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  • il y a 49 minutes
Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 4 juin. Il a abordé le projet du Parlement européen de devenir moins dépendant des entreprises technologiques américaines, ainsi que la levée de fonds de 80 milliards d'euros par Google pour investir dans l'IA, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h44 sur BFM Business et sur RMC Live, notre invité ce matin c'est Sébastien Missoff.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de Google en France.
00:08Alors vous êtes l'invité et douane aujourd'hui puisqu'il y a Bruxelles qui a présenté hier un plan,
00:13un plan pour être plus indépendant des acteurs du numérique américain.
00:18L'objectif c'est de réussir à se passer de Google, d'Amazon, de Microsoft.
00:21Est-ce que vous ressentez, vous, quand vous êtes dans les appels d'offres,
00:25quand vous travaillez avec les entreprises européennes,
00:26aujourd'hui un mouvement où on vous dit je vais regarder ce que je peux faire sans Google ou sans
00:31d'autres acteurs,
00:32est-ce que vous sentez une sorte d'hostilité contre les américains ?
00:36Aujourd'hui plus que jamais il y a une question de choix,
00:38il y a une question d'avoir le contrôle entre les différents outils qu'on utilise.
00:41C'est le cas pour les utilisateurs, c'est le cas pour les entreprises
00:44et aujourd'hui les utilisateurs, les entreprises veulent travailler avec les solutions qui leur correspondent le mieux
00:50et c'est toute notre démarche d'être compétitif, de continuer à bluffer les utilisateurs
00:55et d'apporter des meilleures solutions.
00:57Il y a des questions qui se posent quelquefois sur des enjeux de souveraineté,
01:00par exemple sur des enjeux de stockage de données,
01:03sur lesquels on travaille à des réponses spécifiques,
01:06à des besoins spécifiques.
01:08Et c'est par exemple ce qui a été fait avec Sens,
01:11qui est la nouvelle entreprise qui a créé Thales,
01:13avec des technologies de Google,
01:15qui permet d'avoir des données qui sont entièrement stockées en Europe
01:19et qui ont eu la certification Secnum Cloud
01:23qui permet de valider que les données sont entièrement protégées et restent en Europe.
01:28Mais ce que j'entends dans votre réponse,
01:30et ça fait écho avec le fait que le Parlement européen dise
01:33qu'il faut utiliser Coint plutôt que Google,
01:35c'est que vous dites, peu importe le sujet de souveraineté,
01:37nous on a la meilleure techno.
01:39D'abord c'est les utilisateurs qui choisissent,
01:42c'est le principe d'une économie de marché.
01:45Mais pour vous, quand vous entendez ça, c'est symbolique, c'est politique,
01:48quand on dit qu'il ne faut plus utiliser Google,
01:50mais on va vous mettre Coint, Coint dont on n'avait pas entendu parler depuis quelques années,
01:53ça vous fait quoi comme réaction ?
01:55On avait déjà entendu en France il y a quelques années,
01:59sur le fait que Coint avait été mis par défaut,
02:02on continue à innover et on continue à importer à travers Google
02:06des évolutions qui font que les utilisateurs, on espère, vont continuer à nous choisir.
02:12Dans ce monde fou de l'intelligence artificielle,
02:14là on voit à quel point c'est la guerre de l'argent,
02:17avec des IPO qui vont arriver du côté d'autres acteurs américains,
02:21avec cette levée de capitaux hier, Google voulait 80 milliards sur les marchés actions,
02:27finalement ça sera 85 milliards.
02:29L'enjeu c'est ça, derrière vous dites c'est vraiment ça,
02:32il faut de l'argent, de l'argent, de l'argent.
02:34C'est comme ça que se passera la bataille,
02:36où à un moment donné on peut avoir la meilleure technologie sans avoir autant d'argent ?
02:41Alors d'abord c'est moins une affaire d'argent qu'une affaire d'usage.
02:48Aujourd'hui si on regarde les derniers chiffres qu'on a pu communiquer,
02:52sur Gemini qui est notre agent, on a plus de 900 millions d'utilisateurs,
02:56il y a 7 fois plus de requêtes qu'il y a un an,
02:58donc on voit qu'il y a un appétit très fort pour ces types de questions et ce type d
03:02'usage.
03:02Et sur la partie entreprise,
03:04le chiffre d'affaires de Google Cloud a augmenté de 63% au premier trimestre,
03:08donc on voit des besoins très significatifs des clients et des utilisateurs
03:13et pour financer les modèles qui travaillent sur cette demande,
03:17évidemment c'est des investissements très significatifs.
03:20Ce qu'il faut c'est être sur tous les maillons de la chaîne,
03:21c'est-à-dire que Google n'est pas juste Gemini ou des lunettes,
03:26il faut être aussi sur les puces, sur les infrastructures,
03:29c'est ça la stratégie de Google, c'est d'être partout en fait.
03:32Google, on ne veut pas avoir de dépendance sur des sujets aussi importants,
03:36et puis c'est des enjeux d'économie, d'énergie.
03:38Le fait d'avoir toute la chaîne, d'être capable d'avoir les TPU, les GPU,
03:42d'avoir nos propres modèles et de les utiliser sur nos solutions,
03:45nous permet sur ces éléments d'avoir un avantage compétitif.
03:48Parce que sur certaines intelligences artificielles,
03:51on voit à quel point tout d'un coup ça peut bascuser.
03:54Vous avez une concurrence qui est quand même très forte avec OpenAI, avec Anthropik.
03:58Comment vous regardez la communication d'Anthropik
04:00qui passe pour l'intelligence artificielle des gentils ?
04:03On voit un cofondateur qui est avec le pape pour parler d'éthique.
04:06On voit des entreprises françaises qui disent
04:08« moi j'utilise Claude parce que c'est plus éthique ».
04:10Comment ils ont réussi ça et comment vous regardez ça ?
04:13D'abord, ils ont une clarté dans leur positionnement.
04:15Ils ont travaillé énormément sur la partie B2B
04:18qui donne cette clarté de positionnement,
04:20et moins peut-être les enjeux qu'ils peuvent avoir de B2C
04:23sur lesquels d'autres entreprises ont pu être challengées.
04:27Et ensuite, délivrent sur un certain nombre de promesses,
04:30en particulier sur l'écriture du code, de façon très positive.
04:33Mais vous travaillez, vous, sur ces sujets d'éthique ?
04:36On voit Donald Trump qui a mis en place une règle aux Etats-Unis
04:39où le gouvernement pourra regarder les intelligences artificielles
04:43de manière volontaire avant qu'elles ne sortent.
04:46Est-ce qu'il faut faire plus, faire attention ?
04:48On a vu beaucoup de communications, notamment d'Anthropik,
04:50en disant « nous on a mythos, c'est tellement puissant
04:52qu'on préfère attendre pour le sortir ».
04:55Alors, c'est des sujets importants.
04:57Il y a d'un côté, en effet, ce qu'on a évoqué tout à l'heure,
04:59sur le fait que ce sont des usages en pleine accélération
05:02de la part des utilisateurs, de la part des entreprises.
05:05C'est aussi un certain nombre d'inquiétudes
05:07qu'on entend sur ce que peuvent faire ces intelligences artificielles.
05:12Et donc, le mot de confiance est absolument clé,
05:15de être capable de bien répondre aux questions,
05:17des questions qui peuvent se poser sur l'emploi,
05:19des questions qui peuvent se poser sur ces modèles.
05:21Et dans le cas de Google, en tout cas, c'est vraiment la priorité.
05:24D'arriver à trouver l'équilibre entre ces innovations sur les produits
05:28et de continuer à garder la confiance dans les partenariats
05:31sur lesquels on peut travailler
05:33et dans la transparence des modèles qu'on partage.
05:35Et quelle est votre vision, vous, sur l'emploi ?
05:37À quel point ça va bouleverser le monde du travail ?
05:41Vous la voyez balayer le travail ?
05:42Faire de nous un travailleur augmenté, les deux à la fois ?
05:45Donc, ce sont des inquiétudes que j'entends régulièrement.
05:49Si je prends mon exemple personnel, je suis depuis un peu plus de 20 ans chez Google.
05:54Quand j'ai commencé en 2006, il y avait une cinquantaine de personnes
05:57qui travaillaient sur la France.
05:58On avait une dizaine de personnes qui s'occupaient de juste mettre manuellement
06:01les mots-clés sur toutes les campagnes.
06:03Il y a 700 orthographes différentes pour Britney Spears.
06:06Et donc, une grande partie de mes équipes, c'était une tâche qu'on faisait faire.
06:09On mettait toutes les orthographes différentes pour chacun des mots-clés.
06:12Cette tâche, aujourd'hui, n'existe plus.
06:14Elle a été automatisée, mais il n'y a plus de 50 personnes.
06:17Il n'y a plus de 500 personnes qui travaillent avec les annonceurs français.
06:20Donc, on voit bien qu'à partir du moment où il y a ces gains de productivité,
06:24les entreprises grandissent.
06:25Ça a été le cas pour nous.
06:26Et c'est des tâches différentes.
06:28Et au niveau macroéconomique, si on sort de mon propre exemple,
06:31deux tiers des métiers aujourd'hui n'existaient pas en 1940.
06:34Donc, on arrive à voir les tâches qui disparaissent.
06:37Et on a plus de mal à se projeter sur des nouveaux métiers.
06:40Aujourd'hui, dans les rôles qu'on a dans les équipes,
06:43sur la structuration des données,
06:44sur adapter les niveaux formats à l'heure de l'intelligence artificielle.
06:47Ce sont des nouvelles tâches qui continuent à se développer.
06:50Et donc, oui, j'ai la conviction qu'on va voir des tâches
06:53qui vont continuer à disparaître de façon non linéaire,
06:57mais d'autres qui vont continuer à se créer.
06:59Et, en général, un impact positif sur l'emploi dans les années qui viennent.
07:03Hier, le patron du New York Times a accusé les entreprises d'intelligence artificielle
07:07de capter la valeur produite par les médias.
07:09Il a expliqué hier, lors d'un forum qui était organisé par CMA Media,
07:12qu'il fallait absolument récupérer la valeur
07:15pour qu'on puisse continuer à payer des journalistes et à payer de l'enquête.
07:19Qui paiera demain pour l'information ?
07:22Est-ce que c'est Gemini ?
07:23Ou est-ce que vous voyez encore des entreprises de presse exister ?
07:26On voit absolument encore des entreprises de presse exister.
07:29J'étais à Marseille, faisait partie de ces discussions, c'est un moment très important.
07:34Vous savez, sur ce sujet, d'abord, il y a des lois.
07:37Il y a l'article 15 et le fait, à travers le droit voisin,
07:41de contribuer au financement de la presse.
07:43Google est un acteur aujourd'hui qui paye tous les acteurs de presse
07:47éligible en France sur ces impressions, sur lequel on a su trouver des accords,
07:51sur lequel on a su être responsable et avoir ce financement.
07:54Le débat ressemble pour vous à celui qu'on avait sur Google il y a 20 ans,
07:57justement, où on avait ce débat avec les éditeurs de presse,
08:00où il y avait cette redirection vers les sites.
08:03Aujourd'hui, pour vous, c'est la même chose.
08:04On peut trouver un accord pour rémunérer la valeur ajoutée ?
08:07Il n'y a pas de cas de technologie qui avance
08:09sans que ce soit bénéfice à tout l'écosystème.
08:12Et donc, évidemment, aujourd'hui, le fait d'avoir un Internet fort
08:17avec des redirections vers des sites et tout un écosystème
08:20est absolument clé.
08:21Évidemment, on y travaille.
08:23C'est dernier point sur le fond Google Venture
08:26qui a réalisé son premier investissement dans une startup en France.
08:29Ça s'appelle Moken.
08:31C'est un spécialiste dans la lutte contre le vol d'identifiant.
08:34Ils étaient venus chez nous pitcher en octobre 2025.
08:36Qu'est-ce qui vous a plu, vous, dans ce groupe ?
08:39D'abord, le sujet de la cybersécurité,
08:40qui était un des enjeux absolument clés sur lequel on travaille.
08:44On a déjà une entreprise mendiant
08:46qui avait été à des rachats importants de Google
08:47sur lequel on travaille avec énormément d'acteurs.
08:50Et une entreprise très innovante
08:52et donc qui a attiré les investisseurs de chez Google.
08:56Dernier point, comment vous regardez Mistral ?
08:58Aujourd'hui, vous dites, ça vaut le coup.
09:00On y est, la concurrence européenne est possible.
09:03Ou vous dites, l'Europe envoie des fonds à fonds perdus
09:07et ça n'est pas possible de concurrencer les Américains ?
09:09D'abord, c'est un moment génial de nouvelles technologies,
09:13de champ des possibles comme on ne l'a jamais vu.
09:15On connaît très bien Arthur Mensch,
09:16qui était dans les équipes de Google DeepMind il y a quelques années
09:19et pour lequel j'ai beaucoup d'admiration.
09:21Et donc, c'est un moment de formidable champ des possibles
09:24et génial de voir un Français,
09:27un acteur européen, se développer dans cet écosystème.
09:30Merci beaucoup Sébastien Missov d'être venu ce matin
09:32dans la matinale de l'économie.
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