00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Life. Notre invité c'est Ambroise Fayol. Bonjour, vous êtes le vice-président de la Banque Européenne d'Investissement.
00:06Vous avez dévoilé vos résultats annuels. 100 milliards d'euros investis dans le monde en 2025, c'est un montant record.
00:13La France a bénéficié à elle seule de 13 milliards. C'est le plus important bénéficiaire.
00:18Est-ce que c'est parce qu'on est le premier contributeur ou ce sont des raisons qui sont tout autres ?
00:22Alors non, pas du tout. On est effectivement le premier actionnaire de la BEI, la Banque de l'Union Européenne,
00:29à égalité avec l'Italie et l'Allemagne. Mais nous, on finance des projets et c'est parce qu'il y a beaucoup de très beaux projets en France
00:38sur les priorités de la BEI qu'on est aujourd'hui, comme l'année dernière, le premier pays bénéficiaire.
00:44Donc ça correspond à une vision d'investissement. La France a pas mal de projets à faire valoir.
00:50Voilà, on est dans des investissements qui touchent beaucoup la lutte contre les effets du changement climatique,
00:58l'innovation, la sécurité et la défense, qui est une nouvelle priorité de la BEI, les infrastructures du quotidien.
01:06Et sur tous ces sujets-là, il y a beaucoup de très beaux projets en France qu'on est très heureux de financer.
01:11Alors quand on regarde dans le détail, sur par exemple les sujets climat et énergie,
01:15il y a un gros sujet pour vous, notamment avec Enedis, d'infrastructures, de réseaux, pour faire en sorte qu'il y ait des interconnexions entre les pays.
01:23Oui, alors on a beaucoup. Aujourd'hui, en Europe, à peu près la moitié des investissements qu'il y a sur les réseaux d'énergie sont financés par la BEI.
01:30Oui. Et en France, on a financé deux très gros projets cette année.
01:37D'abord, effectivement, avec Enedis, comme on le fait chaque année, pour la modernisation des infrastructures et du réseau.
01:44Et un projet d'interconnexion avec l'Espagne et plus généralement la péninsule ibérique, donc dans le golfe de Gascogne,
01:52qui est un très gros projet puisque ça touche à peu près 1,6 milliard d'euros à égalité entre l'Espagne et la France.
01:58Et ce qu'il vaut pour la France vaut pour d'autres régions en Europe et ça permet d'augmenter l'efficacité de notre réseau électrique.
02:07Sur les questions de défense, 4 milliards investis, ça effectivement, c'est un nouveau paradigme pour vous.
02:12Vous n'aviez pas le droit avant d'investir sur les questions d'armement, donc 4 milliards quasiment, c'est beaucoup d'un coup.
02:18Là, sur les entreprises françaises, vous êtes allé chercher quel type de projet ?
02:23Alors c'est assez varié. On a financé en France à peu près 670 millions d'euros, en partant de pratiquement rien avant.
02:34Et ça touche un très gros prêt qu'on a fait à Thalès pour de la recherche et développement sur l'avionique et les radars de surface.
02:41Mais aussi un prêt qu'on a fait à BPCE pour que BPCE puisse financer les PME de la BITD.
02:52Et on sait que c'est un des gros sujets, la chaîne de valeur.
02:55C'est toute la chaîne de valeur de l'armement.
02:56Et puis on a financé aussi quelques petites entreprises innovantes qui nous semblent extrêmement intéressantes et prometteuses,
03:04comme par exemple Kellabs, qui finance des projets de laser entre les stations à terre et les satellites,
03:13et de stabilité de cette relation-là, ou Gatewatcher sur la cybersécurité.
03:18Donc c'est assez diversifié et ça correspond bien à la diversité des enjeux de la défense aujourd'hui.
03:25Pas d'investissement dans les drones ? Je sais qu'en France, on essaie de construire une filière autour des drones ?
03:29Pas en France cette année, mais il y en a eu ailleurs en Europe.
03:32Vous me disiez, on essaie d'avoir un impact sur le quotidien des Européens en investissement dans ce qui se voit.
03:38C'est-à-dire que vous investissez par exemple dans les écoles.
03:41C'est le rôle de l'Europe aujourd'hui de faire de la rénovation dans les écoles ?
03:46Alors d'abord, c'est le rôle de l'Europe de montrer aux Européens, y compris aux jeunes Européens,
03:54que l'Europe est là pour améliorer la qualité de leur vie quotidienne.
03:59Et ensuite, c'est aussi un investissement qui est nécessaire.
04:04Quand on voit l'état d'un certain nombre d'écoles, nous on a financé de très gros projets,
04:08par exemple à Marseille, pour la rénovation des écoles primaires,
04:11mais aussi pour des collèges ou des lycées.
04:14Et ce qu'on fait dans ces cas-là, c'est qu'on finance une grande partie sur de l'efficacité énergétique.
04:19Et donc pour améliorer la performance énergétique des établissements scolaires.
04:24Et on fait pareil sur le matériel roulant pour, par exemple, les TER dans les régions,
04:32ou pour un certain nombre d'investissements qu'on fait avec nos partenaires,
04:35notamment la Caisse des dépôts, sur le logement abordable.
04:38Ça vous permet d'être une sorte de bras positif, en fait, de l'Europe ?
04:43Ça nous permet de montrer à la fois que l'Europe apporte des solutions,
04:50mais aussi que l'Europe bouge et va de l'avant.
04:53Et ça, je pense que c'est un message positif qu'il faut donner,
04:56parce qu'on a souvent une vision un peu trop pessimiste de l'Europe.
04:58Sur les questions d'indépendance, on a vu beaucoup la semaine dernière à Davos
05:01le pivot de certains Européens, la prise de conscience vis-à-vis des Américains.
05:06Ce matin, on parle beaucoup de moyens de paiement, par exemple avec Wiro,
05:09qui va faire une initiative européenne avec des concurrents.
05:12Est-ce que vous investissez aujourd'hui dans la tech,
05:15notamment dans les moyens de paiement ?
05:17Alors, on investit beaucoup dans la tech,
05:20avec un très gros programme de financement qu'on a mis en place.
05:25On n'investit pas pour l'instant dans les moyens de paiement,
05:28mais après tout, pourquoi pas ?
05:30Et en tout cas, c'est des sujets sur lesquels on travaille étroitement,
05:32parce que nous, on est aussi un gros acteur sur les marchés financiers.
05:35On emprunte pour prêter.
05:37On discute beaucoup de ces sujets-là avec la Banque Centrale Européenne en particulier.
05:40Sur les questions d'agriculture, là aussi,
05:43vous avez investi un montant sans précédent au niveau européen,
05:468 milliards d'euros.
05:47Donc, il y a d'un côté la PAC, d'un côté la BEI.
05:51C'est deux financements complémentaires ?
05:53C'est tout à fait complémentaire.
05:55Et par exemple, ce qu'on finance, nous, en France, sur la PAC,
05:57c'est que ça va de recherche et développement pour des entreprises comme Sodial,
06:03qu'on a fait l'année dernière,
06:04à du financement de jeunes agriculteurs par des banques.
06:10Et la garantie que donnent la BEI et l'État français
06:13permet d'avoir de bien meilleures conditions
06:15que celles qu'il y aurait pour les agriculteurs sinon.
06:18Votre montant d'investissement, il parle de lui-même,
06:20c'est un montant record.
06:21Donc, ça veut dire qu'il y a une sorte de prise de conscience
06:23des investisseurs européens
06:25qu'il faut désormais être plus impactant
06:30sur cette question des investissements.
06:32Vous avez l'impression, vraiment, vous, à la tête,
06:35vous êtes vice-président de la BEI,
06:36mais qu'il y a un mouvement de prise de conscience européen
06:39que l'Europe a changé ?
06:41Alors, moi, je suis absolument convaincu
06:43que l'Europe change vite.
06:45Ça apparaît toujours lent, l'Europe,
06:48en l'occurrence, sur des sujets comme la sécurité et la défense.
06:51La prise de conscience est extrêmement rapide.
06:54Le besoin d'investissement est très élevé,
06:56mais ce qu'on voit, nous,
06:57c'est que l'investissement se maintient et augmente,
07:00et c'est ce qui permet d'avoir eu cette année
07:02un montant record de 100 milliards d'euros
07:03de financement par la BEI.
07:04Et vous voyez les investisseurs privés prendre le relais,
07:07arriver à vos côtés,
07:09vous arrivez à faire l'effet de levier escompté,
07:11et vous êtes comme la BPI,
07:12donc c'est ça que vous voulez.
07:13Oui, on est comme la BPI, exactement.
07:15Et nous, ce qu'on voit,
07:16c'est effectivement qu'il y a cette arrivée
07:20de nouveaux investisseurs,
07:22mais c'est vrai qu'on est toujours à la recherche
07:24d'investisseurs privés,
07:26parce que le montant d'investissement nécessaire est tel
07:28que le public ne pourra pas tout faire.
07:30Merci beaucoup, Ombra Sfoyol,
07:31d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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