00:00En effet, c'est l'un des sujets qui était abordé avec Anthony Morley-Lavidali qui est économiste chez Rexecode et secrétaire générale de BSI Economics.
00:08Bonjour Anthony, merci d'être avec nous ce matin.
00:11Dans un instant, nous parlerons de la Fed et puis également du début d'année spectaculaire sur les métaux avec notamment l'argent et l'or qui n'en finissent plus de toucher des plus hauts de séance en séance.
00:21Juste avant, oui, quand même un petit focus sur la France et sur l'Allemagne avec un disant français qui se stabilise à 3,45.
00:29On est toujours sous les 60 points entre l'écart de taux entre l'Allemagne et la France.
00:34Comment vous expliquez cette situation, sachant que certes, on a un peu plus de visibilité sur la situation française,
00:39mais on a encore Sébastien Lecornu qui doit faire face à deux motions de censure sur son budget.
00:45C'est sûr que c'est assez extraordinaire parce qu'on voit bien qu'il suffit simplement une adoption de budget pour que le marché soit rassuré,
00:52alors qu'on a un budget qui, au fond, déjà a une cible de seulement 5% des sites publics,
00:57alors que le gouvernement, initialement, souhaitait atterrir à 4,7%.
01:01Et quand on fait les calculs, on voit bien que même le 5% est optimiste.
01:05Pour le dire autrement, les marchés se contentent, mais vraiment de très peu.
01:09Et le sous-jacent de ça, en réalité, il est beaucoup plus profond.
01:12Et c'est un vrai alléa moral.
01:14C'est plutôt qu'aucun investisseur, aujourd'hui, ne pense sincèrement que la France peut faire défaut.
01:19Et à mesure que le contexte géopolitique s'aggrave, ou en tout cas se tend,
01:25évidemment, la probabilité de se dire que la BCE ne laisserait pas tomber la France augmente,
01:31puisqu'on a beaucoup de difficultés à imaginer qu'on puisse avoir une crise de la dette
01:35dans un pays aussi central que la France pour la zone euro,
01:38alors qu'on est en conflit quasi assumé avec les États-Unis et la Chine.
01:43Pour le dire autrement, on voit bien que les investisseurs ne font absolument pas le pari
01:48d'une France qui pourrait être mise à mal.
01:51Alors bien sûr, on refinance et même on finance notre dette à des taux beaucoup plus élevés que par le passé.
01:56Mais là, on a un spread de taux qui, au fond, est même presque revenu au niveau de ce qu'on observait en 2022,
02:02avant les gros sujets qu'on a eus sur notre dette publique.
02:06Donc ça montre bien que même les investisseurs ne croient pas du tout en une fragmentation de la zone euro.
02:11Il faut bien avoir en tête que c'est ce qui nous avait coûté cher post-crise des subprimes,
02:14au moment de la crise justement de la zone, c'est qu'on avait eu un risque d'éclatement de la monnaie unique.
02:22Et aujourd'hui, ce n'est pas du tout le cas.
02:23En tout cas, on sent que les investisseurs sont très à l'aise avec l'idée de dire
02:26« Non, non, il n'y aura pas de sujet à court terme. »
02:29C'est beaucoup plus un problème de moyen terme, la soutenabilité de la dette française.
02:32Et ça crée un aléa, parce que nos politiques l'ont bien en tête,
02:35qu'au fond, à court terme, on n'a pas de pression très forte des marchés financiers.
02:393.43 ce matin pour le 10 ans français.
02:43Est-ce qu'au final, à la fin, ce n'est pas plutôt le Bund, le 10 ans allemand,
02:46qui monte ces dernières semaines ?
02:48Avec, on en a beaucoup parlé, ce fameux plan de relance
02:51qui est en train de se mettre en place et qui forcément oblige l'Allemagne à s'endetter.
02:56Alors il y a plusieurs phénomènes, effectivement.
02:58D'une part, il y a la hausse du Bund, parce que l'Allemagne va émettre plus de papier.
03:02Et puis on commence à avoir quand même quelques petites craintes sur l'Allemagne,
03:06parce qu'on en est à 5 ans de quasi-stagnation du PIB,
03:10et ça ne repart toujours pas.
03:11Les derniers signaux conjoncturels sont assez faibles.
03:13Donc même en dépit d'un plan de relance fortement annoncé,
03:16on se dit que la croissance potentielle allemande,
03:17elle est peut-être un peu plus faible que prévu,
03:19ce qui augmente très légèrement sa prime de risque en propre,
03:22en plus du papier qu'elle va émettre.
03:24Et puis l'autre phénomène, c'est qu'on a eu quand même des pays,
03:27souvent dits périphériques, on pense à l'Italie,
03:29où le spread s'est considérablement amenuisé vis-à-vis de l'Allemagne.
03:33Donc on a eu un resserrement généralisé des spreads en zone euro,
03:37qui témoigne bien de cette idée que les investisseurs
03:39ne croient pas du tout en une fragmentation de la zone euro
03:42à court ou même à moyen terme.
03:45Et ça, c'est quand même frappant.
03:46Et puis la France qui repasse en termes de coûts de financement à 10 ans sous l'Italie,
03:50ça paraît quand même très généreux.
03:51Mais encore une fois, derrière, c'est vraiment cette idée
03:54que personne n'anticipe que la France puisse à court terme être prise à défaut.
03:58– Voilà donc pour la situation du marché obligataire aujourd'hui.
04:02Un mot quand même, une nouvelle fois, sur les métaux précieux.
04:06On a quand même l'once d'argent ce matin qui est à 112 dollars,
04:09l'once d'or qui est à 5 081 dollars.
04:12Comment vous regardez cette hausse spectaculaire des métaux précieux ?
04:16Anthony Morley-Lavidali,
04:18quand on regarde le parcours en l'espace d'un an,
04:20il y a de quoi se demander ce qui se passe quand même ?
04:22– Ah oui, mais très clairement, c'est spectaculaire.
04:25Quand vous regardez les prix aujourd'hui de l'or et de l'argent en termes réels,
04:28déflaté de l'inflation même sur longue période,
04:31on est vraiment de très loin sur des plus hauts historiques,
04:34notamment pour l'or.
04:35Plusieurs phénomènes, bien sûr d'une part,
04:37on a des banques centrales qui sont toujours très gourmandes et demandeuses d'or.
04:40Et donc ça stimule la demande, là où l'offre est beaucoup plus inélastique.
04:44Et on parle assez peu d'un autre canal de la demande
04:46qui amplifie le phénomène.
04:48C'est le fait qu'aujourd'hui, on a des produits financiers,
04:50à fortiori les ETF,
04:51qui permettent à beaucoup plus d'investisseurs aujourd'hui
04:54de s'exposer à l'or et à l'argent.
04:56Et forcément, ça fait croître la demande sur initialement des investisseurs
04:59qui avaient moins accès spontanément
05:01ou qui souhaitaient moins en détenir en propre.
05:04Donc c'est vraiment, cette architecture financière nouvelle
05:06offre des possibilités d'investissement croissantes.
05:09Et évidemment, ça fait progresser la demande.
05:11Le paradoxe, il est vrai, c'est que historiquement,
05:14on a eu assez peu de configurations dans l'histoire,
05:16où on a à la fois des marchés actions au plus haut,
05:19évidemment américains,
05:20et l'or qui caracole à des niveaux aussi spectaculaires.
05:24Donc cette configuration, elle est assez inédite.
05:26Il faut probablement y voir aussi en creux
05:28l'idée qu'on a des doutes sur les monnaies,
05:30à la fois sur le dollar,
05:32mais également sur les révolutions qu'on est en train de voir
05:34sur les monnaies digitales,
05:35que ce soit évidemment les crypto-monnaies,
05:38mais également l'euro numérique ou le dollar numérique.
05:40Donc ça pose aussi question.
05:41Et on a des investisseurs qui préfèrent détenir de l'or
05:44pour se protéger des tumultes monétaires
05:46qui pourraient arriver quand même dans les prochaines années,
05:48puisqu'on voit bien que le paysage bouge significativement.
05:52L'or qui gagne déjà 17% depuis le 1er janvier,
05:54quand l'argent est à plus 50%, bien sûr, en dollars.
05:58Un dernier mot sur la Fed, la banque centrale américaine.
06:01Jérôme Poel prendra la parole demain,
06:03à l'issue d'une réunion de deux jours.
06:05Bon, bien sûr, il sera challengé sur sa succession,
06:07sur un probable statu quo.
06:09En tout cas, c'est ce qui est attendu.
06:11Comment vous regardez la situation d'un point de vue purement monétaire,
06:15du côté des États-Unis,
06:16si on enlève un petit peu les allers-retours
06:18et l'interventionnisme de Donald Trump ?
06:21Très compliqué, la situation de la Fed.
06:23Honnêtement, aujourd'hui, on voit bien
06:24qu'il y a une volonté de l'administration américaine
06:27de faire une pression grandissante.
06:29Il faut bien avoir en tête que si on se place
06:31avec une analyse très géopolitique,
06:33au fond, on a des États-Unis
06:34dont le plus grand rival est la Chine.
06:37Et la Chine n'a pas de banque centrale indépendante.
06:40Et la Russie non plus.
06:41Et toutes ces grandes puissances aujourd'hui
06:43qui sont en train de s'affronter
06:44sur le terrain quasi-militaire désormais,
06:47on a seulement des pays de l'OCDE
06:49et a fortiori la plus grande d'entre elles
06:50que sont les États-Unis
06:51qui gardent une forme d'indépendance de la Fed.
06:54Et on sent bien que l'administration,
06:55ça la gêne puisqu'elle n'a pas les mains libres
06:56autant qu'elle le souhaiterait.
06:58Et c'est vrai que si on rentre
06:59dans des formes de confrontation,
07:01se pose la question
07:02de à quel point la Banque centrale
07:05doit être indépendante.
07:06Ce que l'on sait, malheureusement,
07:07en revanche, c'est que dès lors
07:08que la Banque centrale commence à céder
07:10aux pressions politiques,
07:11alors il y a des risques de dérapage
07:12absolument phénoménaux,
07:14notamment sur l'inflation.
07:15Et on est quand même dans un moment
07:16où aux États-Unis,
07:17on a toujours des brides de tensions inflationnistes
07:19et les droits de douane n'ont pas encore délivré
07:21tout leur potentiel inflationniste.
07:23Donc me semble-t-il,
07:24c'est très dangereux
07:24si on commence à voir une Fed
07:26céder aux coûts de boutoir
07:27de manière croissante
07:28et si elle devient vraiment
07:30complètement vassalisée
07:31par l'administration en place.
07:32Merci beaucoup, Anthony Morley-Lavideli
07:34nous a accompagnés ce matin.
07:36Je rappelle que vous êtes économiste
07:37chez Rex Ecode
07:38et secrétaire générale
07:39de BSI Economics.
07:41La Fed, bien sûr,
07:41nous aurons largement le temps
07:43d'en reparler dans cette émission
07:44ainsi que demain,
07:45puisque c'est demain soir,
07:47que la Banque centrale américaine
07:48s'exprimera.
07:49Tout de suite.
Commentaires