00:00et Karine Duc est là, elle est présidente de la Chambre d'Agriculture du Lot-et-Garonne,
00:03elle est membre de la Coordination Rurale, elle a donc été reçue par Yael Broun-Pivet.
00:07Bonjour madame et merci d'être avec nous.
00:09Bonjour, merci de m'accueillir.
00:11Je voulais simplement corriger un petit peu, c'est mon président national qui est allé voir la présidente de l'Assemblée Nationale,
00:18moi je suis allé voir M. Travers qui nous a reçus en tant que présidente de la Commission des Affaires Économiques.
00:26La question dans ces cas-là est toujours simple, qu'est-ce que vous avez demandé à votre interlocuteur ?
00:30Ce qu'on demande depuis des années, de trop nombreuses années, qu'on a demandé il y a deux ans et qu'on a redemandé cette fois-ci,
00:37il y a deux ans, à la différence qu'il y a deux ans, on avait demandé des solutions, un cap, des mesures structurelles et des mesures conjoncturelles pour pouvoir avancer,
00:49dénonçant, essayant de dire qu'il y avait des difficultés majeures à venir, même s'il y en avait déjà beaucoup à l'époque,
00:57et qu'on allait droit dans le mur s'il n'y avait pas un séisme au niveau de la politique agricole.
01:06Ce séisme, bien entendu qu'il n'a pas eu lieu et on s'est retrouvé, on se retrouve cette année à devoir subir,
01:14et en étant vraiment la face contre le mur, et vraiment contraint à devoir.
01:22Moi, dans mon département, j'ai fait le bilan, j'ai 75% des agriculteurs qui sont en difficulté,
01:28j'ai 10% qui ne vont pas très certainement pouvoir passer l'année, 10% ça fait 500 agriculteurs sur un petit département,
01:37mais cette situation est complètement transposable sur bon nombre de départements,
01:43j'ai fait le point avec mes...
01:45Ça va bien au-delà du Mercosur, le Mercosur qui pourrait être d'ailleurs signé demain,
01:48on ne sait pas s'il sera signé par Emmanuel Macron, mais en tout cas il sera signé par l'Union Européenne,
01:53et quoi qu'il arrive, le traité va s'appliquer, si j'ai bien compris ?
01:56Mais il faut arrêter de parler du Mercosur, le Mercosur c'est un leurre,
01:59on parle à chaque fois, on nous rebrandit ce sujet,
02:01alors que sans le Mercosur, l'agriculture est dans une situation catastrophique.
02:06Donc ça va bien au-delà du Mercosur ?
02:07Bien entendu, le Mercosur est un accélérateur de la situation,
02:10mais le Mercosur n'est pas le cœur du problème.
02:13Le cœur du problème, c'est qu'on doit faire face aujourd'hui,
02:16on subit les conséquences de dizaines d'années,
02:19d'immobilisme politique, de manque de courage politique là-dessus.
02:23Mais qu'est-ce qui, avec un coup de baguette magique,
02:26quelles sont les deux ou trois mesures les plus fortes
02:29qui changeraient votre vie au quotidien et celle des agriculteurs ?
02:33Alors écoutez, au lieu d'en demander deux ou trois,
02:36je vais vous en dire une seule.
02:38Voilà, ce que j'ai demandé à M. Travers,
02:41et ce que mon représentant national va reprendre en partie,
02:45amendé de quelques-unes autres.
02:47Alors, faute d'avoir une Assemblée nationale en capacité de légiférer,
02:53on nous a vu avec la loi Duplomb toutes les difficultés
02:56et toutes les autres lois qu'ils ont pour pouvoir légiférer sur quelque chose.
03:00Ils prétextent l'immobilité de l'Assemblée nationale aujourd'hui,
03:04mais hier ils ne travaillaient pas forcément beaucoup plus.
03:06Nous, je leur ai demandé, avec les outils réglementaires qu'ils ont,
03:13de faire un moratoire, quelque chose de ce genre-là,
03:17pour, dans les grandes lignes, je ne rentre pas dans les détails,
03:20dans l'intention de libérer une profession qui subit autant de difficultés
03:28et qui est dans une situation d'urgence vitale.
03:31Mais j'entends bien, mais alors, concrètement, ça veut dire quoi ?
03:34On enlève toutes les normes, c'est ça que je voudrais comprendre.
03:37Pour ceux qui nous écoutent, qui comprennent mal vos difficultés,
03:39qui comprennent mal votre travail,
03:42qu'est-ce que précisément changerait demain avec une ou deux mesures fortes ?
03:48Alors, si vous voulez, le moratoire en lui-même,
03:52la définition de ce moratoire, son intention en tout cas,
03:55c'est de lever effectivement les contraintes et les entraves à notre profession.
03:59Donc les contraintes de l'Union Européenne ?
04:00Les contraintes, déjà, qui sont à leurs mains,
04:03parce que quand on va parler de lui...
04:06Mais quelles contraintes, précisément, c'est ça ?
04:07Je vais vous le dire.
04:08Pardonnez-moi de demander vraiment des choses.
04:11Je pense toujours à l'auditeur qui nous écoute
04:12et qui a envie de comprendre, qui se dit
04:14voilà, il y a une agricultrice que j'ai entendue sur Europe,
04:17entre 16h et 17h,
04:19tous les jours elle est contrainte par ça
04:20et elle a demandé qu'elle ne soit plus contrainte par cela.
04:24Les contraintes franco-françaises sont à la main des pouvoirs publics ici.
04:29Donc déjà, l'ANSES, c'est l'agence qui s'occupe de vérifier tout ce qui est sanitaire
04:40et d'homologuer, de donner les homologations pour les produits phytopharmaceutiques, phytosanitaires.
04:48Nous sommes au niveau européen avec l'EFSA
04:52qui est une autre agence qui n'a pas le même niveau de contraintes.
04:57La France applique des contraintes majeures plus importantes que l'Europe.
05:02Donc forcément, il y a des distorsions de concurrence intra-européenne de ce fait, mais pas que.
05:09Et c'est un exemple parmi tant d'autres où on n'a pas les mêmes outils de production.
05:13Oui, je le comprends et je me mets à votre place.
05:15Alors il est 16h14, on va marquer une pause.
05:17Vous pouvez intervenir, bien sûr, pourquoi pas poser vos questions
05:20et puis même autour de la table avec nos amis
05:22qui sont moins sensibles à cet univers de l'agriculture, cet univers rural.
05:29Peut-être que ce n'est pas un univers forcément que vous connaissez
05:32parce que vous le connaissez davantage parce que vous étiez un député.
05:35Député d'une circonscription à prédominance rurale
05:38et j'arrive en 2002, tous ces problèmes que vous évoquez existaient déjà
05:43et ça s'est aggravé et détaillé.
05:44C'est ça qui est le plus terrible d'ailleurs, c'est qu'on a le sentiment à chaque fois
05:47qu'on n'aide pas les agriculteurs, qu'on n'aide pas l'agriculture
05:51et qu'on la laisse mourir.
05:52Et certains même ont théorisé au plus haut niveau
05:56qu'il n'y a plus besoin d'agriculture ou d'agriculture en France.
05:58Moi ce qui m'avait marqué c'est que vous deviez accepter des sommes d'argent
06:02pour mettre vos terres en jachère, c'est-à-dire ne plus travailler.
06:05Mais madame ne demande pas de l'argent, elle demande de travailler.
06:08C'est pour ça que quand j'entends les 45 milliards...
06:11Moi j'ai pas envie qu'on me donne de l'argent, j'ai envie qu'on me donne du travail.
06:15On n'a pas envie de mendier dans la vie et c'est ça qu'il faut défendre.
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