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  • il y a 2 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Laetitia Strauch-Bonart avec Thomas Sotto du 18 décembre 2025.

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Transcription
00:00Julien Courbet vous vient en aide.
00:02Thomas Soto, RTL Matin.
00:05A 9h, écart l'esprit de l'info avec ce matin, notre grand témoin Mathieu Souquier, essayiste et membre du collectif Les Choses de la Vie.
00:10Bonjour et bienvenue Mathieu Souquier.
00:12Bonjour.
00:12On va commencer par dire quelques mots de la mobilisation des agriculteurs qui se durcient, ils sont en colère, on l'a dit, à cause de l'abattage systématique des troupeaux quand il y a un cas de dermatose nodulaire contagieuse.
00:23Ils roulent en tracteur nombreux, direction Bruxelles, ce jour de sommet européen.
00:29Pour Cédric Lhomme, qui était l'invité de Marc-Olivier Fogel tout à l'heure à 8h15 et qui a perdu ses 83 bêtes, l'abattage systématique, non, ce n'est pas la bonne solution.
00:38J'ai eu des témoignages d'éleveurs qui ont dit, en fait, une bête comme toi qui ne va pas bien, je ne préviens plus les services vétérinaires parce qu'en fait, on se rend compte que même avec une vaccination de trois mois en arrière, si un animal malade, on abat tout le monde.
00:50Et du coup, le fait que certains éleveurs ont la trouille d'appeler les vétérinaires et ne déclareront pas la maladie, en fait, l'éradication ne sera plus possible.
00:58On a l'impression, Mathieu Soukir, qu'on a bascu dans quelque chose de complètement irrationnel.
01:02Parce qu'on se dit, froidement, médicalement, et on entendait les chiffres de Nathan Bocard, c'est 0,2% du cheptel qui est concerné sur 17 millions de vaches, on parle de 3500 bovins.
01:12On a l'impression que là, on est dans quelque chose qui échappe à la raison. Comment vous l'expliquez, ça ?
01:16Alors, ce n'est pas irrationnel, c'est émotionnel. On l'a beaucoup dit, évidemment. Il y a une crise agricole, il y a une colère agricole, et derrière, effectivement, cette crise, il y a la crise d'un modèle, et y compris d'un modèle culturel.
01:29Et puis, il y a une actualité chaude, effectivement, une épidémie, une crise sanitaire qui toujours bouscule le système.
01:35Et on voit bien, d'ailleurs, que face à cette crise sanitaire, les différentes centrales syndicales agricoles n'ont pas, en fait, toutes exactement le même regard et la même position.
01:45En revanche, je notais de façon très intéressante un sondage Elab paru hier, où l'immense majorité des Français est derrière, en sympathie, derrière, en soutien, en fait, le mouvement agricole, la colère agricole.
01:58À tel point que...
01:59Ils sont derrière la colère agricole, ou ils sont derrière leurs agriculteurs, parce qu'on aime nos agriculteurs ?
02:03Mais est-ce que, pour autant, on a tous toutes les clés, je me fais un peu l'avocat du diable, pour avoir un avis sur la dermatose et le traitement de la dermatose ?
02:10Mais ce qui est intéressant, c'est que le sondage, en particulier, disait que, dans leur immense majorité, les Français sont derrière les revendications des agriculteurs,
02:19ou en tout cas, ils accordent davantage de crédit aux revendications des agriculteurs qu'aux prescriptions des autorités sanitaires.
02:25Or, qui mieux placé que les autorités sanitaires pour, dans ce type de crise, prendre les bonnes décisions ?
02:30C'est quand même révélateur d'une époque, cette façon de penser. On est systématiquement contre l'autorité ?
02:35Alors, il y a effectivement deux choses. Il y a une défiance vis-à-vis des institutions, qui est telle qu'on ne croit plus la parole des institutions,
02:41ou les décisions prises par les institutions. Et il y a, par ailleurs, quand même, un vent favorable aux agriculteurs,
02:47parce que le modèle français a longtemps été un modèle agricole. Et donc, le modèle agricole français en crise, c'est, d'une certaine façon, aux yeux de tous nos concitoyens,
02:55la quintessence, l'image même, en fait, le résumé de ce qu'est la crise française. Mais peut-être, d'ailleurs, d'un mot.
03:01Si, effectivement, la puissance agricole française n'est plus ce qu'elle a été à l'heure des Trente Glorieuses.
03:05Où nous étions la première puissance agricole européenne, et la deuxième puissance agricole mondiale, derrière les Etats-Unis.
03:10C'est fini, et pourtant, nous restons, en fait, une très grande puissance agricole.
03:15Nous restons les premiers en Europe, et nous sommes dans le quintet de tête des exportateurs agricoles mondiaux,
03:20ce qui, pour un pays de 70 millions d'habitants, demeure en réalité une vraie performance.
03:25Et dernière chose, les agriculteurs sont en colère parce qu'ils ont peur.
03:28Et ils ont peur, en particulier, d'un système qu'ils considèrent comme menaçant davantage que protecteur.
03:33Le système, c'est l'Europe, on parle aussi beaucoup du Mercosur.
03:37On a l'impression que là, tout se mélange dans une peur qui est légitime, sans doute,
03:43mais où on a du mal à très bien comprendre les tenants et les aboutissants.
03:46Vous avez une crise à tiroir.
03:47Vous avez, effectivement, l'actualité chaude, c'est une crise sanitaire.
03:50Et, effectivement, elle bouscule le système.
03:52Vous avez une crise de moyen terme, qui est liée à la crise commerciale,
03:56ou en tout cas qui est liée aux enjeux du Mercosur.
03:58Nos agriculteurs ont peur des conséquences de ce Mercosur.
04:01Mais rappelons quand même que nos agriculteurs, comme nos éleveurs,
04:05sont des bénéficiaires nets de la politique agricole européenne depuis des décennies.
04:10Ça veut dire qu'on touche plus qu'on ne donne pour l'agriculture.
04:12Absolument.
04:13Donc, ce système qu'ils voient comme un système menaçant est en réalité un système protecteur.
04:17Ça ne veut pas dire que ça protège tout le monde en toutes circonstances,
04:21mais ça veut dire que, quand même, notre agriculture à nous et notre élevage à nous
04:24sont mieux protégés que d'autres.
04:26Mais plus fondamentalement, il y a une crise commerciale, il y a une crise sanitaire,
04:30mais en réalité, il y a une crise identitaire, il y a une crise existentielle.
04:34Parce que nous prenons...
04:35Et ça, ça ne va pas au-delà des agriculteurs ?
04:36Est-ce qu'on a l'impression que la moindre colère peut agréger toutes les autres ?
04:41Est-ce qu'on est au bord d'une crise démocratique ?
04:43Ou est-ce que non, on n'en est pas là, il faut regarder les choses calmement ?
04:45La crise démocratique est là, et la crise agricole ou la colère agricole
04:49est un des ferments de cette crise démocratique.
04:51Il y a néanmoins une crise existentielle spécifique pour le monde agricole
04:54qui tient au fait que le système productiviste,
04:57si performant pendant des décennies et des décennies,
05:00est aujourd'hui fondamentalement remis en cause
05:02parce que nous comprenons qu'il est menaçant pour notre santé,
05:05qu'il est menaçant pour l'environnement,
05:07et que socialement, il ne permet plus de faire vivre les agriculteurs convenablement.
05:11Donc ce modèle est en crise,
05:12et évidemment, dans un contexte de transition environnementale,
05:15la transition alimentaire et la transition agricole constituent des enjeux clés.
05:18Voilà, donc un système en crise,
05:20dans un monde politique qui est lui-même en crise,
05:23on le sait, on n'a toujours pas de budget,
05:24demain il y aura la commission mixte paritaire au Sénat,
05:26il y a une campagne électorale qui arrive,
05:29on devrait même être déjà dedans,
05:30c'est celle des municipales, on va voter au mois de mars,
05:32on va s'arrêter un petit peu sur la situation à Paris par exemple.
05:35Emmanuel Grégoire, qui sera donc,
05:37on le sait depuis tard et hier soir,
05:39la tête de liste unique, socialiste, communiste,
05:41place publique et écologiste pour la mairie de Paris,
05:44était l'invité d'RT le matin tout à l'heure.
05:46Et alors pour lui, en revanche, il y a une digue qui ne va pas franchir,
05:49c'est l'alliance avec LFI,
05:50la France Insoumise et sa candidate Sofia Chiquirou.
05:53Il n'y aura pas d'accord avec LFI.
05:54Aujourd'hui, il y a une confrontation qui s'engage avec Rachida Dati.
05:57Vous vous préférez perdre que de vous allier à LFI face à cette droite qui...
06:02M. Soto, nous allons gagner et nous allons gagner sans LFI, oui.
06:05Moi, je me pose une question qui va vous paraître bizarre.
06:07Est-ce que vous pensez que ça intéresse encore les gens, ce genre de sujet ?
06:09Alors, oui, pour une raison simple,
06:11il y a un intérêt pour la politique locale.
06:13Alors, je ne sais pas si Paris est une collectivité comme une autre,
06:15mais il y a une dichotomie très profonde
06:17entre la façon dont nos concitoyens
06:19observent le spectacle politique national
06:21et s'intéressent, en revanche,
06:23au spectacle politique local.
06:25Et c'est même très intéressant.
06:26On y croit encore dans la politique locale ?
06:27On y croit.
06:28On y croit.
06:29Là où il y a une défiance
06:31qui domine de façon très large
06:32pour ce qui est de la politique nationale,
06:33il y a encore, au contraire,
06:35une confiance très grande
06:37placée dans la figure du maire
06:39et dans le principe de l'action locale.
06:41Parce que proximité, parce que probité
06:43et parce que efficacité.
06:45En tout cas, si nos concitoyens disent
06:47qu'ils font encore confiance à l'action publique locale...
06:49C'est plutôt rassurant.
06:50C'est tout à fait rassurant.
06:51En tout cas, il y a au niveau local
06:53encore un crédit véritable pour nos élus.
06:55Le problème, c'est la dichotomie très grande
06:57entre la façon dont l'action publique locale
07:00s'orchestre avec des forces politiques
07:01qui, au niveau local,
07:03ne sont pas des forces politiques
07:04qui sont dominantes au niveau national.
07:06Vous avez au contraire un hiatus très grand.
07:07Les trois grandes forces politiques
07:09qui dominent le débat politique national,
07:11la France Insoumise,
07:12l'ERN et la Macronie,
07:13n'ont aucune implantation locale.
07:15Et d'ailleurs, un des enjeux de ces municipales
07:17sera de voir si l'ERN en particulier
07:19parvient à connaître une forme de vague
07:21d'implantation au niveau local.
07:23L'ERN est la première force politique dans ce pays.
07:26Elle n'a aucun ancrage territorial.
07:28Arrêtons-nous quand même quelques minutes
07:29sur le feuilleton parisien
07:30parce que ça va être quelque chose.
07:31Donc on a cette alliance
07:32et on a l'impression
07:33qu'Emmanuel Grégoire,
07:34donc tête de liste socialiste,
07:35qui a signé un accord de paxe électoral
07:37avec David Béliard
07:39et les écologistes hier soir,
07:40on a l'impression
07:41qu'ils sont d'accord sur rien.
07:42Je lui ai demandé
07:42les SUV,
07:43est-ce qu'ils ont le droit de se garer ?
07:45Béliard dit non.
07:46Grégoire dit oui.
07:47Le Parc des Princes,
07:47est-ce que vous voulez le vendre ?
07:49Béliard dit non.
07:50Grégoire dit oui.
07:51L'alliance avec LFI au second tour,
07:54Grégoire dit non, non, non,
07:55pas question, on l'a entendu.
07:56Béliard dit oui.
07:58Est-ce que ça,
07:58ça ne décrédibilise pas la politique quand même ?
08:01Alors, je ne crois pas.
08:02S'il y avait accord sur tout,
08:05il n'y aurait pas plusieurs parties à gauche.
08:07Et en réalité...
08:08L'accord sur tout
08:08et l'accord sur rien
08:10n'ont pas grand-chose ?
08:11Ma réponse est très claire,
08:12cela fait 25 ans...
08:14Est-ce que vous iriez vous installer
08:15avec quelqu'un
08:15qui voulait être d'accord sur rien ?
08:16Non, mais ça fait 25 ans
08:18que la gauche,
08:19c'est-à-dire les socialistes,
08:20les communistes et les écolos,
08:22gèrent conjointement
08:23la ville de Paris.
08:24Ils sont dans le même exécutif
08:25depuis quatre mandats.
08:26Donc s'ils n'étaient d'accord sur rien,
08:28ils ne seraient pas aux affaires ensemble.
08:30Que dans une campagne électorale,
08:31on mette en avant des désaccords,
08:33c'est une chose.
08:33Mais en réalité,
08:34la gauche est plutôt unie
08:35et voire même très unie à Paris
08:36depuis un quart de siècle.
08:38L'enjeu de ces municipales,
08:39c'est de savoir si
08:39la sociologie électorale parisienne,
08:42qui est celle des grandes métropoles urbaines,
08:43reste favorable à la gauche
08:45ou si le désir d'alternance
08:46après 25 années de gauche à Paris
08:48est plus fort.
08:49Mais en réalité,
08:50ce qu'on observe quand même,
08:51c'est que cette sociologie électorale,
08:53elle a d'une certaine façon des lois.
08:55Nous voyons que
08:55là où la droite bourgeoise
08:57dominait en fait
08:58les grandes métropoles bourgeoises
09:00dans les décennies précédentes,
09:01désormais,
09:02c'est la gauche qui tient ça.
09:04Et Rachida Dati,
09:05c'est le bulldozer ou pas ?
09:06La candidate LR ?
09:08Rachida Dati,
09:09ce qui est sûr,
09:10c'est que c'est un style politique
09:11différent d'à peu près
09:12tous les acteurs.
09:13Qui résonne un peu avec l'époque quand même.
09:14Depuis qu'elle existe en politique,
09:16on sait qu'elle a quelque chose d'atypique.
09:18Alors,
09:18certains parleront de franc-parler,
09:20d'autres diront
09:21brutalité,
09:22agressivité,
09:22c'est une chose.
09:24Rachida Dati,
09:24c'est une candidature singulière
09:26en ce sens que quand même,
09:27judiciairement,
09:28elle est lestée
09:29de certaines affaires.
09:30Elle sera venue au mois de septembre.
09:31Oui, rappelons aux plus jeunes
09:32de vos auditeurs
09:33que quand Delanoé est devenu
09:34maire de Paris,
09:35il a tourné la page
09:36d'une époque politique
09:37qui était faite d'affairisme.
09:39Sous Jacques Chirac
09:40comme sous Jean Tibéry,
09:41on parlait d'emplois fictifs,
09:43de faux électeurs,
09:44de frais de bouche, etc.
09:46Bertrand Delanoé avait moralisé
09:47la vie politique à Paris.
09:48Je ne sais pas dans quelle mesure
09:49la droite qui se donne aujourd'hui
09:51pour figure de proue.
09:52Rachida Dati n'est pas en train
09:53de renouer d'une certaine façon
09:54avec une forme d'affairisme.
09:56Écoutez, c'est une série à suivre
09:58qui va s'avérer passionnante
09:59comme d'ailleurs à Lyon,
10:00comme d'ailleurs à Bordeaux,
10:01comme il y a beaucoup de villes
10:02où il y aura beaucoup d'enjeux
10:03et on suivra tout ça évidemment.
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