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Patrick Kuban, artiste-interprète, porte-parole de l'association LES VOIX, et Emmanuel Curtil, acteur de doublage français, voix française de Jim Carrey, étaient les invités de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce mercredi 18 mars. Ils se sont penchés sur le doublage au cinéma et le combat des comédiens contre l'intelligence artificielle sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.
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00:00Tech & Co, la quotidienne, les invités.
00:05Et vous le savez, si vous êtes un fidèle de Tech & Co, chaque soir, on s'intéresse à l
00:09'intelligence artificielle et à ses usages.
00:12Et on voit que l'IA va avoir un impact dans énormément de secteurs, dans énormément de métiers.
00:18Évidemment, les métiers col blanc, comme on dit, les comptables, mais aussi tout ce qui touche aux juridiques.
00:24On parle de santé, bien évidemment. Quid des radiologues dans quelques années ?
00:28C'est vrai qu'aujourd'hui, on arrive à scanner des dizaines et des dizaines de radios en quelques secondes,
00:32finalement, avec une précision diabolique.
00:35On parle aussi de la musique, on parle du cinéma.
00:37Et évidemment, dans ces métiers du divertissement, il y a celui de doubleur qui est très intéressant et qui s
00:46'intéresse et s'inquiète justement à l'IA.
00:49On va en parler avec nos invités. Patrick Tuban est avec nous. Salut Patrick.
00:52Bonsoir.
00:53Merci d'être là. Artiste, interprète, cofondateur et porte-parole du collectif Les Voix.
00:57On voit, Patrick, qu'on a eu la chance déjà d'échanger sur ce sujet quelquefois dans Tech & Co,
01:02la quotidienne.
01:02C'est un sujet qui, si tu me permets, on va se tutoyer, ça sera peut-être plus sympa, qui
01:07te tient à cœur.
01:08Tu portes justement, tu es là pour défendre ce métier de doubleur face à l'arrivée de l'intelligence artificielle.
01:15Et ça fait combien de temps que tu es là-dessus ? Ça fait au moins deux ans, non ?
01:17Alors je crois que je suis venu la première fois ici, c'était il y a deux ans et demi.
01:20Deux ans et demi.
01:20On est presque à trois ans.
01:22Donc on est toujours mobilisés et mobilisables aussi.
01:26Et puis aujourd'hui, on est beaucoup plus nombreux dans ce collectif.
01:29Et puis on travaille aussi depuis quelques semaines avec les auteurs de doublages.
01:33Donc c'est les gens qui écrivent et qui font l'adaptation, qui sont effectivement indispensables.
01:39Donc c'est tous ces petits métiers de cette industrie du doublage, qui représentent 110 grosses PME françaises.
01:45Et puis un chiffre d'affaires de 650 millions d'euros chaque année.
01:49Donc c'est comme une industrie dans l'industrie du cinéma, parce qu'on reste dans l'entertainment.
01:55Ça fait vite combien de personnes en France, ça ?
01:57C'est 15 000 personnes.
01:5915 000 personnes.
02:00Et puis il y a effectivement un pôle d'auteurs qui travaillent pour ces sociétés de doublage.
02:06Donc ça, c'est que pour la France.
02:07Il y a les auteurs, les comédiens.
02:08Il y a tout l'aspect technique aussi, parce qu'il faut enregistrer tout ça.
02:11Il faut faire ça dans des studios.
02:12C'est un vrai métier, un vrai savoir-faire.
02:15Ceux qui nous écoutent à la radio ou qui nous écoutent à la télé ont reconnu peut-être ta voix
02:19aussi.
02:20Tu es la voix officielle de Canal+, aussi.
02:23RTL2 et Canal+, pour les bandes-annonces de sport, spécialisés en sport.
02:28Tu as le sport juste à côté, là, chez nous, à RMC.
02:32Et puis on a le plaisir d'accueillir ce soir Emmanuel Curtil.
02:36Bonsoir Emmanuel.
02:36Bonsoir, merci.
02:38Acteur français, qui est l'une des plus grandes voix du doublage en France.
02:43Parce que c'est ça qui est intéressant, c'est qu'Emmanuel, et si tu le permets, on peut se
02:47tutoyer aussi.
02:47Bien sûr, bien sûr.
02:50Ton type de voix va donner une autre existence à des personnages qu'on a tous connus.
02:57Voilà, des personnages américains issus de films, de dessins animés.
03:01Parce que tu as doublé aussi Dingo, Simba, du Roi Lion, etc.
03:05Bug de L'Âge de Glace.
03:06Tu es la voix officielle de Jim Carrey.
03:08C'est ça.
03:08D'ailleurs, on a apprécié ton intervention qui était très remarquée durant la cérémonie des Cémas.
03:14Oui, à ma grande surprise.
03:15Enfin, ça s'est très bien passé.
03:16Ça s'est passé mieux que ce que j'aurais pu espérer.
03:19Mais c'est vrai que c'était un bon moment, oui.
03:21Avec un message qui est clair, il faut faire attention à ce métier de doubleur, qui pour
03:26vous, quand même, là c'est des warnings.
03:29On a l'impression que vous avez peur quand même de ce qui va se dessiner.
03:32Qu'est-ce qui...
03:32Je ne veux pas lancer de polémique, mais c'est juste pour apporter une petite rectification.
03:37Oui, bien sûr.
03:37On ne dit pas doubleur, on dit comédien.
03:39Comédien.
03:39Parce qu'on est des vrais comédiens.
03:41C'est justement la raison pour laquelle le doublage français est considéré certainement
03:45comme un des meilleurs, voire le meilleur au monde.
03:46C'est parce qu'on fait appel à de véritables comédiens qui ont l'art, tout en respectant
03:51la version originale, mais de se réapproprier le rôle et de le réinterpréter pour donner
03:56quelque chose d'humain, justement.
03:57Mais c'est vrai que doubleur a un côté péjoratif, mais c'est vrai que comme on dit doublage...
04:01Non, mais c'est juste un truc que...
04:02C'est des gens qui ne connaissent pas le jargon du métier, mais c'est pas...
04:05Tous les doubleurs sont des comédiens.
04:07Alors en fait, ça c'est la question.
04:09Oui, c'est...
04:12Disons qu'en principe, oui, je veux dire, il y a, comme dans tous les métiers, il y a
04:16des bons et des mauvais.
04:17Donc il y a des...
04:19En principe, effectivement, tous les doubleurs sont des comédiens.
04:22Donc on est tous des comédiens.
04:24Après, il y a, voilà, il y a, comme on peut trouver des biens, des très bons comédiens
04:29de théâtre, et puis il y en a qui sont moins bons, mais je veux dire ça, en tout
04:32cas, c'est un métier qui est fait par des comédiens et qui font indifféremment
04:37du théâtre, du moins...
04:38D'ailleurs, en ce moment, je suis sur scène, et qui font indifféremment du théâtre,
04:42de la télévision, du cinéma, de la voix off, des narrateurs dans des documentaires
04:46et du doublage.
04:47Qu'est-ce qui vous fait peur avec l'IA, concrètement, Patrick ?
04:49Qu'est-ce qui se trame en ce moment ?
04:51En fait, l'IA, pour nous, il y a deux problématiques assez simples à comprendre.
04:55C'est tout ce qui est clonage un peu pirate de nos voix.
04:58Donc c'est des sociétés qui utilisent nos voix pour faire des clones absolument illégaux.
05:04Et puis c'est aussi des utilisateurs de ces logiciels qui sont un petit peu en ligne,
05:07ces applications.
05:08C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on peut retrouver...
05:10Excuse-moi, je te coupe, parce que pour qu'on comprenne bien, on peut retrouver ton timbre
05:13de voix via l'IA.
05:16Oui, c'est ça.
05:17Et ça peut être le timbre de la voix d'un journaliste aussi ou d'un citoyen.
05:21Donc c'est des applications qui permettent de cloner des voix et des visages
05:23et qui sont absolument partout.
05:25Et on peut faire dire n'importe quoi à n'importe qui.
05:28À n'importe qui.
05:28Mais ça, c'est pas limité à votre métier.
05:30C'est pas limité à votre métier.
05:31Oui, bien sûr, bien sûr.
05:33Ça peut être moi-même, finalement.
05:35C'est le problème des deepfakes.
05:37Voilà, ça peut...
05:38C'est pas suffisamment encadré aujourd'hui.
05:40C'est-à-dire qu'il y a des textes de loi qui existent,
05:42mais ils sont pas assez sécurisants pour les citoyens
05:45et sécurisants pour les artistes d'interprète.
05:47Et après, il y a tout ce qu'on appelle les start-up un peu
05:50qui sont dans le doublage.
05:51C'est-à-dire qu'ils essaient de faire croire
05:52qu'on va pouvoir remplacer, en fait,
05:54tous ces métiers purement artistiques.
05:57Et ces start-up sont souvent, d'ailleurs, aux États-Unis.
06:01Elles s'entraînent aux États-Unis.
06:02Elles sont installées là-bas.
06:03Et donc, elles vont récupérer un peu notre travail sur Internet
06:06par moissonnage, en fait, de nos films,
06:09de nos séries, de nos documentaires.
06:10Et elles vont produire des voix qui sont pas forcément reconnaissables
06:15et qui pourraient inonder, en fait, le marché français.
06:18Et ça, effectivement, ça peut être une menace.
06:21Aujourd'hui, le public français, on l'a vu avec les Césars,
06:25et puis aussi l'appétence qu'ont les Français
06:27pour les films doublés en VF.
06:28C'est 85% des entrées au cinéma.
06:32Les films étrangers, c'est 65% des entrées au cinéma.
06:35Donc, c'est énorme.
06:36C'est un gros marché.
06:37Et donc, le succès du cinéma américain en France,
06:40il est lié, en fait, avec ce travail artistique,
06:44qui est artisanal aussi,
06:45et de tous ces métiers qui constituent un doublage de qualité.
06:48Donc, il faut effectivement, comme le dit Emmanuel,
06:50des comédiens et des comédiennes
06:52qui puissent incarner et jouer, en fait,
06:54rejouer les scènes qu'ont fait les acteurs américains.
06:56C'est ce qui crée le lien avec le public, en fait.
06:58On ne peut pas créer un lien avec une IA.
07:01Je veux dire, enfin, vous voyez.
07:02Est-ce que le doublage est une spécificité française ?
07:07On va dire aussi...
07:09Parce que c'est un art, finalement.
07:11Quand vous doublez Jim Carrey,
07:13ou n'importe quel autre comédien,
07:15on voit que vous êtes habité par le jeu du comédien,
07:18et finalement, ces deux personnalités ne font plus qu'une.
07:22Est-ce que ça, cette spécificité,
07:26elle est particulière à la France,
07:28ou est-ce que d'autres pays sont aussi,
07:32comment dirais-je, impactés par le doublage ?
07:34On sait que les Français aiment bien regarder des contenus doublés.
07:36Il y a d'autres pays, c'est le moins le cas.
07:38L'Italie est à peu près à notre niveau.
07:41L'Almanie aussi.
07:42C'est assez inhérent à la culture...
07:44Et l'Espagne aussi.
07:45Oui, oui.
07:46Tout le marché espagnol.
07:47Mais c'est vrai que la France a été très...
07:50La bande Ritmo, par exemple,
07:51ça a été créée pour le doublage français.
07:55En Italie, ils travaillent au bip,
07:56donc le travail est peut-être un peu moins précis
07:59au niveau du synchronisme.
08:01En France, on a vraiment...
08:02Oui, c'est de la joaillerie.
08:04Oui, c'est quelque chose de très très précis.
08:06C'est vraiment une partition musicale.
08:08Et alors, parce qu'évidemment,
08:10c'est un sujet que les Américains ne doivent pas bien comprendre.
08:12Parce qu'eux, ils ne sont pas impactés par le doublage.
08:14Il y a très peu de contenu doublé aux Etats-Unis.
08:16Alors ça commence.
08:17Ça commence, oui.
08:18Oui, parce que Netflix, par exemple,
08:20aujourd'hui, produise énormément de programmes en Europe.
08:23Oui, c'est ça.
08:23La Casa del Papel, par exemple,
08:24c'est peut-être en espagnole,
08:25il faut qu'ils le doublent en anglais.
08:27Donc, en coproduction avec d'autres pays,
08:29ils arrivent à créer des programmes originaux
08:31qui vont être produits en Europe
08:33et diffusés après aux Etats-Unis.
08:35Donc, ils ont besoin, effectivement,
08:36de doubler tous ces programmes européens
08:37ou d'autres continents
08:39pour le marché américain.
08:40Donc, on voit poindre, en fait,
08:42à Los Angeles,
08:42de nouveaux studios qui s'ouvrent
08:44et qui forment des comédiens au doublage.
08:46Exactement.
08:47Des filiales de studios français, d'ailleurs.
08:49Et d'ailleurs, oui, absolument.
08:50Et d'ailleurs, on envoyait des directeurs artistiques français
08:55pour aller former ces acteurs-là,
08:56pour les former comme nous, on est formés.
08:58Donc, c'est un peu le paradoxe.
09:00C'est qu'il y a aussi un nouvel écosystème aux Etats-Unis
09:03de doublage un peu traditionnel
09:05sur la base du savoir-faire français
09:07avec la fameuse bande rythmo
09:09qui nous permet de nous synchroniser.
09:11Le cauchemar, c'est quoi, finalement ?
09:13C'est que demain,
09:16je prends des plateformes comme Netflix
09:18ou Disney+, ou Prime Video,
09:21se disent, OK, finalement,
09:22on produit tellement de contenus.
09:24On va doubler tout ça.
09:26Enfin, on va traduire tout ce contenu via l'IA
09:29et on va prendre des voix artificielles
09:32sans plus faire appel à des comédiens
09:34pour doubler tout ça.
09:35C'est ça, le cauchemar, en fait ?
09:36Le danger, le cauchemar,
09:39c'est qu'on se contente d'un résultat assez médiocre
09:44approchant de celui qu'on est capable, nous,
09:46de produire en tant qu'humain,
09:48mais qui ne soit pas aussi bon.
09:50Et que, étant donné les économies substantielles
09:53que ça ferait réaliser aux studios américains,
09:56qu'ils se disent, finalement,
09:57on va diffuser...
09:59Ça teste ?
10:00Ils testent ça, quand même ?
10:02Il y a eu des tests, bien sûr,
10:03il y a eu des tentatives
10:04qui ont été assez catastrophiques.
10:08Oui, on a le fameux exemple,
10:10je ne sais pas si vous vous souvenez,
10:11de la bande-annonce du film de Stallone
10:14qui a été diffusé sur Amazon.
10:17Après, c'est une question de temps,
10:19ils améliorent le...
10:19Ce qui était plus terrible dans cette histoire-là,
10:21c'est qu'ils avaient cloné
10:22la voix du comédien qui était décédé,
10:26Alain Dorval.
10:27Ce qui est encore plus graveleux, finalement.
10:31Je crois qu'ils avaient eu une autorisation
10:33de quelqu'un de sa famille, mais...
10:34Par sa fille,
10:36qui n'était autre qu'Aurore Berger.
10:38Oui, qui était Aurore Berger, bien sûr.
10:40Et la femme d'Alain,
10:42qui avait donné l'autorisation pour un test,
10:44mais sans accepter que la bande-annonce
10:48soit diffusée.
10:48Puis ils l'ont diffusée, quand même.
10:50Je pense qu'ils sont figés éperdument.
10:52Donc, ils ont voulu faire le test
10:53et le tester sur le public.
10:55Mais bon, je pense qu'ils n'y connaissaient rien.
10:58Parce que je ne sais pas qui a pu
10:59prendre la décision de diffuser...
11:01C'est un Anglais qui a dû écouter celle-là.
11:03Il a dû dire, oh, nice !
11:04En se disant que peut-être
11:05ça allait plaire au public français,
11:06qui en plus, le public français,
11:07a quand même une certaine exigence
11:09par rapport au doublage.
11:10On l'a quand même habitué
11:11à un doublage de très bonne qualité.
11:13En revanche, excusez-moi,
11:14je vais essayer d'aller un petit peu plus loin.
11:17Parce qu'effectivement,
11:19on voit que l'IA va très, très vite.
11:21D'accord ?
11:22Qu'il y a, en fait, des progrès constants.
11:24C'est exponentiel, oui.
11:26JGPT, en 2023,
11:28n'est pas le même que celui d'aujourd'hui.
11:30Et dans tous les domaines, c'est pareil.
11:33Est-ce qu'on ne peut pas se dire, finalement,
11:35que le truc qui pourrait tenir la route,
11:37ce serait que, je ne sais pas moi,
11:39le prochain Jim Carrey,
11:40ce soit la voix de Jim Carrey,
11:43en français,
11:44avec une synchronisation labiale
11:46de son personnage, en fait, dans un film ?
11:48Est-ce que ça ne serait pas, finalement,
11:50quelque chose qui serait discutable ?
11:53Une synchronisation labiale,
11:54ça veut dire qu'on changerait,
11:55en fait, on modifierait,
11:56on ferait du morphing, quoi.
11:58Oui, c'est ça.
11:58Alors ça, c'est quelque chose
12:00que les acteurs,
12:01ce n'est pas à nous de décider de ça.
12:03C'est les acteurs à l'image
12:04qui doivent accepter ou non
12:06que leur intégrité physique soit modifiée.
12:09Si on dit à Jim Carrey demain,
12:11écoute, voilà, ton prochain film,
12:12il sera doublé en français
12:14par ta propre voix,
12:15parce qu'on arrive aujourd'hui,
12:17grâce à des outils,
12:18j'ai envie d'Event Labs, etc.,
12:20à numériser ta voix
12:21et à te faire parler en français
12:22avec ton timbre de voix
12:23et avec ton jeu,
12:25mais il faut que tu acceptes
12:27la synchronisation labiale
12:28qui sera une synchronisation labiale française.
12:30Alors le problème,
12:30c'est que le jeu américain
12:32n'est pas le même que le jeu français,
12:33donc on ne peut pas juste switcher
12:36d'une langue à l'autre,
12:38ce n'est pas du tout
12:39les mêmes attonations,
12:40ce n'est pas du tout
12:40les mêmes sonnantes, enfin...
12:42Non, mais ce que je veux dire par là,
12:42c'est que ça sera compliqué
12:44à défendre, ça.
12:45Non, non, mais ce que je veux dire,
12:45c'est que pour vous,
12:46en tant que comédien doubleur,
12:48ça va être quelque chose
12:48de difficile à défendre
12:50parce qu'on peut très bien imaginer
12:51que demain, un comédien
12:52revendique sa voix originale
12:54dans une autre langue.
12:56Oui, mais il y a un principe
12:57de réalité sur la qualité.
12:58Oui, le jeu français,
13:00il faut bien qu'il s'inspire
13:01de comédiens français.
13:02Ce n'est pas le même
13:03que le jeu américain.
13:04Donc, en fait,
13:08en volant notre savoir-faire,
13:09vous voyez ce que je veux dire ?
13:10Donc, forcément,
13:12le jour où ils réussiront
13:13à doubler un acteur
13:14comme Jim Carrey
13:15en respectant parfaitement
13:17les labiales
13:18et en le faisant jouer
13:19avec son timbre de voix,
13:20mais ce ne sera pas son jeu,
13:21ce sera un jeu qui se sera,
13:23comment dire,
13:23nourri d'une autre,
13:24de notre savoir-faire.
13:25Voilà, en gros,
13:26pour que ça marche,
13:27il faudrait obtenir
13:28le consentement
13:29du travail d'Emmanuel
13:30sur son savoir-faire,
13:31le jeu du comédien français
13:33qui imprime, en fait,
13:35le caractère de Jim Carrey
13:36en français,
13:37parce que Jim Carrey,
13:38on ne peut pas en fait
13:39traduire de manière littérale
13:41le jeu américain,
13:42c'est ce que disait Emmanuel,
13:43en jeu français.
13:44Il faut qu'il y ait
13:44un acteur français
13:45qui incarne
13:46et qui puisse effectivement
13:47donner le sens
13:48Je vous pousse un peu
13:49dans vos retranchements.
13:50Oui, bien sûr,
13:50on n'a pas la même façon
13:51de jouer l'émotion,
13:53on n'a pas les mêmes inflexions
13:54de voix sur l'émotion,
13:56on n'a pas la même façon
13:56de jouer l'humour.
13:59Vous voyez,
14:00c'est un jeu
14:01qui est quand même
14:02assez différent
14:02d'une langue à l'autre.
14:04Je veux dire,
14:04pas seulement de l'anglais
14:06ou français,
14:06mais il y a des langues
14:07qui sont plus gutturales
14:09que d'autres,
14:09est-ce que la voix
14:10d'un acteur,
14:12vous voyez,
14:12ce sera aussi...
14:15Aujourd'hui,
14:15la technologie,
14:16elle marche si on veut
14:17traduire par exemple
14:17un journaliste
14:18qui a une voix
14:19assez...
14:20Oui, monocorde.
14:20assez facile à donner.
14:21Sur un ton informatif.
14:23Informatif,
14:23ou alors un directeur
14:24de société
14:25qui veut s'adresser
14:26à 80 pays.
14:27Ça, on arrive bien
14:28à le faire.
14:28Mais sur le jeu
14:30du comédien,
14:31il faut effectivement
14:31un comédien français
14:32qui puisse incarner,
14:34qui puisse donner
14:34le sens du texte
14:35et qui puisse donner
14:36aussi l'humour.
14:37Et ça,
14:37c'est la façon
14:38de jouer française
14:39qui permet ça,
14:40qui permet cette magie.
14:41Et donc,
14:41ça ne peut pas marcher.
14:43Mais ça peut être
14:44une question de temps.
14:45Charles Bietry.
14:46Je prends l'exemple
14:47de Charles Bietry.
14:48Vous avez vu
14:49ce documentaire
14:50qui fait parler
14:52de Charles Bietry
14:52alors que
14:55Charles Bietry
14:56est atteint
14:56de cette terrible maladie,
14:58la maladie de Charcot.
14:58Il ne peut plus parler.
15:00Le résultat
15:01n'est pas parfait.
15:02OK ?
15:02D'accord.
15:02Mais c'est quand même
15:03impressionnant.
15:04On est d'accord ?
15:05On arrive à avoir
15:06le ton de la voix,
15:07le timbre de voix claire
15:08de Charles Bietry
15:09quand il s'exprimait
15:10normalement.
15:11C'est quand même
15:12assez impressionnant.
15:13Et ce que le début,
15:16finalement,
15:16dans quelques années,
15:17ça ne sera encore plus...
15:18De toute façon,
15:19dans tous les domaines,
15:20ça va être...
15:21Voilà.
15:22Les avancées technologiques,
15:23ce sera...
15:23Ça part d'une nécessité
15:24pour effectivement
15:25ce documentaire que j'ai vu.
15:26C'est plutôt bien fait.
15:27Il a fallu quand même
15:28utiliser la voix
15:29d'une journaliste,
15:30je crois,
15:30qui a fait la voix
15:31sur ce documentaire-là.
15:32Après,
15:33ils ont collé
15:33le timbre de voix.
15:34Ils ont fait une sorte
15:34de morphing.
15:36Il y a une nécessité
15:37parce qu'effectivement,
15:38il ne peut plus parler.
15:39Donc, c'est intéressant
15:40d'utiliser la technologie.
15:41D'ailleurs,
15:41pour des raisons médicales,
15:43c'est assez intéressant
15:44comme technologie.
15:44Il y a des gens du CNRS
15:45qui travaillent là-dessus,
15:46notamment à Grenoble,
15:47pour redonner en fait
15:48de la voix
15:49à des gens
15:49qui n'ont plus de voix.
15:50Et ça,
15:50c'est très intéressant.
15:52Mais là,
15:52en l'occurrence,
15:52pour nos métiers,
15:53nous,
15:53ce qu'on amène,
15:54c'est qu'on part
15:55d'une œuvre américaine
15:57avec un acteur
15:58qui s'appelle Jim Carrey
15:59qui est absolument incroyable
16:00et on rajoute
16:01le travail
16:02d'un acteur français
16:03comme Emmanuel
16:04qui va donner
16:06une substance
16:07tout à fait magique
16:09et là,
16:09ça marche.
16:10Il en reste 4 minutes
16:10pour rentrer
16:11dans le vif du sujet.
16:12qu'est-ce que vous demandez
16:14exactement ?
16:14Qu'est-ce que vous voulez,
16:16qu'est-ce que vous exigez
16:17auprès,
16:17alors,
16:18ou du gouvernement
16:19ou auprès des plateformes
16:20de contenu ?
16:23Nous,
16:23ce qu'on demande,
16:24c'est surtout
16:24une transparence
16:25de ce qui est fait aujourd'hui.
16:27C'est-à-dire que
16:27ces systèmes,
16:29en fait,
16:30utilisent nos voix
16:31et s'entraînent
16:32sur notre travail
16:33sans qu'on soit informé.
16:35Donc,
16:35il y a ce qu'on appelle
16:36par le moissonnage,
16:36en fait,
16:37de nos voix
16:37et de nos visages.
16:38Donc là,
16:38il y a un manque
16:39de transparence.
16:39Vous n'avez pas de preuve
16:40que Netflix,
16:41Prime,
16:42Disney,
16:42fait ça ?
16:43Pour l'instant,
16:43il n'y a pas d'obligation légale
16:45que ces sociétés,
16:46en fait,
16:46ouvrent leur boîte de Pandore
16:48ou leur boîte noire,
16:49on va dire ça comme ça,
16:51pour nous montrer
16:52qu'on n'est pas utilisé.
16:53Donc nous,
16:54ce qu'on demande,
16:54c'est un encadrement,
16:55déjà,
16:55en termes de transparence
16:56et de se dire
16:57que demain,
16:58on est certain
16:59de voir la télévision
17:00ou au cinéma
17:00et d'entendre aussi
17:02de vrais acteurs,
17:03en fait.
17:03Si on doit utiliser
17:04des voix synthétiques,
17:06ça doit être justifié.
17:07Pour le documentaire
17:07de Charles Bietry,
17:08c'était nécessaire
17:09pour garder,
17:10en fait,
17:10Jim Carrey
17:11dans son succès
17:13au niveau des Français.
17:15Je pense que,
17:15voilà,
17:16il ne faut pas essayer
17:17de le remplacer
17:18par une machine,
17:19en fait,
17:19ça n'a pas de sens.
17:19La machine,
17:20elle ne sera pas jouée.
17:21Ça va être une sorte
17:22d'ersatz de jeu
17:23ou de jeu totalement synonyme.
17:25Emmanuel ?
17:25L'intérêt du doublage
17:27et ce qui fait la qualité
17:28du doublage français
17:29et ce qui crée le lien
17:30entre le public
17:31et nous,
17:32comédiens spécialisés
17:33dans le doublage,
17:34c'est qu'on a l'art
17:36justement de respecter
17:37la version originale
17:37mais en se réappropriant
17:38le rôle,
17:39en le réinterprétant
17:41à notre manière,
17:42tout en respectant
17:43l'anglais,
17:43bien sûr,
17:44mais en apportant
17:46notre touche,
17:47notre fantaisie,
17:48notre émotion,
17:50nos imperfections
17:51et ça,
17:52c'est quelque chose
17:52que l'IA
17:53ne pourra pas
17:54produire aussi bien.
17:55C'est notre culture aussi.
17:56L'IA ne peut pas créer,
17:58vous voyez.
17:59Nous,
17:59on a une part
18:00de créativité
18:00quand même
18:01dans le doublage
18:02qu'on fait.
18:03L'IA ne peut pas créer,
18:04elle ne peut que reproduire.
18:05Mais est-ce que vous,
18:06aujourd'hui,
18:06vous êtes entendu
18:07par le ministère
18:08de la Culture,
18:09par exemple,
18:10est-ce qu'on vous écoute ?
18:11On nous écoute,
18:12on commence à nous écouter
18:13notamment au Sénat,
18:15à l'Assemblée nationale aussi,
18:17dans certains ministères,
18:18on a rencontré
18:19la ministre de l'IA
18:20assez récemment
18:21et on a,
18:22on commence à discuter
18:23et on essaie
18:24d'expliquer
18:25et je trouve
18:25que la soirée des Césars
18:26a été géniale
18:27parce qu'on a vu
18:28ce savoir-faire
18:30et le travail
18:31d'Emmanuel
18:31sur comment ça marche
18:33en fait,
18:34comment marche
18:35cette magie.
18:36Cette magie,
18:36c'est la rencontre
18:37de deux personnes
18:37absolument incroyables,
18:38Tim Carrey
18:39et le comédien
18:40qui le double à l'écran.
18:41Et je crois que c'est ça
18:42qu'il faut garder.
18:43S'il faut utiliser l'IA
18:44pour certaines choses,
18:45il faut que ce soit
18:45vraiment à la marge
18:46mais pas pour remplacer.
18:48Le petit sketch qu'a fait Benjamin
18:48avec la synchronisation labiale
18:52qu'on avait enregistrée
18:52préalablement,
18:53en fait,
18:54on a bien vu
18:54que tout de suite
18:55ça interpellait les gens
18:56et que d'une phrase,
18:57parce qu'il n'y a pas
18:58que Jim Carrey,
18:59mais que d'un comédien,
19:01d'une réplique à l'autre,
19:02ça évoquait tout de suite
19:03quelque chose,
19:04un personnage dans un film
19:05pour le public
19:06qui était là,
19:07qui n'est pas forcément
19:07acquise à la cause
19:08des comédiens de doublage
19:09d'ailleurs,
19:10mais ça a créé
19:12tout de suite un...
19:13Et puis,
19:14si c'est fait par des machines,
19:15en fait,
19:15c'est une partie
19:16de notre culture
19:17qui disparaît
19:17parce qu'évidemment,
19:18les serveurs,
19:19tous ces projets
19:20de doublage en IA,
19:21ce n'est pas fait en France.
19:22Ça sera fait directement
19:23à Hollywood,
19:24derrière la porte des studios,
19:26on va dire ça comme ça.
19:27Je crois que c'est vraiment ça.
19:28On parle souvent dans,
19:30j'imagine ici,
19:31de souveraineté numérique,
19:32la souveraineté des data centers,
19:34la souveraineté des commandes,
19:36des investissements.
19:36La souveraineté créative,
19:37c'est le cas.
19:38Exactement.
19:39Nous, on est en plein
19:40dans la souveraineté culturelle.
19:41C'est-à-dire qu'on n'est pas
19:42contre l'IA.
19:42Moi, je bricole à la maison,
19:44j'ai un Raspberry,
19:45je peux faire un peu
19:45de programmation,
19:46j'adore ça.
19:47Mais je veux dire,
19:48nous, on reste quand même
19:48des gens qui ont envie
19:49de créer devant des micros
19:50et de faire des choses.
19:51Il faut garder les humains,
19:53en fait.
19:53Il faut qu'il y ait
19:53une supervision humaine,
19:54c'est très, très importante.
19:55Donc, c'est ça qu'on demande.
19:57Merci beaucoup à tous les deux.
19:58Merci.
19:59Merci, François.
19:59Voilà, sujet,
20:00là encore une fois,
20:01passionnant.
20:02On va bien voir
20:03comment tout ça évolue
20:04dans les mois qui viennent
20:05et vous êtes toujours
20:06les bienvenus
20:06pour défendre évidemment
20:07votre métier
20:08et nous expliquer justement
20:10les avancées
20:10dans ce domaine.
20:11Merci beaucoup Patrick Cuban,
20:13artiste, interprète,
20:14cofondateur et porte-parole
20:14du collectif des voix
20:15et puis Emmanuel Curtil
20:17dont vous avez forcément
20:19reconnu le timbre de voix
20:21inimitable.
20:21Merci Emmanuel
20:22d'être merci
20:22dans le quartier de Takanko.
20:23Pour terminer
20:24cette émission
20:25en ce mercredi soir,
20:26au revoir.
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