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00:00Europe 1, Pascal Prouhé, Sabrina Medjaber, Georges Fenech, Eliott de Val-Gauthier-Lebrette et Olivier Guénet,
00:06qui nous sommes avec Karine Duc, présidente de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne,
00:10membre de la coordination rurale. Alors c'est toujours intéressant pour ceux qui nous écoutent
00:13de connaître un peu votre vie j'ai envie de dire.
00:16Vous êtes exploitante viticole dans la commune de Montesquieu, en Lot-et-Garonne.
00:21Combien de personnes travaillent sur cette exploitation ?
00:24C'est une toute petite exploitation, c'est principalement moi.
00:28et à la saison des travaux, j'emploie quelques saisonniers,
00:34mais c'est une toute petite exploitation d'une vingtaine d'hectares
00:37que j'ai lancé il y a à peu près six ans, partie de rien.
00:44Mais vous êtes une enfant de la balle, si j'ose dire,
00:47ou c'est un domaine, vous êtes née dans l'agriculture ?
00:50Oui, ce sont sur les terres familiales, où mon père avait effectivement eu,
00:55il avait essayé de tenter d'être agriculteur lui aussi,
01:00et puis il avait été contraint à de nombreuses difficultés.
01:03Ce patrimoine transmis, je me sentais cette mission-là également,
01:10parce que le patrimoine chez moi résonne quand même profondément,
01:14et que ces terres-là me semblent être normalement riches
01:18pour pouvoir produire des choses essentielles.
01:21Par exemple ?
01:22Qu'est-ce que vous produisez ?
01:23Je produis des fruits, je produis du raisin de table notamment, particulièrement,
01:28et d'autres fruits type prune,
01:30puisque sur le secteur de l'Haute-et-Garonne,
01:33notamment près d'Agin, on produit quand même pas mal de prunes.
01:35Est-ce que je peux savoir le chiffre d'affaires de votre exploitation,
01:37ou est-ce que c'est secret ?
01:38C'est une toute petite exploitation,
01:40je ne voudrais pas trop exposer mon chiffre d'affaires,
01:47parce que même s'il y a quand même beaucoup de solidarité,
01:52de cohésion dans ce métier,
01:55il y a aussi beaucoup de comparaisons,
01:58et j'ai par ma fonction par ailleurs,
02:03un devoir quand même de réserve.
02:05Et les revenus que vous en tirez,
02:07vous diriez qu'ils sont à la hauteur de l'investissement du travail que vous produisez ?
02:11Absolument pas, absolument pas,
02:13les revenus sont nuls à ce jour.
02:16Nuls ?
02:17Ça veut dire que je ne me dégage pas de revenus
02:21depuis que je me suis installée.
02:26Et ça c'est extravagant, c'est-à-dire que...
02:29C'est-à-dire ?
02:30Alors vous vivez comment s'il n'y a pas de revenus ?
02:32Eh bien, j'ai mon mari qui travaille à côté,
02:35et voilà, on fait comme on peut,
02:40on fait comme on peut,
02:41on vit modestement,
02:43et j'ai pas...
02:44Et votre mari n'est pas agriculteur ?
02:45Mon mari n'est pas agriculteur,
02:47il est salarié à côté,
02:48parce qu'on ne peut pas faire autrement.
02:51C'est pour ça que je vous pose ces questions,
02:52parce que c'est intéressant pour les auditeurs
02:54qui entendent effectivement la difficulté de ce métier.
02:58Alors en début d'émission,
02:59Emmanuel Ducroux était avec nous,
03:00les journalistes à l'Opinion,
03:02on la retrouve chaque semaine dans la matinale d'Europe 1,
03:04et je posais la question à Emmanuel,
03:07je vais la poser, celle que je posais également à Karine Duc,
03:09quelles sont les deux ou trois mesures les plus fortes
03:14qui pourraient changer la donne pour Karine Duc
03:18et puis pour l'ensemble des agriculteurs ?
03:20Alors je vais vous faire trois grandes catégories de choses
03:22qui pourraient être assez vite,
03:24en tout cas qui devraient être travaillées.
03:26D'abord il y a la question des moyens de production pour l'agriculture.
03:30On a en France une agriculture qui est sous contrainte
03:32pour l'accès à ces moyens de production,
03:34et ça la bride dans son développement.
03:35D'abord on a l'accès à l'eau,
03:37construire des stockages d'eau c'est extrêmement difficile,
03:40et dans le sud-ouest de la France c'est une nécessité,
03:42parce que le changement climatique frappe.
03:44En Occitanie on n'a pas d'eau,
03:46donc il faut stocker de l'eau,
03:47ça c'est un problème d'opposition d'écologistes
03:50qui est très problématique.
03:52Ensuite on a la question des phytosanitaires,
03:54la France surtranspose les législations européennes,
03:57on a plus de contraintes en France qu'ailleurs.
04:00Alors parce que c'est une décision politique,
04:02j'entendais madame Duc dire c'est l'an de cesse,
04:04c'est pas l'an de cesse, c'est pas l'an de cesse,
04:06c'est le politique.
04:07Par exemple si on a décidé,
04:09parce qu'on a l'idée que l'agriculture ça pollue,
04:14et que donc il faut la limiter.
04:15L'acétamipride a été supprimé par les députés,
04:18pas parlant de cesse.
04:18Pardonnez-moi de vous couper,
04:19c'est le lobby écolo qui a investi la politique
04:25et qui impose des normes pour décourager finalement les agriculteurs
04:28et qu'ils fassent autre chose.
04:30Je l'interprète comme ça.
04:32Ça va au-delà du lobby écolo, Pascal,
04:34parce que la pétition contre la loi Duplon
04:36a été signée par 2 millions de personnes.
04:37C'est-à-dire que chaque citoyen français est paradoxal
04:41dans son attitude vis-à-vis de l'agriculture.
04:44Paradoxal.
04:45Et c'est aussi parce que peut-être on a, nous, journalistes,
04:47pas fait exactement notre travail d'explication.
04:49Ils sont chauffés à blanc depuis des années
04:51pour leur expliquer que l'agriculture c'est mal
04:55et les pesticides c'est mal.
04:57Je ne vois pas comment on peut faire une agriculture sans pesticides.
05:00C'est évidemment impossible.
05:01On peut faire avec beaucoup moins, Pascal,
05:04parce que l'innovation ça existe
05:06et ça sert à diminuer les utilisations,
05:09mais la baguette magique ça n'existe pas.
05:10On a aussi par exemple un problème avec les élevages.
05:13Faire un élevage en France, c'est extrêmement compliqué
05:15parce que vous avez des normes, des enquêtes publiques, etc.,
05:18qui sont plus compliquées chez nous qu'ailleurs en Europe.
05:20Si vous voulez ouvrir un élevage de volailles,
05:22les seuils à partir desquels vous avez des contraintes
05:24sont bien inférieurs à ce qui se pratique chez nos voisins.
05:28C'est-à-dire que par exemple,
05:29à partir de 8000 volailles en France,
05:30vous êtes dans des cycles très très compliqués
05:32alors que c'est presque le double en Europe.
05:34Donc tout ça c'est compliqué.
05:34Ensuite vous avez une question de contraintes administratives diverses et variées.
05:41Bon ça il y a des procédures de simplification qui sont en cours,
05:43ça finira sans doute par s'arranger.
05:45Et puis vous avez aussi la question des revenus agricoles.
05:48Ça c'est une question intéressante.
05:49Pourquoi les revenus sont si bas ?
05:50D'abord parce que les charges sont très importantes en France.
05:53Le coût du travail agricole est par exemple
05:564 fois plus élevé qu'aux Pays-Bas,
05:58qui est devenu le premier exportateur mondial de produits agricoles.
06:01Les charges sont très élevées,
06:03le coût du travail, etc.
06:03Ça on retrouve ça dans l'entreprise,
06:05il n'y a pas que des agriculteurs,
06:06le coût du travail.
06:08Oui mais du coup,
06:09les productions locales ne sont pas compétitives
06:11face à celles qu'on importe pour les fruits et légumes.
06:13Écoutez, je vais vous remercier Karine Duc.
06:16À la différence c'est que dans les productions agricoles,
06:20nos prix n'ont pas augmenté depuis 20, 30 ans parfois,
06:25alors que les charges ont augmenté,
06:28alors que les productions ont diminué,
06:30parce que justement on est entravés
06:33par des restrictions de produits
06:35qui, je suis désolée,
06:37ne sont pas aussi efficaces
06:40quand on les remplace,
06:42il n'y a pas l'efficacité escomptée.
06:46Et souvent, ces produits de remplacement
06:48sont souvent beaucoup plus onéreux
06:50que ceux qui ont été supprimés.
06:52Donc forcément,
06:54qui dit production inférieure,
06:57dit baisse de chiffre d'affaires,
06:59augmentation des charges,
07:01pas d'augmentation de prix de vente pour nous,
07:04vous pouvez être le meilleur agriculteur de France,
07:08vous ne vous en sortirez pas.
07:11Je vais vous remercier Karine Duc,
07:13vous êtes à Paris aujourd'hui,
07:14vous repartez pour le Lot-et-Garonne demain ?
07:17Je repartirai quand j'aurai des solutions à donner
07:21à mes agriculteurs.
07:22On est bien place de l'étoile.
07:25Écoutez, vous gardez le sourire.
07:27Je vous remercie.
07:28Et puis, c'est vrai qu'on a beaucoup de tendresse
07:29pour tout vous dire,
07:30pour vous,
07:31pour votre investissement,
07:33pour la manière d'ailleurs
07:34dont vous vous exprimez
07:35avec beaucoup d'authenticité toujours,
07:37et puis le combat que vous menez,
07:39et puis la France que vous représentez,
07:40l'histoire, les traditions que vous incarnez.
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