- il y a 9 mois
Permettre aux associations de protection de l’environnement de profiter des compétences de salariés en entreprises : c’est l’idée de Planète Urgence qui a créé les congés solidaires. Durant leurs vacances, les collaborateurs peuvent partir pour des missions de protection de la forêt à l’étranger.
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00:00L'invité de ce Smart Impact, c'est Guillaume Tauvron, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le directeur du développement et de la communication de Planète Urgence.
00:15Je veux bien que vous nous la présentiez.
00:16Avec grand plaisir.
00:18Merci de nous inviter en tout cas.
00:20Alors, Planète Urgence, c'est une ONG internationale de préservation et de restauration des forêts.
00:25Alors, pourquoi les forêts ?
00:26C'est parce que, finalement, si on réfléchit, la première chose quand on veut lutter contre le changement climatique, l'érosion de la biodiversité,
00:34finalement, c'est de préserver ces écosystèmes clés qui sont les réacteurs du vivant, en fait, de la planète.
00:39Planter les arbres.
00:40Notamment, conserver ceux qui restent, également.
00:43Et puis surtout, essayer de comprendre pourquoi est-ce qu'on les a coupés à la base.
00:47Et c'est vraiment la raison d'être de Planète Urgence, renforcer les femmes et les hommes pour préserver les forêts et la biodiversité.
00:54Concrètement, ce qu'on va faire, c'est que dans les grands bassins forestiers mondiaux, bassins amazoniens, bassins du Congo, bassins borne au Mekong indonésien,
01:04on va créer des projets de territoire qu'on va co-développer avec des associations locales
01:09qui vont concrètement essayer de préserver et de restaurer les forêts qui ont été dégradées et qui sont vraiment au cœur de la subsistance de ces communautés locales.
01:21Et on va travailler avec ces communautés, justement, pour essayer d'inverser...
01:26Oui, la dimension humaine, elle est majeure dans l'action de Planète Urgence.
01:30C'est fondamental. Si on veut travailler sur l'environnement, il faut travailler sur l'humain.
01:34Et c'est vraiment ce qu'on va faire à travers du développement économique local.
01:38On va parler agroforesterie, on va parler agroécologie.
01:41Et on va faire également pas mal de sensibilisation à l'environnement.
01:44L'objectif, c'est vraiment de créer un territoire résilient qui va inverser ses causes,
01:50qui va travailler sur les effets et les causes de la déforestation.
01:53Est-ce que vous menez des actions aussi en Europe ou en France ?
01:56Ou est-ce que vous vous dites, finalement, on n'a pas besoin de nous en Europe ?
02:00Alors, non, nous, on se focalise vraiment sur...
02:03On a d'ailleurs beaucoup travaillé sur l'objectivation de, finalement,
02:08où est-ce qu'il faut travailler en priorité.
02:10On a dégagé trois grands critères.
02:12Les fronts mondiaux de déforestation, les points chauds de biodiversité,
02:16les fameux upspots de biodiversité, là où la biodiversité est la plus dense, remarquable, unique.
02:22Et où donc il faut particulièrement la préserver.
02:24Exactement.
02:25Et les zones de vulnérabilité humaine.
02:27Les vulnérabilités économiques, certes, mais aussi les vulnérabilités au changement climatique.
02:32Si on croise tous ces critères, finalement, ça nous donne les zones tropicales.
02:36En France, il faut agir.
02:37En Europe, il faut agir.
02:38La forêt, d'ailleurs, on aurait bien besoin.
02:40Néanmoins, si on prend pour base la priorité d'agir,
02:45c'est vraiment dans ces zones qu'il faut le faire.
02:48Avec un dispositif qui est quand même central dans votre action,
02:52c'est le dispositif de congé solidaire.
02:56Alors, on imagine bien en entendant les mots de quoi on parle, mais comment ça marche ?
03:00Alors, effectivement, c'est un des leviers qu'on va activer pour agir sur ces territoires.
03:05Donc, Planète Urgence, c'est 110 personnes dans le monde
03:08qui sont interconnectées avec ces communautés, avec ces associations locales.
03:13Et donc, ce qu'on va faire, c'est qu'on va travailler avec elles pour monter ces projets.
03:18On va agir grâce à nos équipes.
03:22Mais là où on va intervenir de façon peut-être un peu plus fine
03:26et créer un pont entre les deux mondes que sont l'entreprise et le milieu associatif,
03:31c'est qu'on va renforcer les capacités de ces associations
03:35par de l'expertise qu'on va aller chercher en entreprise.
03:38Et donc, c'est là où on va créer un pont entre ces deux mondes.
03:41Et le congé solidaire, c'est un dispositif de volontariat international en entreprise
03:47qu'on va utiliser pour aller chercher des chefs de projet,
03:52aller chercher des commerciaux, des communicants,
03:55aller chercher des gestionnaires et des comptables, par exemple.
04:00Et l'objectif, c'est de renforcer les capacités de ces acteurs locaux
04:04qui agissent pour la préservation de l'environnement.
04:06Qui en a eu l'idée ?
04:07C'est Hervé Dubois, il y a 25 ans, qui a créé ce dispositif.
04:13Depuis, c'est 11 000 volontaires qui sont partis.
04:17Et c'est des impacts, en fait, à la fois pour les communautés,
04:22les associations locales, mais aussi et surtout pour les volontaires eux-mêmes.
04:26C'est une expérience transformative.
04:28Et pour les entreprises, puisqu'elles bénéficient justement,
04:32elles soutiennent en fait ce dispositif
04:34et elles impliquent leurs salariés dans cette solidarité internationale.
04:37Alors, qui choisit ?
04:38J'imagine, là, il y a des chefs d'entreprise, des cadres qui nous regardent
04:41et qui disent, OK, ça m'intéresse, comment ça marche ?
04:43Ce sont les associations locales que vous aidez,
04:45qui vous disent, on a-t-elle besoin ?
04:47Comment vous faites interagir ?
04:49Comment vous créez ce pont ?
04:50Exactement.
04:51Alors, je dirais que nous, on est garant d'une logistique, OK,
04:54évidemment, on travaille avec des grands groupes.
04:56Donc, la question de la sécurité, la question de la logistique,
04:59tout ça est extrêmement rodé.
05:00Mais je dirais que notre principal rôle, c'est d'assurer l'impact des missions.
05:04Donc, nous, on identifie les besoins locaux.
05:07On travaille avec ses partenaires, en fait, au jour le jour.
05:10Et donc, on sait quel est le programme de renforcement de capacité
05:13qu'on va mettre en place avec eux.
05:14Et les missions de congé solidaire vont s'inscrire dans ce programme.
05:19Et l'entreprise, qui va donc faire un partenariat avec Planète Urgence,
05:24va financer la mission,
05:27permettre la formation du volontaire avant de partir, c'est fondamental,
05:32travailler sur la posture,
05:35travailler, préparer la mission.
05:37C'est souvent une découverte pour le volontaire.
05:40Et surtout, assurer le suivi sur place
05:43et le suivi au retour.
05:45Ça dure combien de temps, une mission moyenne de congé solidaire ?
05:48Ça dure deux semaines.
05:49C'est un minimum, d'une certaine façon ?
05:51C'est ça. En fait, depuis 25 ans, on a essayé beaucoup de formats.
05:55Finalement, ces deux semaines, c'est le format qui permet un impact local,
06:00qui est suffisamment long pour permettre un impact,
06:03et suffisamment court pour engager les salariés.
06:06Et donc, en fait, on a essayé différents formats.
06:08C'est le format qui fonctionne le mieux.
06:09Oui, parce que si on demande un mois,
06:10et peut-être que les gens sont un peu plus réticents,
06:12ça veut dire qu'on consacre toutes ces vacances,
06:14tous ces congés payés à partir sur une mission comme celle-là.
06:17Il y a plein de projets,
06:18mais il y en a un qui s'appelle le projet RACINE,
06:21qui est intéressant parce qu'il est presque un peu plus vaste
06:25que ce dont on parle là, c'est ça ?
06:27Il est très intéressant, le projet RACINE.
06:29Alors, c'est un acronyme,
06:30ça veut dire Renforcement des Acteurs Communautaires
06:32Investis pour la Nature et l'Environnement.
06:35RACINE.
06:35Il est intéressant parce que c'est un projet
06:39qui est financé par l'AFD,
06:41l'Agence Française de Développement,
06:42et qui va être renforcé par du congé solidaire.
06:48L'objectif, donc là, on est au Cameroun,
06:50on a ciblé quatre acteurs
06:53qui sont au cœur de la préservation des mangroves,
06:58de l'environnement sur leur terrain.
07:00Mais il y a une réalité, en fait,
07:01ça part d'un constat assez simple,
07:02c'est que ces acteurs locaux,
07:05ce sont ceux qui vont agir le plus efficacement
07:09parce qu'ils connaissent la gouvernance locale,
07:12ils connaissent les usages coutumiers,
07:14ils connaissent la réalité et les enjeux du terrain.
07:17Donc, ils ont finalement une intervention très fine.
07:20Par ailleurs, ils n'ont pas la structuration
07:23qu'on va attendre pour des grands projets ambitieux.
07:27Ils n'ont pas la capacité d'aller capter des financements
07:30pour mener à bien leur mission.
07:34Et donc, le projet Racine,
07:35c'est finalement un incubateur de ces associations.
07:39Et on va travailler avec nos équipes,
07:43avec une association sœur de Planète Urgence
07:44qui s'appelle Pulse.
07:46Et enfin, grâce aux capacités,
07:48aux expertises des entreprises,
07:50pour finalement faire de ces quatre associations,
07:53et c'est un début,
07:53on va étendre,
07:55les futures championnes
07:57de la préservation de la nature dans leur pays.
07:59Je voudrais qu'on parle plus généralement
08:01du principe
08:04et puis peut-être des difficultés
08:06des associations.
08:08Aujourd'hui, l'année 2026,
08:10elle a été proclamée par les Nations Unies
08:11« Année internationale des volontaires
08:14pour le développement durable ».
08:15Quand on lit ça, on se dit « Super ! »
08:17Il va y avoir énormément de subventions,
08:19de moyens, d'argent
08:20qui va déferler sur les associations
08:22comme vous,
08:23qui œuvrent à la préservation de la planète
08:26et au développement durable.
08:27Oui ou non ?
08:28Alors, nous l'espérons.
08:30D'accord, réponse un peu diplomatique.
08:32Exactement.
08:33La réalité,
08:35on ne va pas se cacher,
08:37c'est qu'il y a une baisse globale
08:39de l'aide publique au développement.
08:42Ça se passe en France,
08:43ça se passe en Europe,
08:44ça se passe dans le monde.
08:45Il y a un effet Trump quand même ?
08:47Parce que quand il est arrivé,
08:48ça a été une de ses premières décisions
08:49de couper dans ses budgets.
08:50Exactement.
08:50Il y a totalement un effet Trump.
08:52Alors, d'ailleurs,
08:53je dirais que Trump en est un des révélateurs,
08:56mais la réalité,
08:57c'est que ce qui s'est passé aux États-Unis
08:59se passe également en Europe,
09:00dans des échelles,
09:03peut-être moindres,
09:04mais c'est la réalité.
09:07Pour donner un indicateur,
09:08l'aide publique au développement,
09:09si le projet de loi finance l'a abouti
09:13et que tout cela est validé,
09:15on va revenir au niveau de 2016
09:16du volume de financement
09:20de cette solidarité internationale.
09:23Et pourtant,
09:23c'est quelque chose de fondamental
09:25dans un monde qui se tend.
09:28Je pense que la solidarité internationale
09:30est un des fers de lance
09:32qu'il faut vraiment soutenir.
09:34C'est vraiment un des bastions
09:35qui vont sécuriser nos populations.
09:38Je vais être très cynique,
09:39et ce n'est pas seulement des bons sentiments,
09:40c'est aussi une façon
09:41de permettre aux populations de ces pays
09:44de vivre chez elles,
09:45de rester chez elles
09:46et de ne pas forcément venir en Europe.
09:48Vous voyez ce que je veux dire ?
09:49Exactement.
09:51On peut y voir beaucoup d'avantages,
09:54on peut y voir beaucoup d'intentions.
09:56La réalité, c'est qu'en fait,
09:57on n'a pas le choix.
09:58Si on ne se préoccupe pas de ces enjeux,
10:02ça va soit revenir vers nous,
10:04soit nous impacter demain,
10:06et en fait, ça nous impacte déjà.
10:07Et donc, ça ne sert à rien
10:09de se replier sur soi-même.
10:11En fait, c'est des enjeux mondiaux,
10:13et il faut qu'on les adresse collectivement.
10:14Est-ce que vous suivez,
10:16parce que vous nous dites,
10:17ça fait 25 ans,
10:17donc il y a quand même pas mal de recul,
10:20est-ce qu'il y a des sites
10:23dans lesquels on n'a plus besoin de vous ?
10:25Vous voyez ce que je veux dire ?
10:26C'est-à-dire qu'ils ont été,
10:27OK, c'est bon, on les a sauvés,
10:28on les a préservés,
10:29et puis on passe à d'autres associations
10:30et d'autres sites,
10:31ou alors, finalement,
10:32c'est un travail vraiment
10:33de très très longue haleine ?
10:34Alors, c'est un travail de très longue haleine.
10:37On parle de 10 ans
10:39et plutôt de 25 ans, en fait,
10:41pour changer un territoire.
10:43Il faut savoir qu'une association
10:45comme Planète Urgence,
10:46dans tout projet,
10:47à l'initiative de ses projets,
10:49on a ce qu'on appelle
10:49une stratégie de sortie.
10:51Donc, ça veut dire
10:52qu'on anticipe le fait
10:53de se désengager de la zone,
10:55parce que les structures
10:56qu'on aura accompagnées,
10:58le dynamisme territorial
11:00qu'on aura impulsé,
11:01fonctionnent.
11:01On a quelques succès
11:04sur des zones de résilience
11:06en Indonésie,
11:07à Madagascar.
11:09La réalité,
11:09c'est qu'effectivement,
11:10ça prend beaucoup de temps
11:11et on n'y est pas encore
11:13sur pas mal de zones.
11:15Mais par contre,
11:16on a des succès tangibles
11:17et des impacts réels
11:19et on n'est pas loin
11:20sur certaines zones.
11:21Un dernier mot,
11:22peut-être plus lié
11:23à la géopolitique,
11:25aux tensions,
11:26je pense notamment
11:27à certains pays d'Afrique,
11:29certains pays du Sahel,
11:30dans lesquels la présence française
11:31a diminué.
11:34Est-ce qu'une association
11:35comme vous,
11:36alors vous n'êtes peut-être
11:37pas estampillé français,
11:38mais est-ce que
11:38vous souffrez parfois
11:40de ces tensions
11:41qui peuvent exister ?
11:43Ça nécessite
11:44beaucoup de finesse,
11:45en tout cas.
11:46La spécificité
11:47de Planète Urgence,
11:48c'est justement
11:49de renforcer,
11:50soutenir les structures locales.
11:52Nos équipes,
11:53on n'a pas un expatrié,
11:54ce sont que des équipes locales
11:56qui sont interconnectées
11:57avec le tissu associatif.
11:58Donc, en cela,
12:00on ne souffre pas
12:01de ce sentiment
12:04peut-être anti-français
12:06qu'on peut voir
12:06sur certaines zones.
12:08On a des confrères
12:09qui souffrent de ça,
12:11qui sont d'ailleurs
12:11désengagés
12:12de certaines zones.
12:13Voilà,
12:13ce n'est pas la réalité
12:14de Planète Urgence
12:15parce que la façon de faire,
12:16la façon de travailler,
12:17finalement,
12:18va dans le bon sens.
12:19Merci beaucoup,
12:20Guillaume Tauvron,
12:21et à bientôt
12:21sur Bsmart for Change.
12:22On passe tout de suite
12:23au Zoom de notre émission.
12:25On va parler
12:25de précarité étudiante.