00:0013h-14h, Europe 1 Info.
00:03La suite sur Europe 1, 13h32 avec vos deux chroniqueurs,
00:06Clélie Mathias-Georges Venecq, Jean-Michel Salvatore.
00:09Et vous accueillez votre invité, Philippe Brun, député PS de l'heure.
00:13Philippe Brun, bonjour, merci d'être avec nous dans le studio d'Europe 1.
00:17On va écouter Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste,
00:20qui a pris donc la parole ce matin après s'être entretenu avec Sébastien Lecornu.
00:24Le projet de budget tel qu'il est présenté aujourd'hui,
00:27est un projet de budget qui ne peut pas être le nôtre.
00:31Nous avons parlé de la suspension de la réforme des retraites.
00:34Au moment où nous nous parlons, nous n'avons aucune assurance sur la réalité de cette suspension.
00:39Nous allons continuer à nous battre.
00:41Et la meilleure garantie à tout cela, c'est que la gauche et les écologistes soient appelés au pouvoir.
00:47D'ailleurs, je veux couper court à ce stade,
00:49à toutes les élucubrations d'un gouvernement commun avec la Macronie.
00:55C'est inimaginable.
00:56Philippe Brun, il reste quelques heures avant le délai imparti,
01:00donné en tout cas par le Président de la République.
01:02Sébastien Lecornu doit prendre la parole ce soir.
01:05Est-ce que vous croyez, après avoir, on a eu un gouvernement de droite avec Michel Barnier,
01:10gouvernement Modem avec François Bayrou,
01:12et puis là Sébastien Lecornu, si on peut dire qu'on a eu un gouvernement,
01:15est-ce que l'heure de la gauche est venue ?
01:18Est-ce que vous vous imaginez au gouvernement ce soir ?
01:21Écoutez, en tout cas, nous, ce qu'on propose, c'est qu'on tente une chance,
01:24c'est qu'on essaye d'avoir un gouvernement, certes de gauche,
01:27mais qui surtout, c'est un gouvernement de défense républicaine,
01:29et qui travaille avec l'ensemble des groupes à l'Assemblée Nationale,
01:32pour faire adopter un budget.
01:35Tous les groupes ?
01:36Il faut travailler avec tous les groupes, bien sûr,
01:37c'est au Parlement qu'il faut aujourd'hui construire ensemble un nouveau budget.
01:41On voit bien, d'ailleurs, quand on discute les députés les uns les autres,
01:43on voit bien qu'il y a des points de consensus.
01:45Il y a un point de consensus sur le fait qu'il faut mieux répartir l'effort.
01:48Un effort important que demandait aux gens,
01:50ça ne doit pas être toujours les mêmes qui payent,
01:51notamment les gens qui travaillent.
01:52Il y a un consensus pour dire que sur la réforme des retraites,
01:55il y a quelque chose d'injuste pour les gens qui ont commencé à travailler tôt,
01:58qui ont 62 ans aujourd'hui,
02:00qui ont fait une carrière complète,
02:01leur demandent de travailler deux ans de plus,
02:03alors que ceux qui ont commencé à travailler plus tard,
02:04eux ne travaillent pas deux ans de plus.
02:06Il y a un consensus aussi pour dire qu'il faut protéger nos services publics,
02:09l'hôpital notamment,
02:10et préserver ses budgets,
02:11ne pas dérembourser les médicaments, bref.
02:13Donc ce qu'on propose, c'est un nouveau gouvernement,
02:16de gauche, parce que c'est ce que nous sommes.
02:18Donc pas avec des macronistes, c'est ça ?
02:20Écoutez, on ne va pas faire de grands mélanges,
02:21c'est-à-dire qu'il y aura quelque chose d'assez désespérant.
02:23Et est-ce qu'on fait un mélange avec la France Insoumise ?
02:25De toute façon, la France Insoumise a dit qu'elle ne souhaitait pas participer à ce gouvernement,
02:29et pour notre part, vous le savez,
02:31nous avons aussi dit que ce gouvernement ne devait pas comprendre
02:34de membres de la France Insoumise,
02:35donc cette question, elle est réglée.
02:37Un gouvernement, finalement, qui n'est que pour seul intérêt,
02:39l'intérêt public,
02:40et qui se dévoue, finalement, à faire adopter un budget
02:43et à sortir le pays de l'ornière.
02:45Bien, ok.
02:47Vous allez vous appuyer sur combien de députés de l'Assemblée nationale ?
02:51Parce que pas de LFI, pas de ceci, pas de cela.
02:53Il vous reste combien ?
02:54Il y a les socialistes, les écologistes, sans doute.
02:57Ça ne fait même pas une majorité relative.
02:59Ce qu'il faudra, c'est que le nouveau gouvernement négocie un accord de non-censure
03:02avec un nombre suffisant de groupes politiques.
03:05Je suis théoricien de l'accord de non-censure,
03:09la première personne à avoir fait ça.
03:10J'ai fait une tribune dans Le Monde au mois d'août 2024,
03:12où je lui ai dit que c'est la seule manière de sortir le pays de l'ornière.
03:15C'est quoi un accord de non-censure ?
03:16On met tout le monde autour de la table,
03:17certes, on participe au gouvernement parce qu'on a des divergences,
03:19mais on se met d'accord sur quelques priorités
03:21pour faire tenir le gouvernement le plus longtemps possible.
03:24C'est pas ce que Sébastien Lecornu avait essayé de faire ?
03:27Là, durant les 27 jours de négociation ?
03:29Non, en vérité.
03:30Il a essayé juste de consulter sur le budget,
03:32mais il n'y a pas eu d'accord de non-censure,
03:33ce qui s'est passé par exemple avec François Bayrou.
03:34Donc nous, on dit qu'il faut un accord de non-censure
03:36avec un nombre suffisant de groupes politiques
03:38pour arriver à 289,
03:39qui est la majorité de l'Assemblée nationale.
03:41Mettons-nous d'accord sur ce qui nous rassemble
03:43plutôt que sur ce qui nous divise.
03:44Il y a un problème par exemple en France de déserts médicaux.
03:46Il faut faire passer la loi de Guillaume Garrault sur les déserts médicaux.
03:48Il y a un problème de logement.
03:50Reconstruisons des logements,
03:51ce n'est pas clivant politiquement.
03:52Il y a un problème de pouvoir d'achat.
03:54Nous, on propose de baisser la CSG
03:55sur tous les salaires nets en dessous de 2200 euros par mois
03:58et dont les gens retrouvent du pouvoir d'achat.
03:59Bref, essayons de nous mettre d'accord sur ces sujets
04:01qui nous rassemblent
04:02pour éviter le chaos qui résulterait
04:05de l'absence d'adoption d'un budget
04:07ou d'une nouvelle dissolution
04:08qui renforcerait la crise politique que nous connaissons aujourd'hui.
04:11Jean-Michel Salvatore.
04:12Ce qu'on observe, c'est qu'on vous expliquait
04:14qu'en fait, il y a un accord quand il s'agit de dépenser,
04:16mais il n'y a pas beaucoup d'accords
04:17quand il s'agit de faire des économies.
04:19Mais si on focalise sur la suspension
04:22de la réforme des retraites,
04:25quel est l'état d'esprit des macronistes sur ce sujet ?
04:28Est-ce que Sébastien Lecornu, par exemple, ce matin, s'est engagé ?
04:32Et comment vous interprétez
04:34la prise de position de Mme Borne
04:37dans Le Parisien de ce matin ?
04:40Oui, Sébastien Lecornu a dit ce matin
04:42à Olivier Faure, Boris Vallaud et Patrick Cannaire
04:44qu'il était favorable à la suspension de la réforme,
04:48comme l'est également Elisabeth Borne,
04:51elle l'a dit dans Le Parisien hier,
04:53comme le sont maintenant un nombre très important
04:55de figures macronistes et du bloc central.
04:58Donc ça veut dire qu'à l'Elysée aussi, on est d'accord ?
05:00Je n'en sais rien, en réalité, je n'ai pas d'entrée à l'Elysée,
05:02je ne serai pas personnellement, moins que vous,
05:03sans doute, Jean-Michel Salvatore.
05:05Mais en tout cas, ce qui est clair, c'est qu'il y a aujourd'hui
05:07beaucoup de gens qui sont prêts à laisser passer, finalement,
05:10cette suspension.
05:12Pour permettre, je le rappelle, à des gens qui ont 62 ans aujourd'hui,
05:14une carrière complète, qui ont travaillé toute leur vie,
05:16qui commencent à travailler tôt,
05:17de partir une fois qu'ils ont toute leur carrière complète
05:20et que leur trimestre s'était réalisé.
05:22Oui, alors ça coûte 3,5 milliards d'euros,
05:25seulement la suspension.
05:27Je rappelle quand même que dans le budget Sébastien Lecornu,
05:29il y avait une suppression.
05:30En 2026.
05:30Oui, oui.
05:31Mais en 2035, on est à 13 milliards.
05:34En fait, on ne suspend pas jusqu'en 2035.
05:36On dit qu'on suspend jusqu'à la prochaine élection présidentielle.
05:40Donc c'est quand même beaucoup moins cher.
05:41Et je rappelle que nous proposons des économies,
05:43puisque, par exemple, le contre-budget du PS,
05:45on propose 15 milliards d'économies,
05:46et notamment 6 milliards sur les agences,
05:49la bureaucratie, les achats de l'État,
05:51sur l'immobilier de l'État.
05:52Bref, donc on a aussi des propositions d'économie.
05:54Georges Fennet.
05:55Mais est-ce que...
05:56Je vais vous poser une question directe.
05:59Est-ce que...
05:59Comment vous pensez que les Français vont entendre
06:03qu'un parti qui a obtenu, je crois,
06:051,7% des voix aux élections présidentielles,
06:10s'apprête à diriger le pays ?
06:12Comment on peut expliquer cela aux Français ?
06:14Alors, on est aujourd'hui à la Semaine Nationale,
06:17ce n'est pas l'élection présidentielle,
06:18c'est l'élection législative.
06:20C'est comme si je vous donnais les scores
06:21de Jean-Marie Le Pen il y a 15 ans.
06:24Non, non, je parle de la dernière élection.
06:26Michel Barnier, que vous soutenez,
06:28puisque vous êtes membre de LR,
06:29a été Premier ministre,
06:30avec 45 députés LR.
06:3245 députés LR.
06:33Il y a aujourd'hui 69 députés socialistes
06:36et 125 députés de gauche,
06:38si on enlève LFI.
06:39Donc on n'est pas moins légitime
06:41que Michel Barnier à essayer de constituer
06:43un gouvernement pour répondre aux problèmes du pays.
06:45Vous avez vu combien de temps il a duré,
06:45M. Barnier ?
06:46D'accord, mais enfin,
06:46on n'est pas moins légitime
06:47et on propose une méthode différente.
06:48Vous ne durez pas plus longtemps ?
06:50On propose une méthode différente
06:51de celle de Michel Barnier,
06:52qui est une méthode qui permet
06:53de discuter avec l'ensemble des groupes
06:55pour s'accorder sur un budget.
06:56Si on arrive à s'accorder
06:57sur le budget cette année,
06:58alors on est tranquille, en vérité,
06:59jusqu'en 2027.
07:00Mais vous ne mettez plus de ligne rouge ?
07:03Ça veut dire que vous priorisez,
07:05vous dites, voilà,
07:06on va essayer de faire ça, ça et ça,
07:07mais il n'y a plus de ligne rouge ?
07:09Est-ce que vous allez tout tenter ?
07:11Par exemple, la taxe Zuckmann,
07:12est-ce que vous la mettriez en débat ?
07:14Alors, on a proposé quatre choses.
07:16D'abord, un, on a dit,
07:17rien qui touche les classes populaires
07:18et les classes moyennes,
07:19il y en a assez,
07:19de frapper la France qui travaille dur.
07:22Donc, pas de gel des petites retraites,
07:24c'est quand même très injuste.
07:25Vous êtes amitié social agricole,
07:26vous êtes une retraite à 700 euros par mois
07:28comme conjoint collaborateur d'éleveur,
07:30c'est injuste que votre retraite
07:31ne soit pas indexée.
07:32Deuxième chose, on a dit,
07:34il faut de la justice fiscale,
07:35donc une meilleure répartition de l'effort.
07:37Et on ne propose, nous, la taxe Zuckmann,
07:40mais on a dit que ce n'était pas un fétiche
07:42et que si on arrivait à trouver un effort global
07:44entre 10 et 15 milliards
07:46sur les très grandes fortunes,
07:47ça nous allait, c'est ce qu'a dit Olivier Faure.
07:49Troisième chose,
07:50nous disons qu'il faut une mesure importante
07:52sur le pouvoir d'achat
07:53parce qu'on a un problème de déconsommation en France.
07:56La consommation a encore baissé le dernier trimestre.
07:58Les chiffres d'affaires et les supermarchés s'effondrent.
08:00En vérité, il n'y a plus personne
08:01dans les commerces dans notre pays
08:02parce qu'il y a eu une augmentation très importante
08:05des prix dans les dernières années,
08:06notamment des prix de l'énergie
08:07et des prises alimentaires.
08:08Et on dit qu'il faut baisser la CSG,
08:10la baisser à 2%
08:11sur tous les gens qui gagnent entre 1 SMIC
08:13et 1,5 SMIC, en gros 2 200 euros net par mois.
08:16Ça, c'est une mesure importante.
08:17Et dernière chose, effectivement,
08:19on demande la suspension de la réforme des retraites,
08:21notamment pour revenir
08:21sur ce qui est particulièrement injuste
08:23dans cette réforme,
08:24c'est-à-dire le recul de l'âge légal
08:26pour ceux qui ont tout leur trimestre à 62 ans.
08:28Jean-Michel Salvata.
08:29Quand on vous écoute,
08:30on a l'impression que c'est bien parti
08:32pour un Premier ministre socialiste.
08:35Quels sont les derniers obstacles à lever
08:37pour qu'Olivier Faure ou Boris Vallaud
08:41soient nommés Premier ministre ?
08:42Le principal obstacle est à l'Elysée,
08:44en vérité, aujourd'hui.
08:45Donc, on verra bien la décision
08:47que prendra le Président de la République.
08:49Mais en tout cas,
08:50il faut être responsable dans la période.
08:52Je crois que les gens sont assez affligés
08:54du spectacle national,
08:56que nos institutions sont particulièrement fragilisées
08:58et qu'il n'est de notre devoir
09:01d'essayer de trouver une solution.
09:02Mais dans ce que vous dites Sébastien Lecornu,
09:04est-ce que vous sentez
09:05que le Président de la République
09:07souhaite essayer de nommer
09:10un Premier ministre socialiste ?
09:11Je n'en sais rien.
09:12En vrai dire, je le connais très très mal.
09:14Ce que je dois vous dire,
09:15c'est qu'il a été très constant
09:16dans son refus d'appeler la gauche
09:17à gouverner depuis le mois de juillet 2024
09:19et qu'aujourd'hui, au pied du mur,
09:23il pourrait faire un autre choix.
09:24Cette solution aurait été viable
09:29et quelque part entendable
09:31au moment de la NUPES.
09:33C'est d'ailleurs à ce moment-là
09:34que vous avez loupé le coche.
09:35En tout cas, que le Président
09:36aurait pu effectivement imaginer
09:37vous laisser Matignon
09:39et voir ce que vous étiez capable de faire
09:41parce que vous étiez en nombre.
09:43Vous étiez le premier groupe interparlementaire
09:45en nombre dans l'Assemblée nationale.
09:47Mais aujourd'hui, il y a une rupture,
09:50il me semble,
09:50qui a été actée avec LFI.
09:53Donc vous n'avez plus la même représentativité.
09:56C'est ça la difficulté.
09:58Et aujourd'hui, on a l'impression
09:59que c'est quand même
09:59que vous vouliez une opération de sauvetage.
10:02Il faut sauver le soldat Macron.
10:04Je ne crois pas qu'on puisse être accusé
10:06de vouloir sauver le soldat Macron.
10:07On ne l'a jamais soutenu.
10:08Moi, je n'ai jamais voté pour Emmanuel Macron.
10:11Simplement, je rappelle,
10:12je rappelle Michel Barnier,
10:1345 débutés.
10:14Mais ça serait quoi ?
10:15Sauver l'hémicycle tel qu'il est actuellement ?
10:18Ne pas aller vers une dissolution ?
10:19Alors, on va faire une dissolution.
10:20On n'a pas du tout peur de la dissolution.
10:22Les sondages nous donnent davantage du député
10:24s'il y avait une dissolution.
10:25On dit simplement
10:25qu'il n'y aura jamais de majorité absolue
10:27dans cette dissolution.
10:28Il n'y a aucun sondage, d'ailleurs,
10:29qui dit que le RN aurait une majorité absolue.
10:31Donc on peut recommencer.
10:32Donc on repère trois mois
10:33et on va avoir une assemblée introuvable.
10:36C'est l'élection présidentielle, en vérité,
10:38qu'on aura ensuite une majorité absolue.
10:39Exactement.
10:40Donc essayons.
10:40Allez, on va y voir.
10:41On t'a dit une nouvelle.
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