00:007h44 sur BFM Business et sur RMC Live, notre invité ce matin c'est Sébastien Missoff.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de Google en France.
00:08Alors vous êtes l'invité et douane aujourd'hui puisqu'il y a Bruxelles qui a présenté hier un plan,
00:13un plan pour être plus indépendant des acteurs du numérique américain.
00:18L'objectif c'est de réussir à se passer de Google, d'Amazon, de Microsoft.
00:21Est-ce que vous ressentez, vous, quand vous êtes dans les appels d'offres,
00:25quand vous travaillez avec les entreprises européennes,
00:26aujourd'hui un mouvement où on vous dit je vais regarder ce que je peux faire sans Google ou sans
00:31d'autres acteurs,
00:32est-ce que vous sentez une sorte d'hostilité contre les américains ?
00:36Aujourd'hui plus que jamais il y a une question de choix,
00:38il y a une question d'avoir le contrôle entre les différents outils qu'on utilise.
00:41C'est le cas pour les utilisateurs, c'est le cas pour les entreprises
00:44et aujourd'hui les utilisateurs, les entreprises veulent travailler avec les solutions qui leur correspondent le mieux
00:50et c'est toute notre démarche d'être compétitif, de continuer à bluffer les utilisateurs
00:55et d'apporter des meilleures solutions.
00:57Il y a des questions qui se posent quelquefois sur des enjeux de souveraineté,
01:00par exemple sur des enjeux de stockage de données,
01:03sur lesquels on travaille à des réponses spécifiques,
01:06à des besoins spécifiques.
01:08Et c'est par exemple ce qui a été fait avec Sens,
01:11qui est la nouvelle entreprise qui a créé Thales,
01:13avec des technologies de Google,
01:15qui permet d'avoir des données qui sont entièrement stockées en Europe
01:19et qui ont eu la certification Secnum Cloud
01:23qui permet de valider que les données sont entièrement protégées et restent en Europe.
01:28Mais ce que j'entends dans votre réponse,
01:30et ça fait écho avec le fait que le Parlement européen dise
01:33qu'il faut utiliser Coint plutôt que Google,
01:35c'est que vous dites, peu importe le sujet de souveraineté,
01:37nous on a la meilleure techno.
01:39D'abord c'est les utilisateurs qui choisissent,
01:42c'est le principe d'une économie de marché.
01:45Mais pour vous, quand vous entendez ça, c'est symbolique, c'est politique,
01:48quand on dit qu'il ne faut plus utiliser Google,
01:50mais on va vous mettre Coint, Coint dont on n'avait pas entendu parler depuis quelques années,
01:53ça vous fait quoi comme réaction ?
01:55On avait déjà entendu en France il y a quelques années,
01:59sur le fait que Coint avait été mis par défaut,
02:02on continue à innover et on continue à importer à travers Google
02:06des évolutions qui font que les utilisateurs, on espère, vont continuer à nous choisir.
02:12Dans ce monde fou de l'intelligence artificielle,
02:14là on voit à quel point c'est la guerre de l'argent,
02:17avec des IPO qui vont arriver du côté d'autres acteurs américains,
02:21avec cette levée de capitaux hier, Google voulait 80 milliards sur les marchés actions,
02:27finalement ça sera 85 milliards.
02:29L'enjeu c'est ça, derrière vous dites c'est vraiment ça,
02:32il faut de l'argent, de l'argent, de l'argent.
02:34C'est comme ça que se passera la bataille,
02:36où à un moment donné on peut avoir la meilleure technologie sans avoir autant d'argent ?
02:41Alors d'abord c'est moins une affaire d'argent qu'une affaire d'usage.
02:48Aujourd'hui si on regarde les derniers chiffres qu'on a pu communiquer,
02:52sur Gemini qui est notre agent, on a plus de 900 millions d'utilisateurs,
02:56il y a 7 fois plus de requêtes qu'il y a un an,
02:58donc on voit qu'il y a un appétit très fort pour ces types de questions et ce type d
03:02'usage.
03:02Et sur la partie entreprise,
03:04le chiffre d'affaires de Google Cloud a augmenté de 63% au premier trimestre,
03:08donc on voit des besoins très significatifs des clients et des utilisateurs
03:13et pour financer les modèles qui travaillent sur cette demande,
03:17évidemment c'est des investissements très significatifs.
03:20Ce qu'il faut c'est être sur tous les maillons de la chaîne,
03:21c'est-à-dire que Google n'est pas juste Gemini ou des lunettes,
03:26il faut être aussi sur les puces, sur les infrastructures,
03:29c'est ça la stratégie de Google, c'est d'être partout en fait.
03:32Google, on ne veut pas avoir de dépendance sur des sujets aussi importants,
03:36et puis c'est des enjeux d'économie, d'énergie.
03:38Le fait d'avoir toute la chaîne, d'être capable d'avoir les TPU, les GPU,
03:42d'avoir nos propres modèles et de les utiliser sur nos solutions,
03:45nous permet sur ces éléments d'avoir un avantage compétitif.
03:48Parce que sur certaines intelligences artificielles,
03:51on voit à quel point tout d'un coup ça peut bascuser.
03:54Vous avez une concurrence qui est quand même très forte avec OpenAI, avec Anthropik.
03:58Comment vous regardez la communication d'Anthropik
04:00qui passe pour l'intelligence artificielle des gentils ?
04:03On voit un cofondateur qui est avec le pape pour parler d'éthique.
04:06On voit des entreprises françaises qui disent
04:08« moi j'utilise Claude parce que c'est plus éthique ».
04:10Comment ils ont réussi ça et comment vous regardez ça ?
04:13D'abord, ils ont une clarté dans leur positionnement.
04:15Ils ont travaillé énormément sur la partie B2B
04:18qui donne cette clarté de positionnement,
04:20et moins peut-être les enjeux qu'ils peuvent avoir de B2C
04:23sur lesquels d'autres entreprises ont pu être challengées.
04:27Et ensuite, délivrent sur un certain nombre de promesses,
04:30en particulier sur l'écriture du code, de façon très positive.
04:33Mais vous travaillez, vous, sur ces sujets d'éthique ?
04:36On voit Donald Trump qui a mis en place une règle aux Etats-Unis
04:39où le gouvernement pourra regarder les intelligences artificielles
04:43de manière volontaire avant qu'elles ne sortent.
04:46Est-ce qu'il faut faire plus, faire attention ?
04:48On a vu beaucoup de communications, notamment d'Anthropik,
04:50en disant « nous on a mythos, c'est tellement puissant
04:52qu'on préfère attendre pour le sortir ».
04:55Alors, c'est des sujets importants.
04:57Il y a d'un côté, en effet, ce qu'on a évoqué tout à l'heure,
04:59sur le fait que ce sont des usages en pleine accélération
05:02de la part des utilisateurs, de la part des entreprises.
05:05C'est aussi un certain nombre d'inquiétudes
05:07qu'on entend sur ce que peuvent faire ces intelligences artificielles.
05:12Et donc, le mot de confiance est absolument clé,
05:15de être capable de bien répondre aux questions,
05:17des questions qui peuvent se poser sur l'emploi,
05:19des questions qui peuvent se poser sur ces modèles.
05:21Et dans le cas de Google, en tout cas, c'est vraiment la priorité.
05:24D'arriver à trouver l'équilibre entre ces innovations sur les produits
05:28et de continuer à garder la confiance dans les partenariats
05:31sur lesquels on peut travailler
05:33et dans la transparence des modèles qu'on partage.
05:35Et quelle est votre vision, vous, sur l'emploi ?
05:37À quel point ça va bouleverser le monde du travail ?
05:41Vous la voyez balayer le travail ?
05:42Faire de nous un travailleur augmenté, les deux à la fois ?
05:45Donc, ce sont des inquiétudes que j'entends régulièrement.
05:49Si je prends mon exemple personnel, je suis depuis un peu plus de 20 ans chez Google.
05:54Quand j'ai commencé en 2006, il y avait une cinquantaine de personnes
05:57qui travaillaient sur la France.
05:58On avait une dizaine de personnes qui s'occupaient de juste mettre manuellement
06:01les mots-clés sur toutes les campagnes.
06:03Il y a 700 orthographes différentes pour Britney Spears.
06:06Et donc, une grande partie de mes équipes, c'était une tâche qu'on faisait faire.
06:09On mettait toutes les orthographes différentes pour chacun des mots-clés.
06:12Cette tâche, aujourd'hui, n'existe plus.
06:14Elle a été automatisée, mais il n'y a plus de 50 personnes.
06:17Il n'y a plus de 500 personnes qui travaillent avec les annonceurs français.
06:20Donc, on voit bien qu'à partir du moment où il y a ces gains de productivité,
06:24les entreprises grandissent.
06:25Ça a été le cas pour nous.
06:26Et c'est des tâches différentes.
06:28Et au niveau macroéconomique, si on sort de mon propre exemple,
06:31deux tiers des métiers aujourd'hui n'existaient pas en 1940.
06:34Donc, on arrive à voir les tâches qui disparaissent.
06:37Et on a plus de mal à se projeter sur des nouveaux métiers.
06:40Aujourd'hui, dans les rôles qu'on a dans les équipes,
06:43sur la structuration des données,
06:44sur adapter les niveaux formats à l'heure de l'intelligence artificielle.
06:47Ce sont des nouvelles tâches qui continuent à se développer.
06:50Et donc, oui, j'ai la conviction qu'on va voir des tâches
06:53qui vont continuer à disparaître de façon non linéaire,
06:57mais d'autres qui vont continuer à se créer.
06:59Et, en général, un impact positif sur l'emploi dans les années qui viennent.
07:03Hier, le patron du New York Times a accusé les entreprises d'intelligence artificielle
07:07de capter la valeur produite par les médias.
07:09Il a expliqué hier, lors d'un forum qui était organisé par CMA Media,
07:12qu'il fallait absolument récupérer la valeur
07:15pour qu'on puisse continuer à payer des journalistes et à payer de l'enquête.
07:19Qui paiera demain pour l'information ?
07:22Est-ce que c'est Gemini ?
07:23Ou est-ce que vous voyez encore des entreprises de presse exister ?
07:26On voit absolument encore des entreprises de presse exister.
07:29J'étais à Marseille, faisait partie de ces discussions, c'est un moment très important.
07:34Vous savez, sur ce sujet, d'abord, il y a des lois.
07:37Il y a l'article 15 et le fait, à travers le droit voisin,
07:41de contribuer au financement de la presse.
07:43Google est un acteur aujourd'hui qui paye tous les acteurs de presse
07:47éligible en France sur ces impressions, sur lequel on a su trouver des accords,
07:51sur lequel on a su être responsable et avoir ce financement.
07:54Le débat ressemble pour vous à celui qu'on avait sur Google il y a 20 ans,
07:57justement, où on avait ce débat avec les éditeurs de presse,
08:00où il y avait cette redirection vers les sites.
08:03Aujourd'hui, pour vous, c'est la même chose.
08:04On peut trouver un accord pour rémunérer la valeur ajoutée ?
08:07Il n'y a pas de cas de technologie qui avance
08:09sans que ce soit bénéfice à tout l'écosystème.
08:12Et donc, évidemment, aujourd'hui, le fait d'avoir un Internet fort
08:17avec des redirections vers des sites et tout un écosystème
08:20est absolument clé.
08:21Évidemment, on y travaille.
08:23C'est dernier point sur le fond Google Venture
08:26qui a réalisé son premier investissement dans une startup en France.
08:29Ça s'appelle Moken.
08:31C'est un spécialiste dans la lutte contre le vol d'identifiant.
08:34Ils étaient venus chez nous pitcher en octobre 2025.
08:36Qu'est-ce qui vous a plu, vous, dans ce groupe ?
08:39D'abord, le sujet de la cybersécurité,
08:40qui était un des enjeux absolument clés sur lequel on travaille.
08:44On a déjà une entreprise mendiant
08:46qui avait été à des rachats importants de Google
08:47sur lequel on travaille avec énormément d'acteurs.
08:50Et une entreprise très innovante
08:52et donc qui a attiré les investisseurs de chez Google.
08:56Dernier point, comment vous regardez Mistral ?
08:58Aujourd'hui, vous dites, ça vaut le coup.
09:00On y est, la concurrence européenne est possible.
09:03Ou vous dites, l'Europe envoie des fonds à fonds perdus
09:07et ça n'est pas possible de concurrencer les Américains ?
09:09D'abord, c'est un moment génial de nouvelles technologies,
09:13de champ des possibles comme on ne l'a jamais vu.
09:15On connaît très bien Arthur Mensch,
09:16qui était dans les équipes de Google DeepMind il y a quelques années
09:19et pour lequel j'ai beaucoup d'admiration.
09:21Et donc, c'est un moment de formidable champ des possibles
09:24et génial de voir un Français,
09:27un acteur européen, se développer dans cet écosystème.
09:30Merci beaucoup Sébastien Missov d'être venu ce matin
09:32dans la matinale de l'économie.
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