler
24:09dans quelques minutes
24:11et on va parler
24:11énergie aussi
24:12on va revenir
24:13sur les enjeux
24:14de la troisième
24:14programmation pluriannuelle
24:16de l'énergie
24:16la fameuse PPE
24:17que vous connaissez bien
24:18dorénavant
24:19sur BFM Business
24:20ne quittez pas
24:21on se retrouve tout de suite
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