00:00Notre invitée ce matin c'est Isabelle Lebotte, bonjour, vous êtes directrice générale de la France Mutualise,
00:04directrice de l'épargne du groupe Malakoff-Médéric.
00:08Vous accompagnez 226 000 adhérents dans leur stratégie d'épargne.
00:13On a vu la semaine dernière dans les résultats des banques,
00:16tout ce stratosphérique qui avait eu des collectes notamment sur l'assurance-vie record.
00:20Comment vous expliquez ça ?
00:21Alors plusieurs explications, déjà effectivement la collecte elle est record
00:24puisque l'étude qui est sortie par le Trésor en janvier dit que l'assurance-vie maintenant
00:29c'est le placement préféré des Français.
00:30Ça fait 20% de l'épargne, ça représente à peu près au niveau global 2,2 milliards.
00:36Donc c'est conséquent, sachant que c'est 20%, le livret A c'est 15%.
00:40Donc il y a plusieurs explications.
00:41La première c'est que, et là ça sort d'une étude d'un baromètre qu'on a sorti la semaine dernière,
00:4690% des Français considèrent qu'il faut épargner, même ceux qui ont des petits revenus.
00:51Et 67% des Français disent qu'il faut épargner pour la retraite.
00:54Donc je pense qu'on bénéficie de plusieurs choses.
00:56Une insécurité quand même ambiante, les gens ont peur, il y a de l'incertitude.
01:01Donc quand on est dans l'incertitude, on épargne et le vieillissement de la population.
01:06Parce que quand on regarde la croissance de l'épargne, notamment en assurance-vie l'année dernière,
01:10ça fait quand même plus de 10%, on atteint vraiment des records complètement dingues
01:14et ça a l'air de se confirmer en plus en début d'année 2026.
01:17Parce qu'on parle beaucoup de 2025, mais c'est intéressant de regarder ce qui se passe début d'année.
01:22Donc ça a l'air de se confirmer.
01:25Et du coup, effectivement, les gens sont dans l'angoisse.
01:29Et effectivement, on a eu aussi une recrudescence sur le fonds euro.
01:32Parce que le livret A, ça a été reconfirmé en début d'année, il diminue à 1,5.
01:38Et l'année dernière, le livret A a versé en moyenne 2,16.
01:42Donc c'est en dessous de la moyenne des fonds euro qui ont été, je crois qu'aujourd'hui, on est à 2,65.
01:47Oui, c'est ça. Vous, vous arrivez à donner une performance au-dessus ?
01:51Ah bah oui, oui, oui. Nous, 3,5. 3,5, donc c'est super.
01:55Et surtout, quand on regarde les trois dernières années, on fait 11,19.
01:59Donc on a vraiment le meilleur fonds euro du marché et c'est une vraie politique.
02:03Et ce fonds, enfin ce taux, on le verse à tout le monde, sans condition de montant
02:08et sans condition d'allocation en UC.
02:11Et ça, c'est vrai que ça...
02:12C'est vrai que tout le monde a accès chez vous à la même chose.
02:14Exactement, exactement. Parce qu'on est une mutuelle.
02:18Enfin, on est dans un groupe paritaire et mutualiste.
02:20Et pour nous, l'épargne, elle doit être claire pour tous.
02:23On parlait de cette collègue sur l'assurance-vie, d'où quand même une certaine émotion
02:25dès qu'on veut toucher à la fiscalité, dès qu'il y a des débats politiques
02:28disant que l'épargne sur l'assurance-vie est improductive.
02:33On ressent une certaine émotion quand même en France.
02:36Surtout, j'ai trouvé que le débat qui a eu lieu effectivement
02:38pendant la discussion sur la loi de finances était un peu stigmatisant.
02:41On a présenté l'assurance-vie comme un espèce de coffre-fort.
02:45Et je trouve que c'est même traité finalement l'épargne longue des Français avec mépris.
02:49Déjà, si on est factuel, aujourd'hui, l'assurance-vie, ça finance l'économie réelle.
02:54Deux tiers de l'argent qui est placé va financer des obligations,
02:58qui les obligations, je rappelle juste que c'est de la dette pour les entreprises,
03:01des actions, de l'immobilier.
03:04Et ça, c'est de l'économie réelle et c'est de l'économie française et européenne.
03:07Et c'est tout sur le productif.
03:08Pardon, et c'est du productif.
03:10Exactement.
03:11Et le tiers, ça va être de la dette souveraine.
03:14Et la dette souveraine, ça paye juste nos services publics.
03:16Donc arrêtons de dire que prévoir, c'est un luxe.
03:20Et surtout, je vais vous dire, moi, je suis dirigeante d'une mutuelle, d'épargne.
03:24Et on voit derrière l'épargne, il y a des histoires de gens, en fait.
03:27C'est la retraite d'un ingénieur.
03:29C'est souvent du renoncement.
03:31C'est souvent des efforts.
03:33Donc arrêtons de faire de l'épargne quelque chose, de mépriser finalement et d'en faire un élément caricatural.
03:40Vous êtes très investi sur les questions d'ESG d'actifs durables.
03:4323% d'actifs durables dans vos fonds euros.
03:46Pourtant, on voit là de la décollecte sur les fonds ESG.
03:49Selon les derniers chiffres de Morningstar, les fonds ESG ont essuyé 84 milliards de dollars de sorties nettes l'an dernier.
03:54C'est la première année de décollecte.
03:56Est-ce que ça vous inquiète ?
03:57Est-ce que vous avez l'impression, vous, d'être dans un autre courant ?
04:00Je ne sais pas si on est dans un autre courant, mais je pense qu'il ne faut pas renoncer, en fait, à investir dans la durabilité.
04:06Ça fait partie de notre responsabilité.
04:09Et effectivement, vous citiez notre part de fonds euros, qui est un fonds euro vert.
04:14Donc, il ne faut pas y renoncer.
04:16En même temps, je pense que là, on est dans un espèce de courant, notamment avec ce qui va sortir aux États-Unis.
04:22Là, je crois que ça a été annoncé ce matin.
04:24Ils vont sortir de pas mal d'accords sur la décarbonisation.
04:26Pas mal d'accords.
04:26Donc là, les énergies fossiles redeviennent à la mode d'un autre côté de l'Atlantique.
04:31Moi, en tout cas, ma conviction, c'est qu'il ne faut pas y renoncer, il ne faut pas y continuer.
04:34Après, on doit proposer ce type de fonds à nos clients, à nos adhérents.
04:38Mais au final, c'est quand même eux qui choisissent.
04:40Sur les questions de défense, là aussi, vous êtes très investi.
04:4360% de l'encours à fin 2025.
04:47C'est beaucoup.
04:49Ce n'est pas 60% !
04:50On a progressé de 30% cette année.
04:54Effectivement, sur des fonds défense.
04:55Donc, vous aussi, vous venez de loin, comme l'ensemble du secteur qui ne finançait pas la défense.
04:59Aujourd'hui, pour vous, c'est devenu une priorité, un financement comme un autre.
05:03Ça s'est normalisé ?
05:05Alors, je ne sais pas si ça s'est normalisé.
05:06On n'y avait jamais vraiment renoncé.
05:08Parce que, de par notre ADN, on s'est créé à l'origine sur la retraite mutualiste du combattant.
05:15Donc, on est quand même avec un affinitaire militaire, culturel important.
05:20Après, effectivement, cette année, on a fait le choix d'investir dans un fonds de dette privé, le fonds EFAïstos,
05:26où on a mis 30 millions d'euros parce que ça a du sens.
05:28Parce que la défense, déjà, il y a des besoins de...
05:31Alors, c'est un fonds de dette.
05:32Donc, les boîtes de la BITD, elles ont besoin de financement
05:36parce qu'elles ont un décalage, en fait, au niveau de leur EBITDA
05:38entre les commandes que l'État leur passe et les rentrées de cash et les investissements nécessaires.
05:43Donc, ça a du sens.
05:44Et pour moi, il n'y a pas de durabilité sans souveraineté.
05:48Donc, je n'aime pas le débat qui consiste à opposer, finalement, durabilité et fonds défense.
05:54Moi, je pense qu'on pourrait...
05:55C'était un débat qui avait lieu il y a encore trois ans.
05:57Oui, mais maintenant, je dirais qu'il est un peu derrière nous
05:59parce que la défense, c'est aussi de l'emploi.
06:01Et je pense que c'est aussi notre rôle dans l'économie réelle.
06:04Sur l'immobilier, vous avez continué d'investir
06:06alors que le secteur a traversé une crise dont on ne sait pas très bien
06:09si elle sort pour l'instant, mais en tout cas, ça va un petit peu mieux.
06:12Vous avez continué d'investir, vous.
06:14Vous ne voyez pas de crise venir sur l'immobilier plus qu'elle ne l'est aujourd'hui ?
06:19Alors, sur l'immobilier, nous, on a une approche un peu particulière
06:22parce qu'on est un peu contre-cyclique, parce qu'on a beaucoup d'immobilier.
06:25Ça représente à peu près 15% de nos actifs, donc c'est beaucoup.
06:29Et on est sur du logement.
06:31Alors que la plupart de nos concurrents ont investi sur du bureau.
06:34Et ce qui a beaucoup baissé, c'est le bureau.
06:37Alors, donc nous, effectivement, sur le logement,
06:38et en plus, c'est pareil quand vous parliez d'épargne réelle
06:41et d'investissement dans l'économie réelle.
06:43Par exemple, aujourd'hui, on loge à Paris 2700 ménages.
06:48Je trouve que c'est une vraie fierté.
06:49Vous avez lancé une plateforme d'éducation financière à destination de qui ?
06:55De tout le monde, et notamment des femmes.
06:57Oui.
06:58Pour leur dire quoi ?
06:59Pour leur dire, mesdames, prenez conscience que l'autonomie financière, c'est fondamental.
07:04On a fêté cette année les 60 ans de l'autonomie financière des femmes.
07:07Donc, il y a 60 ans, pour la première fois, les femmes ont eu le droit d'ouvrir un compte bancaire.
07:11Donc, c'est assez récent.
07:12Et du coup, quand on regarde le chiffre, on se dit, oui, c'est bien, on fête l'anniversaire,
07:17mais on a de quoi s'étouffer avec le gâteau.
07:19Parce qu'aujourd'hui, il y a encore une femme sur quatre qui n'a pas de compte bancaire.
07:23Vous devez le savoir, quand il y a un divorce, l'amour, ça n'enrichit pas forcément les femmes.
07:28Perte de pouvoir d'achat de 24%.
07:30Et les femmes ont une approche du risque extrêmement différente.
07:34Puisqu'elles s'occupent moins d'argent.
07:36Et quand elles s'en occupent, elles placent dans des placements moins risqués.
07:39Donc, de facto, elles vont avoir moins d'argent.
07:41Donc, oui, on considère qu'il faut accompagner les femmes et les éduquer.
07:46Votre message, c'est de dire qu'il faut aussi que les femmes ne soient pas uniquement sur la dépense du quotidien,
07:50mais sur les placements, sur l'immobilier, sur la voiture, qu'il faut partager.
07:55Mais en part, c'est une chose qui dure.
07:56C'est-à-dire que la femme, souvent, elle remplit le frigo, mais elle n'investit pas dans les choses qui restent.
08:00Et quand il y a un événement de vie un peu compliqué, tel qu'un divorce,
08:04elle se retrouve dans une situation assez dramatique.
08:06Merci beaucoup d'être venue ce matin, Isabelle Lebo, directrice générale de la France Mutualise.
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