- il y a 9 mois
Ce jeudi 12 décembre, la transition écologique et les dix ans de l'accord de Paris ont été abordés parChristian Saint-Étienne, économiste et auteur de "Trump et nous : comment sauver la France et l'Europe", Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet d'audit BDO France, et Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Allez, on est de retour pour la seconde partie de l'émission avec toujours autour de la table Anne-Sophie Alsif, Christian Saint-Etienne et Ludovic de Sauté.
00:08On va parler transition écologique. C'est les 10 ans de l'accord de Paris aujourd'hui.
00:13C'était le 12 décembre 2015, très exactement.
00:18Et à cette occasion, le gouvernement va publier la troisième édition de sa stratégie nationale bas carbone.
00:25Peut-être qu'on peut commencer simplement par expliquer ce qu'est la stratégie nationale bas carbone, Ludovic.
00:30Pour faire vite, en deux mots, la stratégie nationale bas carbone SNBC.
00:35La fameuse SNBC 3.
00:37En gros, tout à l'heure, on parlait justement de la structuration.
00:41C'est la feuille de route qui, sur la décennie qui vient, donne des objectifs en termes de réduction de carbone sur les grands leviers.
00:48Alors les grands leviers, c'est évidemment le transport, l'industrie, mais aussi l'agroalimentaire, le logement et tout ça.
00:53Et donner des objectifs et des priorités là-dedans.
00:59C'est un élément important et structurant.
01:02Évidemment, qui arrive maintenant avec une période qui est un peu différente.
01:05Parce que les enjeux climatiques et les attaques normatives et les besoins d'omnibus au niveau européen font que cette approche-là est de plus en plus discutée.
01:14Mais pour autant, ça définit des priorités.
01:17Et dans la stratégie, notamment bas carbone, pour faire le parallèle et pour faire le lien avec le thème qu'on a abordé,
01:26c'est la voiture électrique étant des éléments clés dans le domaine du transport et sur lequel il va y avoir du boulot pour atteindre les objectifs.
01:35On parlait planification tout à l'heure.
01:36Alors vous appeliez de vos vœux une planification, c'est très précisément ce qu'on fait là avec la stratégie nationale bas carbone.
01:41Oui, sauf que c'est une planification sur une erreur d'appréciation fondamentale.
01:47On a une planification réglementaire, mais on ne s'est pas intéressé aux moyens de production.
01:55Donc on se retrouve avec des objectifs de transition climatique, mais avec des voitures chinoises, avec des éoliennes chinoises, avec des panneaux photovoltaïques chinois.
02:07Alors je pense qu'il y aura, de la part des historiens, dans les dix prochaines années, une réévaluation de ce qu'a fait Biden, même s'il était sénile à la fin.
02:18Mais il ne faut pas oublier qu'en 2022, il a fait voter deux lois absolument massives aux États-Unis.
02:24La première, c'était nous allons reproduire les microprocesseurs sur notre territoire.
02:29Il a mis plusieurs centaines de milliards de dollars sur cette option.
02:33En Europe, à la même époque, on s'est dit...
02:36Alors l'Europe, c'était 20% des microprocesseurs mondiaux en 2000, et on était tombé à 8%.
02:42On s'était donné l'objectif de monter à 12%.
02:44Il y a quelques semaines, le nouveau commissaire en charge du secteur a dit « peut-être que ça sera 8,5%. »
02:50Bon, parce qu'on n'a pas mis des centaines de milliards.
02:53On n'est pas à l'échelle.
02:54Quand on veut faire un effort dans ce domaine-là, c'est une usine de microprocesseurs, une seule, c'est 10 milliards de dollars si on veut y aller.
03:02Donc, si on a besoin de 10 usines, il faut mettre 100 milliards.
03:05Si vous mettez 5 milliards, il ne se passe rien.
03:08Donc ça, c'est un point clé.
03:11Mais sur le panneau photovoltaïque, dans la commission précédente de Van der Leyen,
03:17puisqu'elle est la numéro 2 maintenant,
03:20mais dans son premier mandat, il y avait une commissaire à la transition écologique
03:25qui avait dit, justement, on ne va pas faire de stratégie sur la fabrication de panneaux photovoltaïques
03:32parce que comme ils arrivent moins cher de Chine, ça va favoriser la transition.
03:36Non, mais il faut être malade.
03:37C'est-à-dire qu'on fait travailler...
03:39En fait, on a créé un Buy China Act.
03:42On n'a jamais été capable de faire un Buy European Act depuis 50 ans,
03:46mais on fait un Buy China Act.
03:48On a choisi les meilleurs produits avec la meilleure technologie au meilleur prix.
03:52Ça peut être aussi inspirationnel.
03:53Mais Biden, qu'est-ce qu'il a fait ?
03:54L'autre sujet, l'autre projet de loi, l'autre loi qu'il a fait voter en 2022,
04:01c'est ce qu'on appelait l'IRA.
04:02Alors nous, on le voyait à l'époque comme un instrument de délocalisation de nos entreprises.
04:09Mais en fait, le fondement de l'IRA, c'était quoi ?
04:13C'était, oui, on va faire la transition,
04:15mais on veut des panneaux photovoltaïques fabriqués aux Etats-Unis,
04:20on veut des voitures électriques fabriquées aux Etats-Unis,
04:22on veut des éoliennes fabriquées aux Etats-Unis.
04:24Donc, c'est tout le mindset européen sur la transition climatique.
04:30Est-ce qu'on fait cette transition avec des productions européennes
04:33où, exactement comme vous venez de le dire,
04:36on se fout que ce soit fabriqué ici ou pas,
04:39du moment que c'est moins cher en l'achetant ailleurs, c'est très bien.
04:43Mais ça, et je termine par là,
04:45ça fait 50 ans qu'on mène une politique pro-consommateur
04:49en oubliant les producteurs.
04:51Mais si vous n'avez plus de producteurs, vous n'aurez plus de consommateurs.
04:54Alors, ça a semblé un débat théorique,
04:56mais c'est ce qui est en train d'arriver, y compris en Allemagne.
04:59Parce que dans l'industrie automobile en Allemagne,
05:02quand on ajoute tout, ils ont déjà annoncé plus de 100 000 suppressions d'emplois.
05:06Quand on regarde en France, c'est ce qu'on évoquait tout à l'heure,
05:11on voit les usines des constructeurs qui se ferment,
05:14mais on ne voit pas derrière, puisque c'est les deux tiers de la production automobile,
05:19les sous-traitants qui ferment ou qui délocalisent.
05:22Donc, effectivement, si on ne met pas en place une stratégie industrielle
05:26qui intègre une protection temporaire permettant aux entreprises européennes
05:34de se développer pour atteindre les niveaux de qualité et de compétitivité
05:38que vous appeliez à l'instant, on va mourir.
05:42Et puis, il y a une autre grande question, Anne-Sophie Assis, c'est qui va payer ?
05:44On sait où on veut aller, on a la trajectoire pour atteindre le net zéro en 2050,
05:48mais on ne sait pas encore comment faire payer.
05:50Oui, je pense que là, ce qui est excessivement important,
05:52ce serait-à-dire entre le pouvoir d'achat et la production.
05:55Là, en fait, ce qui est absolument fou, c'est qu'on donne en effet des objectifs,
05:58mais on ne regarde pas quelle est la capacité productive
06:00et on n'a pas de politique industrielle européenne.
06:02On a une politique commerciale, mais on n'a pas de politique industrielle.
06:05Donc, ça paraît complètement fou.
06:06Et en effet, tous ces objectifs, la Chine se dit, très bien,
06:09on cherche à écouler nos produits, c'est juste là.
06:12Donc ça, c'est vrai que c'est absolument fondamental.
06:14Le problème, c'est que ça perdure.
06:16Et pourquoi ça perdure ? Parce qu'on reste dans,
06:18et on le voit ce qui se passe en Allemagne dans les débats,
06:19ah, bah oui, on est dans une économie ouverte.
06:21En fait, l'Europe continue de raisonner
06:24comme si on était dans une économie de marché classique.
06:26Ça paraît spectaculairement incroyable.
06:29En fait, on s'en fiche, on veut bien travailler avec les Chinois, etc.
06:31Si on est dans une situation normale,
06:33vous avez 10-20% de parts de marché,
06:35on n'est pas d'accord avec eux,
06:35on travaille avec un Américain, avec un Coréen, etc.
06:38Là, on n'est pas dans ce système-là.
06:40On est dans un système où un pays va avoir
06:42plus de 80% des parts de marché.
06:44Sur les panneaux, c'est 98%.
06:4898% sur les panneaux solaires pour la Chine.
06:51On n'est plus du tout dans une économie ouverte.
06:52Avant, bien sûr, comme vous l'avez dit très bien,
06:55on peut dire que c'est le pouvoir d'achat,
06:56on fait venir les meilleurs produits,
06:57la meilleure qualité, au meilleur prix,
06:59on est dans une concurrence par hâte, etc.
07:01Aujourd'hui, on n'est plus là-dedans
07:02puisqu'on a un nouvel acteur
07:04qui est en position de situation dominante
07:07quasiment partout.
07:08Donc ça, c'est fini.
07:09Il faut arrêter avec cette vision en disant
07:10« Ah ben oui, mais c'est parce qu'on veut le même produit,
07:13il se trouve qu'il est chinois, donc on fait la Chine. »
07:14Non, ça, il faut absolument arrêter.
07:16Et je suis vraiment sur le pouvoir d'achat
07:18parce qu'à mon sens, c'est absolument central.
07:19On l'a vu avec Chine, etc.
07:21Premier réflexe des Européens,
07:22et les Chinois le savent très bien,
07:24et pour eux, c'est du bonheur total
07:25qu'on leur donne dans les mains,
07:27« Ah, c'est le pouvoir d'achat. »
07:29Et on voit les éléments de langage,
07:30c'est quoi ?
07:31Vous voulez sacrifier le pouvoir d'achat des Français ?
07:33Est-ce que vous voulez sacrifier le pouvoir d'achat des Chinois ?
07:35Et l'environnement,
07:35parce que les voitures chinoises électriques,
07:37elles sont bonnes pour l'environnement aussi, bien sûr.
07:39Ce qui est très intéressant,
07:40c'est le même argument chez les Américains d'ailleurs.
07:42Nous avons la meilleure technologie,
07:43vous ne voulez pas la meilleure technologie.
07:44Votre propre aux armes sont utilisées par la Chine
07:46contre nous.
07:47Est-ce que ça, c'est inimaginable que ça se passe en Chine ?
07:51Posons-nous cette question.
07:52Donc, il faut voir que le politique utilise le pouvoir d'achat
07:55pour dire,
07:56« Ah ben non, mais c'est normal que les produits chinois
07:58viennent alors qu'ils ne respectent aucune norme, etc. »
08:00Mais c'est surréaliste.
08:01Jamais la Chine accepterait ça.
08:03Je pose une question.
08:03Le bureau politique du Parti communiste chinois,
08:06les sept qui dirigent la Chine,
08:08ils doivent rêver tous les matins en se disant,
08:11« Mais ils sont cons à ce point. »
08:12On se marre beaucoup à Pékin tous les matins
08:17en regardant les Européens.
08:18Je pose une question bête,
08:19mais toute entreprise avec un monopole de 98%,
08:22le droit de la concurrence européen
08:24s'appliquerait immédiatement pour dire,
08:27« Je veux casser ce monopole. »
08:28On ne peut pas imaginer un droit de la concurrence internationale.
08:32Non, mais il s'applique.
08:33En Europe, dès que vous voulez avoir un géant,
08:34qu'est-ce qu'on a fait pendant l'occasion ?
08:35On les a tués en disant,
08:36« Ben non, il ne faut pas qu'il y ait des géants européens dans le numérique.
08:39Il ne faut pas qu'il y en ait dans le secteur de l'énergie. »
08:41Pas du tout. Justement, le pouvoir d'achat du consommateur.
08:44Donc, ça marche très bien en Europe
08:45parce qu'on n'en a pas des géants européens.
08:46Le Google européen, on n'en a pas.
08:48Donc, voilà, on a loupé le coche.
08:49Ça a très bien marché pour nous.
08:51Le problème, c'est qu'ailleurs,
08:52ils ont fait exactement l'inverse et il y en a plein.
08:54Et ce que disent Anne-Sophie et de concert avec Christian,
08:59c'est cette candeur européenne,
09:01je ne sais pas comment on peut l'appeler,
09:03mais en tout cas,
09:04qui n'est plus dans la perte actuelle de ce logiciel.
09:07En tout cas, la mauvaise stratégie.
09:09Le problème, c'est que ça commence à impacter
09:11même des secteurs et des domaines
09:13sur lesquels on croyait, on imaginait qu'eux.
09:16Il y a quelques semaines,
09:18on parlait de l'histoire des satellites
09:19sur lesquels l'Europe,
09:21qui était avec Ariane
09:23il y a encore 10 ou 15 ans en tête
09:25au niveau mondial en termes de lanceurs,
09:27a vu passer tout le marché
09:28des micro-lanceurs
09:30et on a raté la strata.
09:34Je rappelle que là,
09:35depuis quelques semaines,
09:36il y a les premières locomotives chinoises
09:38qui roulent en Europe de l'Est
09:40et que là aussi,
09:41on avait des géants,
09:42Siemens, Alstom et tout ça.
09:44Et c'est le début.
09:45C'est le début.
09:46C'est-à-dire que je n'ai pas envie
09:47d'être un oiseau de mauvaise augure.
09:49C'est-à-dire que c'est Comac avec Airbus
09:51et ainsi de suite, ainsi de suite.
09:52C'est-à-dire que si l'Europe,
09:53à un moment,
09:54ne montre pas
09:55que d'abord,
09:56il y a des règles
09:57et qu'elle est capable
09:58de tisser,
09:59de construire des murs
10:01pour protéger ces industries
10:02et pas juste sur des histoires
10:04de normes
10:05avec une vision du consommateur,
10:07et à un moment,
10:07il ne restera plus grand-chose.
10:08Et puis encore une fois,
10:09on peut le faire intelligemment
10:10avec du transfert de compétences,
10:11de savoir et de technologie.
10:13On ne peut pas interdire
10:14telle entreprise sur le marché, etc.
10:15Vous allez en Chine,
10:17vous avez accès à Google
10:18et aux grandes plateformes
10:19numériques américaines ?
10:20Ça n'existe pas.
10:20Non, il n'y a pas de WhatsApp.
10:22Non, mais ce que je voulais dire aussi,
10:24c'est que...
10:25Question Saint-Étienne.
10:26On pourrait être tétanisé
10:28en analysant la situation actuelle
10:30et on pourrait se dire
10:31les Chinois,
10:32ils font 6 mètres de haut,
10:34ils courent 3 fois plus vite que nous
10:36et donc c'est mort.
10:37Non, ce n'est pas comme ça
10:38que c'est advenu.
10:40En fait, les Chinois
10:41ont une planification stratégique,
10:46mais ils mettent des moyens colossaux derrière.
10:48Alors, ces moyens,
10:49c'est à la fois des subventions publiques,
10:52mais ce qui est beaucoup analysé
10:54par le Department of Commerce
10:56des États-Unis,
10:58c'est qu'ils regardent aussi
10:59les financements.
11:01Donc, beaucoup de ces activités
11:03qui conduisent aux importations
11:06dont on parle
11:06ont été financées
11:08par le secteur bancaire chinois.
11:12Alors, ce qui se passe,
11:13c'est que d'abord,
11:14les taux d'intérêt sont très faibles,
11:16mais que dès qu'une entreprise
11:18qui obéit à la planification chinoise
11:20de prendre des parts de marché en Europe
11:22se trouve en difficulté,
11:24eh bien, le prêt est annulé.
11:27Donc, le Department of Commerce
11:29suit ça de très près.
11:31Et sur les panneaux photovoltaïques,
11:33on peut donner un exemple.
11:34Si, sur les panneaux,
11:36les Américains se rendent compte
11:38qu'il y a un delta de 40%
11:40de compétitivité,
11:42que ce delta est dû
11:43pour moitié à des subventions,
11:45pour moitié au financement
11:46tel que je les ai évoqués,
11:48ils mettent des droits compensatoires
11:50immédiatement de 40%
11:51pour aussi longtemps
11:52que les Chinois conduisent
11:53cette politique.
11:54En Europe,
11:55c'est ça qui est très important,
11:56c'est ce que je montre
11:57dans le livre que vous citiez tout à l'heure,
11:59la politique européenne
12:00depuis une quarantaine d'années,
12:02c'est la politique
12:04dite des droits moindres.
12:06C'est-à-dire, on voit
12:07qu'il y a un delta de 40,
12:08on va mettre 30
12:09de droits compensatoires
12:11parce que, justement,
12:12on a la religion de la concurrence,
12:14donc on se dit
12:15« Ah, ça va forcer
12:16les Européens
12:17à s'aligner ».
12:18Sauf que si on met 30,
12:19les Chinois disent
12:20« C'est pas grave,
12:21on va augmenter les subventions,
12:23on va augmenter les financements,
12:24ils s'en foutent totalement ».
12:25Et par ailleurs,
12:26dernier point,
12:27puisque vous vouliez parler
12:28du dollar et de l'euro,
12:29ils ont laissé filer le yuan
12:31qui a perdu 20% de son pouvoir,
12:34enfin, en termes de parité relative
12:39avec à la fois le dollar
12:41et l'euro.
12:43Et là aussi,
12:44on reste sans réaction
12:45puisque, alors que le traité
12:47de Maastricht permettrait
12:48à la Banque Centrale Européenne
12:50d'avoir une action sur l'euro,
12:52elle s'est interdite
12:54depuis le démarrage
12:55d'utiliser cette arme.
12:58Donc, on utilise,
12:59on laisse les Chinois utiliser
13:00de l'arme monétaire.
13:02On les laisse utiliser
13:03l'arme des subventions.
13:05On les laisse utiliser
13:06l'arme des financements.
13:08Donc, les Chinois,
13:08ils ne sont pas plus grands que nous,
13:09simplement,
13:10ils utilisent des armes interdites.
13:13Si vous jouez au football,
13:15mais qu'une équipe
13:16a également des couteaux
13:17dans son short,
13:19eh bien,
13:19le résultat ne sera pas le même
13:21que si on joue
13:22selon les règles.
13:23Sur les financements,
13:24pour l'essayer,
13:26parce que c'est absolument essentiel,
13:28l'autre élément,
13:28c'est comment se finance
13:29l'économie chinoise.
13:32La grande différence avec nous,
13:33Etats-Unis et Europe,
13:34c'est que nous,
13:34on est des modèles
13:35qui vivons uniquement
13:35sur la dette,
13:36du déficit public.
13:37D'ailleurs,
13:38les Etats-Unis sont,
13:39les Chinois sont
13:39les créanciers des Etats-Unis.
13:41Eux,
13:41c'est du cash,
13:42parce que c'est eux
13:43qui fonduisent
13:44tout le manufacturier mondial.
13:46Donc,
13:46eux,
13:46ils vendent absolument
13:48tout ce que l'on a
13:49autour de ces tables
13:49partout dans le monde.
13:51Donc,
13:51ils ont des milliards
13:51et des milliards
13:52et des milliards
13:52qui rentrent.
13:53Nous,
13:54nos modèles tiennent
13:55sur de la dette
13:56et sur des créanciers,
13:57que ce soit les Etats-Unis
13:58ou l'Europe,
13:58qui accèdent de nous prêter.
13:59Donc là aussi,
14:00ça fait une puissance financière
14:03qui est absolument colossale.
14:04C'est très facile,
14:05vous n'avez que du cash
14:05de remettre 20-30 milliards,
14:07vous avez les plèches-pônes,
14:08les poches pleines d'argent,
14:11c'est très facile.
14:12Nous,
14:13c'est est-ce qu'on va faire
14:13un emprunt,
14:14est-ce qu'on va nous prêter
14:14à quel taux,
14:15etc.
14:15Donc ça,
14:16ça change tout.
14:16Et donc,
14:17cette politique de désindustrialisation,
14:19on la paie aussi
14:20sur le financement.
14:21Et puis,
14:21j'ajoute un élément
14:22qui est que le marché chinois
14:23est beaucoup plus unifié
14:24à la fois que le marché américain
14:26et encore beaucoup plus,
14:27évidemment,
14:28que le marché européen.
14:29Sur ce point,
14:31en termes d'opérateurs téléphoniques,
14:34il y en a 3 en Chine,
14:36180 en Europe.
14:38Voilà,
14:38tout est dit dans les Chine.
14:39Mais on dit que ce n'est pas grave
14:39parce que par pays,
14:40on n'a que 4 ou 5.
14:41Voilà.
14:42Et il ne faut pas descendre en dessous
14:43parce que la compétitivité est clé.
14:46Quelques dogmes à bouger.
14:47Allez,
14:47il nous reste quelques minutes
14:48pour qu'on termine
14:49sur l'eurofort
14:50et le dollar fragile.
14:51Est-ce qu'on est en train
14:52de gagner une bataille monétaire
14:54ou de perdre la guerre économique ?
14:56On a eu quelques éléments de réponse
14:58depuis 40 minutes
15:00que nous sommes ensemble.
15:03Bon,
15:04moi,
15:04je voulais partir d'un premier constat,
15:05c'est que quand même,
15:06l'euro résiste mieux que prévu
15:07à l'inflation,
15:09au choc géopolitique,
15:10à la guerre commerciale.
15:12C'est quand même un acquis formidable.
15:14Mais face au dollar,
15:17est-ce que,
15:17voilà,
15:17je repose la question,
15:18est-ce qu'on est en train
15:19de gagner une bataille monétaire
15:20ou de perdre la bataille économique ?
15:22Parce que ça peut aller
15:22dans les deux sens.
15:23Christian Saint-Étienne,
15:24je commence avec vous.
15:24Je ne suis pas aussi optimiste
15:26que vous sur l'euro.
15:27Il faut honorer un peu l'optimisme,
15:28vous savez,
15:29dans cette position
15:29qui parle toujours très lucide,
15:32mais pas toujours très optimiste.
15:33c'est pas la politique monétaire qui nous a permis
15:37de tuer l'inflation,
15:38c'est juste la déflation des prêts importés.
15:41En fait,
15:42l'Europe vit sur un contrat machiavélique
15:48et dantesque depuis une trentaine d'années
15:50qui est,
15:51nous importons de la déflation chinoise
15:53en contrepartie de la fermeture de nos usines.
15:56Donc,
15:57c'est un pacte avec le diable.
16:00Un pacte faustien.
16:00Donc,
16:01la question,
16:02c'est quand est-ce qu'on casse ce contrat monstrueux
16:04qui a conduit
16:06ou qui accélère
16:06la désindustrialisation.
16:09Donc,
16:10sur l'euro,
16:11ce qui m'inquiète le plus,
16:13c'est la façon dont les Américains pénètrent
16:15la finance européenne.
16:17Et quand on parle de marché intégré
16:19des capitaux européens
16:21et des marchés financiers,
16:23à un moment,
16:23il faut regarder les détails.
16:25Qui est-ce qui le demande le plus ?
16:27Ce sont les banquiers américains.
16:28Et aujourd'hui,
16:29on dit qu'il y a 300 milliards
16:31de l'épargne européenne
16:32qui part aux Etats-Unis.
16:33Comment ça se fait ?
16:35Alors,
16:35vous allez placer votre argent,
16:37c'est un intermédiaire,
16:38y compris européen.
16:40Et puis,
16:40il vous vend l'idée que,
16:42finalement,
16:43comme personne ne sait
16:44quelles sont les actions
16:45qui seront les plus favorables
16:47à 10 ans,
16:48on va investir essentiellement
16:50en ETF,
16:52qui sont des mécanismes
16:54de réplication
16:55de l'évolution des indices.
16:56mais les gens ne voient pas
16:58que derrière ça,
17:00c'est un moyen
17:00d'envoyer l'argent
17:01aux Etats-Unis.
17:02Donc,
17:02il y a un moment aussi
17:03où,
17:04non seulement,
17:05il faut faire attention
17:06et avoir une politique stratégique
17:08dans l'industrie,
17:09mais il faut une politique stratégique
17:11dans la finance également.
17:12Donc,
17:13c'est une politique stratégique
17:14d'ensemble.
17:15D'ailleurs,
17:16on évoquait,
17:16on l'a dit à plusieurs reprises,
17:18tous les trois,
17:19depuis tout à l'heure,
17:20les Chinois,
17:21ce n'est pas seulement
17:22une politique industrielle
17:23qu'ils ont,
17:23c'est une politique financière
17:25pour pousser l'industrie.
17:27D'ailleurs,
17:27quand on a eu
17:28la réindustrialisation
17:29de 1945 à 1975,
17:31c'est important de se souvenir
17:34parce que ce n'est pas
17:34au Moyen-Âge.
17:35Le passé éclaire
17:36le présent et l'avenir.
17:37En 1945,
17:38la France était nettoyée.
17:41Oui.
17:42On oublie toujours
17:43que les bombardements
17:45américano-britanniques
17:46avaient plus détruit
17:47l'industrie française
17:49en 1944-1945
17:51qu'on avait détruit
17:52l'industrie allemande.
17:53On avait plus détruit
17:54nos usines
17:55que celles de l'Allemagne,
17:57ce qui va permettre
17:58à l'Allemagne
17:58de redémarrer
17:59beaucoup plus vite.
18:00Mais si on regarde
18:02donc sur la politique monétaire,
18:06le fait d'accepter
18:07que la Chine dévalue
18:09à ce point,
18:10les Américains
18:11ont trouvé une parade.
18:13Le taux moyen
18:14de droits de douane
18:16après toutes les discussions
18:18apparemment
18:20est de l'ordre
18:20de 42 à 43%
18:22aujourd'hui.
18:23Donc les Américains
18:24se disent
18:24ça compense
18:25les 20%
18:26de dévaluation
18:26du yuan
18:27par rapport au dollar.
18:28Mais nous,
18:29on n'a pas 40%
18:30vis-à-vis de la Chine.
18:31Donc on se prend
18:32et la stratégie industrielle
18:34et la stratégie financière
18:36de la Chine
18:37pour dominer
18:38les marchés mondiaux.
18:39Mais en plus,
18:40on reste sans réaction
18:41face à la dévaluation
18:42du yuan.
18:43Le double effet
18:43qui se coule.
18:44Anne-Sophie,
18:45est-ce que le refroid
18:46est une bonne nouvelle
18:46macroéconomique
18:47ou un problème micro
18:48pour notre industrie ?
18:51Alors en effet,
18:52par rapport à la Chine,
18:53ça a été dit.
18:54En effet,
18:54je pense que c'est un problème.
18:55Il y a aussi par rapport
18:56à la réserve fédérale
18:56parce que,
18:57souvenons-nous,
18:58quand on a eu l'annonce
18:59des droits de douane,
19:00on se disait
19:00c'est fini,
19:02ça va être très inflationniste,
19:03il va y avoir un choc,
19:05impact de récession
19:06aux Etats-Unis,
19:07je me souviens très bien
19:08sur ce plateau,
19:09c'est vraiment la fin,
19:10etc.
19:10Bloomberg,
19:1165% de récession.
19:13Nous,
19:13on calcule les acquis de croissance,
19:14c'est impossible de...
19:16Non,
19:17je vous dis qu'il n'y avait pas
19:17de récession aux Etats-Unis,
19:18c'est vrai.
19:20Parce que vous calculez
19:20les acquis de croissance,
19:21vous avez l'économie
19:22qui est à 3,5,
19:22vous ne pouvez pas être
19:23en récession.
19:24Donc déjà,
19:24ce n'était pas possible.
19:25Mais surtout,
19:26ce qui est assez intéressant,
19:26c'est qu'en effet,
19:27les droits de douane
19:27auraient dû être à 3,5,
19:29ils sont à 1,5 de croissance,
19:31donc pas de récession.
19:32Il est,
19:33et on voit Donald Trump
19:34joue sur la réserve fédérale
19:35pour qu'il baisse
19:36beaucoup plus les taux,
19:36en se disant,
19:37ben voilà,
19:38bon là,
19:38il y a une nouvelle baisse,
19:38c'est ça qui va me permettre
19:41de continuer
19:42de financer mon économie,
19:43mais pas d'inflation
19:44et pas d'effondrement
19:45de l'économie aussi,
19:46parce que justement,
19:47ce qu'ils font,
19:48c'est qu'ils investissent
19:49massivement
19:50avec la fameuse
19:50intelligence artificielle.
19:52Et donc l'idée,
19:52c'est de se dire,
19:53bon ben d'accord,
19:53j'ai perdu le pari industriel,
19:55ça peut être inflationniste,
19:56plein d'usines ont dit
19:57qu'elles allaient s'ouvrir
19:58aux Etats-Unis,
19:59on voit que ce n'est
19:59vraiment pas le cas.
20:01Par contre,
20:02comme j'ai cette fameuse
20:03bulle de l'IA,
20:03mais que j'investis
20:04500 milliards
20:05dans l'IA à 2029,
20:07eh bien on voit,
20:08en effet,
20:08toute la croissance américaine
20:09est soutenue
20:10et donc l'effondrement
20:10qui a été attendu
20:11ne l'est pas.
20:13Et donc ça va encourager
20:14toujours ces investissements
20:15dans l'IA
20:16et dans la tech
20:17qui vont absolument continuer.
20:18Avec la nouvelle personne
20:20qui sera à la tête de la Fed,
20:21je pense qu'il va continuer
20:22d'avoir une baisse
20:23des taux d'intérêt
20:24alors qu'il y a toujours
20:25des tensions inflationnistes
20:26qui sont importantes
20:26aux Etats-Unis,
20:28beaucoup plus qu'en Europe,
20:29notamment dans le logement.
20:30Et c'est vrai que c'est important
20:31parce que Trump
20:31n'a pas fait beaucoup sa campagne
20:32sur le coût du logement,
20:34mais je pense qu'ils vont
20:34continuer de baisser les taux.
20:35Donc on voit qu'on a
20:36une stratégie très agressive
20:38de réindustrialisation,
20:40d'investissement dans l'IA,
20:41la tech,
20:41qui est quand même
20:41leur secteur fort.
20:43Et de l'autre,
20:44on contient les anticipations
20:45d'inflation
20:46en continuant de baisser les taux.
20:48Donc là, on voit
20:48que c'est vraiment
20:49un pari gagnant-gagnant
20:50et nous, c'est vrai
20:51qu'on est tétanisé
20:52alors qu'on n'a plus d'inflation.
20:53Nous, on est dans le perdant-perdant, nous.
20:54Bon, vous n'êtes pas,
20:55mais en tout cas,
20:55on n'a plus en effet
20:56d'inflation
20:56et on se dit
20:57qu'on ne veut pas baisser les taux
20:58parce qu'il y a plein
20:59de risques exogènes, etc.
21:00Et donc, on reste
21:01avec des taux...
21:02Hésitants.
21:03Non, mais on est toujours
21:03dans l'hésitation.
21:04Voilà, on est dans l'hésitation.
21:05Par rapport à tout ce qu'on dit
21:07tous les trois,
21:08le téléspectateur doit se dire,
21:10mais comment on en sort ?
21:12Pourquoi on évoque
21:14les sous-jacents ?
21:16C'est parce que
21:17si vous ne connaissez pas
21:19le sous-jacent
21:20de la politique monétaire
21:21et financière européenne,
21:22si vous ne connaissez pas
21:23le sous-jacent
21:24de la politique
21:25commerciale européenne,
21:27notamment la fameuse
21:28stratégie des droits moindres,
21:30et ainsi de suite,
21:31si vous ne connaissez pas
21:32les difficultés
21:34sur le plan industriel,
21:35vous vous dites
21:36en fait c'est foutu,
21:37on ne peut rien faire.
21:39Mais maintenant,
21:40vous détricotez à l'envers.
21:42Si on mettait en place
21:43une stratégie financière
21:44en Europe
21:45alors que l'Europe
21:46a un taux d'épargne gigantesque,
21:48si on mettait en place
21:49une stratégie industrielle
21:50alors que nous avons encore
21:52les ingénieurs,
21:53dans dix ans,
21:54ce ne sera peut-être plus le cas,
21:55mais nous avons encore
21:56les ingénieurs.
21:56Si vous mettez en place
21:57une stratégie commerciale,
21:59l'Europe peut parfaitement
22:00rebondir.
22:01Donc,
22:01le message central
22:02quand on détricote
22:04la situation actuelle
22:05pour essayer
22:06de comprendre
22:07ce qui se passe,
22:08ce n'est pas
22:08pour se suicider,
22:10c'est pour comprendre
22:11qu'en fait,
22:12il y a des pistes
22:13de rebond,
22:13mais il faudrait agir
22:14et maintenant.
22:15Merci pour ce message
22:17d'espoir.
22:18Terminons sur une bonne note
22:19cette semaine.
22:21Merci Christian Saint-Etienne,
22:22merci Anne-Sophie Assif,
22:24merci Ludovic de Sauté
22:25à tous les trois.
22:26Cette émission
22:26était passionnante.
22:27Tout de suite,
22:28vous retrouvez
22:28Christopher Dembic,
22:30tout pour investir.
22:31L'émission est disponible
22:32en podcast et replay
22:34sur l'appli
22:35et le site
22:35bfmbusiness.fr
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