00:00On débriefe l'actualité économique avec le journaliste Philippe Mabille.
00:03Bonjour, merci d'être avec nous.
00:04Ce matin, vous me forcez à reparler budget, Philippe, parce que c'est fini les discussions.
00:09Désormais, on est au jour d'après.
00:11Un budget avec des surprises plutôt positives, comptables.
00:14On part sur des bons auspices.
00:16Je croyais que c'était le pire budget de ces dernières années.
00:19Non, il y a quand même des bonnes nouvelles.
00:20Budget 2026, on ne sait pas encore comment il sera exécuté.
00:23Effectivement, ce n'est pas le meilleur budget qui a pu être fait.
00:25C'est peut-être le moins pire dans les conditions politiques qu'on a connues.
00:30Non, les bonnes nouvelles, c'est sur le déficit 2025,
00:32puisque avec un tout petit peu plus de croissance et de recettes, une petite cagnotte,
00:37le gouvernement a annoncé effectivement un déficit légèrement en baisse par rapport aux prévisions.
00:42Donc, c'est plutôt de bonne augure.
00:43Ça veut dire que pour tenir, notamment cette année, la barre des 5% du PIB de déficit,
00:48c'est plutôt rassurant.
00:49On part sur de bonnes bases.
00:50Après, il ne faut pas se leurrer.
00:52Est-ce que ça suffira ?
00:53Les efforts viennent essentiellement aujourd'hui de l'État.
00:58La sécurité sociale, on sait, les dépenses sont vraiment à la dérive.
01:01Les dépenses de recettes sont un vrai sujet.
01:03Et puis, vous le savez, il y a quelqu'un qui est le patron de la BPI France,
01:07qui a fait une tribune récemment dans les échos en disant,
01:11il annonce 10 ans d'austérité.
01:13C'est-à-dire que l'effort nécessaire pour tenir l'objectif des 3% de déficit en 2029
01:18va être absolument considérable.
01:20Et entre les deux, vous savez, il y a une petite élection présidentielle 2027
01:25qui va vraiment poser problème.
01:26Est-ce qu'on peut faire campagne en 2027 sur l'austérité ?
01:29Mais personne ne va faire ça.
01:31C'est-à-dire qu'il promet 10 ans d'austérité si on fait des efforts.
01:34Mais on ne va pas les faire, Philippe.
01:35Alors, ça, c'est les Français qui vont être mis à témoin.
01:37Finalement, c'est un peu l'heure de vérité pour le budget français.
01:40Ce que dit Nicolas Dufour dans sa tribune,
01:43il est assez légitime, il a fait un livre qui fait beaucoup parler
01:46sur la dette sociale de la France,
01:48qui est assez pédagogue, qui permet d'expliquer pourquoi on en est là.
01:51Parce qu'on dit toujours, c'est toujours de la fausse des autres.
01:53Non, c'est de la faute de tous les Français.
01:54On est tous un tout petit peu responsables de cette dette.
01:57Et effectivement, il va falloir que les efforts soient partagés.
02:00Alors, ce que dit Dufour, qu'en gros,
02:02c'est qu'on a aujourd'hui un excès de dépenses sociales.
02:07C'est là-dessus qu'il va falloir passer.
02:09Ça peut tout à fait se gérer,
02:10à condition qu'il y ait du courage politique pour dire
02:14peut-on continuer à fonctionner comme avant ?
02:18On ne résoudra pas les problèmes de la santé
02:20avec une démographie telle que celle qu'on a
02:23ou les problèmes de la retraite
02:24sans passer par des révisions un peu déchirantes
02:27de notre modèle social.
02:28Ça ne veut pas dire, évidemment,
02:29s'attaquer à ceux qui sont les plus fragiles.
02:31Il faut maintenir un socle de solidarité qui soit important.
02:36Et ça, c'est tout à fait légitime.
02:37Mais peut-être pour ceux qui sont, je dirais, au-dessus,
02:40alors on ne va pas donner de chiffres aujourd'hui,
02:42mais j'imagine que ce sera le débat de la présidentielle
02:44au-dessus d'un certain niveau,
02:45le niveau d'indexation des retraites
02:47et le niveau de remboursement,
02:49le reste à charge, comme on dit, sur la sécurité sociale
02:52pourrait être amené à être modifié.
02:54Alors, à la marge, ça ne va pas les ruiner,
02:55les personnes concernées,
02:57mais ça permettrait, en lissant sur quelques années,
03:00d'arriver à remettre un peu de l'ordre
03:02dans nos finances publiques,
03:03comme l'ont fait, c'est ce que dit Nicolas Dufour,
03:05les pays du Sud ont mis 7 à 10 ans
03:09pour retrouver le chemin d'un redressement.
03:11Aujourd'hui, c'est achevé pour l'Italie,
03:13pour l'Espagne, pour le Portugal.
03:15Si la France ne le fait pas,
03:16elle se retrouverait dans le paradoxe
03:18d'être dans une situation moins bonne
03:20que celle de ceux qu'on appelait autrefois
03:21les pays du Club Med.
03:23Mais à vous entendre, on a l'impression
03:24qu'on va vers un modèle social à plusieurs vitesses
03:26où vous n'êtes pas remboursé pareil
03:28en fonction de vos revenus
03:29et finalement, c'est l'universalité du modèle
03:32qui est remis en cause.
03:33Je pense que c'est ce qu'il faut aujourd'hui
03:35avoir le courage de se dire.
03:36On a aujourd'hui une démographie
03:38avec un vieillissement de la population,
03:40avec des enjeux sur...
03:42Je crois que c'est sorti ce matin,
03:44vous l'avez entendu,
03:45sur les personnes âgées,
03:46comment est-ce qu'on va s'occuper.
03:48Le manque de lits et d'EHPAD
03:49sont absolument considérables.
03:51Donc si on ne prend pas aujourd'hui
03:53la mesure de cette situation,
03:54on n'aura finalement que la situation,
03:57l'obligation de créer un impôt,
04:00peut-être le fameux impôt dépendance
04:02dans le futur.
04:04Donc il faudrait peut-être mieux,
04:05effectivement,
04:05que les chiffres clés soient mis sur la table
04:08dès l'élection de 2027.
04:10Alors est-ce que les Français,
04:11c'est la question que vous posez,
04:12alors effectivement,
04:13est-ce que les Français vont accepter
04:14qu'on leur tienne un discours
04:16sur de l'austérité ?
04:18Peut-être pas,
04:18effectivement,
04:19il faut leur vendre peut-être autre chose,
04:21mais aussi de la responsabilité.
04:23Alors c'est...
04:23Est-ce que dit l'Institut Montaigne ce matin
04:25dans une note en disant
04:26pour responsabiliser les Français,
04:28puisque nous sommes tous responsables
04:29de cette situation,
04:30il faut faire de la transparence,
04:31mettre votre facture d'hôpital,
04:34vous montrer exactement la différence
04:35entre votre brut et votre net.
04:37Ça, ça marche dans l'inconscient collectif ?
04:40Ça marche peut-être mieux.
04:42Vous voyez,
04:43il y a quand même ce débat en disant
04:44est-ce qu'un patron
04:44ferait un meilleur président
04:45que des politiques ?
04:47Alors, je ne sais pas si Nicolas Dufour,
04:48vous lui poserez la question,
04:50qui a écrit quand même
04:50sur la réindustrialisation,
04:51sur la dette sociale,
04:53à lui-même des ambitions.
04:55En tout cas,
04:56il est très très présent
04:57dans le débat public.
04:59Et c'est intéressant de voir
05:00que des dirigeants,
05:02que ce soit Nicolas Dufour,
05:03que ce soit Michel-Édouard Leclerc,
05:05que ce soit quelques autres
05:06à qui on prête des ambitions,
05:07qui viennent du monde
05:08de la société civile
05:09et de l'économie,
05:11des gens qui finalement
05:12savent compter,
05:13ils savent ce que c'est
05:14qu'une bottom line,
05:15comme on dit,
05:17ne sont pas forcément
05:19aujourd'hui candidats,
05:20mais sont supposés par l'opinion
05:22comme être peut-être
05:23de meilleurs candidats possibles
05:26pour remettre la France
05:28sur de bons rails
05:28que les politiques
05:29qui aujourd'hui ont démontré
05:31plutôt leur impuissance
05:32dans ce domaine.
05:33Ça, ça serait une piste ?
05:34En tout cas,
05:34c'est intéressant de voir
05:35que c'est un sujet,
05:36vous l'avez vu dans la tribune
05:37la semaine dernière,
05:38qui monte en puissance.
05:40Et des patrons
05:41qui ne démentent pas vraiment.
05:42C'est-à-dire que Michel-Édouard Leclerc
05:43dit « je ne suis pas plus con
05:43qu'un autre ».
05:44Pour l'instant,
05:45effectivement,
05:45ils n'excluent rien
05:46les uns et les autres
05:47et donc ça ouvre peut-être
05:49la porte à des surprises
05:51lors de cette campagne électorale
05:52avec peut-être
05:53ce vrai sujet,
05:55c'est dire
05:55et mettre les Français
05:56en face de leurs responsabilités,
05:58en face de la vérité des chiffres.
05:59Ce matin,
06:00on a un nouveau candidat,
06:00c'est Jérôme Gège
06:01qui annonce sa candidature
06:02et il annonce également
06:03qu'il ne passera pas
06:04par la primaire socialiste.
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