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  • il y a 5 semaines
Regardez L'esprit de l'info avec Anne-Charlène Bezzina avec Thomas Sotto du 16 décembre 2025.

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Transcription
00:00Sois sois, avec RTL.
00:02Thomas Soto, RTL Matin.
00:05Il est 9h15, l'esprit de l'info avec notre grand témoin du mardi, Anne-Charlène Bézina,
00:09donc politologue et constitutionnaliste et auteure de cette constitution qui nous protège.
00:12Bonjour et bienvenue à vous, Anne-Charlène.
00:15Évidemment, l'actualité chaude de ce matin, c'est cette réunion organisée en toute urgence,
00:21qui va avoir lieu à 10h30 à Matignon, autour de Sébastien Lecornu,
00:25qui visiblement veut reprendre le dossier agricole, cette colère agricole en main.
00:30Parce qu'on sent bien que les choses sont en train de se crisper,
00:33sont en train de prendre de l'ampleur et risquent de dégénérer.
00:36Écoutez par exemple Lionel Candelon, c'est le président de la Chambre d'agriculture du Gers.
00:40Il est très remonté après la ministre de l'Agriculture sur fond d'épidémies de dermatoses contagieuses.
00:46Il est hors de question que j'annonce à ma compagne qu'on abattra tout son troupeau pour une bête malade.
00:52Hors de question.
00:52Si elle ne veut pas l'entendre, on arrachera des routins, on fera sauter des ponts, ce n'est pas un problème.
00:57Si elle nous y pousse, on les fera.
00:58Mais aujourd'hui, il faut qu'elle comprenne que la détresse agricole et la colère agricole,
01:01elle les a mises jeudi dernier.
01:03Aujourd'hui, on ne discute plus.
01:04La CAP a appliqué la suspension des abattages.
01:06C'est le seul moyen qu'elle a de sortir la tête haute de ça.
01:09C'est tout.
01:09Alors, on comprend, on entend la colère, la tristesse, la rage parfois des agriculteurs.
01:16On n'est pas vétérinaire, mais on se dit aussi que si les bêtes sont malades, on ne peut pas laisser toutes les vaches françaises être contaminées.
01:22On a l'impression que c'est un problème sans solution, non, Anne-Charlène ?
01:26Comment on doit faire dans ces cas-là ?
01:27Alors, ce qui est sûr, c'est que de toute façon, ça nous parle tous à l'affectif, en quelque sorte,
01:33de se dire qu'on va avoir des troupeaux sains qui peuvent être abattus.
01:35C'est quand même quelque chose qui a du mal à être entendu par nous,
01:38même si, on le rappelle quand même, la ministre applique ici un cadre réglementaire européen.
01:44Depuis 2016, il y a eu des cas en Sardaigne, il y a eu des cas en Espagne.
01:47À chaque fois, c'est cette méthode qui a été utilisée, pareillement en France, dans les premières régions touchées.
01:52Et on revient finalement à la logique qu'on avait même pu connaître dans le Covid,
01:58où finalement, la logique médicale n'est pas, scientifique même, n'est pas toujours facile à entendre.
02:06Notamment parce qu'il y a d'autres exigences économiques, affectives.
02:09On sait qu'un agriculteur qui perd son troupeau, même si on l'indemnise,
02:12ne retrouve pas la même manière de travailler, tout est différent.
02:18Il y a de l'affect en plus, bien sûr.
02:20Évidemment, ça dépend des exploitations.
02:22Tous ne font pas la même chose avec le bétail.
02:23Mais il y a évidemment quelque chose de très difficile à entendre.
02:27Il me semble en tout cas que très vite, c'est contre le ministre que les choses se sont cristallisées.
02:31Alors peut-être eu égard à...
02:32C'est contre elle ou c'est une non-acceptation de la parole publique, quoi qu'elle dise, quoi qu'elle fasse ?
02:37J'ai le sentiment quand même qu'il y a eu très vite une personnalisation.
02:39C'est sa permanence, son ancienne permanence parlementaire qui a été...
02:43Je ne sais plus ce qu'ils ont fait autour, je crois, une manifestation avec un cercueil, etc.
02:48C'est elle qui a été plusieurs fois prise à partie pour venir discuter.
02:53C'est son attitude qui a été pointée du doigt.
02:55Et on se rend bien compte que finalement, on est arrivé à un point où les situations se tendent particulièrement.
03:02Encore une fois, beaucoup d'agriculteurs vous disent stop à l'enfumage.
03:05Ils ne veulent plus entendre parler, justement, des ministres qui viennent sur les ronds-points
03:09et qui finalement, ensuite, ont très peu de moyens pour agir.
03:12Mais on entend aussi qu'ils s'en prennent aux vétérinaires.
03:15William Galga nous le racontait dans Le Monde en marche tout à l'heure.
03:18Là, c'est qu'on bascule dans quelque chose d'assez irrationnel quand même, non ?
03:22Je crois qu'en fait, on est à un point où le ras-le-bol est en train de prendre le dessus.
03:27C'est ça qui est très difficile à faire entendre.
03:31C'est qu'en fait, il va falloir que les protocoles sanitaires continuent dans ce climat-là.
03:36Donc évidemment, la force d'apaisement, c'est la ministre qui doit arriver à la mener.
03:40Et à la fois, peut-être en martelant qu'elle continuera sa politique.
03:44Donc vraiment, on voit bien à quel point on est dans une forme d'équation
03:46qui n'a pas tellement de solution à l'heure actuelle.
03:48Alors c'est pour tenter de résoudre cette équation aux multiples inconnues
03:51que Sébastien Lecornu convoque une réunion à Matignon à 10h30.
03:54A votre avis, il a raison de le faire ?
03:57Ça prouve qu'au plus haut sommet de l'État, on prend les choses très au sérieux ?
04:01Ou ça veut dire, attention, là, ça fuit de partout, ça ne va pas et il y a le feu ?
04:05Déjà, il faut créer de l'interministériel dans ces moments-là.
04:08On sait que Laurent Noumiez avait déjà fait savoir depuis samedi
04:12qu'il entendait proposer une doctrine policière plus douce dans le dialogue, le consensus.
04:18Il était là vendredi matin, il était très apaisant déjà.
04:20S'il n'y a pas de débordement, on laissera les gens qui veulent manifester le faire.
04:24Exactement, donc ça prouve quand même qu'on a essayé de réagir en ordre groupé très vite
04:30mais l'idée qu'on convoque un conseil de crise, c'est déjà une manière de respecter l'ampleur de ce mouvement,
04:35de montrer qu'on y accorde du poids.
04:37Et il y a aussi, n'oublions pas, une négociation internationale avec le Mercosur
04:40qui est en train de se poser.
04:42Donc ça ne concerne pas qu'un ministère et c'est aussi le rôle d'un chef de gouvernement
04:46de créer de l'interministérialité et d'être là pour gérer une équipe.
04:49C'est du management en fait.
04:50Sachant que le Mercosur, en gros, on est quasiment seul en Europe à ne pas vouloir de se traiter avec l'Amérique du Sud
04:55même si l'Italie, Georgia Méloni, semble la première ministre, décider à nous soutenir.
04:59Vous faites une drôle de tête, vous y croyez pas ?
05:00Une drôle de tête parce qu'elle a lâché complètement le combat l'Italie,
05:02mais elle l'a fait savoir, elle a estimé que les clauses de sauvegarde
05:06qui étaient dans le Mercosur actuel, qui ont été renégociées dans l'été, lui suffisaient.
05:10Donc au fond, l'Italie est peut-être un allié, mais a en tout cas perdu, fait perdre à la France
05:15le poids qu'elle avait en choisissant de dire, dans l'état des choses, cela me convient.
05:19Si c'est un allié, c'est un allié trop tardif l'Italie ?
05:21C'est trop tardif et c'est surtout qu'il me semble qu'elle a quand même rétrogradé sur sa position de départ.
05:26Donc voilà, la question est de savoir si ce qui a été dealé est suffisant.
05:30Les Français répondent non, les Italiens ont répondu plus ou moins oui.
05:32Si on simplifie le Mercosur, ce que reprochent les agriculteurs, les éleveurs, les producteurs français,
05:37c'est qu'on va faire rentrer des produits qui ont beaucoup moins de normes que les nôtres,
05:40qui sont beaucoup moins bonnes pour la santé, qui sont beaucoup moins bien contrôlées
05:43et qui vont faire baisser tous les prix.
05:46Écoutez ce qu'en faisait Dominique Schellcher, c'est le patron de Système U,
05:48il était chez nos confrères de BFM ce matin.
05:51Quand on oblige des agriculteurs à produire avec un certain nombre de normes,
05:55de contraintes qui sont lourdes, mais que des produits sont susceptibles d'arriver
05:59avec des contraintes moindres, c'est une forme de concurrence déloyale.
06:02Moi, je trouve que le Mercosur, c'est un peu le chi-in de la concurrence déloyale, pour eux.
06:08L'image a l'avantage d'être claire, le chi-in de la concurrence déloyale.
06:10On en est là, on est en train de se faire bouffer là aussi, sur le volet agricole,
06:14comme on s'est fait bouffer sur le volet des vêtements ?
06:17Alors, il ne faut pas se leurrer sur le fait que l'Union Européenne
06:20est sûrement la zone continentale qui a le plus de normes, qui encadre le plus.
06:26On le sait, les Etats-Unis nous ont suffisamment fait les gros yeux
06:28sur la liberté d'expression.
06:30Typiquement, on est un modèle libéral, mais qui est particulièrement encadré.
06:34Les agriculteurs...
06:36Parce que les normes sont faites pour protéger.
06:36Alors, c'est ce qu'il faut rappeler.
06:38Vous, la juriste, vous n'allez pas mettre toutes les normes à la poubelle.
06:40Vous savez qu'en plus, j'adore les constitutions qui nous protègent,
06:43et les normes qui nous protègent.
06:44On pourrait peut-être... Ce sera le tome 2, peut-être.
06:46Ces normes qui nous protègent.
06:48Au fond, moi, il me semble, en effet, qu'il faut rappeler ça.
06:50Mais il faut être clair avec le fait que ça isole, nécessairement,
06:54d'être le plus normatif possible.
06:57On le sait, ça a fait partie de la colère agricole de 2024.
07:00Donc, il me semble que dans le Mercosur, il faut s'assurer que la France puisse faire entendre sa voix.
07:05Parce que, je vais rentrer un peu dans la technique, mais je pense que c'est important de le dire,
07:09l'Union Européenne a aujourd'hui les moyens, parce qu'elle appelle l'application provisoire,
07:14d'imposer aux Etats qui, quand bien même n'auraient pas signé,
07:18de commencer à appliquer un traité qui ne remplit pas les normes qu'ils souhaitent.
07:22Donc, il faut essayer de faire entendre sa voix et il faut le faire plus fort.
07:26Parce que, sans ça, c'est une application progressive et graduée qui va commencer en France,
07:30peut-être même dès le début de l'année prochaine.
07:33Et sachant qu'on est dans un contexte global, mondial,
07:36où tout ce qui est normes, tout ce qui est principes est largement piétiné.
07:39Je voudrais qu'on se dise quelques mots de Donald Trump, quand même.
07:41Le président qui commande tout, absolument tout.
07:43Nouvelle preuve, il y a quelques heures,
07:44avec un message posté sur son réseau social, Trouche Social,
07:48concernant la mort de Rob Reiner, le réalisateur de « Quand Harry rencontre sa ligue ? »
07:52qu'on a retrouvé mort avec son épouse hier, Anthony Martin, nous en parlait d'ailleurs.
07:56« La mort de Rob Reiner serait due à la colère qu'il a suscité chez d'autres
08:00avec sa névrose anti-Trump.
08:02Il était connu pour rendre les gens fous par son obsession enragée
08:05contre le président Donald Trump. »
08:06Voilà ce qu'il a écrit, Trump.
08:07Ça fait partie, au fond, de ce qu'on pourrait appeler une forme de paranoïa,
08:15du pouvoir très personnalisé.
08:17C'est-à-dire qu'au fond, tout transite par lui dans sa tête,
08:21le monde entier est sous sa dictée.
08:23Donc, au fond, quand il se passe quelque chose, c'est ou pour ou contre lui.
08:26On a un peu ce sentiment-là.
08:28Sauf qu'il résonne comme ça sur un fait divers, il résonne comme ça...
08:30Mais il résonne comme ça sur les relations internationales aussi.
08:32C'est ce qui est un petit peu plus angoissant, à mon avis.
08:34C'est qu'au fond, le partenariat avec les Etats-Unis,
08:37ce qu'on a appelé le transatlantisme,
08:39est aujourd'hui en train de prendre un sérieux plomb dans l'aile.
08:41Il n'y a qu'à lire la déclaration stratégique des dernières semaines
08:45pour se rendre compte que tout ce qui faisait nos valeurs,
08:48le multilatéralisme de 45, la charte de San Francisco,
08:51la manière dont on avait de considérer qu'on allait chanter
08:54les louanges des dividendes de la paix, nous dit-on.
08:56Aujourd'hui, Trump a décidé de voir les choses autrement.
08:59Et il a quand même la plus grande nation pour nous dominer.
09:03Donc, ça peut nous faire réfléchir.
09:05Je pense que les un an de Trump, il va falloir qu'on se pose un petit peu
09:08pour se rendre compte que si l'Union Européenne continue à répondre,
09:12je crois que c'est un mot qu'il a employé d'ailleurs comme un nain mondial,
09:15on aura des problèmes.
09:16Mais tout ça rejoint finalement notre premier sujet,
09:18parce que nous, avec nos normes, nos protections, nos textes, etc.,
09:22lui, il s'assoit dessus.
09:23Est-ce qu'on peut être rationnel et juridique
09:26avec quelqu'un qui n'est ni rationnel ni juridique ?
09:28Et je crois que c'est la seule manière de lui répondre.
09:30C'est-à-dire que si on commence à employer les âmes de son adversaire,
09:34on meurt avec lui.
09:36Et la meilleure manière pour une démocratie et un état de droit
09:40de montrer qu'elle se battra,
09:42c'est avec du droit, des libertés.
09:44Et moi, j'espère qu'on pourra faire que ce modèle rayonne à nouveau.
09:48Vous aimez l'entendre, vous adorerez la lire.
09:50Si vous cherchez un cadeau pour le pied du sapin,
09:52cette constitution qui nous protège,
09:53c'est hyper grand public, c'est hyper bien fait.
09:55Et c'est publié chez Ixo, signé Anne-Charlène Béthé.
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