Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Ce lundi 19 janvier, Hortense Lacroix, gérante actions chez Montpensier ARBEVEL, s'est penchée sur l'éventualité d'un trop de complaisance des marchés face à la situation géopolitique actuelle, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00On va continuer de parler de toutes ces thématiques avec Hortense Lacroix.
00:03Elle nous rejoint pour Monten-Cernodelle. Bonjour Hortense.
00:05Bonjour.
00:06Ravie de vous retrouver. Vous allez rendre votre verdict face au marché,
00:08face à la situation aussi entre les Etats-Unis et l'Europe, dans un instant.
00:12Ce verdict que vous allez livrer, ce moment qu'on va vivre, est-ce que vous l'assumez ?
00:15Je l'assume complètement.
00:17On vous écoute.
00:18J'estime, et je l'assume, que le marché fait preuve d'un peu trop de complaisance
00:22dans un environnement extrêmement imprédictible.
00:25Waouh !
00:28Avec les menaces tarifaires de Donald Trump sur l'Europe, vous estimez les marchés encore trop hauts, Hortense ?
00:32Alors, trop hauts, ou en tout cas la prime de risque est assez étrangement comprimée.
00:36On a l'impression que le marché traverse toutes les bombes que Donald Trump peut mettre
00:43sur le terrain de la prévisibilité économique d'un chef d'entreprise,
00:48sans trop se faire de soucis.
00:49Alors, peut-être à raison, mais peut-être à tort.
00:52Donc, c'est un marché qui a, grosso modo, si on prend le marché actions européen,
00:57qui a été haussier quasiment depuis Liberation Day, avril dernier.
01:02Entre-temps, je rappelle, alors, en partie du fait du dollar qui a beaucoup baissé,
01:08mais on partait sur des attentes au début 2025 de croissance bénéficiaire à deux chiffres
01:13pour les entreprises, et puis finalement, on a fini l'année avec une croissance absolument nulle.
01:18Donc, pendant ce temps-là, toute cette hausse de marché, ça se traduit par ce qu'on appelle un re-rating,
01:22c'est-à-dire que le marché est de plus en plus cher en multiples.
01:25Il faut absolument que cette année, on l'ait notre croissance.
01:28Alors, tous ces petits événements qui, certes individuellement, ne sont peut-être pas l'apocalypse,
01:32créent quand même un climat d'incertitude qui n'est pas propice à des décisions d'investissement engageantes.
01:38Oui. Donc, manque de visibilité, le brouillard, vous choisissez plutôt la prudence, on ralentit.
01:44Ou au contraire, on se dit, si le marché tient, peu ou prou, c'est qu'il y a quand même des raisons,
01:48qu'il est plus costaud qu'on l'imaginait, qu'il y a une vraie résilience,
01:50peut-être amenée, du coup, à durer, parce que ça fait maintenant un an que Donald Trump est là
01:53et on est toujours proche des records.
01:55Donc, la résilience, elle est bel et bien prouvée et approuvée, manifestement.
01:58Ça tient. Alors, moi, j'avoue que je me suis beaucoup interrogée sur comment se fait-il que les marchés accordent.
02:03Pour moi, il y a deux hypothèses.
02:04Soit les marchés considèrent que Donald Trump, c'est un matador qui crie très fort,
02:09mais qui, finalement, à la fin, recule, parce qu'il a quand même toujours dans le viseur
02:17ce que les marchés penseront de ce qu'il fait.
02:19Il ne peut pas se permettre d'être complètement à l'envers du pouvoir d'achat des Américains,
02:23de l'effet de richesse qui est offert par la bourse.
02:26Donc, on voit qu'effectivement, quand le marché a une sanction un peu trop sévère de ses actions,
02:31il a tendance à reculer.
02:32C'est le fameux Trump always chickens out, le fameux taco, là, qui revient un petit peu.
02:38Et puis, à mesure qu'on se rapproche des mid-term élections, finalement,
02:42de plus en plus, je pense, les gens se disent,
02:44le soutien domestique est assez faible.
02:47Il s'est déjà mis quand même beaucoup de zones à dos.
02:50On ne parle pas de la Chine et de la Russie, c'est évident,
02:52mais finalement, les pays du Sud sont assez, globalement,
02:55complètement anti-occidentaux du fait de ses actions.
02:59Il a quand même retourné une grande partie de...
03:02Donc, si maintenant, il se met à dos l'OTAN lui-même,
03:05ça fait peut-être un peu beaucoup.
03:06Donc, les gens ont du mal, vraiment, à penser qu'il ira jusqu'au bout de ses menaces.
03:09Il arrive même à se mettre à dos l'allié le plus fidèle, le Royaume-Uni.
03:13Le Royaume-Uni, le Canada, enfin, effectivement, on se dit, il ne peut pas.
03:16Il ne peut pas.
03:17Tout simplement.
03:18C'est une superpuissance, c'est une économie magnifique,
03:20mais il ne peut quand même pas fonctionner tout seul sur la scène économique globale.
03:24Alors, malgré tout, à court terme, apparaît sur le marché un Trump trade,
03:27mais volume 18, à peu près,
03:29avec des valeurs liées aux télécoms, aux satellites et à la défense
03:35qui sont en forte hausse, qui résistent bien malgré la baisse des marchés en ce moment,
03:38alors que les valeurs les plus exposées, celles qui pèsent le plus lourd,
03:40c'est le luxe, c'est la tech, la tech européenne qui souffre
03:44et qui pourtant pourrait récolter les fruits de la situation.
03:48Alors, effectivement, la tech, on pourrait se dire que si l'Europe prend conscience
03:52de la nécessité d'avoir une souveraineté,
03:55les investissements seront dirigés vers ces sociétés-là.
03:58Mais alors, encore faut-il qu'elles aient les technologies.
04:00Ça prend du temps.
04:01Ça prend énormément de temps.
04:03Je pense que là, exactement, Antoine, tout à fait d'accord,
04:05c'est vraiment ça le problème.
04:06Si on se rappelle un petit peu les dernières fois,
04:08parce qu'en fait, les investisseurs ne demandent que ça,
04:10de financer de la souveraineté.
04:11C'est extrêmement...
04:12On a l'impression d'investir sur des choses durables
04:17et de reconstruire vraiment une économie.
04:19Mais si on prend un exemple, une société qu'on aime beaucoup en Allemagne
04:23qui s'appelle IONOS, je ne sais pas si vous vous souvenez,
04:25en avril 2024, IONOS a signé un contrat avec le gouvernement allemand
04:32de 400 millions d'euros pour faire un data center souverain,
04:37ultra sécurisé, magnifique.
04:38Bon, 18 mois après, on n'en a pas entendu, on n'en a pas vu un euro.
04:42Donc en fait, systématiquement, c'est quand même décevant.
04:46C'est toujours très enthousiasmant d'un point de vue intellectuel,
04:49mais ce sont des choix qui sont difficiles à faire pour les États eux-mêmes,
04:52puisqu'en fait, ce sont des investissements extrêmement lourds
04:54et ils ont des systèmes d'appel d'offres
04:55qui, a priori, privilégient toujours le mieux-disant.
04:58Oui, alors on peut regarder valeur par valeur
05:00celles qui bénéficient de ce regain de tension entre Américains et Européens
05:03sur le Groenland, notamment EUTELSAT,
05:05les satellites, ont essayé de bâtir une souveraineté européenne.
05:07EUTELSAT gagne 15%.
05:08Aujourd'hui, SES gagne 2%.
05:10OVH, dans le cloud, OVH gagne 10%.
05:13En ce moment, on a aussi toutes les valeurs de défense.
05:15Thalès gagne encore 1%, DASO Aviation plus 3%.
05:18On n'est pas surpris par tout ça.
05:20Et puis Antoine le disait, toutes ces valeurs qui sont immunisées,
05:23qui ne subissent pas les évolutions tarifaires, douanières,
05:26Orange par exemple, Orange également surperforme aujourd'hui.
05:29Tout ça vous paraît pleinement logique, Hortense ?
05:32Il y a une lecture assez logique, effectivement,
05:34qui est que l'Europe doit prendre en main sa souveraineté
05:38et en attendant, à court terme, on se met à l'abri
05:41sur des sociétés qui ne seront pas directement menacées
05:45par ces tarifs supplémentaires.
05:46Un de nos auditeurs aussi nous signale, c'est Ricky Calré.
05:49Calré, vous la suivez, 26% de hausse aujourd'hui, je ne sais pas ce qui se passe.
05:52Oui, alors Calré a une volatilité toujours très très forte.
05:56D'accord, donc on va rester super prudents sur Calré, bien sûr.
05:58Et puis les valeurs à la baisse, les valeurs du luxe.
06:00Elle très exposée aux droits de douane américain.
06:02Absolument, absolument.
06:03LVMH perd 4,2%.
06:05Aujourd'hui, LVMH qui publiera, ça y est, on connaît la date
06:07de publication de ses résultats.
06:08Son chiffre d'affaires sera la semaine prochaine, mardi 27.
06:11LVMH, Brunello Cochinelli perd 3% aussi.
06:14On a Hermès qui perd 3%.
06:15Et le luxe a quand même beaucoup remonté récemment.
06:17Donc aussi, on part d'un niveau relativement élevé.
06:20On a eu la semaine dernière la publication de Richemont
06:22qui avait un petit peu déçu, notamment en expliquant
06:24que les perspectives en Chine, c'était plutôt le ralentissement
06:26que la réaccélération.
06:28Des marges un petit peu décevantes.
06:30Donc on part...
06:31On a un ensemble de choses qui convergent.
06:35Est-ce que fondamentalement, structurellement,
06:37cette résilience des marchés n'est pas aussi due à leur extrême sagesse
06:41d'une certaine façon ?
06:42On a longtemps, pendant des décennies, dit le marché passage.
06:45Et puis, par exemple, quand il y a eu la crise iranienne,
06:47quand les Américains sont venus bombarder les sites nucléaires iraniens
06:50il y a quelques mois, on se disait
06:50« Mais pourquoi les marchés ne réagissent pas davantage ? »
06:52Et finalement, on voit que le monde n'a pas chaviré complètement.
06:55Et les marchés avaient eu raison de ne pas chavirer plus que ça.
06:58Et là, on voit que c'est pareil.
06:59Le marché ne chavire pas complètement.
07:01Est-ce qu'il relativise l'impact potentiel des droits de douane
07:03dont nous menace Donald Trump ?
07:05Moi, je pense effectivement. Et nos équipes ne sont pas particulièrement inquiètes.
07:08Ce n'est pas un jour où on a fait tourner énormément les portefeuilles
07:11pour se désexposer des valeurs exportatrices.
07:14Il n'y a pas eu de mouvement particulier.
07:15Alors pourquoi ? Parce qu'en fait, si on prend un petit peu de recul
07:18par rapport à l'ensemble des valeurs cotées en Europe,
07:21les exportations de l'Europe vers les États-Unis
07:24représentent à peu près 20% du chiffre d'affaires de ces sociétés.
07:28Dans ces 20%, il y a 7% de services.
07:30Il y a une petite dizaine de pourcents de biens manufacturés
07:34mais qui sont fabriqués sur place.
07:36Et il ne reste que 5% finalement de vente de ces sociétés européennes
07:42vers les États-Unis qui sont réellement exportées et transportées,
07:46donc soumis à ces tarifs.
07:47On estime à peu près, sur une croissance bénéficiaire
07:51attendue à 12% sur l'ensemble de l'Europe,
07:53on estime que ça aurait un impact de 1 point
07:56si on mettait en place les 10% de tarifs supplémentaires annoncés ce matin.
08:00Voilà, Hortense Lacroix avec nous aujourd'hui.
08:02Hortense Lacroix pour Montpensier Arbevel.
08:04Merci de nous avoir accompagnés aujourd'hui.
08:06Merci Guillaume.
08:06Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations